CHAPITRE IV
Préparatifs mystérieux aux visions de l'Apocalypse.
SOMMAIRE. — I. Le ciel s'ouvie et saint Jean y est t'ansporté en esprit pour apprendre les secrets
qui doivent arriver dans la suite des siècles. IL Il voit le souverain Juge assis dans un trône de gloire, environné d'un iris lumineux , c'est le Saint-
E-piït, et de vingt-quatre vieillards, qui représentent l'ancien et le nouveau peuple, le nombre de
douze étant également sacré dans la Synagogue et dans l'Eglise.
III. Devant le trône paraissent sept auges préposés au gouvernement 'de l'univers. Quatre animaux mystérieux, tous parsemés d'yeux ou de lumières prophétiques, destinés à introduire l'apôtre dans l'intelligence des secrets divins, et qu'oulieles quatre évangélistes, on conjecture encore représenter Abraham, Moïse, David et Elie. Un globe comme de cristal, ligure l'univers entier, qui comparaît ainsi que l'ouvrage devant son ouvrier, elle criminel devant son juge.
IV. La Trinité se déclare : Dieu le Père paraît dans le trône, adoré par les patriarches, comme l'Ancien des jours ; le Fils paraîtra dans un moment sous la ligure d'un agneau immolé ; < t le Saint-Esprit sous celle d'un iris lumineux qui environne le troue; ainsi qu'on verra encore plus distinctement à la lin du chapitre suivant.
1. Post hœc vidi, et ecce ostium apertum in cœlo : et vox prima quam audivi, lanquam tube loquenlis mecum, dicens : Ascende hue, et oslendam tibi quœ oportet fieri post haec.
2. El slatim fui in spiritu. Et ecce sedes posita erat in cœlo, et super ,sedem sedens.
3. Et qui sedebat similis erat aspectui lapidis jaspidis et sardinis, et iris erat in circuilu sedis, similis visionis smaragdinœ.
k. In circuitu sedis sedilia viginti quatuor, et super thronos viginti quatuor seniores sedentes, circumamicti vestimentis albis, et in capitibus eorum coronœ aureae.
5. Et de throno procedebant fulgura, et voces, et tonitrua, et septem lampades ardentes anle thronum, qui sunt septem spiritus Dei.
G. Et in conspectu sedis tanquam mare vilreuin simile crystallo : et in medio sedis, et in circuilu sedis quatuor animalia plena oculis ante et rétro.
7. Et animal primtim simile leoni, et secundum animal simile vitulo, et terlium
1. Après cela, je vis une porte s'ouvrir dans le ciel, et la première voix que j'avais ouïe, et dont le son était comme celui d'une trompette, me dit : Montez ici haut, et je vous montrerai les choses qui doivent arriver ci-après.
2. Et aussitôt je fus ravi en esprit, et je vis au même instant un trône placé dans le ciel, où quelqu'un était assis.
3. Et celui qui était assis paraissait semblable à une pierre de jaspe et de sardoine, et il y avait autour du trône un arc-en-ciel qui paraissait semblable à une émeraude.
k. Et aulour de ce trône il y en avait vingt-quatre autres, sur lesquels étaient assis vingt-quatre vieillards, velus de robes blanches, qui portaient sur leur tête des couronnes d'or.
5. Et il sortait du trône des éclairs, des voix et des tonnerres, et il y avait sept lampes ardentes devant le trône, qui sont les sept esprils de Dieu.
G. Et devant le trône il y avait comme une merde verre, semblable au cristal, et devant le trône et à l'entour, il y avait quatre animaux pleins d'yeux devant et derrière.
7. Et le premier animal était semblable à un lion, et le second était semblable à un
veau, et le troisième avait le visage d'homme, et le quatrième ressemblait à un aigle volant.
8. Et chacun de ces "quatre animaux avait six ailes, et ils étaient pleins d'yeux au dehors et au dedans, et ils n'avaient point de repos jour et nuit, disant : Saint, saint, saint, le Seigneur Dieu tout-puissant, qui était, ()ui est, et qui doit venir.
