‹ Œuvres completesChapitre 181 sur 296 · r> L'APOCALYPSE EXPLIQUEE · texte numérisé non relu

r> L'APOCALYPSE EXPLIQUEE

11. lit nonien stellae dicitur absyntium, el facta est tertia pars aquarum in absyniliium, et multi bominura niortui sunt de aquis, quia ainaraî factœ sunt.

Chap. VIII. — 10. Et le troisième ange sonna de !a trompette, et une grande étoile, allumée comme un flambeau, tomba du ciel sur la troisième partie des fleuves, et sur les fontaines.

11. Cette étoile s'appelait absinthe, et la troisième partie des eaux élant devenue amère comme l'absinthe, cette amertume des eaux fit mourir beaucoup de personnes.

G. El ecce equus niger, et qui sedebat super illum babebat stateram in manu sua, et audivi tanquam vocem in medio quatuor animalium dicentiura : Bilibris trilici denario, et très bilibres hordei denario, et vinum, et oleum ne laoseris.

Chap. VI. — 5. Lorsqu'il eut ouvert le troisième sceau, j'entendis le troisième animal, qui dit : Venez et voyez.

6. Et il parut aussitôt un cheval noir, et celui qui était monté dessus avait une balance dans sa main ; alors j'entendis au milieu des quatre animaux comme la voix de plusieurs personnes qui disaient : Demi-livre de froment vaudra un denier, et trois demilivres d'orge un denier ; néanmoins ne gâtez point le vin et l'huile.

EXPLICATION

Et quand il eut ouvert le troisième sceau, voici qu'il parut aussitôt un cheval noir. Pour entendre ceci, considérez que dans le troisième âge de l'Eglise il se fit une irruption effroyable de Barbares, lesquels quittant leurs noires forêts, et leurs déserts sombres et septentrionaux, couvrirent de ieur multitude affreuse toute la face de la terre: cette noirceur est un signe de leur cruauté et de leur impiété, selon saint Jérôme : Si quis peccator est sedebit inequo nigro (S. Hier, ire Habac m): les Huns, les Goths, les Suèves, les Allemands , Bourguignons, Saxons, Alains, Vandales, Hérules, Lombards, Sarrasins, Sarmates, Francs, Marcomans, Gètes, Arabes; enfin un nombre infini de nations infidèles, idolâtres, impies, hérétiques, furieuses, comme un torrent impétueux qui a rompu sa digue, se débordèrent à millions sur la terre.

Et celui qui était monte' dessus avait une balance dans sa main; et j'entendis du milieu des quatre animaux, comme la voix de plusieurs personnes, qui disaient : Verni-livre de froment vaudra un denier, et trois demi-livres d'orge un denier. Ces voix confuses qui mettent à si haut prix une si petite mesure de blé, pronostiquent la famine et la cherté qui devaient suivre une si prodigieuse multitude d'hommes, laquelle en peu de temps eût dévoré et consumé, comme d'autres insectes de l'Egypte, tous les fruits de la terre, et réduit le inonde à une extrême disette et pauvreté, ainsi que les histoires en font foi. Témoin l'Illyrie, témoin la Tbrace, témoin le pays où je suis né, et où, excepté le ciel et Ja terre, et les ronces qui se sont élevées, tout a péri, disait saint Jérôme, déplorant le ravage borrible que les Barbares avaient fait sur les terres de l'empire; comme on verra ci-après :L c'est sur le chapitre premier du prophète Sophonie. Mais quelle fut la famine spirituelle? Equus niger, famem significat. J'ellis noslra quasi clibunus exusla est a fucie tcmpeslalum fainis {Thren. v, \{)):et cornedent panent in pondère. (Èzech.lV, 10) Testis

Jllyricum est, testis Thracia, testis in quo ortussum, solum,ubi prœter cœlum etlerram, et crescentes vêpres, et condensa sylvarum, cuncta perierunt.

Et la noirceur de ce cheval, sur lequel ce cavalier est monté, n'.est-elle pas encore une autre figure de la famine, puisque le prophète voulant décrire celle où les habitants de Babylone allaient être réduits, dit : Faciès omnium eorum sicut nigredo ollœ. (Nahum. ii, 10.) Que leur visage deviendrait noir par l'exirémité de la faim qui les consumerait. Atra famés. Voici la même chose pronostiquée sous un symbole différent.

Et le troisième ange sonna de la trompette, et une grande étoile, allumée comme un flambeau, tomba du ciel sur la troisième partie des fleuves, et sur les fontaines. Cette étoile s'appelait absinthe , et la troisième partie des eaux devint amère comme absinthe. Cette étoile, ou plutôt ce phénomène malin qui corrompt les eaux, qu'est-ce autre chose que l'erreur impie de ces] peuples infidèles ou hérétiques, qui corrompirent dans toutes les parties du monde qu'ils occupèrent la doctrine évangélique ; les clairs ruisseaux de la foi et de la tradition furent bientôt altérés dans tous les endroits que ces Barbares saccagèrent, et où ils abolirent et pervertirent autant qu'ils purent, les vestiges de la pure et saine religion.

Et plusieurs personnes moururent buvant de ces eaux amères : c'est-à-dire, que les hommes qui venaient se désaltérer dans les fontaines de cette eau rejaillissante en la vie éternelle, trouvant ces sources d'où ils puisaient leur foi, devenues amères, par le luôlange impur que la superstition, l'idolâtrie et les erreurs y avaient fait, rencontrèrent la mort où ils cherchaient la vie. Beaucoup de pays chrétiens qui se virent exposés à leur fureur, etengagés sous leurtyrannique domination, furent pervertis et entraînés dans un aveuglement impie ; en sorte qu'aux siècles suivants, il n'y parut presque plus aucune tracede la religion que les premiers

apôlres y avaient prêchée, et qu'il fallut y en envoyer d'autres une seconde fois pour y annoncer l'Evangile de nouveau, et y ressusciter la foi qui était quasi entièrement éteinte. Le seul exemple de l'Angleterre, et de l'état où elle était lorsque saint Grégoire le Grand y envoya le bienheureux moine Augustin, nous fait toucher au doigt cette vérité. Ajoutez à cela que la ruine de Rome ou de la prostituée assise sur plusieurs eaux, et de ses provinces comparées aux fleuves et aux fontaines par leur relation à leur capitale, comparée à la mort, ainsi que saint Jean s'exprimera ci-après, est ici très-convenahlement représentée par cette eauamère et empoisonnée, qui tue une si grande partie du monde, figure de la cruauté de ces nations féroces qui exterminèrent tant de sujets de l'empire.

