METHODE DE L'ORAISON MENTALE
A L'USAGE DES ECCLÉSIASTIQUES DU SÉMINAIRE DE MONSEIGNEUR L'ARCHEVÊQUE.
Qu est-ce que Voraison?
C'est une eievation.de notre esprit et de notre cœur à Dieu , 1° pour lui rendre nos devoirs ; 2° pour lui demander nos besoins ; 3° pour nous nourrir de ses célestes vérités.
Devons-nous suivre quelque méthode dans la méditation ?
La voie ordinaire des personnes spirituelles est d'en avoir une : car autant que l'exercice de la méditation est excellent, autant est-il nécessaire d'avoir quelque règle pour s'y bien conduire , afin de ne pas s'égarer dans un chemin où l'on ne se laisse que trop souvent aller aux illusions et aux tromperies de l'ennemi, et aux déguisements de notre propre esprit. Or, entre toutes les méthodes que plusieurs serviteurs de Dieu nous ont données dans ce siècle, celle que l'on va expliquer a paru très-utile, particulièrement aux ecclésiastiques.
1" partie. — La préparation de l'oraison.
Combieny a-t-il départies dans Voraison?
Il y en a trois, la préparation, le corps de l'oraison et la conclusion.
•-. Combien y a-t-il de préparations ?
Il y en a trois: la prépaiation éloignée, la préparation prochaine, et la préparation immédiate.
De la préparation éloignée.
En quoi consiste la préparation éloignée ?
En trois choses, 1" dans la pureté de cœur; 2"dans la mortification dos passions; 3" dans la garde des sens intérieurs et extérieurs.
En quoi consiste celle pureté de cœur ?
A être purifié: premièrement, du péché mortel, qui est un poids, un lien et une lèpre ; au lieu que la prière est une élévation et un entretien amoureux avec le céleste Epoux. En second lieu, de l'affection au péché véniel, espèce dépoussière spirituelle, qui sert d'obstacle à l'œil de l'âme, pour
Domine, doce nos orare. {Luc. xi, 1.) Sic ergo vos orabitis. (Matlli. vi, 9.)
voir clairement les divines vérités, et enfin de l'attachement aux créaturesqui distraient, occupent et fatiguent les puissances de l'âme.
En quoi consiste la mortification des passions ?
A réprimer les mouvements déréglés de la vaine joie, de la tristesse, de la colère, de l'amour, de la haine, etc.; car l'agitation qu'elles causent, est extrêmement opposée au calme qu'exige l'oraison.
En quoi consiste la garde des sens intérieurs et extérieurs ?
A chasser de la mémoire les idées inutiles des choses passées, et de l'imagination celles des objets absents ou futurs, possibles ou chimériques ; et à fermer ses yeux et ses oreilles aux vanités, nouveautés, curiosités, sa bouche au babil et à la sensualité, etc. Car les sens intérieurs, par les fantômes qu'ils forment au] dedans , et les sens extérieurs par ceux qu'ils rapportent du dehors, empêchent le recueillement intérieur. Ceux donc qui veulent profiter dans l'exercice de l'oraison, doivent se purifier du péché, contenir leurs passions, et veiller sur leurs sens; car une maison sans fenêtres fermées, est bientôt la retraite des oiseaux les plus immondes.
De la préparation prochaine.
En quoi consiste la préparation prochaine?
En trois choses aussi, 1° à prévoir dès le soir le sujet de l'oraison, et repasser encore le matin en s'habillant, les devoirs qu'il faudra rendre à Dieu, les considérations qu'il faudra faire, les résolutions qu'il faudra prendre; 2° à se tenir dans le silence et le recueillement depuis la prière du soir, jusqu'au lendemain après l'oraison; 3° à partir dès que l'heure de la faire est arrivée, et à aller avec joie et humilité donner le bonjour à notre Père, et recevoir ses ordres.
i;i;, METHODE DE L'ORAISON MENTALE
De la préparation immédiate.
