SUPPLEMENT AU CATECII. DE BOURGES. — 1NSTRUCT. SUR LES FETES
lui avait causée ; k° quand aux noces de Caria, ayant pitié de ces pauvres gens, elle pria Notre-Seigneur de leur donner du vin, et que, s'adressant aux personnes qui prenaient soin du festin, elle leur dit : Faites tout ce que mon Fils vous dira. Tout le reste de sa vie est un silence perpétuel et admirable.
Qu'est-ce que cela nous apprend?
Cela nous doit donner un grand amour pour le silence. Mon Dieu, je me veux laire pour imiter et honorer le silence de Marie; je me veux taire, parce que je vous offense presque toujours en parlant; je me veux taire, parce que je veux conserver l'esprit d'oraison, et que rien ne dissipe tant que le babil.
En quoi remarquez -vous qu'ait paru la vertu a oraison dans la sainte Vierge?
En ce que, des l'âge de trois ans, elle se retira dans le temple pour y vivre dans un continuel esprit de prière et d'oraison; quand l'ange lui apparut à l'heure de minuit pour lui annoncer le mystère de l'Incarnation, il la trouva dans une méditation profonde ; et l'Evangile nous assure qu'elle s'occupait sans cesse des mystères de la vie de son Fils, et qu'elle était remplie de grâce. Elle fut le sanctuaire du Saint-Esprit, toujours unie à Dieu, toujours brûlante d'une vive flamme de charité; et lors même qu'elle reçut le Saint-Esprit au jour de la Pentecôte sous une langue de feu, et qu'il se communiqua à elle dans une profusion immense, elle était pour lors en oraison. Ainsi toute sa vie n'a été que prière, oraison , méditation, contemplation. Hélas! que cela est différent de ma vie, qui n'est qu'une dissipation continuelle 1
En quoi parut la patience de la très-sainte Vierge?
En ce qu'elle souffrit les choses du monde les plus crucifiantes pendant toute sa vie avec une admirable résignation à la volonté de Dieu.
Quelle fut la première croix de la trèssainte Vierge?
On peut dire qu'elle commença à souffrir, selon les sentiments naturels, lorsque, dès l'âge de trois ans, il lui fallut quitter ses »arenls, et se séparer d'eux pour se retirer dans le temple;, ce qu'elle fit pourtant avec une joie très-parfaite ; et on peut ajouter que ce ne lui fut pas non plus une petite peine lorsqu'on parla de la marier, puisqu'elle avait fait vœu de virginité perpétuelle; ce qui sans doute lui fut d'abord un sujet d'affliction, jusqu'à ce qu'il plut à Dieu de lui faire connaître que son mariage ne serait pas opposé à son vœu, qu'en épousant saint Joseph, elle ne perdrait pas sa virginité.
Quelle fut sa seconde croix?
Ce fut lorsque saint Joseph connut qu'elle était enceinte, et qu'ayant lieu de douter de sa pudicité, il voulut la renvoyer comme une adultère, ne sachant pas encore le mystère de l'Incarnation du Verbe éiernel ; cette peine fut grande à l'âme pure de la sainte Vierge, jusqu'à ce qu'il plut 5 Dieu de l'en
délivrer et d'envoyer un ange à saint Joseph, pour l'instruire de la vérité de la conception de Jésus-Christ par l'opération du Saint- Esprit.
Quelle fut sa troisième croix ?
Ce fut lorsque Hérode cherchait l'Enfant Jésus pour le faire mourir, et qu'il fallut s'enfuir en Egypte de nuit, pendant l'hiver, et les incommodités d'un long et pénible voyage, où son Fils eut beaucoup à souffrir, cette frayeur et les fatigues de son cher enfant ne lui furent pas un petit sujet de peine, non plus que le séjour de sept ans en Egypte hors la Judée, et parmi un peuple idolâtre et infidèle, éloignée de sa patrie, du peuple de Dieu et du temple de Jérusalem; enfin dans un exil bien rude.
Quelle fut sa quatrième croix ?
Ce fut lorsqu'elle perdit son Enfant bienaimé à l'âge de douze ans, et qu'elle le chercha trois jours sans le trouver. Quelle, affliction et quelle tristesse ne s'empara pas pour lors de son cœur! Cette séparation la fit extrêmement souffrir, comme elle s'en plaignit amoureusement à Notre-Seigneur quand elle l'eut recouvré.
Quelle fut sa cinquième croix?
Ce fut la mort de saint Joseph, qu'elle aimait selon Dieu beaucoup, et duquel elle se vit privée au temps même que son Fils commença de son côté à se séparer d'elle , pour aller prêcher l'Evangile.
Quelle fut sa sixième croix?
