CHAPITRE VI
Bu premier âge de V Eglise persécutée par les tyrans idolâtres, depuis Néron
jusqu'à Constantin.
SOMMAIRE. — Sous la figure d'un guerrier qui triomphe, on montre à saini Jean l'Eglise primitive, victorieuse de l'idolâuie, et ornée de la couronne du martyre; et sous celle d'une grêle mêlée et de feu et de sang, on lut dt couvre les cruelles persécutions qu'elle devait soutJYir pendant près de trois cents ans, c'est-à-dire depuis l'Ascension de Jésus-Christ jusqu'au iv« siècle.
Cap. VI. — 1. Et vidi quod aperuisset Agnus unum de septem sigillis, et audivi unum de quatuor animalihus, dicens tanquam vocem tonitrui : Veni et vide.
2. El vidi, et ecce equus albus, et qui sedebat super eura habebat arcum, et data est ei corona, et exivit vincens ut vinceret.
Chap. VI. — 1. Je vis ensuite que l'Agneau avait ouvert un des sept sceaux, et j'entendis un des quatre animaux , qui dit d'une voix comme d'un tonnerre : Venez et voyez.
Cap. VIII. — 6. Et septem angeli qui habebant septem tubas praeparaverunt se ut tubœ canerent.
7. Et primus angélus tuba cecinit : et fada est grando, et ignis, mista in sanguine, et missum est in terram, et tertia pars arborum cremata est , et omne fenum viride combustum est.
Chap. VIII. — 6. Alors les sept anges qui avaient les sept trompettes se préparèrent pour en sonner.
L'APOCALYPSE EXPLIQUÉE
7. Le premier ange sonna delà trompette, et il se forma de la grêle et du feu môles avec du ?ang, qui furent versés sur la terre ; ce feu brilla la troisième partie des arbres et toute l'herbe verte.
Aussitôt je vis un cheval blanc, et celui qui était monté dessus avait un arc; et on lui donna une couronne, et il alla remportant victoire sur victoire. ,
EXPLICATION
Quoique ce soient ici deux visions en nombre, ce n'en est pourtant qu'une en signification, ainsi qu'on vient de dire, encore que les paroles et les expressions semblent différentes : sur quoi le lecteur attentif observera que, comme par l'ouverture des sept sceaux, les sept âges de l'Eglise sont représentés , et par le son des sept trompettes qui sont des instruments qui annoncent la guerre, les sept persécutions qu'elle doit soutenir dans ces sept âges, ou états, sont figurées ; aussi les signes ont dû être différents ; en effet, nous voyons que ceux-ci descendent du ciel, et que les autres s'opèrent en terre (sans doute pour montrer que les persécutions même de l'Eglise, viennent tellement de la malice des hommes terrestres, qu'elles sont néanmoins permises par un ordre d'en haut) ; mais les choses signifiées reviennent au même.
Et je vis un cheval blanc. Voilà le premier âge de l'Eglise, selon les Pères : In primo siyillo dccus Ecclesiœ primitivœ, dit le vénéra oie Bède (In Apoc. vi; S. Victorjn.), où la candeur, la simplicité et l'innocence éclatent avec la pureté de la foi ; car alors, Fiées insignibus iniliis excanduit, pour s'exprimer avec saint Augustin. (Lib. xvm, c. 54 De civil. Dei.)
Et celui qui é(ait monte' dessus avait un arc, et on lui donna une couronne, et il alla remportant victoire sur victoire. C'est l'image de l'état glorieux de cet âge d'or de l'Eglise qui triomphe, exiit vincens ut vinceret, et le symLole de sa première conquête dans la conversion de la gentilité même qui la combattait, dit André de Cësarée : Prima rictoria quamper Apostolos Chrislus nactus est, gentium fuit conversio. Cet appareil et cet équipage guerrier nous représentent les combatsqu'elle rendit, et les victoires qu'elle remporta sur les ennemis de son Epoux : Hœc est Victoria quœ vincit mundum, /ides nostra(I Joan. v, 4), et la couronne immortelle du martyre dont elle fut ornée : Ecclesia marlyrum victoriis coronala, dit saint ■Inouïe (InEzeth. xxxvi. YitaS. Melch. inil.), Ecclesia martyriis coronala, et de laquelle le premier des martyrs, saint Etienne, porta le nom heureux. El data est ei corona. Mais voici ce même âge représenté di lié rem m en t.
Et le premier ange sonna de la trompette, et il se forma de la grêle et du feu mêlés avec ou sang, qui furent versés sur la terre; ce sont les signes des sanglantes et cruelles persécutions que les tyrans exercèrent cou- Œuvres court, de or. i.a Chbtardie.