9. Et lorsque ces animaux rendaient gloire, honneur et bénédiction à celui qui était assis sur le trône, qui vit aux siècles des siècles.
10. Les vingt-quatre vieillards se prosternaient devant celui qui était assis sur la troue ,[el ils adoraient celui qui vit dans les siècles des siècles, et ils jetaient leurs cou- -onnes devant le trône, en disant :
11. Vous êtes digne, ô Seigneur notre Dieu, de recevoir gloire, honneur et puissance, parce que vous avez créé toutes choses, et que c'est par votre volonté qu'elles subsistent et qu'elles ont été créées.
animal habeus faciem "quasi hominis , et quartum animal simile aquilœ volanti.
8. Et quatuor animalia, 'singula eorum habebant alas senas, et in circuitu et intus plena sunt oculis, et requiem non habebant die ac nocte, dieentia : Sanctus, sanctus, sanctus Doniinus Deus omnipotens , qui erat, et qui est, et qui venturus est.
9. Et cum darent illa animalia gloriam et honorem, et benedictionem sedenli super thronum, vivent! in seecula seeculorum.
10. Procedebant viginti quatuor seniores ante sedentem in throno, et adorabant viventem in seecula seeculorum, et mittebant coronas suas ante thronum, dicentes ;
11. Dignus es, Domine Deus noster, accipere gloriam, et honorem, et virtutem, quia tu creasti omnia , et propter volunlatem tuam eranl, elcreata sunt.
EXPLICATION
1. Après cela jevis, et voilà une porte qui s'ouvrit tout d'un coup dans le ciel.
C'est ici l'ouverture et l'entrée à la révélation de l'état futur de l'Eglise, et de ce qui doit arriver dans la suite des temps.
Et la première voix, qui m'avait parlé avec un son semblable à celui d'une trompette. Comme à la tin du monde Dieu déclarera la guerre aux impies, et armera la créature pour servir d'instrument à sa vengeance, la découverte des signes qui la précèdent, s'en fait fort à propos par le son d'une trompette, célèbre signal de la résurrection, et du jugement dernier, et dont le bruit excite naturellement l'attention. Les Juifs s'en servaient pour annoncer les fêtes , pour convoquer le peuple, et pour s'animer au combat : or c'est ici la grande fête du monde, l'assemblée du genre humain, et le jour des combats du Seigneur.
Et cette voix me dit: Montez ici , et je vous ferai voir ce qui doit arriver ci-après. C'était donc l'histoire des choses qui devaient arriver dans la suite des temps, que saint Jean allait écrire dans son Apocalypse, qui , sous des emblèmes obscurs, cache un nombre iniini de mystères futurs, disait saint Jérôme ci-dessus. Infinita futurorum mysteria continentcm.
Q2. El en même temps je fus ravi en esprit, et je vis d'abord un trône dressé dans le ciel où quelqu'un était assis.
Tel est l'appareil du jugement, où plutôt du Juge souverain, séant en son lit de justice, devant le tribunal duquel toute créature doit comparaître.