Hélas 1 c'est quand elle vit son Fils, si chèrement aimé, dans sa Passion; quand elle le considéra attaché en croix et mourant de douleur pour l'amour des hommes. Ce fut alors que le glaive de douleur transperça son âme et lui causa plus d'affliction et de douleur que tous les martyrs ensemble n'en ont jamais souffert. Quel cœur endurci ne serait attendri de voir alors la Vierge sainte noyée dans l'amertume et plongée dans un. abîme de tristesse ? Ah ! sainte Vierge , que vous avez souffert sans vous plaindre, et que nous avons d'impatience dans les moindres souffrances 1
La sainte Vierge n'eut-elle point de consolations en ce monde ?
Oui, Dieu qui partage la vie des saints par une admirable variété de tribulations et de consolations, ne manqua pas de lui donner beaucoup de sujets de joie et d'allégresse au milieu de tant de peines et d'angoisses dont elle fut assaillie.
Quelle fut sa première consolation?
Ce fut lorsqu'elle conçut le Verbe divin dans ses chastes entrailles, que la vertu du Très-Haut l'ombragea, et que le Saint-Esprit, ayant [iris du plus pur sang de cette Vierge, en forma un corps à Jésus-Christ , en sorte que, dès ce moment, elle fut mère, et conçut le Verbe incarné, ce qui ne se passa pas sans des sentiments inexplicables de l'amour divin.
Quelle fut la seconde allégresse de la trèssainte Vierge ?
Ce fut lorsque le Verbe incarné sortit de son sein, comme le rayon du soleil qui Ira-
ŒUVRES COMPLETES DE DE LA CHfcTARDlE.
verse un cristal, et qu'elle vit l'Enfant Jésus pisser de son sein entre ses bras, sans aucun détriment de son intégrité. Quelle joie n'eut-elle pas d'embrasser cet aimable Enfant, l'amour du ciel et de la terre, de le baiser et de le porter sur son sein? Sans doute qu'on ne peut s'imaginer cela , sans êlre persuadé que cette divine Mère fût comblée d'une douceur et d'une consolation infinie.
Quelle fut la troisième allégresse de la trèssainte Vierge ?
Ce fut lorsqu'elle vit les honneurs mystérieux qu'on rendit à l'Enfant Jésus, quand les pasteurs accoururent pour l'adorer; que les rois mages vinrent de l'Orient lui offrir leurs présents et lui faire hommage comme à leur Dieu ; et quand saint Siméon et sainte Anne, transportés d'un secret mouvement du Saint-Esprit, le reçurent dans le temple au jour de la Présentation, et dirent de si grandes merveilles de son cher Enfant, car toutes ces choses comblèrent cette aimable Mère d'une incroyable consolation.
Quelle fut la quatrième consolation de la sainte Vierge ?
Ce fut lorsqu'elle recouvra son bien-aimé Fils, et qu'après l'avoir perdu dans Jérusalem, et l'avoir inutilement cherché pendant trois jours, elle le trouva dans le temple assis au milieu des docteurs, dans une modestie admirable et faisant éclater lant de lumière, de grâce et de science, qu'il remplissait tout le monde d'admiration et d'élonnement; celui fut donc une grande joie de Je recouvrer pour lors et de ramener avec elle à Nazareth.
Quelle fut la cinquième consolation?
Sans doute ce fut le bonheur inestimable, dont elle jouit pendant trente ans, de posséder Jésus-Christ son Fils bien-aimé, de vivre avec lui dans une même maison , de le servir dans ses besoins, de recevoir de lui des marques de tendresse et d'obéissance et les devoirs qu'un fils doit à sa mère, de jouir «le la conversation du Verbe incarné; enfin de posséder celui qui fait la joie des saints, îles an^es et de Dieu même dans le ciel.
Quelle fut ta sixième consolation?
On peut dire que ce fut lorsqu'elle vit les grands miracles qu'opérait son Fils pendant les trois ans et demi de sa mission, les conversions merveilleuses qui se firent, le concours des peuples et toutes les autres merveilles qui éclatèrent pendant ces temps bienheureux de la prédication du Verbe éternel.
Quelle fut la septième consolation?
Ce fut lorsqu'elle vit Notre - Seigneur Jésus-Christ ressuscité, et qu'il lui apparut après êlre sorti du sépulcre. Quelle joie immense ne ressentit-elle pas, lorsque après la désolation où l'avait jetée la mort et Passion de son cher Fils , le bien-aimé de son cœur, elle le vit glorieux et ressuscité, victorieux de la mort et de l'enfer, et pour lors impassible et immortel.
Quelle fut sa huitième consolation ?
Ce fut lorsqu'elle vit Jésus - Christ, vrai
Dieu et vrai homme, monter visiblement au ciel . pour y régner à jamais.
Quelle fut la neuvième consolation de la sainte Vierge ?
Ce fut lorsqu'elle reçut le Saint-Esprit en langue de feu au jour de la Pentecôte, qui descendit sur elle avec une profusion immense de grâce et d'amour.
Quelle fut la dixième consolation de la sainte Vierge ?
Ce fut lorsqu'elle vit les grandes merveilles qu'opéraient les apôtres en vertu île son Fils , la conversion des nations à la foi , l'établissement de l'Eglise, la destruction de l'idolâirie et du règne du diable, par les mérites de la mortel Passion de son, Fils bienaimé.