Mais l'idée de ce phénomène ou de cette espèce de comète, ardente et allumée comme un flambeau, tombant sur les eaux et sur les peuples, nous a été conservée dans l'expression des historiens contemporains, à l'invasion des Barbares. L'empereur, dit Ammien Mareellin (lib. xvn, xvm, xix, xx), apprit par des courriers arrivant les uns sur les autres, l'irruption des Suèves, des Quades, et des Sarmates, qui ravageaient les terres de l'empire, particulièrement la Pannonieet la Mésie; de sorte qu'on ne crut pas que le préfet dût s'éloigner de la personne du prince, dans l'ardeur et l'embrasement de ces terribles ravages. Ce qui regarde l'an 358 et 359. Acceptis nuntiis de Suevorum, Quadorum, et Sarmalarum in Romanas provincias irruptione, indicabant nuntii graves, et crebri permistos Sarmatas etQuadosPannonias,Mœsiarumquealteram,cuneisincursarediversis...

ab imperatore nusquam disjungi debere prefectum in ardore Mo terribilium rerum. Cecidit Stella magna ardens tanquam facula in terliam partem fluminum, etin\fontes aquarum — et multi hsminum mortui sunt de aquis.

Et f entendis une voix qui disait : Ne gâtez pas néanmoins le vin et l'huile. Dieu ne permit pas cependantque son Eglise, si souvent représentée par la vigne et l'olivier, succombât à tant de secousses, ni que tant de maux fussent sans remède. C'est ainsi que Dieu donna pouvoir à Satan d'affliger Job; mais avec la réserve de n'attenter pas à sa vie : Verumlamen animant, ejus serva [Job. ii, 6) ; car la plupart de ces nations infidèles se convertirent, et trouvèrent dans l'Eglise même qu'elles ravageaient, ce vin et cette huile mystérieux de l'Evangile, qui guérirent leurs plaies ; de sorte que cette irruption des nations barbares est un de ces grands événements futurs, d'autant plus dignes d'être prédits par saint Jean, que ces mêmes peuples, comme on verra dans la suite, devaient servir d'instruments, et à la justice de Dieu, pour détruire l'empire idolâtre, et à sa miséricorde pour en faire par leur conversion, un des plus beaux ornements de l'Eglise, et une de ses plus riches conquêtes.

Et j'entendis le troisième animal, qui\me disait : Venez et voyez. L'histoire de Daviil, lequel nous est ici représenté sous la figure de ce troisième animal, n'est riengu'un continue] tableau, et une figure parfaite de ce troisième âge de l'Eglise. Tempus erat quo non tantum dictis, sed etiam faclis, prophetari oporteret, ea quœ\posteriori tempore fitC' rant revelanda. (S. A ug., Vont. Faust, lib.vi, c. 7.) Ce fut un prince belliqueux, qui toute sa vie eut les atmes;à;,ia main, et* qui se vit attaqué detoulesorte d'ennemis. « Vousavez eu quantité de guerres,» lui dit Dieu au premier livre des Paralipomènes : Bellaplurima bellasti. (I Parai, n, 8.) Le seul cantique qu'il chanta au jour où Dieu le délivrâmes mains de tous ses ennemis : In die qua liberavit eum Dominus de manu omnium inimicorum suorum (il Reg. xxu, 1), contient la description de cet âge de l'Eglise, en la personne de laquelle il dit ces paroles : « Des torrents de peuples indomptés m'avaient attaqué, les lacets de la mort m'avaient enveloppé; mais j'ai invoqué le Seigneur dans ma tribulation, et j'ai crié à mon Dieu, ei il m'a exaucé de son (temple : mes cris sont parvenus jusqu'à s^s oreilles, il a tiré ses flèches, i! a dissipé ces peuples féroces, et il m'a délivré des eaux, ou des nations qui m'avaient assiégé; il m'a délivré de mes ennemis qui étaient extrêmement puissants, et beaucoup plusforts que moi, etqui me haïssaient ; il m'adonne la victoire sur eux, et d'ennemis et d'inconnus qu'ils étaient, il les a rendus mes sujets et mes enfants, il m'a fait leur reine et leur mère. Vous me réserverez, Seigneur, pour être le chef des nations, et les peuples que je ne connaissais pas m'obéiront ; et après m'avoir résisté, ils se soumettront à moi par l'ouïe, écoutant ma voix, et s'y rendant dociles, parce que je les convertirai à la foi que je leur prêcherai. » Torrenles Belial terrueruntme, circumdederunt me laquei morlis, in tribulatione mea invocabo JJominum, et clamabo ad Deummeum, et exaudiet de templo suo vocem meam, et clamor meus veniet adaares ejus, misit sagittas, et dissipavit eos,el exlraxit me de aquis multis, liberavit me ab inimico potentissimo, et ab his qui oderant me, quoniam robusliores me erant. Custodies me. in caput gcnlium, populus quem ignoro serviet mihi, fdii alieni résistent mihi, auditu auris obedient mihi. (Il Reg. xxn, 5-18, W, k5.) (F ides ex auditu.) Voilà un peu de beaucoup de choses qu'on pourrait rapporter de ce seul cantique, que l'Ecriture nous apprend, être les dernières paroles do David, et c'est l'état de l'Eglise dont Dieu donna la connaissance à ce saint roi et prophète, de qui la vie ne fut que la figure de ce qui devait se passer dans ce troisième âge de^'Eglise : le voici donc qui convie saint Jean à venir participer à la lumière que Dieu lui en départit, lui disant : Venez et voyez.

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Du quatrième âge de l'Eglise, désolée par les mahométans, obscurcie et déchirée

par le schisme des Grecs.

SOMMAIRE. —Sous la figure .l'un eavalifr pâle, qui trahie la guerre, la poste et la famine après lui et dune grande éclipse qui dérobe à la le.re la troisième partie de la himièie «lu ciel, le maliouiélWme et le schisme de 1 Eglise orientale sont représentés à saint Jean, c'est à-dire, ce qui devait arriver iusqu a 1 an nul quatre cent cinquante ou environ. J

Cap. VI. —7. Et cum apernisset sigillum quarlum, atidivi voce m quarti animalis dicentis : Veni et vide.

8. El ecce equus pallidus, et qui sedehat super eum, nomen illi mors : et infernus sequebatur eum, et data est illi potestas super quatuor partes terra interficere gladio, famé et morte, et bestiis terrae.