3. Et celui qui était assis paraissait de la couleur d'une pierre de jaspe et de sardoine.
Le jaspe signifie l'eau dont il porte la couleur; et la sardoine le feu dont elle imite le brillant : pournous apprendre parce double
éclat, que .celui dont il rejaillit a jugé le monde premièrement par l'eau, et qu'il le jugera enfin par le feu, dit le vénérable Bède, et avant lui saint Victorin. De plus, cette pierre où le feu brille, marque l'homme terrestre et céleste en Jésus-Christ, l'humanité unie à la Divinité : éclat qui rejaillissait de son visage, lors même qu'il était sur terre. Son air avait quelque chose de céleste et de divin, dit saint Jérôme dans son épître 140 à la vierge Principia ; et dans son premier livre sur saint Matthieu, il assure que l'éclat et la majesté de la Divinité cachée brillait dans son visage. Mais que doit-on en attendre dans la gloire ? Joignez à cela que le jaspe est la première pierre fondamentale de la Jérusalem céleste, épouse de l'Agneau, dont saint Jean nous décrira la magnificence au chapitre xixc : Jaspidis color aquam, sardis ignem significat : quibus duobus judicium novimus celebrari : sicut enim, inquit, in diebus Noe, ita erit et adventus F ilii hominis. Jaspidis aquœ color est; sardii, ignis : duo judicia unum jam consummalum, incataclysmo per aquam, aliud consummandum per ignem. Jaspis aquœ colorem habet, et snrdius ignis, in his duobus lapidibus duo judicia inlelliguntur, unum quod jam per aquam factum est in diluvio, aliud quod erit per ignem in consnmmatione swculi. Quid per jaspidem nisi divinilas medialori nostro. Ilabebat in vultu quidam oculisque sydereum. Fulgor et majestas divinilatis occultœ in humana facie relucebat. Fundamentum primum jaspis.
(Buda, ibid.; S. Victor.; S. Auu., houi. 2 in Apoc. xxi, 19.)
Et il y avait autour du trône un arc-enciel, qui semblait de couleur d'émeraude : C'est le Saint-Esprit selon les Pères , ainsi qu'on verra h la fin du chapitre suivant: mais d'adleurs l'arc-en-ciel étant le mémorfa! du
L'APOCALYPSE EXPLIQUEE
au
châtimentdont Dieu punit les hommes quand il les submergea dans les eaux du déluge, elle signe de l'alliance qu'il contracta pour lors avec eux, paraît ici avec raison devant le trône du même Juge, qui doit les châtier par le feu pour la dernière fois. En effet, comme enseigne saintGrégoire, l'arc en-ciel qui est rouge, et qui se forme sur la nue, porte la couleur de l'eau et du feu tout ensemble : car il est en partie bleu, et en partie rouge, et non sans raison, puisqu'il doit être témoin de l'un et de l'autre jugement, de celui qui fut fait lors du déluge, et de celui qui se fera à la fin du monde. C'est la remarque de ce grand Pape et docteur de l'Eglise vers la fin de son Homélie huitième, sur le prophète Ezéchie! : In arcu eadem color aquœ et ignis , simul ostenditur, quia ex parte est cœruleus, et ex parte rubicundus, ut utriusque judicii lestis sit, unius videlicet facti et allcrius faciendi.
k. Et autour du trône il y avait vingt-quatre trônes, sur lesquels vingt-quatre vieillards étaient assis , vêtus de robes blanches, et portant des couronnes d'or sur leur tête.
Ce sont les assesseurs de ce grand Juge, qui promit aux apôtres de les associer à cette qualité résidente en lui souverainement, et de les faire asseoir sur des trônes pour juger les douze tribus d'Israël : « otje pense que c'est de ces trônes dont il est ici parlé, dit saint Jérôme. Cet habit blanc marque leur innocence et leur gloire , l'équité «lu jugement qu'ils porteront, et la sainteté qui les environnera comme un bouclier inexpugnable. » Celte couronne d'or sur leur tête fait voir les victoires qu'ils ont remportées sur le diable, le monde et la chair; leur participation a la royauté de Jésus-Christ, et l'autorité qui les relève audessus de ceux qui paraîtront devant leur trône, comme leurs sujets et leurs justiciables. Ils sont vingt-quatre, c'est-à-dire, que douze représentent, selon les Pères, la Synagogue des Juifs, et les douze autres l'Eglise des nations : Sunt autem viginti quatuor, patres, duodecim apostoli et duodecim patriarchœ, qui toutes deux réunies dans le ciel, ne forment plus qu'une même chambre de justice, pour parler ainsi, et un même corps, dont Jésus-Christ est le président et le chef. Hos tronos esse reor de quibus in Evangelio legimus : Sedebitis super thronos duodecim, judicantes duodecim tribus Israël. Throni quos vidit Daniel, hi mihi videntur esse quos Joannes vigenti quatuor thronos nuncupat. Ecclesiamper geminum testamentum, de patriarchis et apostolis generatam , in viginti quatuor sedilibus cernit. Xumerus duodenarius sacramentum universitatis est. (S. Hier. in Dan. vu; Keda.)
