‹ Œuvres completesChapitre 18 sur 296 · INSTRUCTION SUR LA JUSTIFICATION ET SUR LA GRACE · texte numérisé non relu

INSTRUCTION SUR LA JUSTIFICATION ET SUR LA GRACE

De la justificaion.

Qu est-ce que la justification ?

Un bienfait de Dieu par iequel nous passons de l'étal du péché à l'état de la grâce, ou l'application des mérites de Jésus-Christ par l'infusion de la grâce sanctifiante dans l'âme de l'homme.

Qu est-il auparavant ce bienfait ?

1° Un misérable pécheur ; 2° un enfant de colère et de perdition ; 3° un esclave du démon ; h" un criminel condamné à l'enfer. Et par ce bienfait?

1° Son péché lui est remis et effacé; 2° il devient juste et saint; 3° enfant de Dieu; k° héritier du paradis.

Que reçoit-il avec cette grâce?

1° Les dons du Saint-Esprit : 2' les vertus surnaturelles; 3° le Saint-Esprit même avec le Père et le Fils, qui viennent résider eu lui d'une façon spéciale.

Peut-on mériter la justification ?

Non; ainsi entre plusieurs troncs d'une forêt, l'un ne mérite pas plus que l'antre d'être choisi par le sculpteur pour en faite une statue. La foi même, ni les œuvres qui précèdent, ne peuvent mériter cette grâce, elle est un pur don de la miséricorde de Dieu, qui nous est conféré gratuitement à cause de Jésus-Christ, et en vue des mérites infinis de sa mort et passion.

Peut-on s'y disposer?

Oui, un pécheur prévenu, excité et aidé par le Saint-Esprit peut, avec un tel secours, ranimer peu à peu dans son cœur la foi, l'espérance, la charité, la crainte de Dieu, la haine du péché, et par ces pieux mouvements formés en lui et avec lui par la grâce, se disposer à la conversion.

Peut-on du moins par tels mouvements mériter la justification ?

Non, une âme encore en péché mortel ne saurait mériter un si grand bien.

Ces mouvements sont-ils inutiles ?

Non; car encore qu'ils ne soient pas opérés par le Saint-Esprit habitant en nous, ils sont pourtant des effets de son amour qui nous excite.

Sont-ils ordinairement suivis du bienfait de la justification ?

Oui, pourvu qu'on corresponde à la grâce qui nous appelle.

Pourquoi ont-ils souvent ce bon effet ?

Il esl convenable à sa divine bonlé d'avoir égard aux pleurs et aux gémissements qu'il a lui-même inspirés au pécheur qui commence à se convertir, non que le pécheur soit digne de la justification, mais parce qu'il est digne de Dieu de regarder en pitié un cœur qu'il a touché et humilié, et d'achever en lui son ouvrage à cause de Jésus- Christ, la victime des péchés du monde ; d'où il s'ensuit, d'un côté, que la réception de la grâce esl volontaire, et de l'autre, que la rémission des péchés est purement gratuite, et que tout ce qui prépare à la justification, de près ou de loin, depuis le commencement de la vocation, et les premières horreurs de la conscience ébranlée par la crainte, jusqu'à l'acte le plus parfait de la charité, est un don de Dieu.

De 1.» grâce en général.

Quappellet-on grâces du Saint-Esprit?

Des dons surnaturels de Dieu, qui nous sont gratuitement conférés pour la sanctification et le salut de nos âmes, à cause de Jésus-Christ.

Pourquoi appelle-l-on ces dons des grâces ?

Parce que ce sont des biens dont nous sommes très-indignes, et que Dieu nous donne par sa pure miséricorde, et en considération des mérites de Jésus-Christ.

Pourquoi surnaturels?

Parce que ce sont des biens que notre nature n'a pas droit d'avoir, ni de pouvoir acquérir; ainsi la gloire à laquelle il a [du à Dieu nous destiner, est notre fin surnaturelle, et les dons que sa bonté nous fait pour y parvenir, des moyens surnaturels.

Que devons-nous croire de la grâce ?