Comment vous comportez-vous dans lu pré-
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parution immédiate?
1° Je me mets à genoux, je fais le signe de la croix, et je dis le Benedicta sit sancta, etc.; 2° un demi-quart d'heure après environ, je dis le Confneor, avec le Misereatur et 17»dulgentiam; 3° et peu après je dis le Veni, sancte Spiritus, etc., avec le verset et l'oraison, employant ainsi un quart d'heure environ à la préparation immédiate.
Que faites-vous depuis le « Benedicta sit, » etc., jusqu'au*^ Conjiteor. »
1° Je me mets en la présence de Dieu par un acte de foi, croyant fermement qu'il est présent partout, mais spécialement dans le lieu où on le prie, et présent dans le fond de o?on cœur, et aussi présent qu'il est présent au ciel au milieu des saints et des anges : son immensité le rendant plus intimement présent partout, que l'âme n'est présente à toutes les parties du corps, et l'eau de la mer, toule une éponge qu'elle pénètre. Je me remplis donc doucement et suavement de cette pensée que Dieu est ici présent.
2' Je fais un acte d'adoration; car comment faire attention qu'on est devant Dieu, et ne pas se prosterner en esprit devant lui? Je confesse qu'il est mon Créateur, et que je suis son ouvrage; que c'est lui qui m'a fait ce que je suis, qui me conserve, et qui peut me détruire ; je lui fais hommage de mon être et de ma vie, reconnaissant que je liens tout de lui, et accomplissant ce précepte autant que je le puis : Un seul Dieu tu adoreras et aimeras parfaitement.
3° Cette vue me porte à confesser que je suis indigne de le prier, et de paraître en sa présence, à cause de mes innombrables péchés, qui me rendent plus hideux et défiguré à ses yeux, que ne l'est un lépreux à ceux d'un grand roi, et que ne l'était l'enfant prodigue devant son père, lorsqu'il lui disait : J'ai péché contre Dieu et contre vous, je ne suis pas digne d'être appelé votre fils. (Lucxv, 18.) Je me tiens donc un peu éloigné d'une si sainte Majesté, me contentant d'imiter les lépreux de l'Evangile : Qui steterunt a longe, et levaverunt vocem, dicentes : Jesu prœceptor, miserere nostri (Luc. xvn, 13), ou de me joindre à celui, dont il est écrit : Et ecce leprosus veniens adorabat eum. (Matth. vin, 3.)
k° Comme- la pénitence est le seul remède au péché, je tâche d'en exciter les sentiments dans mon cœur, produisant un acte de contrition, ie plus parfaitement qu'il m'est possible, l'accompagnant d'un désir sincère de changer de vie, afin de me disposer par là à la prière, incompatible avec le péché. Iniquitatem siaspexi in corde meo,non exaudiet Dominus. C est pourquoi je récite le Con/iteor, non en courant et sans réflexion à ce que je dis, mais avec dévotion et humilité, avouant à la face du ciel et de la terre, devant Dieu, les anges, et les saints, que je
suis un grand pécheur, et demandant, humblement pardon et miséricorde.
Que faites- vous depuis le « Conftleor, » jusqu'au « Veni, sancte Spiritus. »
Je produis trois actes
1° Je m'unis à Jésus-Christ notre unique médiateur, sans lequel nous n'aurons jamais aucun accès auprès de Dieu, je confesse que par moi-même j'ai mérité d'être chassé pour une éternité de devant la face de Dieu, loin d'oser présumer d'en être exaucé, et qu'ainsi ce n'est pas en mon nom, ni fondé sur mes mérites, que je me présente à l'oraison; à Dieu i.e plaise que j'aie cette pensée, mais que c'est au nom de Jésus-Christ, que c'est par lui, et en lui que je prie, que j'espère d'être admis devant son Père, d'être souffert et écouté : Et conjungilur tibi Chrislus.