Ire l'Eglise, selon saint Augustin (lib. xxi. De adev., c. 26), per ignem intelligi possunt persecutiones Ecclesiœ quibus martyres coronati sunt. Passage qui montre le rapport de ce signe avec le précédent, c'est-à-dire du premier sceau avec la première trompette.
Et la troisième partie des arbres fut brûlée, et toute l'herbe verte fut consumée : la multitude des fidèles qui souffrirent effectivement la mort pour la foi ne se peut nombrer; toute la fleur de la religion passa par cette flamme ardente où les plus saints et les plus zélés furent consumés. Ce sens est clair par ces paroles qui sont plus bas (cap. ix, § 4) : Et il leur fut commandé de ne point endommager l'herbe de la terre ni rien de ce qui était vert, ni aucun arbre, mais seulement les hommes qui n'ont pas le signe de Dieu sur le front. Car opposant aux méchants et aux réprouvés l'herbe, la verdure, les arbres, il faut que par ces mots il entende les saints et les élus.
Et j'entendis un des quatre animaux qui dit dune voix comme d'un tonnerre : Venez et voyez. Abraham, qui nous est ici représenté, eut une lumière qui lui fit voir cet âge d'or de l'Eglise, cette nouvelle génération de croyants, celte nation fidèle dont il fut le père, et cette vue le fit tressaillir de joie. Exsultavit Abraham ut videret diem meum, vidit, et gavisus est.
Que s'il connut la sainteté de l'Eglise primitive, les cruautés qu'on exerça contre elle pendant plus de trois siècles, et dont celles d'Egypte étaient la figure, ne lui furent pas cachées. Sachez, dit Dieu, lui découvrant l'avenir, que votre postérité sera errante dans une terre étrangère, et quelle sera persécutée pendant quatre cents ans. « Scilo prœnoscens quod peregrinum futur um sit semen tuum in terra non sua, et subjicienl eos serviluti, cl affligent quadringenttsannis. » (Gen. xm, 15.)
.Mais il promet la victoire à l'Eglise : « Je cliâtierai,» ajoute-t-il,« ses persécuteurs. «Ici la révélation qui lui fut faite se termina, et il ne vil pas plus loin. Verumtamen genlem cui servituri sunt, ego judicabo. Car après que Dieu l'eut assure que les Chrétiens emporteraient enfin la victoire sur leurs ennemis, et que l'Eglise s'enrichirait de leurs dépouilles : Posl hœc egredientur cum magna substantia, il lui cache le reste : Et pour vous, après être parvenu à une heureuse vieillesse, vous mourrez en paix, et irez trouver vos pères. « Tu aulem ibis ad paires tuos se- I. 2?
pultus in senectute bona. » Voilà l'état <Je l"Eglise qui fut révélé à Abraham, de quoi il fait part à saint Jean : Venez et voyez, « Veni et vide. »
Abraham, selon la doctrine de saint Augustin (lib. iv Contra Fatist.), ne fut pas seulement le prophète de cet âge de l'Eglise, il en fut aussi la figure : Sanctorum veteris instrumenti non tantum lingua, sed et vita prophetica fuit: Dieu le retira du milieu d'un peuple idolâtre, où même il souffrit une espèce de martyre pour la foi, puisque, selon la tradition des Hébreux, confirmée par Joseph et plusieurs Pères, il fut jeté dans une fournaise pour n'avoir pas voulu adorer les faux dieux : d'où vient qu'il est écrit au second livre d'Esdras : Qui eduxisli Abraham de igné Chaldeorum. Seigneur, qui avez retiré Abraham de la fournaise des -Chaldéens. Seigneur, dit l'Eglise dans sa prière des agonisants, délivrez l'âme de ce malade, comme vous avez délivré Abraham du feu des Chaldéens : Libéra animam ejus sicut liberasli Abraham de Ur Chaldœorum. Saint Augustin reconnaît que la famille de Tharé souffrit persécution pour la religion du vrai Dieu. Et, quoi qu'il en soit, Dieu lui ordonna de quitter ses parents, ses biens et son pays, il lui fit mener une vie errante sur la terre et immoler ce qu'il avait de plus cher; enfin il ne posséda des biens de ce monde qu'un cimetière, ce qui convient admirablement bien à cet âge des martyrs. Populua iste ex progenie Chaldœorum est : hic primum in
Mesopotamia habitavit, quoniam noluerunt sequi deos patrum suorum qui erant in terra Chaldœorum : deserentes ilaque cœremonias patrum suorum quœ in multiludine deorum erant, unum Deum cœli coluerunt , qui et prœcepit eis ut exirent inde. (Judith v, 6-9.) Manifestum est domum Thare persecutionem passam fuisse a Chaldœis pro vera pietate qua unus et verus ab eis colebalur Deus. Una igitur Tharœ domus erat, de qua natus est Abraham, in qua unius veri Dei cultus. Apud Chaldœos autemjam etiam lune superstiliones impiœ prœvalebant quemadmodum per cœteras gentes. (S. Aug., lib. xvi De civ. Dei, c. 12.)
