SUR LES FÊTES DE LA SAINTE YJERGE
Quelles furent les principales vertus de la sainte Vierge?
La sainte Vierge a eu toutes les vertus dans un souverain degré; car si parmi les grands hommes de l'Ancien Testament l'un a été recommandable par sa foi, l'autre par son obéissance, celui-là par sa patience, celui-ci par son humilité; si l'Ecriture a loué quelques femmes illustres de leur chasteté, de leur charité, de leur oraison, tous ces éloges vous appartiennent justement, ô Vierge sainte! vous avez recueilli toute seule cette riche succession de vertus qui avaient été partagées dans vos pieux ancêtres, et l'ange nous apprend que la grâce dont chacun de ces grands saints n'avait reçu qu'uno partie, vous la possédiez en plénitude avant même d'en recevoir l'auteur par l'incarnation.
Dites-nous quelque chose de l'humilité de la très-sainte Vierge?
Son humilité parut en ce que, sachant bien que Dieu, par une grâce spéciale, l'avait préservée du péché de la concupiscence et de la révolte des passions, et ornée d'une infinité de vertus , jamais elle ne s'enorgueillit ni ne réfléchit sur toutes ses grandeurs. Un ange vient de la part de Dieu, qui la salue avec respect, et qui lui donne les plus grandes louanges qui jamais aient été données-à une créature ; elle s'en trouble, bien loin de s'y arrêter. Sainte Elisabeth, transportée par un mouvement du Saint- Esprit, publie les grandeurs de Marie, et cette humble Vierge s'anéantit entendant ses louanges, et, toute ravie de Dieu, elle s'oublie pour ne penser qu'à lui; elle proteste que tout son bonheur consiste en ce que le Seigneur a regardé sa bassesse. Dieu la comble d'honneur et de prérogatives, elle les cache par un humble silence; elle ne découvre point à saint Joseph qu'elle a conçu par l'opération du Saint-Esprit, il faut que Dieu le lui révèle par le ministère d'un ange ; elle ne dit point qu'elle est vierge et mère tout ensemble, et qu'elle n'a pas besoin de s'humilier comme les autres; elle se met au rang des autres femmes immondes, sans distinction ni privilège ; et les saints nous apprennent, l'ayant sans doute eux-mêmes appris de la tradition, qu'après l'ascension du Fils de Dieu, la sainte Vierge, dans les assemblées des Chrétiens, se mettait toujours dans la dernière place. Enfin, par une merveille presque inouïe, jamais autre créature n'a su allier tant de grandeurs et tant d'humilité ensemble que Marie. O humilité de Marie I vous êtes la condamnation de la superbe et de la vanité de toutes les filles d'Adam. O Marie! vous avez brisé la tête du serpent d'orgueil par votre humilité. Vous êtes l'exemple, après Jésus-Christ, que tous les fidèles doivent imiter dans la pratique de cette vertu si rare et si nécessaire.
En quoi parut l'obéissance \de la sainte Vierge ?
L'obéissance, qui n'est jamais sans humilité, parut dans la sainte Vierge, premièrement en ce qu'elle obéit pendant son enfance à ses maîtresses dans lie temple, en ce qu'elle vint de Nazareth à Bethléem pour obéir à l'empereur de la terre, quoiqu'elle fût enceinte et sur le point d'accoucher; en ce qu'elle obéit à la Loi des Juifs, qui obligeait les femmes à garder le temps de leur purification après leurs couches comme des immondes, quoique cependant cette très-pure Vierge fût exempte de cette loi, ayant conçu sans péché et enfanté sans douleur et sans aucun déchet de sa virginité; mais, pour obéir, elle voulut bien passer pour immonde, quoiqu'elle ne le fût pas. Hélas 1 nous sommes immondes, et nous voulons paraître saints 1 Enfin la sainte Vierge fut obéissante à tout ce que Dieu a voulu d'elle, et qui lui fut ordonné par l'ange de la part de Dieu, comme d'épouser saint Joseph, de s'enfuir en Egypte, de revenir, et de se soumettre en toutes choses aux ordres de la Providence divine, quoique souvent difficiles à la nature : Vierge sainte, rendez-nous participants de votre obéissance.
En quoi admirez-vous la foi dans la sainte Vierge ?