Chap. VI. — 7. Lorsqu'il eut ouvert le quatrième sceau j'entendis la voix du quatrième animal, qui dit : Venez et voyez. ' 8. En môme temps il parut un cheval s'appelait la mort, et l'enfer le suivait, et il la terre, pour y faire périr les hommes par 1 bêtes.

Cap. VIII. — 12. Et quartus angélus tuba cecinit, et percussa est lertia pars solis et tertia pars lunée, et terlia pars stellarum, ila ut obscuraretur terlia pars eorum, et diei non lueeret pars tertia, et noclis similiter.

Chap. VIII, — 12. Ensuite le quatrième ange sonna de la trompette, et la troisième partie du soleil, de la lune et des étoiles fut frappée; en sorte que celte troisième partie s'obscurcit, et qu'elle ne donna point (le lumière, ni pendant le jour, ni pendant la nuit.

pAIe , et celui qui était monté dessus reçut le pouvoir sur les quatre parties de épée, parla famine, par la mort et par les

EXPLICATION

Et lorsqu'il eut ouvert le quatrième sceau, il parut un cheval pâle et celui qui était monté dessus s'appelait la mort. C'est le mahomélisme, très-convonab!ement représenté par cette pâleur et cette mort , parce qu'il est le signe de la destruction totale et finale de l'empire romain, et par conséquent des approches du règne de l'Antéchrist et de la lin du monde, suivant la prophétie de saint Paul auxThessaloniciens, interprétée parles saints Pères, qui ont cru voir, dans les termes dont use cet Apôtre , que l'empire de l'Antéchrist se manifesterait, quand la destruction de l'empire romain arriverait: car dès à .présent le mystèred'iniquilé commence de s'opérer : Nam mysterium jam operatur iniquitatjs, dit ce grand Apôtre (II Thessal. ii, ,7) (c'est-à-dire que le diable exerçait Déjà en secret par les faux docteurs, contre la saine doctrine de l'Eglise» ce qu'un jour il exercera publiquement par l'Antéchrist) Et il reste, continue-t-il , seulement que. celui qui tient maintenant soit ôté pour qu'il paraisse (c'est-à-dire que l'empire romain soit aboli, afin que l'Antéchrist se manifeste), et alors pnraîtra ce méchant que Noire-Seigneur Jésus-Christ metlraà mort parlesouffle desa bouche, etqu'ildétruirapar l'éclat de son glorieux avènement : lantum ut qui tenet, nunc teneat , donec de medio fiât , et lune revelubilur ille iniquus,quem Dominus Jésus interlîciet spiritu oris sui , et destruet illuslratione advenlus sui. (Ibid., 7, 8.)

D'où vient que saint Jérôme, voyant l'empire romain aller en ruine, s'écriait (Epist. adAyeruch.) : « Mais que fais-je, après que le navire a fait naufrage, je dispute des marchandises qu'il portait : celui qui tenait périt

(c'est l'empire romain qui tenait toute la terre sous sa domination), et nous i.e nous avisons pas que l'Antéchrist approche, et conséquemment que la fin du monde vienl : Verum quid ago . fracta navi de mercibus disputo : qui tenebat , de medio fil , et non intelligimus Anlichristum appropinquare , quem Dominus Jésus Christus inter/iciet spiritu oris sui.

En effet, à peine Alaric, Genseric, Odoacre, Theodoric, Totila et Alboin, c'est-à-dire les Golhs, les Vandales, les Hérules et les Lombards, derniers ennemis du nom romain , ont-ils achevé de désoler le siège, ou le trône de la bête, Home et l'Italie ; à peine est-il absolument vrai de dire que ce prétendu empire éternel n'est plus, et qu'il est enfin entièrement détruit , comme il le fut sans ressource, lors des Lombards ses derniers persécuteurs (car après eux Rome et l'Italie ne furent plus sujettes à l'invasion des Barbares), qui, à l'exemple d'Odoacre, abolirent en partie jusqu'au nom d'Italie, pour lui substituer celui de Lornbardie, et le changer en un royaume nouveau (que Charlemagne changea aussi incontinent par la fondation du nouvel empire tout différent du premier), c'est-à-dire, au commencement du vu" siècle, que voilà Mahomet qui paraît suivi des Arabes ou Sarrasins , dont l'empire et la superstition occupent en moins de rien la plus grande partie du monde, occupée par les Romains, et forment une secte aniichrétienne, qui fait revivre l'ancienne aniipathied'Esaù et de Jacob, d'Isaac et d'Ismaël ; de qui des capilaines et des conquérants devaient aussi sortir et s'attribuer la gloire et le noui des enfants de Sara, la lé-

gitime épouse. (Gènes, xvn, 20.) Animus obliviscitur sœculi calamitatum. Quod in cxtremo fine jam positum congemiscit , et parturit , donec qui tenet de medio jint, et pedes staluœ quondam ferrei , fragililate digitorum ficlilium conterantur. Cadit mundus , et cervix erecta non flectitur. (S. Hier., Praef. Jib. vm in Ezech. xxv, p. 8G7.)

Ici on pourrait demander pourquoi l'apôtre saint Paul a parlé si énigmatiquement de la destruction de Rome : à quoi saint Jérôme répond {in Jerem. xxv) qu'il l'a fait dans le môme esprit des prophètes, et pour ne pas attirer imprudemment la persécution sur Je peuple de Dieu. « Je suis persuadé, » diiil, « que ce prophète a prudemment couvert ce qu'il voulait dire, de peur de s'attirer la fureur de ceux qui affligeaient Jérusalem : Ce que nous lisons avoir été imité par l'Apôtre au sujet de l'empire romain, lorsqu'il parlait de l'Antéchrist: Ne vous souvenezvous pas, de ce que jo vous disais, ô Thessaloniciens, quand j'étais avec vous? que maintenant vous saviez qui le retenait jusqu'à ce qu'il fût relevé en son temps (sousentendant l'Antéchrist). Car le mystère d'iniquité s'opère déjà : seulement que celui qui tient à présent continue à tenir, jusqu'à ce qu'il soit détruit, et pour lors ce méchant sera reconnu : que le Seigneur Jésus mettra à mort par le souffle de sa bouche, et par l'éclat de son avènement, entendant par celui qui tient, l'empire romain: car si cet empire n'est détruit et ôté du monde , suivant la prophétie de Daniel, l'Antéchrist ne viendra pas : que, s'il se fût expliqué plus clairement, il eût imprudemment excité la persécution contre les Chrétiens, et la rage des idolâtres contre l'Eglise : » Arbitrorque a sancto prophela prudent er fuisse celatum , ne apertc eorum contra se insaniam commo-