1° Qu'elle ne nous est point due; 2° que nous ne pouvons rien sans elle ; 3° que Dieu ne la refuse point quand on la demande comme il faut.

Comment divise-t-on la grâce ?

En habituelle, et actuelle.

En quoi diffèrent-elles ?

La grâce habituelle est une qualité permanente en notre âme, et la grâce actuelle est un mouvement passager.

Avons-nous besoin de ces deux grâces ?

Oui, et sans elles nous ne pouvons rien faire digne de la vie éiernelle par nos seules forces, pas même avoir la moindre pensée, ni prononcer l'e nom de Jésus comme il laut, ni en désirer ou demander la grâce: l'homme n'a besoin que de lui-mêniC pour se blesser, mais médecin.

il ne saurait se guérir sans

De la giâce habituelle.

Qu'est-ce que la grâce habituelle ?

Une qualité surnaturelle, infuse, inhérente en l'âme juste: qui l'ennoblit, l'embellit, l'enrichit, la perfectionne, la divinise, la rend participante de la nature divine, qui nous fait semblables à Dieu, enfants de Dieu, héritiers do Dieu, et cohéritiers de Jésus- Christ, lecjuel nous a mérité un si grand don.

Quels sont précisément les effets de cette grâce habituelle?

1° Elle fait l'homme juste et saint ; 2° elle le rend semblable à Dieu ; 5' elle l'ennoblit ; k° elle lui donne droit à la vie éternelle ; 5° elle l'enrichit de mérites ; 6° elle le perfectionne.

Comment fait-elle l'homme saint et juste ?

En lui communiquant la justice et la sainteté de Jésus-Christ, d'où vient qu'on la nomme grâce justifiante.

Comment le rend-elle semblable à Dieu ?

En le faisant participer à la nature divine d'une manière admirable, ce qui embellit divinement son âme, et la revêt de la précieuse robe de la charité.

Comment l'ennoblit-elle?

En lui faisant contracter des alliances trèsétroites avec les trois personnes divines? car elle le rend enfant du Père, frère du Fils, et elle fait que son âme devient l'épouse du Saint-Esprit.

Comment lui donne-t-elle droit à la vie éternelle?

En lui conférant la dignité inestimable de fils adoptif de Dieu, et par conséquent, l'héritier du paradis et le cohéritier de Jésus- Christ.

Comment V enrichit-elle de mérites ?

En rendant toutes les bonnes œuvres qu'il fait avec intention de plaire à Dieu , dignes de la récompense éternelle, jusqu'à un verre d'eau froide donné pour son amour taux pauvres.

Comment le perfectionne-t-elle?

En lui conférant l'être surnaturel.

Celui qui possède un tel trésor est donc bien heureux ?

Sans doute, puisqu'il est en état de grâce, ami de Dieu, agréable à ses yeux, digne de la gloire dont cette grâce est la semence, l'arche ou le gage.

Pouvons -nous être assurés de posséder cette grâce?

Non, sans une révélation expresse, non plus que d'y persévérer et d'obtenir le salut; en effet, une pleine sécurité produirait, le relâchement ou l'orgueil ; mais nous pouvons avoir en Jésus-Christ une douce confiance, qui, excluant le désespoir et le trouble, compatit avec la < rainte salutaire, en sorte que, assurés du côté de Dieu, nous n'avons plus à nous défier que de nousmêmes.

Comment reçoit-on cette grâce la première fois ?

Par le baptême.

Comment la perd-on ?

Par le péché mortel.

Commnet la recouvre-t-on?

Par la pénitence.

Comment l'augwentc-t-on?

Par la réception des autres sacrements, par la prière, par la pratique des bonnes œuvres, par l'exercice des vertus.

Qui meurt avec cette grâce est-il sauvé?

Oui.

Qui meurt dépouillé de celte grâce est-il damné? s

Oui.

De la grâce actuelle.

Qu appc ez-vous des grâces actuelles ?

Des secours que Dieu nous donne pour nous porter au bien.

Le combien de sortes y en a-t-il?

