‹ Œuvres completesChapitre 148 sur 296 · CONTRE LES DEREGLEMENTS DU CARNAVAL · texte numérisé non relu

CONTRE LES DEREGLEMENTS DU CARNAVAL

Pourquoi suis -je obligé de iriabstenir des divertissements du carnaval ?

Vous le devez par plusieurs raisons. Premièrement, si vous avez autrefois en celte saison offensé Dieu, si vous vous souvenez d'avoir commis des crimes pendant le carnaval, qu'altendez-vous, mon cher frère, à en faire à présent pénitence, et à pleurer vos anciens péchés, et les désordres de votre jeunesse? Vous savez bien qu'autrefois [tendant ces jours-ci vous vous êtes laissé aller à je ne sais combien de désordres, et vous osez les multiplier, et vous ne pensez pas à en faire pénitence? Vous avez scandalisé votre prochain en ce temps-ci par vos dérèglements, et vous ne voulez pas les réparer par votre bon exemple? Vous avez perdu plusieurs âmes par votre libertinage, qui possible brûlent à présent dans l'enfer, et vous ne voulez pas vous en repentir à présent? Saint Pierre n'entendait jamais chanter le coq sans répandre des larmes, se souvenant de son ancien péché. Voici le temps malheureux qui fut complice de vos désordres, et vous ne pleurez pas.

Dites-moi encore quelque autre raison pour me convaincre de celte obligation?

Vous devez ce bon exemple à votre famille, à vos enfants, à vos domestiques, à vos voisins ; car entin, si vos enfants et vos domestiques voient que vous vous laissez aller à la vaine joie, aux plaisirs, aux divertissements, ils s'y abandonneront entièrement, ils se plongeront dans la débauche, ils ne garderont plusaucune mesure; vous aurez beau vouloir les reprendre, les corriger, les modérer, les châtier, ils ne vous obéiront pas, ils pourront se cacher de vous par crainte, mais ils ne s'abstiendront pas d'offenser Dieu. Le mauvais exemple que vous leur donnez l'emportera par-dessus toutes vos remontrances. Vos mauvaises œuvres détruiront ce que vos paroles pourraient établir, les paroles passent, les exemples demeurent; ils se souviendront toute leur vie de vos actions, ils oublieront vos paroles, ils vous imiteront, ils ieront gloire de vous ressembler, ils feront même pire qu'ils ne vous ont vu faire, ils ue se tiendront pas dans la médiocrité comme vous, ils enchériront par -dessus vous, ils iront dans l'excès; voilà le vice établi dans votre maison, qui se perpétuera de père en fils, parce que vous„n'avez pas le courage de vous y opposer et de l'interrompre, vous en répondrez un jour à Dieu, aussi bien que des péchés et de la perle de vos enfants et de vos domestiques.

Donnez-moi encore quelque autre raison de celte obligation?

OEUVRES COMPL. DE DE LA ChÉTARDIE.

Vous devez ce bon exemple aux gens de bien qui l'attendent de vous, car après tout, il faut qu'il y ait dans le monde quelque personne de bon exemple qu'on puisse imiter, qui serve de modèle aux bons, qu'on oppose aux méchants, qui serve à se défendre contre les reproches et les railleries des mondains, qu'on n'ait pas honte de suivre et d'imiter, de qui l'autorité et la vie irréprochable serve d'appui aux faibles, et de bouclier aux pusillanimes, qui sans cela rougiraient de l'Evangile, et n'oseraient pratiquer ouvertement la vertu. Les personnes bien intentionnées attendentdonc ce bon exemple, ne le leur refusez pas.

Apportez -moi encore, je vous prie, quelque autre raison ?

Vous devez cela au mérite et à l'obligation de contribuer à l'établissement d'une bonne coutume, car sans doute c'est faire une action très-agréable à Dieu, que d'établir la piété dans ces jours-ci, puisque c'est l'esprit de l'Eglise. Que si personne ne lève l'étendart de la dévotion, ne fait gloire de marcher à la tête des gens de bien, ou de suivre leurs pas, et d'imiter leurs exemples, si les bons ne s'unissent pas ensemble pour faire le bien, s'ils ne conspirent'pas mutuellement à établir les bonnes coutumes, qui est-ce qui le fera ? Que deviendra la piété, la religion, l'esprit du christianisme?