En ce qu'elle crut fermement : 1° qu'elle serait mère et vierge tout ensemble, lorsque 21'ange le lui dit de la part de Dieu; 2° qu'elle serait la Mère de son Dieu, et que rien n'était impossible à Dieu; 3° que cet Enfant qu'elle avait mis au monde, tout faille et tout infirme qu'il parût, et qu'il fallait dérober à la cruauté d'Hérode, était cependant le Dieu du ciel, le Créateur de l'univers; k" lors même qu'elle le vit mourir en croix, et que la foi fut comme éteinte dans les apôtres, elle demeura fidèle ; la foi du mystère de la divinité de Jésus-Christ et de sa glorieuse résurrection, se conservant dans l'âme de cette admirable Vierge. O foi véritablement grande de la sainte Vierge! écrions-nous avec sainte Elisabeth : O Marie! que vous êtes heureuse d'avoir cru! puisque par le mérite de celte foi, toutes les promesses du Seigneur se sont accomplies en vous. O Marie 1 que nous sommes heureux de ce que vous avez cru, puisque, par le mérite de votre foi, l'œuvre de notre rédemption s'est heureusement accomplie en nous!
En quoi trouvez-vous admirable la charité de la sainte Vierge ?
Qui peut douter de l'amour pur qui brûla dans son cœur, et de la vive flamme de charité qui l'embrasa, puisqu a l'âge de quinze ans, elle aima si parfaitement son Dieu, qu'elle mérita de devenir sa mère ? Ah ! quel amour! puisqu'il mérita une si haute récompense, puisqu'il la rendit di^ne d'une si haute qualité. Mais qui pourraitdire l'amour que le Saint-Esprit alluma dans son cœur, lorsque éteint ombragée de la vertu du Très- Haût, elle engendra Jésus- CYrist dans la plus vive flamme de chariià jui fut jamais?
Enfin quel amour n'eut-elle pas pour Jésus- Christ, le fils unique et le bien-aimé de son cœur, et à quel point ne s'accrut-il pas pendant les neuf mois qu'elle porta dans son sein ce Verbe incarné, quand elle le reçut entre ses bras à sa naissance, qu'elle l'enveloppa de langes, qu'elle le mit sur son sein, qu'elle lui donna ses mammelles sacrées, qu'elle le nourrit de son lait, qu'elle l'embrassa et le serra entre ses bras, le baisant, le caressant, et lui donnant toutes les marques d'amour et de tendresse qu'une telle mère pouvait donner à un tel fils, et recevant de ce fils mille témoignages de tendresse et d'amour. O Dieu ! qui peut s'imaginer ce flux et ce reflux d'amour, de caresses et de privautés, et ne pas concevoir le feu immense de la charité qui la brûlait? Mais quelle fut cette nouvelle augmentation de charité qui l'embrasa, lorsqu'au jour de la Pentecôte, elle reçut le Saint-Esprit dans une vive flamme d'amour ; et enfin quel fut cet amour, et à quel degré ne monta-t-il pas, quand il détacha son âme de son corps au jour de sa bienheureuse mort, car ce fut par un effort d'amour qu'elle mourut, et non point par l'effet d'une infirmité corporelle, comme l'assurent les saints.
En quoi trouvez-vous que ta pauvreté ait particulièrement relui dans la vie de la sainte Vierge ?
N'est-ce pas une pauvreté bien admirable de voir la Reine du ciel et de la terre, être donnée pour épouse à un pauvre artisan, réduite à marcher dans un si chétif équipage, qu'on ne daigna pas la recevoir dans une hôtellerie, et qu'on lui en refusa l'entrée, et se voir contrainte à se retirer dans une étable destinée aux bêles, où elle accoucha; à mettre son bien-aimé dans une crèche, sur un peu de foin et de paille, à présenter pour son rachat, au temple, une paire de tourterelles au jour de la Purification, qui était l'offrande des pauvres, et enfin à passer sa vie dans une boutique, gagnant sa vie et celle de son fils, et vivant du travail de ses mains : hélas 1 quelle étonnante pauvreté! Vierge sainte, détachez nos cœurs des biens de ce monde.
Comment est-ce que le silence a paru dans la sainte Vierge ?
Sans doute il y a lieu de l'admirer, puisque dans l'Evangile nous trouvons qu'elle n'a parlé que quatre fois ; et quoique, trèsapparemment, elle ait parlé plus souvent, néanmoins ce n'est pas sans mystère el sans un grand sujet d'édification pour nous, que nous ne lisons pas qu'elle ait tenu aucun autre discours.
En quelle occasion parla-l-elle ?
1" Quand elle s'informa de l'ange comment s'accomplirait le mystère de l'Incarnation en elle, ce qui était nécessaire, parce qu'elle y devait donner son consentement ; 2" quand elle visita sainte Elisabeth, et qu'elle entonna dans un saint transport le divin cantique Magnificat; 3° lorsque ayant perdu Notre-Sei^neur au temple, elle lui dit en deux mots la douleur que cette séparation