veret, qui obsidebant Jérusalem quod et

Apostolum contra imper ium Romanum fecisse legimus , scribentem de Antichristo : Non meminislis quod cum opud vos essem , adhuc dicebam vobis? et nunc quid delineat scitis : ut revelelur in suo tempore, subauditur Antichristus. Jam enim mysterium iniquitalis operatur : tantum qui tenet modo , teneat , donec de medio fiât, et tunr. revelabitur ille iniquus, quem Dominus Jésus interficiet spiritu oris sut, et destruet illuminatione adventus sui : eum qui tenet , Romanum imperium ostendit : nisi enim hoc deslructum fuerit, sublalumque de medio, juxta prophetiam Danielis, Antichristus ante non veniet : quod si apertc dicerc voluisset, stultc persecutiones adversum Christianos , et tune nascentem Ecclesiam, rabiem concitasset : Oramus pro rerum quiète, pro mora finis. (Tertul., ad Scap., 2.) Quousque sœculum stabit, tandiu stabit Romanum imperium. Est et alia major nécessitas nobis orandi pro imperatoribus, etiam pro omni statu imperii, rebusque Romanis , qui vim maximum universo orbi imminentem , ipsamque clausulam sœculi , acerbilates horrendas, comminantem, Romani imperii commeulu, scimus relardari (Tektul., Apolog., 32) ; ilaque nolumus expo tri , et

dum precamur differri, Romanœ diuturnitati favemus. Tempus et signa adventus Domini designavil, quia non prius veniet Dominus quam regni Romani delalio fiât : et appareat Antichristxis, qui interficiet sanctos.... quamobrem ex circumeisione , aul circumeisum illum venire sperandum est, ut sil Judœis credendi illi fiducia. (Vid. etiam S. Ambros., in II Epist. ad Thess.)

Saint Chrysostome, sur ces mêmes paroles de l'Apôtre aux Thessaloniciens, reconnaît aussi que saint Paul y parle de la destruction de l'empire romain, et de la venue de l'Antéchrist : Je suis tout à fait du sentiment de ceux qui veulent qu-3, par ces paroles:/^ nunc quid detineat scitis, on entende l'empire romain, de la ruine duquel l'Apôtre parle obscurément? Quoniam autem hoc dicit de Romano imperio , merito etiam œnigmatice et adumbrate est locutus. Et pourquoi en parle-t-il d'une manière énigmatique? de peur sans doute de s'attirer et à toute l'Eglise mal à propos, la persécution de la puissance romaine, qui aurait regardé le christianisme comme une secte ennemie de sa domination : Neque enim volebat supervacaneas suscipere inimicitias, et inutilia pericula : nam si dixisset futurum jam ut paulo post Romanum everteretur imperium, eum, protinus lanquam exitiosum , et pesliferum hominem info dissent , et fidèles omnes ut qui sub eo viverenl et militarent : et il ajoute : Que le mystère d'iniquité commençait déjà de s'opérer, désignant par là Néron, figure de l'Antéchrist : Nam mysterium jam operatur iniquitatis : Neronem hic dicit, ut qui sit lypus Antichristi. D'où vient, continue ce saint, que l'Apôtre ajoute, tantum ut qui tenet nunc teneat, donec e medio fiât : voulant signifier que l'empire romain dominera jusqu'à ce que l'Antéchrist vienne, et que quand cet empire sera ôté, l'Antéchrist paraîtra , hoc est quando Romanum imperium de medio fuerit sublalum, tune ille veniet, et s'emparera de cet empire vacant , osant bien, avec l'empire des hommes, vouloir usurper l'empire de Dieu môme. Quando autem Romanum imperium fuerit eversum, Antichristus vacans illud invadet imperium , hominumque et Dei imperium aggredielurrapere. Car tout ainsi que les empires précédents ont été détruits les uns par les autres : celui des Mèdes par les Babyloniens ; celui des Babyloniens par les Perses ; celui des Perses par les Macédoniens ; celui des Macédoniens par les Romains, de la même façon I empire romain le sera par l'Antéchrist, et l'Antéchrist par Jésus-Christ, comme Daniel le prophétise clairement. Quemadmodum enim eversa sunt régna Ma et destructa sunt quœ ante Romanum imperium fuerurtt , ulpole regnum Medorum a Rabyloniis, Rabylorum a Persis, Persarum a Macedonibus , Maccdonum a Romanis : ita et regnum Romanorum ab Antichristo, et ille a Chrislo , quod cum magna evtdentia nobis tradit Daniel.

Au reste, cette succession immédiate du mahomélisme à l'invasion des Barbares, et

cette suite, montrent clairement l'union du troisième âge de l'Eglise avec, le quatrième, et sert d'interprétation à la doctrine comme prophétique des saints Pères, qui, par une espèced'inspiration, sontassez unanimement convenus, fondés sur ce passage de saint Paul, pris au sens littéral, qu'à la fin de l'empire romain paraîtrait l'empire antichrélien, ce qui surfit pour les justifier, et pour faire voir qu'ils ne se sont point trompés en cela. Romanum nomen , quo nunc regilur orbis, tolletur de terra, et imperium, in Asiam revertelur, ac rursus Oriens dominabitur, atque Occidens serviet ; Omnis exspectatio non amplius quam ducentorum videtur annorum...

nisi quod incolumi urbe Borna nihil istiusmodi videtur esse metuendum, at vero cum caput illud orbis occident... quis dubitet venisse jam finem? Veniet Antichristus cum impîeta fuerint tempora Romani imperii.