2° Je reconnais en toute humilité et vérité, que je suis incapable d'honorer Dieu, ou de me sanctilier dans la prière par moimême, et par mon piopre esprit, qui n'est qu'ignorance, illusion, ténèbres, distractions : non plus que par ma volonté, qui n'est aussi qu'amour-propre, glace, dureté; que je suis insuffisant par moi-même d'avoir la moindre bonne pensée, et la moindre affection pour le bien, si Dieu ne me la met dans l'esprit, et dans le cœur, ni de former une seule parole utilement, si Dieu ne me la met dans la bouche : Sicut oremus, nescimus.
3° J'invoque le Saint-Esprit, le priant de venir éclairer mon esprit, et échauffer ma volonté dans la méditation, et cela avec le plus de zèle et d'ardeur que je puis, lui demandant la grâce de me détacher de la terre, de m'élever au ciel, de chasser mes distractions, de me remplir de saintes pensées, et de me faire gémir dans la prière : Gemitibus inenarrabilibus. (Rom. vm, 26.) C'est dans ces seniiments que je récite avec le plus de dévotion qu'il m'est possible, le Veni, sancte Spiritus, etc.
Est-ce là en quoi consiste la première partie de l'oraison ou la préparation immédiate? Oui, la voilà tout entière ; on peut au reste produire ces sept actes un à un, tranquillement et affectueusement. On peutn'en produire que quelqu'un d'eux, quand on se sent attiré et touché de s'y arrêter, sans passer aux autres, le prolongeant et le faisant durer, tandis qu'on y ressent du goût, et que le cœur s'y trouve bien. Mais sans effort, ni contrainte, semblable à un homme, qui dans un fesiin ne mange pas de tous les mets, et mange posément. Ainsi la présence de Dieu occupe quelquefois longtemps certaines âmes, d'autres ne peuvent finir l'acte d'adoration,disantsans cesse avec saint François : « Qui êles-vous, Seigneur, et qui je suis? » ou avec l'Eglise : Dominum qui fecit nos, venite adoremus. Cependant, en cela comme dans les autres difficultés, il est bon de consulter celui qui nous dirige.
Que remarquez-vous en ces actes-là ?
Qu'ils se suivent tout naturellement, et
que l'un donne| naissance à l'autre : car comment prier sans commencer par nous mettre en la présence de Dieu, et nous prosterner devant lui, et nous reconnaître indignes de paraître devant une si grande Majesté, et d'être exaucés à cause de nos péchés, et par conséquent, comment ne pas recourir à la pénitence pour nous en punlier, et nous unir à Jésus-Christ, par qui seul nous sommes purifiés et écoutés, et ne pas ensuite voir notre impuissance et incapacité à faire oraison par nous-mêmes; et enlin, après ces vues, comment ne pas renoncer à nos propres lumières, pour invoquer celles du Saint-Esprit, et méditer utilement. Cela seul, n'estce pas une excellente prière, et avant d'être à la fin, ne sommes-nous pas déjà riches?
H* partie. — Du corps de l'oraison.
De quoi est composé le corps de l 'oraison ?
De trois parties, dont la première comprend l'adoration ou les devoirs, la deuxième les considérations, la troisième les résolutions.
§ 1. — De l'adoration ou des devoirs.
Pourquoi appelez-vous le premier point du corps de l oraison, adoration?
Parce que c'est en cette partie que nous rendons principalement nos devoirs à Dieu, et que l'adoration est un des principaux dont elle tire son nom. En second lieu, parce que nous adorons toujours en Dieu, ou en Notre- Seigneur, quelque chose du sujet de notre oraison. Car tout ce que nous pouvons méditer, se rapporte à ces six sortes de matières : aux attributs de Dieu, aux vertus de Jésus-Christ , aux mystères de la religion , aux vérités de l'Evangile, et obligations de notre état , aux exemples et vies des saints, aux vices et péchés. Si donc vous méditez une perfection de Dieu, son amour, sa bonté, sa miséricorde, sa sainteté, etc., adorezla en Dieu, avant de la considérer en ellemême. Il en est ainsi des vertus â l'égard de Jésus-Christ, de l'humilité, la chasteté, la charité, etc.