Il est bon d'observer ici que saint Jeati ne parle point dans ['Apocalypse de la chute et de la réprobation des Juifs, ni de la destruction de Jérusalem et du temple; Jésus- Christ l'avait fait très-souvent et très-clairement dans l'Evangile et lorsque cet apôtre écrivait ce divin livre, tout cela était consommé. Car ce qui arriva sous Trajan et sous Adrien, n'en fut qu'une suite et un reste, et appartient d'autant moins à l'histoire du peuple de Dieu; que les Juifs endurcis n'en faisaient plus aucune partie, Aussi ne voit-on point dans Y Apocalypse de caractère spécial qui désigne leur ruine, quoi qu'il y en ait beaucoup qui marquent leur rétablissement; c'est pourquoi saint Jean commence d'abord par les persécutions de l'Evangile sous les princes idolâtres, sans faire mention des Juifs.
Du second âge de V Eglise exercée par les hérétiques, depuis Arius jusqu'aux Iconoclastes.
SOMMAIRE. — Sous la figure d'un cavalier ennemi, qui vient ôtër la paix A» la terre, et d'une montagne embrasée, on fait voir à saint Jean les dissensions que causèrent les hérétiques dans l'Eglise, et le feu qu'ils y allumèrent pendant près de quatre cents ans, c'est-à-dire depuis le iv« siècle jusqu'au "VIIIe.
Cap. VI. — 3. Et cum aperuisset sigillum secuudum, audivisecundum animal, dicens :
Veni et vide.
h. Et exivit alius equus rufus : et qui sedebat super illum, dalum est ei ut sumeret pacern de terra, et ut invicem seinterficiant, et datus est ei giadius magnus.
Chap. VI. — 3. Et lorsqu'il eut ouvert le second sceau j'entendis le second animal, qui dit : Venez et voyez.
h. Et il sortit un autre cheval qui était roux, et celui qui était monté dessus reçut le pouvoir d'ôter la paix de dessus la terre et de faire que les hommes se tuassent les uns les autres, et on lui donna une grande épée.
Cap. VIII. — 8. Et secundus angélus tuba cecinit : et lanquam mons magnus igné ardensmissusestin mareetfacla est tertia pars maris sanguis.
9. Et mortua est tertia pars ereaturae eorum quœ habebant animas in mari et terlia pars navium inleriit.
Chap. VIII. — 8. Et le second ange sonna ensuite de la trompette et il se fit comme une grande montagne tout enflammée, qui fut jetée dans la mer, et la troisième partie de la mer fut convertie en sang.
9. Et la troisième partie de ce qu'il y avait de créatures animées dans la mer mourut, et la troisième partie des navires périt.
L'APOCALYPSE EXPLIQUEE
EXPLICATION
Et quand il eut ouvert le second sceau, il sortit un autre cheval qui était roux. Voici le second âge de l'Eglise, où il semble que son innocence soit un peu lernie par la couleur teinte, et comme ensanglantée de ce second animal. Et celui qui était monté dessus reçut le pouvoir doter la paix de dessus la terre. Après l'âge d'or de l'Église, c'est-à-dire après le temps des persécutions et des martyrs, une profonde paix est accordée aux Chrétiens ; mais hélas, qu'elle leur est funeste 1 « Par la piété de Constantin, » dit Socrale au chapitre quatrième du premier livre de son Histoire, « le christianisme jouissait d'une paix profonde, et se trouvait assuré de toutes parts; mais celte paix fut incontinent troublée par une guerre intestine qui déchira l'Eglise. N'est-ce pas là ôter la paix de dessus la terre? »
Et celui qui était monté dessus ce cheval, reçut le pouvoir de faire qu'ils se tuassent les uns les autres. Quelle fureur intestine ne rongea pas alors les entrailles de cette bonne mère 1 « Ses propres enfants et ses propres membres ne furent plus à la vérité déchirés par les tyrans; mais ils se déchirèrent euxmêmes impitoyablement,» dit Théodoret, et ut invicein se interficiant. Car c'est ainsi que s'exprime le grand Constantin, parlant aux Pères du concile de Nicée, au sujet de l'arianisme : « Prenons garde, » leur disait ce pieux prince,» qu'après avoir, par le secours du Sauveur notre Dieu, détruit et renversé de fond en comble la tyrannie de ceux qui lui avaient déclaré la guerre, le démon envieux n'expose encore par une autre voie le christianisme à la médisance et à la calomnie des impies, au moyen de celte guerre intestine que je vois s'élever dans l'Eglise de Dieu? Est-il juste, » ajoute-t-il, «de voir les frères s'armer contre les frères, et que cette vénérable assemblée, par vos contentions et vos disputes, partage les esprits, et se range comme pour donner une bataille? »Constanlini opéra res Chrislianorum in sumrna pace ac securitate positœ erant, verum hujusmodi pacem intestinum eos hélium excepit.