5. Et il sortait du trône des foudres, des voix et des tonnerres.
Cet éclat et ce bruit qui rendront formidable aux pécheurs ce tribunal terrible, est semblable à celui que font les appariteurs ou les huissiers et gardes, quand ils frémissent autour d'un juge irrité pouratlirer la crainte, le silence, le respect, l'attention. Terruit
in antiqua legeper fulgura. Loquilur in nova per Evangelicas voces : comminuet injudicio per tonilrua. (S. Victor.)
Et il y avait devant le trône sept lampes allumées, qui sont les sept esprits de Dieu.
E'Ecrilure parle souvent de sept anges figurés parce célèbre chandelier du temple ancien, qui sont devant le trône de Dieu, et qui ont une intendance particulière sur le gouvernement de l'univers, ainsi qu'il est écrit ci-après : qu'ils présentent les prières et les bonnes œuvres des hommes à Dieu, comme on voit dans ïobie, et par conséquent qui doivent être appelés spécialement pour assister au dernier jugement. Seplem spiritus missi in omnem terrain. Seplem sunt angeli quorum est maxima polenlia, primogeniti angelorum , principes per quos Dcus omnibus providet. (S. Clem., loc. cit.)
G. El devant le trône était encore comme une. mer aussi claire que du verre, et semblable à du cristal.
C'est l'univers entier ou le globe du ciel et de la terre , qui paraît comme l'ouvrage devant son ouvrier, et comme le criminel devant son juge: il sera dans ce jour transparent aux yeux clairvoyants du Soleil de justice, qui le pénétreront comme les rayons du soleil visible percent un faible cristal, et dont la lumière se répandra jusqu'aux plus sombres endroits, sans que rien se puisse dérober à une vue si vive. Le firmament, à l'égard de ceux qui le voient d'en bas, ressemble à du cristal , Firmamentum his qui deorsum sunt, habet similitudinem cryslalli, dit saint Jérôme. ( Ezech. il) C'est ainsi que Dieu apparut autrefois sur le mont Sinai à Moïse, et aux anciens du peuple d'Israël : ils virent le Seigneur, ayant sous ses pieds comme un globe de cristal ou de saphir , semblable au ciel quand il est serein : « Viderunt Deum Israël, et sub pedibus ejus quasi opus lapidis saphirini, et quasi cœlum cum serenum est. (Exod. xxiv, 10.) Ascendit super omnes cœlos. (Eph. îv, 10.) Sedet in excelsis. Excelsior cœlis factus. (Ilebr. i, 3; vu, 26.)
On verra encore ci-après comment'mare vitreum, ou cette merde cristal, se doit entendre du globe céleste, et de la surface du lirinaruent, où saint Paul représente Jésus-Christ assis, et où est le séjour des bienheureux. Et je vis comme une mer de verre mêlée de feu, et ceux qui ont vaincu la bête et son image, se tenant debout sur la mer de verre, ayant des harpes de Dieu : « Et vidi lanquam mare vilreum mistum igné, et cos qui vicerunt bestiam et imaginent ejus stantes supra mare vilreum hubentes cytharasDei. Ut nullum membrorum aspiceres , quod oculos luminis non haberet... id est, nihil esse in Evangcliis, quod non luceal , et splendore suo mundum illuminet, ut eliam quœ parva putantur et vilia, spiritus sancli fulgcanl majestate. (S. Hier., in Ezech. i.) Dicisitque aquas quœ erant sub firmament o, ab his quœ erant super firmamentum. Aquœ omnes quœ super cœlos sunt.» (G en 1,7.) Saint Benoit eut une semblable vision du ciel et de la terre en un seul globe, à peu près semblable à celle-ci,
au rapport de saint Grégoire, et il ne faul pas s'étonner que ce globe paraisse ici comme une mer de cristal, puisque l'Ecriture nous apprend que Dieu, dans la création de l'univers, a mis un Océan immense d'eaux au-dessus du firmament, qui sans doute sont infiniment plus pures et plus cristallines que les sublunaires. Per mare vitreum aquœillœ [intelligi possunt) quœ secundum Psalmistam super cœlos firmatœ,hominiprorsus insuper cognitœ et inaccessœ sunt, dit AndrédeCésarée.