(Lactant., lib. vu, o. 15, 25; S. Cyhil. cat. 15. J En effet, tout ainsi que l'Apôtre, voyant des dispositions à la décadence de l'empire ciès le temps de Néron, premier persécuteur des fidèles, sous lequel l'esprit de révolte s éleva dans les provinces et dans les armées, et l'esprit de séduction paraître dans l'Eglise, disait, présageant les choses de loin : Que le mystère d'iniquité commençait déjà de s'opérer, quoique cet empire ébranlé ne dût tomber tout à fait que plusieurs siècles après cette prévision, ni par conséquent la grande apostasie de l'Antéchrist venir de longtemps ; de même les saims Pères, voyant la chute de cet empire se faire actuellement de leur temps, ont avancé sans erreur, quoiqu'ils ne connussent pas bien comment, que l'Antéchrist approchait, encore qu'il ne dût paraître, du moins en personne, que plusieurs siècles après cette chute; parce que l'empire, qui pour ainsi dire devait l'enfanter , commençait à paraître sur la terre. Omnia enim quœ prœdicta sunt, fiunt : propinqua jam Antichristi sunt tempora. Rex superbiœ prope est : imperii interilus, et adversarii (Antichristi) adventus appropinquat. (S. Greg., lib. iv, episl. 3k, 38; et Ad Joan. Const. Epist.; Yila S. Theodori Siccorum archiman. apud Sur. t. II; Baron., ad an. 600, num. 11. J

D'où il est aisé de comprendre quels sont ces cinq grands empires si célèbres dans les prophètes et qui doivent se succéder et naître l'un de l'autre depuis le déluge jusqu'à la fin des siècles : savoir, l'empire des Babyloniens, des Perses, des Grecs, des Bomains, et enfin de l'Antéchrist, tous ennemis du peuple de Dieu, et tous qui, après l'avoir persécuté , tant par l'animosité de leurs peuples que par l'autorité de leurs empereurs, ont enfin produit un dernier persécuteur plus méchant que les autres, dans lequel ils ont comme réuni et déposé toute leur fureur pour exterminer les fidèles autant qu'ils ont pu : ce qui, par un elfet contraire, a enfin attiré leur propre ruine, ainsi qu'on a vu dans Nabuchodonosor, Arlaxerxès, Anliochus et Dioclétien, et qu'on verra dans l'Antéchrist que saint Jean

L'APOCALYPSE EXPLIQUEE. 1U

nous représente dans le quatrième âge du monde auquel il commence à paraître et à venir annoncer par son empire qui naît, la mort de l'empire romain qui disparaît, et la fin du monde à laquelle il aboutit et qu'il traîne après lui , quoique non pas sitôt, ni si promptemcnt qu'on se l'était imaginé. Antichristus totam nequitiam et impietatem, quam omnes pseudoprophetœ inchoaveranl, impleturus. Et propter hoc in beslia veniente recapitulalio fit universœ iniquitalis, et omnis doli : ut in ea confluens, et conclusa omnis virtus apostolica, in caminum mittatur ignis. (S. Alg., in psal. ix; S. Iren., lib. v Advers. hœr., cap. '29.)

Un passage de saint Jérôme peut beaucoup éclaircir ceci; il est pris de son Commentaire sur le chapitre xx d'Isaïe vers la fin, et il répète la même chose en d'autres endroits presque mot à mot.

« Babylone a élevé sa tête orgueilleuse contre le Seigneur, elle sera renversée par les Perses. Les Perses ont persécuté le peuple de Dieu, et cet empire, cruel comme un fier bélier, a fait sentir ses cornes à tous les peuples de l'Orient et de TOccident, Alexandre viendra qui, semblable à un bouc, le foulera aux pieds. Ce roi superbe, Alexandre, n'a point mis de bornes à son ambition, il périra par le poison, et son royaume, après s'être divisé en plusieurs parties qui se feront pendant longtemps une guerre implacable, sera ravagé par le Bomain vainqueur. L'empire romain, armé de dents et d'ongles de fer, a déchiré les chairs des saints, et sa bouche impie s'en est ensanglantée ; il se détachera une pierre d'une montagne sans aucune industrie humaine, qui brisera comme un v.ise de te re cet empire d'abord si puissant et plus dur que le fer, et à la fin fragile et faible au dernier point. Disons donc ce que tous les auteurs ecclésiastiques nous ont laissé par écrit, qu'à la fin du monde, lorsque l'empire romain sera détruit, il doit y avoir dix rois qui partageront cet empire entre eux, et qu'il s élèvera un onzième roi , signifié par celle petite corne dont parle Daniel, c'est-à-dire l'Antéchrist, dont le royaume périra sans ressource.»

Babylon elevavit contra Deum caput, et ipsa a Persis superetur. Persœ perseculi suntpopulum Dei, et aries sœvissimus ad Orientent et Occidenlem omnes populos ventilavit, reniât hircus Alcxander, et conterai eum pedibussuis. El iste ultra modum erectus est; veneno pereat, regnumque ejus dividaiur m partes, et cum multo tempore inlcr se collisum fuerit, Romano vincente populetur. Romanus ipse ferratis denlibus, unguibusque sanclorum carnes, et cruento ore laceravil, excidalur lapis démonte sinemanibus, etpotentissimuw, atque primum regnum ac ferreum, deindc fragile etinfirmum in testarum modum conterai. Ergo dicamus quod omnes scriptores ecclcsiastici tradiderunt, in consummatione mundi, quando regnum destruendum est Romanorum, decem futuros reges qui orbem Romanmn inter se dividanl... et undecimum surreclurum esse regem, cornu parvulum, Anlùh istum

scilicet, cujus regnum destruendum sit in perpetuum. Significavit Joannes discipulus Domini in Apocalypsi differens... quoniam oportet dividi regnum (Homanorum) et sic deperire. (S. Iren., lib. v Adv. hœr., c. 26.) Or ils sont venus ces dix. rois, et on les verra paraître au chapitre xvn : ils ont démembré et partagé l'empire romain ; car, selon saint Augustin, on ne doit pas les renvoyer à la fin du monde, quand l'Antéchrist paraîtra en personne, du moins ce grand docteur le soupçonne : In decem (reges) vereri me sanc faleor, ne in decem regibus quos tanguant decem homines, videlur inventurus Antichristus, forte fallemur, atque ita Me inopinatus adveniat, non existenlibus tôt regibus in orbe Romano (S. Aug., De civ. Dei, lib. xx, c. 23) : il faut donc, si l'on veut entrer dans l'esprit et la tradition de tous les premiers Chrétiens qui ont écrit sur cette matière, reconnaître que l'empire antichrétien, ou celui d'où doit sortir l'Antéchrist, a paru dans celte conjoncture, c'est-à-dire dès le commencement du vu' siècle, qui est l'époque précise de la dernière ruine des Romains par les Lombards, et de la naissance de Mahomet, de sa secte et de son empire, d'où viendra cet homme de péché et ce fils de perdition, qui est ici nommé, Cornu parvulum ; parce que, selon les premiers écrivains chrétiens, au rapport de saint Jérôme, sur le chapitre xie de Daniel, « l'Antéchrist doit s'élever d'une nation fort méprisable, c'est-à-dire du peuple juif, et il sera regardé comme un homme si abject, qu'on le jugera indigne du sceptre, et qu'il ne parviendra à la dignité royale que par des voies frauduleuses et qu'en dressant des embûches aux autres : » Antichristus consurgere débet de modica gente, id est de populo Judœorum , et tam humilis erit, atque despectus, ut non detur ei honor regius, et per insidias , atque fraudulentiam obtineat principatum. Prophétie qu'on a vue accomplie en Mahomet, qui, comme une petite corne, cornu parvulum, s'est élevé du milieu des dix rois destructeurs>de l'empire romain, et a porté ses conquêtes et ses blasphèmes au-dessus de tous les autres, selon la prédiction de Daniel au chapitre vu : à moins qu'on ne veuille dire que ces mômes dix rois, qui détruisirent autrefois l'ancien empire romain, doivent peut-être, dans la suite par leurs successeurs, détruire le nouvel empire en qui l'ancien subsiste encore en quelque façon : ainsi que ces anciens dix rois subsistent dans leurs successeurs, tels que nous les voyons aujourd'hui dans les monarchies qui divisent l'Europe et qui partagent cet ancien empire romain; l'Espagne, le Portugal, la France, l'Angleterre, le Danemark, la Suède , la Prusse, la Pologne, la Moscovie, la Turquie. D'où enfin pourrait s'élever l'empire juif de l'Antéchrist, qui serait le onzième, si célèbre dans les Ecritures. On pourrait ici demander comment est-ce que le mahomélisme enfantera l'Antéchrist, puisque l'Antéchrist doit êlre Juif de nation, île la tribu de Dan : Antichristus futuius ex

