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MÉDITATION SUR L'AFFAIRE DO SALUT

Nous ferons aujourd'hui notre oraison sur la grande affaire du salut, et nous nous convaincrons de l'obligation que nous avons d'y travailler sérieusement.

Ire partie. — Préparation immédiate.

On commence l'oraison par ces paroles latines, que l'on prononce avec dévotion.

Innomine Patris, et Filii, et Spirilus sancti. Amen.

Mettons-nous enta présence de Dieu par un acte de foi.

Mon Dieu, je crois fermement que vous êtes ici présent, et présent dans le fond de mon cœur, et aussi véritablement présent que vous devez être présent dans le ciel au milieu des anges et des saints.

Faisons un acte d 'adoration.

Souveraine majesté de mon Dieu, devant qui tout l'univers n'est qu'un peu de poussière, je me prosterne devant vous, reconnaissant que vous êtes mon Créateur et que je suis votre créature, et en cette qualité vous faisant hommage de mou être et de ma vie.

Reconnaissons notre indignité à paraître devant Dieu.

Je confesse, mon Dieu, que je ne suis pas digne de paraître devant votre majesté sainte, à cause de mes innombrables péchés et de mes méchantes inclinations, qui rendent mon âme plus défigurée et plus hideuse à vos yeux, qu'un lépreux ne l'est aux yeux d'un grand roi.

Excitons-nous à la contrition.

Je suis fâché, ô mon Dieu, de vous avoir offensé, parce que vous êtes infiniment bon et infiniment aimable, et que le péché vous déplaît, qu'il vous déshonore, et qu'il m'éloigne de vous. Il est bien temps que je me convertisse et que je fasse pénitence.

Confiteor Deo, etc. Misereatur, etc. Jnduigentiam, etc.

On récite encore ces prières en latin, les accompagnant d'un vrai sentiment de pénitence.

Unissons-nous à Notre -Seigneur Jésus- Christ, pour bien faire notre oraison.

Ce n'est pas en mon nom, ô mon Dieu, ni appuyé sur mes propres mérites, que j'ai la hardiesse de paraître aujourd'hui devant vous, et de vous adresser ma prière. C'est au nom de votre Fils bien-aimé, Notre-Seigneur Jésus-Christ, c'est par lui que je vous prie, c'est en son nom, c'est en son esprit, c'est dans sa vertu; je me couvre de sa grâce, de ses mérites et de son sang précieux pour paraître devant vous, comme Jacob se revêtit de la robe d'Esaù pour paraître devant son père et obtenir sa bénédiction.

Reconnaissons notre insuffisance et notre incapacité à bien faire notre oraison par nous-mêmes.

Je reconnais, ô»mon Dieu, que je ne puis par moi-même avoir aucune bonne pensée, ni proférer aucune parole qui vous soit agréable, il faut qu'elle vienne de vous. Je ne suis qu'ignorance, qu'impuissance, qu'erreur et que dissipation, la foi me l'apprend, et l'expérience m'en convainc. Il est donc bien juste, ô mon Dieu, que je renonce âmes propres lumières et a mon propre esprit,

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pour me livrer au vôtre, afin de vous prier comme il faut.

In roquons le Saint-Esprit, afin de bien faire notre oraison.

Venez, Esprit-Saint, éclairer notre esprit de vos lumières, venez échauffer notre cœur du feu de votre amour. Venez nous détacher de la terre ; venez nous élever vers le ciel ; venez nous recueillir, nous unir à vous, nous transformer en vous. Yeni, sancte Spiritus, replc tuorum, etc. Oremus, etc. On dit celle antienne et cette oraison le plus affectueusement qu'on peut.

Voilà la première partie de notre méditation, c'est-à-dire les actes que nous devons faire dans la préparation immédiate : Présence de Dieu, adoration, vue de notre indignité à paraître devant Dieu à cause de nos péchés, contrition et pénitence. Union àNotre- Seigneur pour prier et paraître devant son Père, aveu de notre incapacité à prier par nous-mêmes, invocation du Saint-Esprit. Ils sont toujours les mêmes, quelques différents sujets d'oraison que nous prenions. Il n'est pas nécessaire de se servir des mêmes paroles: c'est un modèle, il suffit d'en avoir le sentiment dans le cœur, mais il les faut produire paisiblement, avec attention, avec goût, avec onction, et mettre un peu d'intervalle de l'un à l'autre.