Et au milieu du trône et à l'entour, il y avait quatre animaux pleins d'yeux devant et derrière.
D'où il s'ensuit qu'ils n'avaient rien en eux qui ne fût lumineux, dit saint Jérôme, interprétant cette vision des quatre évangélistes, sans néanmoins, ajoute t-il, exclure les autres explications qu'on y peut donner. Ces yeux devant et derrière signifient que ces mystérieux animaux ont connu le passé et l'avenir, ce qui e>t arrivé dans les siècles précédents et dans les siècles futurs : Cunctas Ecclesiœ partes de prœteritorum futurorumque scientia replet, dit Bède.
7. Et le premier animal était semblable à un lion, le second à un taureau, le troisième avait le visage comme celui d'un homme, et le quatrième était semblable à un aigle qui vole.
Outre donc les quatre évangélistes représentés ici à saint Jean comme autrefois à Ezéchiel et à Isaïe, lesquels après avoir apparu à ce prophète, élevés sur deux ailes, voler dans les airs, c'est-à-dire, porter la gloire du Fils de Dieu par toute la terre, et de deux autres se voiler, c'est-à-dire, que l'Evangile est en partie découvert, et en partie voilé : Ex parte inlclligitur, et ex parte velatur; selon saint Jérôme, paraissent arrêtés devant le trône, frappés d'étonnement à la vue de la majesté de Dieu, les ailes basses, et témoignant leur surprise par le silence : Birnissisalis, et sluporemsilentio demonstrantibus; continue ce saint, et ne parlant que par des exclamations, sont avec raison appelés an dernier jugement, pour rendre témoignage de l'aveuglement volontaire des pécheurs, malgré les vives lumières des vérités célestes dont ils ont éclairé le monde. Ne pourrait-on pas dire que ces quatre animaux signifient encore quelque chose île mystérieux? Ils sont distingués par quatre propriétés qui sont les figures de quatre qualitésque noussavonsêbe en Jésus-Christ. La royauté est désignée par le lion, qui en est le symbole, comme l'on verra inconlitinent : Ecce vieil leo de tribu Juda. Le sacerdoce est figuré par la victime la plus remarquable, qui était le bœuf; l'humanité par la face de l'homme, qui en est le miroir, et la divinité par l'aigle, qui s'élève vers le ciel. En effet, Jésus-Christ est roi et prêtre, homme et Dieu tout ensemble.