Et si je médite la vie d'un saint ?
Adorez d'abord Dieu qui est admirable en ses saints, et dont les chérubins ne peuvent supporter l'éclat de la sainteté, se fermant les yeux, et criant sans cesse : Saint, saint, saint, est le Seigneur Dieu des armées ; adorez Jésus-Christ le Saint des saints, de la plénitude duquel tous les saints ont reçu. Adorez la source dont ils sont les canaux, remerciez-le des grâces qu'il leur a faites, ayez en de la joie, etc.
Et si je médite une maxime de Y Evangile, par exemple : « Si vous ne faites pénitence, vous périrez tous » ? (Luc. xiu, 5.)
Adorez Jésus-Christ la Vérité incarnée, qui vous instruit lui-même; admirez l'exemple merveilleux de mortification et de souffrance qu'il vous a donné, etc.
Et si je médite sur l'enfer et sur le péché?
Adorez la justice de Dieu qui punit sévèrement les crimes et les péchés dont nous .aisons si peu de cas, l'extrême horreur, et
la haine irréconciliable qu'il a pour l'iniquité, etc.
Outre l'adoration, quels sont les autres actes qu'on peut produire, et les devoirs qu'on doit rendre à Dieu dans ce premier point du corps de l'oraison ?
Ils peuvent se réduire à six, que voici : l'adoration, l'admiration, l'amour, l'action de grâce, la louange, la joie, ou compassion ; car, si c'est, par exemple, sur la Passion que vous méditez, adorez Jésus-Christ en croix, admirez sa bonté, aimez un tel Rédempteur, remerciez-le de ce bienfait, louez un tel excès, réjouissez-vous de la gloire que Dieu en reçoit, compatissez à ses douleurs.
Et si j'ai quelque difficulté â trouver ce que je dois adorer dans mon sujet d'oraison ?
Vous pouvez adorer Dieu, ou Notre-Seigneur Jésus-Christ, comme source de toute lumière, vérité, sainteté, etc., en général, et indépendamment de tout sujet d'oraison en particulier, sans alors aller s'occuper avec inquiétude comment on trouvera l'adoration par rapport à la matière qu'on veut méditer. Que si vous faites attention à la pratique de l'Eglise, vous verrez qu'elle vous fraye ellemême le chemin dans lesinvitaloiresde son Office, où nous trouvons tous les jours : Begem aposlolorum Dominum venite adoremus. Nativilalem Virginie Mariœ celebremus, Christum ejus Filium adoremus Dominum
Christum Dominum ascendentemin cœlum, venite adoremus, etc.
Christum natum, qui bealum hodie coronavit Stephanum, venite adoremus.
Beatus Laurentius, Christimartyr, triumphat coronatus in cœlis : venite adoremus Dominum.
Venite adoremus Begem regum: cujus hodie ad œthercum Virgo Mater assumpta est in cœlum.
Laudemus Deum nostrum in confessione beati Martini. Ainsi, dans la première partie de l'oraison, ou la préparation, nous adorons Dieu comme créateur et auteur de la nature; et, dans la première partie du corps de l'oraison, nous l'adorons comme auteur de la grâce et de la sanctification.
Est-il nécessaire de parcourir toujours ces six devoirs, et de les parcourir dans cet ordre ?
Cela est bon, mais non absolument nécessaire, et l'on peut s'abandonner aux affections que Dieu donne, et répéter souvent celles où l'on trouve quelque attrait du Saint-Esprit.
Que faites-vous ensuite de ces devoirs ?
Je passe au second point de l'oraison , ou aux considérations.
§ IL — Des considérations.
Pourquoi appelez-vous le second point du corps de l'oraison, considérations ?
Parce que nous y considérons les motifs et raisons qui découvrent l'importance de la vertu que nous méditons , et le besoin que nous en avons, ou l'excellence du mystère proposé.