Quelle fut la onzième consolation de la sainte Vierge ?
Ce fut lorsque le temps de son bienheureux trépas étant arrive, il lui fallut quitter cette vallée de larmes , pour s'aller unir éternellement avec Dieu, et voir pour toujours son bien-aimé Fils, sans crainte d'en êlre jamais séparée.
Quelle fut la douzième consolation de la sainte Vierge?
Ce fut lorsqu'elle se vit placée au-dessus des saints et des anges, dans un trône de gloire, au jour heureux de son Assomption ; et que son âme s'étant réunie à son corps, elle monta au ciel toute brillante de splendeur, où elle vit et rè^ne dans la gloire éternelle avec son Fils adorable Jésus -Christ Noire-Seigneur.
Quels sont les privilèges particuliers de la sainte Vierge ?
Il y en a neuf principaux, très-dignes d'être attentivement considérés.
Dites-les nous ?
1° D'avoir été prédite par les prophètes plusieurs siècles avant qu'elle vînt au monde, et même d'avoir été promise dès la création de l'univers ; 2° d'avoir été figurée dans l'ancienne Loi, comme par le buisson ardent que vit Moïse au, désert, par l'arche d'alliance, p.ir la verge d'Aaron, par la toison de Gédéon, etc.; 3" d'être née comme miraculeusement d'un père extrêmement avancé en âge et d'une mère stérile; 4° d'avoir été préservée du péché originel par une grâce prévenant tout extraordinaire, et ainsi sanctifiée dès le ventre de sa mère, et de tout péché actuel , de tout défaut et de toutes imperfections, et délivrée de la concupiscence et de la révolte des passions; enfin de n'avoir jamais agi que par grâce et vertu. O Dieul quel avantage, quel privilège, quelle sainteté, quel bonheur! 5° d'avoir eu dès le moment de sa conception immaculée l'usage de raison , qu'elle employa dès lors à aimer Dieu et à lui rendre tous les devoirs de religion dont son âme était capable; 6° le grand et singulier privilège de la très-glorieuse Vierge, et qui fut le fondement de tous les autres, est d'avoir conçu Jésus dans ses chastes entrailles par l'opération du Saint-Esprit, et de l'avoir enfanté et mis 'au monde sans détriment de sa virginité; c'est
C.3 SUPPLEM. AU CATECH. DE BOURGES, — SOMMAIRE DES VERITES DE LA FUI. G3*
li merveille des merveilles, et le privilège des privilèges; 7° et ainsi d'êlre la Mère de Dieu, et d'avoir Dieu pour son Fils , d'avoir eu Jésus-Christ commis à ses soins et soumis à ses ordres. Oh 1 quelle incompréhensible prérogative 1 quel bonheur inestimable, quel honneur immense 1 8° c'est d'être ressuscitée et montée au ciel en corps et en âme avant la résurrection générale ; 9° c'est d'être la Mère des fidèles, d'être le col de l'Eglise, par où passent et coulent toutes les grâces qui se distribuent dans le corps mystique de I Eglise, donl Jésus-Christ est le chef; d'êlre la Reine des anges et des hommes.
Que devez-vous particulièrement demander à la sainte Vierge?
Je dois particulièrement la prier de m'obtenir de son Fils une profonde humilité, une chasteté inviolable , une parfaite obéissance ; la grâce de me sanctifier, en faisant b en chrétiennement mes actions , d'en être secouru dans tous les périls de ma vie , et surtout à l'heure de ma mort.
Que voudriez-vous faire pour honorer la sainte Vierge?
Imiter ses vertus, et particulièrement sa pureté incomparable, son humilité, son obéissance, sa patience, son silence, sa charité, sa pauvreté, sa dévotion, sa vie labo-
rieuse, son oraison continuelle, en un mof, pratiquer les admirables vertus dont elle nous a donné l'exemple, et c'est à quoi nous exhorte la grand saint Ambroise dans le livre excellent qu'il adresse aux vierges.
Rapportez-nous les paroles de ce grand docteur.
Je veux, dit il, ô vierges I que vous ayez toujours décrite devant les yeux, comme dans un tableau, la virginité de la bienheureuse Marie et sa vie admirable, de laquelle, comme d'un miroir fidèle, rejaillit un modèle achevé de chasteté et un exemplaire parfait de vertu. C'est à ce merveilleux original do sainteté que vous devez conformer votre vie; ce sont ses exemples que vous devez suivre. La conduite de Marie est une école de vertu où vous devez apprendre ce que vous devez corriger en vous, ce que vous devez éviter et ce que vous devez faire. La dignité de la maîtresse que je vous propose vous doit être un engagement à l'écouter. En effet, qu'y a-t-il de plus éminent que la Mère d'un Dieu? Qu'y a-t-il de plus éclatant que celle que la Lumière même a choisie? Qu'y a-t-il de plus pur que celle qui a engendré un corps sans être infectée de la corruption des corps?