tribu Dan (S. Ambros., De bened. patriar., c. 7), et être reconnu pour le Messie par les Juifs, à qui toute autre nation que la leur est en exécration. Les Juifs, dit saint Jérôme (in Ezech. xxxix), reconnaîtront un jour leur Christ, que nous savons devoir être l'Antéchrist : Judœi in adventu Christi sui quem nos Antichristum scimus ; car il est certain qu'ils ne reconnaîtront jamais un autre qu'un Juif pour le Messie; mais à cela, tout homme versé dans l'explication des prophéties, qui s'accomplissent toujours de toute autre manière qu'on ne l'a prévu, n'aura pas de peine à trouver de réponse : la généalogie et la nation d'un homme sont souvent ignorées , surtout quand il n'a rien d'éclatant, et qu'il est confondu dans un même pays sous un même empire avec différents peuples ; il peut être Juif d'origine, régner sur les mahomélans , et se faire reconnaître des Juifs : en un mot, il est aisé d'imaginer d'autres hypothèses. Si alius venerit in nomine suo , illum suscipielis , prédisait Jésus-Christ aux Juifs, significans Judœos in Antichristum credituros, qui in Christum credere noluerunt, dit saint Ambroise sur le psaume xliii. On peut, à l'occasion de ces autorités qui marquent l'esprit ancien de l'Eglise, remarquer trois choses :

1. Que les mahométans sont venus à nous de la Perse, laquelle ils avaient conquise, et des pays qui sont au delà de l'Euphrate , qu'ils passèrent l'an 630, emmenant sans doute beaucoup de Juifs avec eux.

2. Que, quand ils prirent Jérusalem , leur calife ou empereur fit construire au même endroit, où était autrefois le temple de Salomon, une célèbre mosquée subsistant encore aujourd'hui et que saint Sophrome, pour lors patriarche de Jérusalem , crut voir alors, suivant la prophétie de Daniel, l'abomination de la désolation dans le lieu saint.

3. Que le paradis des Millénaires ou des Juifs charnels, qui , selon saint Jérôme, renferme tout le mystère de l'Antéchrist, est la même chose que le paradis des mahométans.

Or que l'Antéchrist doive naître de la tribu de Dan captive en Perse, les saints Pères l'ont ordinairement enseigné.

Antichristum ex orientait Perside ad quam tribus Dan ablegata est, prodittirum , et cum aliis regibus, etprincipibus Euphratemtransmissurum. (Andr. Cret.)

Antichristus ex tribu Dan nasciturus : ex Judœis de tribu Dan, quœque hodie in Perside est, veniet Antichristus : decem tribus ultra Euphratem remanserunt , duœ cum Esdra redierunt : Antichristus nasciturus de populo Judœorum, et de Babglone venturus : Antichristus populum Hebrœorum dispersion congregabit : Jeremias tribum Dan ex qua veniet Antichristus manifeslavil : tribus Israël usque hodie Persarum regibus servimus, et nunquam est eorum soluta captivitas.

(S. Prosper ; Joseph, Anliq., I. n; S. Hier., in Dan. il; S. Hip. mart. ;S. Iren., lib. v ; S. Hier., in Ose. v.)

Au surplus, il est vrai que les saints Pères ont été réservés et incertains , lorsqu'ils ont

L'APOCALYPSE EXPLIQUÉE

parlé delà chute de l'empire romain dans le sein duquel ils vivaient : premièrement , parce qu'ils étaient prévenus de l'ancienne idée dont tout le monde était plein, et qui subsiste encore dans l'esprit du commun du inonde, que cet empire durerait jusqu'à la destruction de l'univers, à cause qu'il devait durer jusqu'à la venue du règne de l'Antéchrist : T'empire romain tombe, disait, il n'y a qu'un moment', saint Jérôme, et nous ne comprenons pas que l'Antéchrist vient? Et non infelligimus Antichrisluin venire?

En . second lieu, parce qu'ils étaient retenus par le respect qu'ils portaient à leurs empereurs, et qu'ils ne voulaient, ou n'osaient pas dire tout'ce qu'ils en pensaient; et le même saint Jérôme fut repris pour s'être trop expliqué sur ce sujet (in Jsa.xxxvi; in Èzech. xxxi) :« Que si,» dit ce Père,» dans l'explication que nous avons donnée de la statue de Nabuchodonosor, de ses pieds , et de ses doigts , et du fer, et de l'argile mêlés ensemble, que nous avons montrée s'entendre de l'empire romain, et que l'Ecriture figure par là devoir être d'abord puissant, entin fragile, nous avons déplu à quelques-uns, qu'ils s'en prennent au prophète, et non à moi, car au reste il ne faut pas détourner le sens de l'Ecriture, pour complaire aux princes. » C'est qu'il avait trop librement parlé de la décadence de J'empire qui , de son temps, était sur son déclin , ce qui. lui avait donné lieu d'avancer que ce règne de l'Antéchrist était par conséquent proche, d'où il inférait la fui du monde n'être pas éloignée : Quod si in expositione statuœ , pedumque ejus et digitorum discrepantia ferrum et teslam super liomano regno inlcrpretatus sum , quod primum forte, deinde imbecillum Scriptura protendit , non mihi imputent, sed prophetœ , neque enim sic udulandum est principibus , ut sanctarum Scripturarum veritas negligalur.