Il y en a d'extérieures et d'intérieures.

Quelles sont les extérieures?

1° L'éducation chrétienne ; 2° les bons exemples; 3° les instructions; 4° les corrections; 5° les afflictions ; 6° les prédications; 7' les sacrements.

Et les intérieures ?

Les bonnes lumières et'les bons mouvements que le Saint-Esprit forme en nos cœurs par ses inspirations, ou les bonnes pensées et les bons désirs qu'il excite en nous.

Quels sont les effets de cette grâce?

1° Elle nous éclaire pour connaître le bien ; 2° elle nous enflamme pour l'aimer ; 3° elle nous fortifie pour le pratiquer; k° elle nous affermit pour y persévérer, ainsi elle remédie aux quatre grandes plaies que le péché nous a faites, qui sont: 1° aveuglement; 2" froideur; 3° faiblesse : k" inconstance pour le bien.

Résiste-t-on à la grâce?

Oui , la foi nous l'apprend et l'expérience ne le montre que trop.

Qu'est-ce que résister à la grâce dans le sens de l'Eglise?

C'est lui refuser notre consentement : c'est ïa frustrer totalement ou en partie de l'effet pour lequel elle est donnée : c'est nous rendre coupables de n'avoir pas fait ce que nous pouvions par son mouvement et avec son assistance.

Quels doivent-être nos sentiments à Végard de la grâce ?

Nous devons, 1° reconnaître le besoin que nous en avons; 2"!a demander humblement; 3° y correspondre fidèlement ; h" la conserver soigneusement; 5° référer à Dieu !e bien qu'elle nous fait opérer entièrement; 6° demander comme si nous n'attendions rien de nous ; travailler comme si tout dépendait de nous; reconnaître que nous ne pouvons rien sans Dieu.

Comment divisez-vous la grâce actuelle?

En suffisante et en efficace.

De la grâce suffisante et efficace.

Qu'est-ce que la grâce suffisante ?

Celle qui nous lionne un pouvoir suffisant de faire le bien.

Obtient-elle toujours notre consentement ?

Non, et nous sommes souvent assez malheureux pour n'y pas correspondre.

Et la grâce efficace ?

Celle qui obtient notre consentement et notre coopération, quoique. nous [missions les lui refuser.

Est-ce que nous rendons la grâce efficace quand nous faisons le bien quelle nous inspire ?

Nullement ; quand la grâce n'a pas son effet en nous, c'est bien nous qui l'en privons par notre résistance : mais, quand elle nous fait faire le bien, nous ne lui donnons que notre coopératiou, et encore est-

la lui

son mouvement et son aide que nous donnons.

La grâce ôte-t-elle, ou détruit-elle le libre arbitre ?

Non, elle le perfectionne, elle le délivre, elle le guérit, elle le redresse, elle le fortifie, le mettant en état de se porter au bien, et de rejeter le mal, ce qu'il ne serait pas destitituéde son secours.

Devons-nous coopérer à la grâce ?

Oui, et celui qui nous a fait sans nous, ne nous sauvera pas sans nous; et si Dieu ne nous fait pas miséricorde, c'est par notre faute, et la cause est en nous.

La comparaison de deux chevaux qui concourent à traîner un même chariot, est-elle bonne pour exprimer le concours de la grâce et du libre arbitre ?

Non, car l'un des chevaux ne reçoit pas de l'autre la force qu'il a ; au lieu que l'homme coopérant n'a point de force que le Saint-Esprit ne lui donne.

Du mérite et des bonnes œuvres.

Qu'est-ce que mérite ?

C'est le prix ou la dignité d'uue bonne œuvre.

D'où provient ce prix ?

De la grâce sanctifiante qui nous est donnée gratuitement au nom de Jésus-Christ, et de l'influence de ce divin Chef sur ses membres.

Et une œuvre méritoire ?

C*est une œuvre bonne en elle-même que Dieu a miséricordieusement promis de lécompenser de la gloire.

Pourquoi cette promesse ?