C4î) SUPPLEMENT AU CATECH DE COURGES. — METHODE UE L'ORAISON MENTALE. 6S0
Suffirait -il dans ce point de demander à Dieu cette vertu ?
Non; il faut, poumons exciter à la demander avec plus de ferveur : 1" nous bien convaincre de son importance et de sa nécessité ainsi qu'on vient de dire; 2° faire réflexion sur nous-mêmes, afin de connaître clairement qu'elle nous manque ; 3° la demander à Dieu avec instance.
Des trois principaux actes qui remplissent la seconde partie du corps de l'oraison.
Il y a donc trois choses à faire dans ce point ?
Oui, la conviction, la réflexion, la demande.
Pourquoi la conviction ?
Parce qu'étant convaincus de l'importance et de la nécessité de la vertu, nous la demandons ensuite avec beaucoup plus de ferveur. On néglige souvent de demander, ou on ne demande que fort froidement les choses que l'on ne croit pas bien importantes, et dont on ne se persuade pas d'avoir un grand besoin.
Pourquoi la réflexion sur soi-même ?
Parce qu'encore que nous soyons bien convaincus de l'importance d'une vertu, nous ne la demanderions pas encore avec toute la ferveur que nous devrions , à moins que de connaître clairement qu'elle nous manque; or c'est ce que nous découvrons par cette réflexion sur nous-mêmes.
Pourquoi la demande ?
Parce qu'il serait fort inutile de se convaicre de l'excellence et de la nécessité d'une vertu, et de confesser qu'on ne l'a pas, si on ne la demandait avec d'autant plus de ferveur, d'instance et de persévérance, qu'on reconnaît que celui à qui nous la demandons, est seul capable de nous la donner: niais il est bon d'expliquer plus en particulier chacun de ces trois actes.
De la conviction.
Que faut-il faire pour se convaincre ?
Il faut considérer les raisons et les motifs qui nous obligent à avoir et à pratiquer la vertu , ou la perfection sur laquelle on médite.
D'où tirez-vous ces raisons et ces motifs ?
Du sujet d'oraison que l'on a lu ou entendu le soir précédent.
De quelle sorte faites-vous cette considération ?
Je la fais en plusieurs manières, ou parune vue simple de foi, en représentant seulement en gros ces motifs à mon esprit ; ou par une sorte d'examen, les parcourant doucement I un après l'autre, ou par un raisonnement tranquille et religieux.
De la réflexion.
Comment faites-vous la réflexion sur vousmême ?
En repassant sur mes pensées, sur mes paroles et sur mes actions, pour voir la part que j'ai, ou l'éloignement dans lequel je suis de celte perfection, de la grâce du
OEUVRES COMFL. DE DE LA ChETARDIE
mystère, ou de la vertu que j'ai adorée en Jésus-Christ, de l'importance de laquelle je viens de me convaincre.
De quelles affections doit être accompagnée celle réflexion?
De trois principales : 1° de regret pour le passé, d'avoir été si éloigné dê'cette perfection à laquelle nous sommes obligés, et dont Jésus-Cbrist nous a montré l'exemple; 2° de confusion pour le présent dans la vue do notre misère, de notre pauvreté, rougissant de honte devant Dieu, de nous voir si dissemblables, si éloignés et si contraires à ce que Notre-Seigneur demande de nous; 3° de désir pour l'avenir, souhaitant ardemment de sortir de cet état; et pour cela il faut passer à la troisième chose que nous avons à faire dans cette partie du corps de l'oraison , qui est la demande, priant Dieu de nous accorder telle grâce, telle vertu, etc.
De la demande.
De quelles conditions doit être accompagnée notre demande?
De trois, car nous devons demander avec instance, humilité, confiance.
Ne peut -on pas alléguer amoureusement à Dieu quelques raisons par lesquelles il soit, mû à accorder nos requêtes, et nous faire miséricorde ?
On le peut, et celte pratique est excellente.
Quelles sont les principales de ces raisons et des motifs qu'on peut prendre?