Saint Augustin rapporte la même chose au livre xx de la Cité de Dieu, chapitre 19 : « Quelques-uns pensent, et non sans raison, dit ce grand docteur, que l'Apôtre a sousenlendudans ce passage l'empire romain, et qu'il voulait dire que cet empire serait détruit par l'Antéchrist; mais que saint Paul ne l'en est expliqué qu'obscurément pour ne pas attirer sur l'Eglise l'indignation des amateurs de Rome, qui croyaient son règne éternel : il ajoute qu'il y en avait qui s'imaginaient que Néron devait un jour ressusciter et être le vrai Antéchrist, ou plutôt qu'il n'était pas mort, et qu'il était réservé en quelque lieu dans la vigueur de son âge , ppur reparaître dans les derniers temps. Pensée. ridicule que ce saint rejette. »

Tout ceci se découvrira encore plus clairement, si l'on réfléchit sur les quatre âges du monde qu'on vient d'expliquer dans les chapitres précédents; car on a pu observer que saint Jean le dépeint par rapport et aux quatre saisons de l'année et aux quatre âges rie la vie de l'homme, et comme des courriers, pour tigurer la rapidité des temps. Dans le premier, le monde paraît dans l'adoles-

cence, c'est un cavalier vêtu de blanc, portant une couronne d'or sur la tête , symbole d'une jeunesse florissante. Dans le second il le représente blond ou roux, ainsi qu'on est communément à l'âge viril. Dans le troisième il paraît noir, tel qu'on est d'ordinaire à la force d'un âge robuste et parfait; et enfin il nous le fait paraître décrépit et mourant, comme on se trouve dans l'hiver d'une vieillesse avancée : aussi verra-t-on que le cinquième et le sixième âgequi suivent n'intei rompent point, et ne supposent point la fin de ce quatrième empire, qui nous mènera jusqu'à la un des siècles : d'où vient qu'après avoir entendu le quatrième de ces animaux mystiques qui le découvre à saint Jean, on n'en voit (dus aucun qui dise : Venez et voyez, marque assurée que l'empire qui conduit à la fin du monde est découvert, lin preuve de quoi nous pouvons rapporter ce qu'écrit saint Grégoire (I. m Dialog., c. 38), qu'environ l'an 5(38, qui fut le temps précisément auquel Mahomet parut au monde, un saint évêque d'Italie , ami intime de ce grand Pape, faisant la visite dans son diocèse, arriva à l'église de Saint Eulice martyr, et passa la nuit auprès de son tombeau. Sur le minuit n'étant ni endormi ni entièrement éveillé, mais assoupi, le bienheureux martyr se présenta devant lui, et lui demanda s'il veillait? à quoi le saint prélat répondit : « Oui, je veille; » et pour lors le martyr continuant, lui dit : « La fin du monde approche, la fin du monde approche, la tin du monde approche. » Il est temps de revenir au texte sacré.

7. Et lorsqu'il eut ouvert le quatrième sceau, il parut un cheval pâle , et celui qui était monté dessus s'appelait la mort. C'est donc ici le mahométisme , et particulièrement l'empire turc, nommé la mort: nom fatal, qui commença de paraître pour la première lois l'an 620, parce qu'il nous annonce par sa venue la ruine entière de l'em pire romain, auquel il succède; car ayant envahi ses provinces, l'Orient, le Midi et le Nord , aboli l'empire d'Orient par la prise do Constanlinople l'an 1453, appelée la nouvelle Home, et menaçant continuellement le reste de l'empire d'Occident, si on le peut nommer ainsi, par la terreur qu'il jette à Vienne et à Rome : que sait-on s'il ne prouvera point par un second événement qu'il est le vrai destructeur de l'empire romain, de la nouvelle et de l'ancienne Rome : d'Jsraël premièrement, puis de Juda , ainsi qu'un Nabuchodonosor, et par conséquent qu'il est l'avanl-coureur de la fin du inonde et de la destruction de l'univers, comme la mort l'est de la fin de l'homme; aussi a-t-il pour enseigne la lune, symbole de la mortalité. Et l'enfer le suivait. L'Antéchrist, et tout l'enfer déchaîné doit le suivre ; aussi est-il dit ci-après (x, lk) que l'enfer et la mort seront jetés dans l'étang de feu et de soufre, marque assurée que l'Antéchrist naîtra du mahométisme, et le suivra de près : qu'on lise Du cas (c. 40), Phrahzez et les autres qui étaient à Constantinople lors de

sa ruine par Mahomet II, et on verra que les fidèles le regardaient comme le précurseur de l'Antéchrist, lui en donnaient le nom , et lui en appliquaient les passages de l'Ecriture et tle [Apocalypse, et par un secret instinct de religion et de l'esprit de prophétie, toujours résidant dans l'Eglise, ils publiaient que les jours de l'Antéchrist étaient venus, surtout quand ils virent s'accomplir en Mahomet ce que saint Paul avait prédit de l'Antéchrist; qu'il s'assoiera dans le temple de Dieu, ita ut in templo Dei sedeat. (Jl Thess. n, 4.) Voici les paroles expresses de Dueas : « Le tyran, entré dans l'église, appela un de ses prêtres impies, qui moula au pupitre, où il lit ses prières abominables , pendant que le fils de perdition , le précurseur de l'Antéchrist, monta sur le saint autel : quel malheur 1 quel prodige ! qu'avonsnous fait, qu'avous-nous vu? un Turc, un impie sur le saint autel où sont les reliques des apôlres et des martyrs ! un Turc , un impie , dans le lieu même où l'Agneau de Dieu, où le Fils, le Verbe du Père est sacrifié et mangé , bien qu'il ne soit jamais consumé l nous avons été mis au nombre des adultères, et nos saintes cérémonies ont été méprisées pur nos péchés : cette église bâlie en l'honneur du Verbe et de la sagesse de Dieu, appelée l'église de la Sainte-Trinité, celte nouvelle Sion est devenue le temple des Rarbares et la maison de Mahomet. Seigneur, vos jugements sont équitables. » Mais on ne peut pas voir une plus vive image de la fureur de celle nation anlichrélienne que celle qui suit.