Donnez-moi encore quelque autre raison ?

La religion vous engage à la retenue et à la piété dans ce temps-ci ; car les hérétiques et les infidèles regardent le carnaval , non comme un désordre que l'Eglise déteste, mais comme une de ses solennités annuelles. Ils croient que cette chaste Epouse du Fils de Dieu approuve ces excès et autorise ces désordres. Ils attribuent au corps de l'Eglise, la corruption de quelques-uns de ses membres ; soutenez donc l'honneur de votre religion. Montrez que le christianisme condamne les débauches ducarnav;d. Faites reluire dans vos mœurs la pureté de votre foi. Justifiez la sainteté de l'Eglise dans l'esprit de ces ennemis, qui déchirent son innocence, et qui lui imputent des crimes qu'elle a en horreur.

Apportez -moi encore quelque autre nouvelle raison de cette sainte pratique?

Vous devez vous abstenir de toutes les débauches du carnaval en vue de Jésus- Christ même, et de la fidélité qui s'attache à son service 1 O la belle chose de vous ranger de son côté dans le temps que presque tout le monde l'abandonne 1 ô la grande gloire d'être du petit nombre de ceux qui ne tléchissent point les genoux devant Baal, le démon de la gourmandise, de la danse et de l'impureté !

Donnez-moi encore quelque autre raison ?

S'il y a quelque saison dans l'année où l'on puisse conjecturer qu'arrivera le jour du jugement, sans doute que c'est celle-ci. Notre-Seigneur nous avertit dans l'Evangile, qu'il viendra lorsque les hommes- y penseront le moins, quand ils seront occupés à boire et à manger, à se réjouir, à faire des I. 20

mariages, à se divertir, plongés dans l'intempérance, dans la débauche, dans un profond oubli de leur salut, tout occupés des soins de cette vie, des embarras du siècle, des affaires du monde, ce sera pour lors, dit le Fils de Dieu, que ce jour terrible et épouventable arrivera. Or n'est-ce pas là l'image du carnaval ? Craignez donc que ces joursci soient pour vous des jours de tristesse et de douleur, que vous ne passiez de la table au jugement de Dieu, de la débauche à son tribunal, du plaisir à la peine, du péché dans l'enfer.

Donnez-moi encore quelque raison de cela?

Ne voyez-vous pas que le Saint-Esprit condamne publiquement ces désordres.

N'est-ce pas lui qui a inspiré aux fidèles de renouveler leur ferveur et leur zèle en ce temps ? On établit les prières de quarante heures, on expose le saint Sacrement, on propose des indulgences plénières, on prêche la parole de Dieu, on donne la bénédiction, on invite les Chrétiens à s'approcher des sacrements. Pourquoi toutes ces choses? sinon pour détourner de la débauche et des excès du carnaval, pour s'opposer aux dérèglements de ces jours malheureux. La pratique pieuse de l'Eglise n'est-elle pas la condamnation publique du monde? Mais quel scandale et quelle dérision des choses saintes, devoir une personne se confesser le malin, communier, gagner les indulgences, assister au sermon, recevoir la bénédiction, et au sortir de là s'en aller dans les compagnies, se laisser aller à la gourmandise, à l'intempérance, à la sensualité , aux excès, et consommer une grande partie des nuits dans les divertissements profanes?

Les saints Pères n ont-ils pas crié contre ees débauches ?

Sans doute ils l'ont fait avec une force et une éloquence toute extraordinaire, car il y •a toujours eu de méchants Chrétiens, qui, par la corruption de leurs mœurs, ont démenti la sainteté de leur religion.

Consolez-nous de ce qu'ils ont dit là-dessus ?

