DE LA FÊTE DE SAINT MARTIN
(11 novembre.)
Quelle chose avez-vous à dire de ce saint ?
Il y en a tant, qu'on est beaucoup plus en peine à choisir celles qu'on doit taire, que celles qu'on doit dire : car, 1° il fui la merveille de son siècle, la lumière de toute l'Eglise, la perle des prélats et l'ornement des religieux ; 2" il naquit à Slain ou Sabarie ville de Hongrie, de parents assez considérables, mais païens, malgré lesquels n'étant âgé que de dix ans, il fut à l'église se faire inscrire au nombre des cathécumènes ; 3° son père l'engagea à quinze ans dans l'armée de l'empereur Constance ; k" à dix-huit un pauvre nu lui ayant demandé l'aumône au nom de Jésus-Christ à la porte d'Amiens, il lui donna la moitié de son manteau, ce que Notre-Seigneur témoigna dans une vision lui avait été fort agréable, par ces paroles : Martin n'étant encore que cathécumène, ma revêtu de ses habits; 5° étant baptisé peu après, il offrit à Julien l'Apostat de traverser l'armée des ennemis, armé du seul signe de la croix, par vertu de laquelle il demeurerait invulnérable au milieu de leurs traits; 6° quittant la milice, il vint trouver saint Hi-laire évêque de Poitiers, qui le voulut ordonner diacre, mais saint Martin s'en jugea si indigne, qu'on ne le put résoudre qu'à recevoir l'ordre d'exorciste ; 7° averti en songe d'aHer en Hongrie, il y convertit sa mère, ses parents et plusieurs idolâtres, mais non son père; 8° l'impiété arienne infectant J'Esclavonie; il la combattit presque seul avec tant de succès et de zèle, qu'après divers mauvais traitements, il fut publiquement battu de verges et chassé ; 9° il connut à Vienne saint Paulin, évoque de Noie, et le guérit sur-le-champ, et sans douleur, d'un mal qu'il avait à un oeil déjà couvert d'une taie, en le lui louchant d'un linge. Ce grand saint se glorifiait d'avoir été aimé de saint Martin, et !e nommait son bienheureux père; 10° apprenant à Milan les troubles que les ariens causaient dans les Gaules, d'où ils avaient exilé saint Hilaire, il s'arrêta dans cette ville et y bâtit un monastère : mais Auxence , évêque de Milan, infecté de l'arianisme, l'y persécuta et l'en chassa, ce qui l'obligea «Je se retirer avec un prêtre nans une île déserte, où il ne vivait que de racines; 11" apprenant le retour de saint Hilaire, il fut au-devant de lui jusqu'à Home, d'où le trouvant parti , il le suivit à Poitiers, près duquel il bâtit un monastère où il vivait si saintement, qu'il y ressuscita deux morts ; 12° saisi et arrêté par un pieux artifice du peuple, il fut consacré évêque de Tours, quelque résistance qu'il y apportât; 13° il joignit les austérités de la vie monastique à Ta sainteté des fonctions pontilicales, ce qui n'avail presque point encore eu d'exemple en Occident; 14° il gouverna son diocèse avec tant d'éclat, que la bonne odeur de ses vertus et le bruit de ses miracles embauma et édifia toute l'Eglise et tout l'univers; 13° l'empereur Valentinien ne vou-