Quatre grands patriarches ont été les ligures de ces perfections et prérogatives de Jésus- Christ. Abraham a été comme la tige royale de la famille de ce Roi; il a fait la guerre en roi, il a vaincu les rois, il a traité de [pair avec ics rois; il a même été roi suivant les histo-
riens les plus reculés, rapportés par Josèphe (lib. vu, c. 11 De bel. jud.), qui lui-même nomme Sara reine : ceux de Syrie l'ont tait roi de Damas ; et ce qui est encore plus fort, il est appelé roi dans l'Ecriture, selon la version des Septante, Rex a Deo luo in nobis es : et Sara reine : Incorrupta regina remissa est ad maritum; comme son nom le porte, ainsi qu'observe saint Jérôme sur le xlix' chapitre d'Isaïe : Princeps Dei es apud nos. De plus il a vécu indépendant et en roi, et Dieu lui promit qu'il serait père de plusieurs rois : lièges que ex te egredientur (Gen. xxxii, 6) r enfin comme dans la première institution, chaque père était roi dans sa famille, qui doute qu'Abraham étant le père des Israélites, n'en puisse être appelé véritablement le roi, et même qu'étant sorti de l'empire des Babyloniens, que Daniel dépeint sous la forme d'un lion , il ne soit ici convenablement montré sous le même symbole? Moïse établissant l'ancienne Loi sur les sacrifices, ne pouvait être mieux dépeint que par la principale des hosties qu'on immolait. Ce fut à David que Dieu promit plus expressément et plus distinctement qu'à pas un autre, que le Verbe se ferait homme, et serait son fils selon la chair : Defructus ventris tuiponam super sedem tuam. Or le mystère de l'Incarnation ne pouvait être plus naturellement représenté que par la face d'un homme. Enfin le hiéroglyphique le plus universellement reçu de la Divinité, c'est l'aigle, qui, perçant les nues, se dérobe à nos yeux et s'élève vers le ciel. Et qui après notre Dieu fait homme, peut être mieux figuré par cet oiseau mystérieux, que le prophète Elie, qui, élevé dans les airs, s'en est envolé dans le paradis, d'où il descendra à la fin des temps pour prêcher aux Juifs la pénitence, et les réconcilier avec leurs pères et avec Dieu. Car au reste ce que le lion est entre les autres bêtes terrestres , l'aigle l'est à l'égard de celles de l'air, laquelle même vit extrêmement longtemps. Remarque de saint Jérôme sur le chapitre vu du prophète Daniel : Alioquinut leo inter bestias, ita aquila inter aves regnum tenet , sed et hoc dicendum aquilam multo tempore vivere. Ainsi ces quatre grands patriarches, Abraham, Moïse, David et E!ie, peuvent être ici mystérieusement représentés, comme on verra dans la suite un peu plus clairement, pouvant dire ici avec saint Jérôme dans un cas semblable, que cet endroit est plein de grandes obscurités ; de sorte que moi qui tâche de l'expliquer, et le sage lecteur qui veut voir clair, devons tous deux nous contenter du vraisemblable, au défaut du vrai, très-difficile à trouver. C'est dans son commentaire du chapitre 10 du prophète Osée. Abraham fut le père de tous les Israélites, Moïse leur législateur, David leur roi, Elie leur prophète. Locus iste magnis obscuritatibus involutus est, unde et nos qui explanare conamur. et prudens simul lector attendat, ut si non veritatem quod di fficillimum est, saltem suspicionem veris similium investigarevaleamus.
Ces animaux étaient pleins d'yeux devant et
L'APOCALYPSE EXPLIQUEE
derrière : leurs yeux prophétiques ont vu le passé et le futur, ante et rétro, ce qui s'était passé à la naissance du monde, et ce qui se passera à la consommation des siècles. Oc ulatis ante et rétro, idest, in prœterilum el infuturumrespicientibus. (S. Hier, in Prol.galeat.)
8. Chacun de ces quatre animaux avait six ailes. Ce nombre de vingt-quatre a encore rapport aux douze patriarches représentant les douze tribus de l'ancien peuple, el aux douze apôlres représentant l'Eglise des gentil. Le nombre de douze est mystérieux, et renferme l'universalité: Numerus duodecim sacramentum universitatis est , et fait voir l'union de ces quatre animaux avec ces vingtquatre vieillards, c'est-à-dire, la concorde de la Loi écrite et de la Loi de grâce, des patriarches et des apôtres, de la Synagogue et de l'Eglise, qui composent tous ensemble la Jérusalem céleste, el tout l'Israël de Dieu. Aiœ senœ faciunt tôt numéros, quot et seniorcs super tribunalia, dil saint Victorin en expliquant ce même verset : Montanus cum insanis feminis somniat : Prophetœ in exstasi sunl lo • cuti, ut nescirentquid loquerentur, et cum alios erudirent , ipsi ignorarent quid dicerent... Prophetœ sciebanl quid dicerent... Si ergo Intelligebant, quœ dicebant, cuncta sapientiœ rationisque sunt plena, dit saint Jérôme. (InJsa.)