Voici comme s'en explique le grand saint Basile : « Gardez-vous bien, mon cher frère, de vous disposer à boire de l'eau comme vous le devez faire en Carême, par des excès de vin. Que l'ivrognerie ne vous introduise pas dans les pratiques mystérieuses du jeûne. L'intempérance ne doit pas donner entrée à la sobriété, non plus que la tromperie à la justice, ni la volupté à la mortification, ni le vice à la vertu. Ce n'est pas là la porte du jeûne, ni la disposition convenable pour le commencer. »

Qu ajoute encore ce grand saint à ces belles paroles ?

« L'ivrognerie, » continue-t-il,« nous conduit à la luxure; mais la frugalité nous dispose au jeûne. Ceux qui doivent s'exercer à la lutte, s'y préparent par une abstinence exacte, atin d'être plus allègre et dispos à ce combat, et le Chrétien se prépare au Carême par la sobriété. Ne vous vengez pas du jeûne, qui s'approche, sur le carnaval qui le

précède ; ne rendez pas inutile la loi salutaire du Carême, et la fin que le législateur s'est proposée, et qu'il s'en promet, en amassant une abondance d'aliments et de viande à votre gourmandise, comme si vous vouliez la pourvoir contre la famine dont elle est menacée. Ne savez-vous pas que cette précaution est vaine, que ces provisions s'écouleront en une nuit, et que la corruption qu'elles auront apportées à votre âme vous demeurera? »

Achevez, je vous prie, de nous rapporter les paroles de cet homme éclairé?

« Le jeûne et la prière n'entreront jamais dans une âme encore toute noyée dans le vin, et le Seigneur n'admettra pas dans le sanctuaire de ses mystères un homme sujet à l'intempérance, il sera rejeté de devant lui, et demeurera dehors comme un profane, indigne de s'approcher des autels. En effet, si vous vous présentez à moi le jour des Cendres, l'estomac encore rempli de vin et des viandes du jour précédent, que la chaleur naturelle n'a pas encore eu le loisir de digérer, l'haleine mauvaise, sentant le vin et la crudité; en quel rang vous mettrai-je ? sera-ce parmi les ivrognes, ou parmi les gens qui jeûnent? Ne prétendez pas place entre ceux-ci, sous prétexte que vous êtes à jeun, et que vous n'avez rien pris depuis minuit. Car qu'importe qu'il ne soit rien entré par votre bouche, si néanmoins votre estomac se trouve rempli d'aliments? L'intempérance d'hier dit que vous êtes à elle.le jeûne d'aujourd'hui n'ose dire que vous êtes sien. A qui appartenez-vous? Sans doute vous vous condamnez vous-mêmes, et l'odeur du vin qui sort de votre bouche commede l'ouverture d'une bouteille, donne droit à l'ivrognerie de mettre la main sur vous , et de vous traiter comme son esclave. »

Continuez à nous rapporter ce discours?

« Si le premier jour de votre jeûne est rejeté à cause de la crapule qui l'infecte encore, que deviendra le reste de votre Carême? Dieu ne veut pas d'un sacrifice dont on a offert les prémices au démon. Il est écrit que les ivrognes ne posséderont pas le royaume de Dieu. Si donc vous commencez le Carême étant encore tout ivre, quelle utilité tirerez-vous d'un semblable jeûne? A quoi sert le jeûne qui ne vous introduit pas dans le ciel? Ne voyez-vous pas comment on prépare les chevaux qui doivent courir dans la carrière, en leur ôtant la nourriture accoutumée, et en leur faisant souffrir la faim ; pourquoi donc accablezvous votre corps par le poids d'un nombre infini d'aliments superflus, puisque vous prétendez l'exercer dans la carrière du jeûne pendant cette sainte Quarantaine? N'est-ce pas êlre moins sobre que les bêtes et les surpasser en gourmandise? »

Quelle était la pratique des premiers Chrétiens quand le Carême approchait ?

Ces mêmes saints nous assurent que plusieurs jours auparavant, ils commençaient à

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