On peut, entre les autres, lui présenter humblement, 1° que c'est sa volonté; 2° que ce sera sa gloire; 3° qu'il ne souffre pas, dans son Eglise qu'il chérit tant, une personne si imparfaite; k° qu'il ait égard que nous communions si souvent, et que son Fils, l'aimable objet de toutes ses complaisances, qui pendant sa vie a toujours cherché si fidèlement sa gloire aux dépens même de la sienne propre dont il lui a abandonné le soin, sera si peu glorifié en nous, et si mal reçu dans notre cœur; 5" surtout les plus efficaces sont de lui représenter sa bonté, sa libéralité infinie, les mérites de son Fils, ses promesses et sa parole dans l'Ecriture.
Est-il bon d'employer la faveur de la trèssainte Vierge, de notre ange gardien, de nos patrons et d'autres saints auxquels nous avons dévotion particulière, comme aussi de celui qui nous est échu dans le billet du mois que l'on nous donne?
Oui, cela nous servira beaucoup, et nous le devons souvent pratiquer.
Ne peut-on pas encore demander quelque autre vertu que celle sur laquelle nous faisons oraison ?
On le peut, et il est bon de le faire, et do demander en cet endroit tous nos antres besoins, ceux de l'Eglise et des personnes pour lesquelles nous avons quelque obligation particulière de prier.
§ III. — Des résolutions.
En quoi consiste le troisième point du corps de l' oraison?
ŒUVRES COMPLETES DE DE LA CMETARDiE.
A former des résolutions de vivre moyennant la grâce de Dieu, conformément aux lumières qu'on a eues dans l'oraison.
Sur quoi doit-on ordinairement faire ses résolutions?
Sur les moyens qu'on doit embrasser, et les obstacles qu'on doit surmonter pour parvenir à la vertu qu'on désire, ou pour vaincre le vice qu'on appréhende.
Après avoir pris ses résolutions, que faut-il faire ?
Il faut entrer dans la défiance de soi-même, et dans une entière confiance en Jésus-Clnist, reconnaissant que nous ne les pouvons accomplir qu'en sa vertu.
Quelles qualités doivent avoir nos résolutions pour être bonnes ?
Elles en doivent avoir six principales, elles doivent être particulières, présentes, efficaces, humbles, pleines de confiance, et fréquentes.
IIIe partie. — De la conclusion de l'oraison.
Que faites-vous après avoir ainsi formé vos résolutions ?
Je passe à la troisième partie de l'oraison, qui est la conclusion.
En quoi consiste cette dernière partie?
Elle consiste en trois choses : 1° remercier Dieu de nous avoir souffert en sa sainte présence, et des grâces qu'il nous a faites dans l'oraison ; 2° à le prier qu'il nous pardonne nos fautes et nos négligences dans un si saint exercice, et qu'il bénisse nos résolutions, la journée présente, noire vie et notre mort; 3" à faire le bouquet spirituel.
Qu'appelez -vous faire le bouquet spirituel?
C'est prendre une ou deux pensées qui nous ont touchés davantage dans notre méditation, et que nous croyons devant Dieu nous être les plus utiles, pour les rappeler souvent pendant lajournée, et nous en servir connue d'oraison jaculatoire, pour nous élever à Dieu et nous unir à lui, comme nous voyons les personnes du monde qui, étant dans un beau jardin émaillé de fleurs, n'en , sortent point qu'elles n'aient à la main une fleuroudeux, qu'elles sentent souvent après être sorties de ce jardin.
Il faut, en disant le Sub tuum praesidium, mettre le tout entre les mains de la trèssainte Vierge.
APPLICATION DE LA MÉTHODE PRECEDENTE A UN SUJET D'ORAISON EN PARTICULIER.
Après avoir donné des règles et une méthode pour faire i oraison mentale, il a semblé utile d'en faire voir l'application à quelque sujet particulier, afin de faciliter de plus en plus l'usage d'un exercice si saint et si né~ cessaire.