Et on lui donna pouvoir sur les quatre parties de la terre. Elle domine déjà sur les quafre parties dn monde qui gémissent sous son joug.

Et de tuer par le glaive, la faim et la mort . Elle porte par tous les endroits qu'elle ravage, la peste, la guerre et la famine; fléaux qui, de la connaissance de tout le monde, semblent avoir élu leur domicile dans l'empire turc, et en faire régulièrement le tour chaque septénaire d'années : Le mot de lurc en arabe signifie homicide ou meurtrier. Car par les bêles delà terre, elle traîne avec elle un nombre innombrable de peuples féroces, impies, hérétiques, apostals, qu'on dirait s'être dépouillés de la nature de l'homme, tant ils sont inhumains, et s'être revêlus de celle des bêtes les plus farouches. Telle est la description du mahouiétisme : voici celle du schisme des Grecs qui va paraître : car à peine les Grecs eurenl-ils absolument rompu l'union faite avec l'Eglise latine au concile de Florence l'an 1WJ, qu'ils se virent opprimés par la puissance ottomane l'an 1453.

Et le quatrième ange sonna de la trompette, et la troisième partie du soleil fut obscurcie. Jusqu'ici ce n'avait élé que quelques Eglises particulières qui étaient tombées dans l'erreur et dans les ténèbres, mais voici une grande partie de la terre qui ne reçoit plus les lumières de Jésus-Christ, le vrai soleil de justice, c'est-à-dire, toute l'Eglise

orientale : Volumus solem justitiœ Christum accipere, et lunam, quœ hujus solis splendore illuminatur Ecclesiam. (S. Hier, in Habac.)

El la troisième partie de la lune fut obscurcie, et la troisième partie des étoiles ; ensorte que la troisième partie de ces astres ne luisait pas. La plus considérable partie de la chrétienté , c'est-à-dire , tout l'Orient, tout le Midi, et une partie du Nord et de l'Occident, a été obscurcie des ombres affreuses de cette éclipse, qui a réduit l'Eglise, si souvent comparée à la lune, à un croissant. Quis enim solis nomine nisi Dominus, et quœ lunœ nomine, nisi Ecclesia designantur? (S. Grec, hom. 29, inEvang.) En effet l'Ecriture, pour représenter l'empire des Assyriens et des Romains, fait souvent allusion à la colombe et à l'aigle, qui leur servaient d'enseignes militaires : il en est ici de même à l'égard du croissant desTurcs, vraie figure de l'état où ils ont réduit l'Eglise, que nous verrons ci-après, avoir la lune sous les pieds c'esl-à dire le mahomélisme , son dernier ennemi, renversé par terre et vaincu : nouvelle preuve qu'il se confondra avec l'Antéchrist.

Et la troisième partie de la lumière de la nuit ne luisait pas. C'est-à-dire, que même ce qui restait de lueurs dans l'Eglise grecque, quoique schismatique, s'est presque; tout éteint, par l'ignorance et l'erreur; ou que la terre a été obscurcie, et privée en grande partie de la lumière de la foi, que l'Eglise, comme la lune mystérieuse de ce monde, répandait sur elle.

Et j'entends la voix du quatrième animal, qui dit : Venez et voyez. Ceci fait voir qu'il est difficile d'entendre les quatre évangélistes par ces quatre mystérieux animaux : car camiuent saint Jean qui vivait encore, se représenterait-il ici lui-même à lui-même , et comment s'écoulerait-il parler, et se dirait-il : Venez et voyez? et par conséquent on a eu raison de chercher dans quatre patriarches, ce qu'on ne trouve pas pleinement exprimé dans les quatre évangélistes , sans parler des autres raisons qu'on pourrait ajouter.

C'est donc ici Elie, témoin du schisme de Samarie, qui a prévu cette désolation de l'Eglise orientale, parce qu'elle est un commencement du règne'de l'Antéchrist, et que comme ce prophète doit alors venir secourir l'Eglise, et défendre l'héritage de Dieu, il a été convenable qu'il en eût la connaissance. Attende Eliseum in magno altoque myslerio tanquam prophelam agendo prœnuntiantem , non solum loquendo. (S. Aug., serin. 2, De verb. Aposloli.)

Mais Elle fut de plus la figure de cet état de l'Eglise désolée, et les paroles qu'il répondit à celle voix qui l'appelait, lorsqu'il s'enfuyait d'un royaume schismatique, contiennent une naïve description des calamités qui ont accablé l'empire d'Orient schismatique: « Que faites-vous là, Elie,» lui dit celle voix ? « a quoi il répondit : Le zèle que j'ai pour le Seigneur Dieu des armées, me vèuuil à l'extrémilé : Les enfants d'isiaél,

Seigneur ont abandonné votre loi, ils ont détruit vos autels, ils ont fait passer par le glaive vos prophètes, et je suis seul resté de ce carnage, encore nie cherchent-ils de tous côlés pour me ravir la \ie.»Quidhic agis,Elia1 al Me respondit: Zelo zelatus sum pro Domino Deo exercituum , quia dcreliquerunt pari um tuuin fil ii Israël, altaria tua destruxerunt, prophetas tuos oceiderunt gladio, dereliclus sum egosolus, et quœrunt animant meam ut auferant eam. (JIJ Reg. ix, 9-10.)

Mais Dieu s'était réservé le royaume de Juda, qui persista dans la vraie foi , et a été la figure de l'Eglise occidentale, tandis que Saraarie persista dans l'erreur jusqu'à la venue de Jésus-Christ : Decem tribus referuntur ad hœreticos , quorum multitudo maxima est : duœautem tribus quœ appellantur Juda Ecclesiœ personam possident, quœ

L'APOCALYPSE EXPLIQUEE

sub stirpe David regnabant. (S. Hier, in Ose. i.) En ell'et, comme le royaume de S.'iiuarie se sépara par son schisme du royaume de Juda, ainsi l'Eglise orientale s'est séparée par ses erreurs de l'occidentale , et par les mêmes motifs, comme on le voit dans l'histoire : c'est donc de cette connaissance qui fut communiquée à Elie, que ce prophète fait ici part à saint Jean, en Jui disant : Venez et voyez.

Mais voici les trois dernières et terribles plaies de l'Eglise, dont la grandeur va nous être représentée, sous un signe qui réveille d'autant plus notre attention, que la chose nous touche de plus près : car c'est ici l'endroit de la prophétie où nous' en sommes, et qui nous met devant les yeux l'histoire de noire temps.

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