11e partie. — Le corps ordinaire de l'oraison.

Rappelons à présent le sujet de notre méditation, nous le devons faire sur l'obligation que nous avons de travailler sérieusement à notre salut.

Le corps de l'oraison a trois parties, suivant notre méthode. La première se nomme adoration, ou devoirs. La seconde, considérations; la troisième, résolutions.

§ 1. — Adoration ou devoirs.

Adorez Jésus-Christ en qualité de votre Sauveur, admirez sa bonté dans le rachat du genre humain; louez-le d'une si grande miséricorde; remerciez-le d'un si grand bienfait; aimez ce divin Rédempteur; réjouissez-vous du grand bonheur qu'il vous procure, compatissez aux souffrances que l'œuvre de votre salut lui a coûtées ; et dites-lui avec l'Eglise : Laudamus le, benedicimus te, adoramuste, gralias agimus tibi.

Faites ces actes paisiblement, doucement, suavement, amoureusement. Ou si un seul vous suffit et vous occupe assez, prolongez-le autant que votre attrait durera, et qu'il vous tienne lieu de tous les autres.

Adoration. — Je vous adore, ô Jésus attaché en croix, je me prosterne devant vous, comme devant le réparateur démon être, et le Sauveur de mon âme.

Admiration. — Ah ! quel excès de charité, voir un Bieu mourir pour l'homme 1 Qui ne l'admirera s'il le considère 1 qui ne s'en étonnera 1 qui ne s'en effrayera 1 qui ne s'écriera : O amour incompréhensible! ô bonté ineffable 1 ô miséricorde inconcevable!

Louange. — Donnez-moi, Seigneur, une langue et un cœur pour publier vos miséri-

cordes, et pour vous dire que vos bontés sont immenses, que vos miséricordes sont infinies, qu'à vous seul appartient honneur, gloire et respect.

Remercîment. — Je vous rends grâces, et je vous les rendrai éternellement, ô mon divin Sauveur de ce que, par un pur effet d'une charité incomparable, vous avez voulu me racheter et me délivrer de la tyrannie du diable, de l'esclavage du p^ché, et des peines de l'enfer. Soyez-en béni à jamais.

Amour. — Que je vous ai connu tard, 6 beauté si ancienne et si nouvelle ! que je vous ai aimé tard 1 faites que je puisse dire véritablement avec^saint Pierre : Seigneur, vous savez que je vous aime. (Joan. xxr, 15.)

Joie. — Qui ne se réjouira quand il considérera que, par le mérite infini du sang du Sauveur, il est devenu enfant de Dieu, héritier du paradis, cohéritier de Jésus- Christ , transféré du règne de Satan au règne de Dieu : Ecce ego evangeiizo vobis gaudium magnum, quia natus est vobis Salvator, qui est Christus Dominus. (Luc. n, 10.) C'est le premier sentiment que l'incarnation du Verbe inspira aux anges et aux hommes.

Compassion. — Mais hélas! que cette joie est modérée par la douleur, quand je vous considère, ô mon Rédempteur, au milieu des souffrances et des peines, consommer l'œuvre de mon salut.

Il est aisé, quand on est un peu touché de Dieu, de se laisser aller à ces sentiments, et de s'animer à les produire affectueusement, et quand on ne ferait que se dire souvent à soimême au fond de son cœur .-Adoration, admiration, louange, remercîment, amour, joie, compassion, il est difficile qu'on n'en ressente de fortes impressions. Voilà quel doit être le premier point de l'oraison.

Considérations.

La volonté étant déjà échauffée par les actes précédents, on passe au second point du corps de l'oraison, c'est-à-dire aux raisons ou motifs qui doivent occuper l'esprit dans l'orai~ son, et le convaincre du sujet qui a été proposé à méditer. C'est ce qu'on appelle conviction, qui doit être suivie de la réflexion et de la demande.

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