Tout leur corps dedans et dehors était plein d'yeux. Ces yeux dont ils sont comme parsemés expriment les diverses et particulières révélations et lumières prophétiques que Dieu leur communiqua ; ils ne virent pas seulement les choses qui concernaient l'état de la loi judaïque, qui n'était que la superficie, l'écorce et l'extérieur, ou pour mieux dire, la figure et les habits de la religion : In circuitu plena sunt oculis : mais ils pénétrèrent dans les desseins obscurs de Dieu sur l'Eglise future, et intus plena oculis, secrets qu'ils cachaient néanmoins alors, lesquels ils enveloppaient sous des énigmes, et dont le peuple juif n'était pas capable; c'étaient des mystères qu'il fallait taire et tenir enfermés au dedans d'eux-mêmes, sans les communiquer au debors.
El ils ne cessaient de dire jour et nuit : Saint, saint, saint, le Seigneur Dieu toutpuissant, qui était, et qui est, et qui sera. Ce que ces prophètes éclairés n'ont reiios ni jour ni nuit, fait voir que leurs révélations sur l'Eglise de Jésus-Cbrist s'accomplissent incessamnieni, et sans aucune discontinuation, et qu'ils adorent sans cesse la sagesse du Tout-Puissant, également saint, admirable et fort, dans la manifestation et l'exécution de ses secrets desseins, dont ils vont eux-mêmes révéler les mystères.
9. Et lorsque ces animaux rendaient gloire, honneur et bénédiction à celui qui était assis sur le trône, et qui vit dans les siècles des siècles.
10. Les vingt-quatre vieillards se prosternaient devant celui qui était assis sur le trône, et ils adoraient celui qui vit dans les siècles des siècles, et ils jetaient leurs couronnes devant le trône, en disant :
11. Seigneur notre Dieu, voxis êtes digne de recevoir la gloire, Chonneur et la puissance, parce que vous avez créé toutes choses, et que c'est par votre volonté qu elles étaient , et qu elles ont été créées.
Ces dernières paroles portent leur explication avec elles : ce sont, non des prophéties, mais des louanges et des cérémonies mystérieuses, qui préparent aux merveilles suivantes, et par lesquelles ces saints patriaches témoignent leur religion envers l'Ancien des jours, et la reconnaissance publique qu'ils font à ses pieds, qu'à lui seul est la gloire, qu'à lui seul appartient toute vertu, et que c'est de lui qu'ils ont reçu la dignité de juges dont il les a revêtus, et qu'ils confessent tenir en dépendance de lui : en un mot, que c'est par lui que toutes choses ont été créées, réparées, et doivent enfin être consommées, comme on va voir. Il est donc vrai que le Père est ici particulièrement considéré comme assis dans ce trône, et adoré des bienheureux ; mais néanmoins conjointement avec lo Fils, qui est toujours dans le sein du Père, d'autant que le Père est dans le Fils et le Fils est dans le Père, dit saint Jérôme, expliquant ceci sur le premier ebapitre d'Ezéchiel, et rapportant ce passage : Qui pourra expliquer sa génération? pour nous laire adorer cette génération incompréhensible, et cette circomincession du Père dans le Fils, et d» Fils dans le Père, qui a fait dire à Jésus- Christ : Celui qui me voit, voit aussi mo» Père. De quoi, le même saint parle encore en un autre endroit en ces termes: L'Ancien des jours est celui qui dans V Apocalypse est seul assis dans le Irône, et le Fils de l'homme, qui vient à l'Ancien des jours, est le même qui est aussi nommé par saint Jean, le lion de la tribu deJuda. C'est dans son Commentaire sur Je chapitre vu du prophète Daniel : Eo quod Pater in Filio, et Filius in Pâtre sit. Generationem ejus quis enarrabil? Qui videt me, videt et Patrem meum. Yelustus aulein dierum ille est, qui apud Joannem solus in trono sedel , Filius quoque hominis, qui venit ad Vêtus t uni dierum, ipse est, qui apud Joannem, leo dicitur de tribu Juda.