Parce que nul n'est tenu de payer un ouvrage même bon, s'il ne l'a promis, et que sans cette promesse que Dieu nous a faite gratuitement à cause de Jésus-Christ, de donner la vie éternelle à nos bonnes œuvres, nous ne pourrions pas espérer une si haute récompense.

Que faut-il â une action pour être méritoire ?

Qu'elle soit faite : 1° en état de grâce, car Dieu ne doit rien à ses ennemis ; 2° librement, sans contrainte ni nécessité ; 3° à dessein de plaire à Dieu ; k" par un mouvement surnaturel ; car si on n'agit que par un principe humain , et par le motif d'une honnêteté naturelle, on ne mérite rien pour la vie éternelle.

Que cause ce mérite ?

Une augmentation de grâce en ce monde, et de gloire en l'autre.

Le mérite est-il contraire à la grâce ?

Non, puisqu'il en est le fruit.

Il est donc vrai que la gloire éternelle appartient à un bon Chrétien ?

Oui, et à double titre ; car en tant qu'il est enfant de Dieu , elle lui appartient comme son héritage, et en tant qu'il l'a méritée en vivant saintement, elle lui appartient comme la récompense de ses services. Quand I£iea récompense les mérites de sis que fait-il ?

nue ses dons, en sorte que leur

CATECHISME DE COURGES. - PART

couronne do vertus n'est .qu'un tissu de miséricordes.

Pourquoi ?

Parce que le fond du mérite et de la justice chrétienne est un ouvrage de miséricorde et de grâce.

Comment cela ?

C'est que, 1° comme dit saint Augustin, la vie éternelle est bien due aux mérites des bonnes œuvres, mais les mérites auxquels elle est due sont donnés gratuitement par Jésus-Christ, ce qui fait voir qu'il n'y a rien, ni de plus mérité, ni de plus gratuit, que la vie éternelle ; 2° la bonté de Dieu est si grande envers les hommes, qu'il veut même que ce qu'il leur donne soit leur mérite ; et l'indigence de l'homme est telle qu'il ne peut plaire à Dieu, que par les dons qu'il a reçus de Dieu ; 3° tout ce que ]"homme a de bien, est un effet de la grâce de Dieu, même le bon usage et la coopération de son libre arbitre dans tout ce qui regarde la vie chrétienne. Il est vrai que nous devons opérer notre salut par Jes mouvements de nos volontés, avec la grâce de Dieu qui nous aide ; mais le libre arbitre ne peut rien faire qui conduise à la vie éternelle, qu'autant qu'il est mû et élevé par le Saint-Esprit; 4° parce que nous ne satisfaisons jamais en toute rigueur à la loi de Dieu, car quelque parfaite que puisse être la justice de l'homme en ce monde, il y a toujours plusieurs choses que Dieu y répare par sa grâce, y renouvelle par son esprit, y supplée par sa bonté.

Comment appelle-t-on les bonnes œuvres faites en état de grâce ?

Des œuvres vivantes.

Pourquoi ?

Elles sont animées par le Saint-Esprit, qui est la vie de notre âme, et dignes de la vie éternelle.

Comment perd-on le mérite des bonnes œuvres^ ?

Par le péché mortel.

Que deviennent-elles alors ?

Mortifiées (21).

Comment les recouvre-t-on ?

Par la rémission du péché.

Comment les nomme-t-on ensuite ?

Des œuvres ressuscitées.

Comment appelle-t-on les bonnes œuvres faites en état de péché mortel ?

Des œuvres mortes.

Pourquoi ?

Parce qu'elles ne sont pas animées du Saint-Esprit, et qu'elles ne servent de rien pour la vie éternelle.

Sont-elles inutiles ?

Non.

A quoi servent-elles ?

1" A ôter les obstacles à la conversion, comme quand on chasse une personne qui porte au péché ; qu'on se défait d'un emploi criminel, etc. ; 2° à diminuer les peines

(21) Ces œuvres ne sonipas anéanties, mais réservées pour le moment où le pécheur converti recouvre la vie de la grâce. Alors elles lui sont îen-

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