Res lugubris fletu dignœ ! non extranei et hostes, sicut olim Ecclesias oppugnare, sed ejusdem tribus hommes, ejusdem tecti, ejusdem mensœ participes contra semelipsos linguas, hastarum loco, exacuere, imo vero eliam cum membra essent in unum corpus coagmentala arma adversum se muluo ferre cœperunt. (De vit.Const., lib. ni, c. 11.)
Mepost deletam funditus, ac sublatam, Dei saliatoris auxilio, tyrannidem eorum qui bellum Oeo induxerant, rursus malignus dœmon, alia via ac ralione, intestina sciUcet seditione Ecclesiœ Dei, divinam legemnudedMis et caiumniis exponat. Mquumne est ut fratres fratribus, velut in acte positi stent, et venerabilis conventus per vus qui rixamini impia contenlione dissentiat? (Ecseb., lib. h, c. 71; li)». ni, c. 12. J
Paul Oroze ( lib. vu, c. 29) en parle dans les mêmes termes, et ne sert pas peu à éclaircir l'endroit où nous en sommes : « L'empereur hérétique, » dit-il, « violant la paix de la foi catholique, arma les Chrétiens contre les Chrétiens, et déchira les membres de l'Eglise par celte guerre civile.» Discissa pace et unitate fidei catholicœ , Christianos adversus Christianos armaîis, civili , ut ita dicam, bello, Ecclesiœ membra dilacerat.
Et on lui donna une grande épée. Que nous représente ce glaive meuririer, si cène sont ces effroyables persécutions, guerres, cruautés, schismes et divisious que les hérésies causèrent dans l'Eglise, et qui ne répandirent pas moins de sang catholique que les persécuteurs idolâtres avaient répandu de sang chrétien, comme toutes les histoires ecclésiastiques le racontent au long?
«Le démon,»' dit Oroze (Ibid.), « ne pouvant plus persécuter les fidèles par les tyrans idolâtres, suscita des princes hérétiques qui persécutèrent l'Eglise avec aulant de cruauté que les païens.» Diaboli insectatio hominum corda perturbât, postquam Chrislianis imperatoribus...Ecclesiam Christi zelo idololatriœ persequi destitit, aliud machinamentum, quo per eosdem Christianos imperatores Chrislo Ecclesiam vexaret invenit. Voici l'hérésie représentée sous un autre emblème.
Et le. second ange sonna de la trompette, et il se fit comme une grande montagne tout enflammée qui fut jetée dans la mer. Qui consiuérera l'hérésie du second âge, qui, comme un mont de discorde, porta le feu des dissensions par toute la terre, et y alluma une guerre sanglante et cruelle, n'aura pas peine à entendre ceci : Les ariens, macédoniens, nestoriens, eutyohiens, monothélites, pélagiens, manichéens, iconoclastes, sans parler d'un nombre innombrable d'aulres sectes moins célèbres, y allumèrent un feu qui ne s'est jamais pu éteindre qu'avec l'Eglise orientale à laquelle il s'était attaché. Tunge montes et fumigabunt : ecce ego ad le mons pestifer, ait Dominus, qui corrumpis universam terrain, dabo te in montem combustionis. (Psal. cxun, 5; Jerein. u, 23.) Par les montagnes, sont ligures les hérésiarques et leur esprit orgueilleux et hautain, dit saint Jérôme (In Isa. xm, 57), sur les chapitres xxxu et xxxiii du prophète Ezéchiel. Per montes intelliguntur principes hœreseon... superbiaque et arrogans hœreticorum tumor. Hœreticorum describitur superbia, qui in monlibus se esse crcdentes, eriguntur contra scientiam Dei, etc. Ihvretici quorum cor elevatur in superbiam sibi excelsa promitlunt. ascendant dogmatum suorum montes sublimissiiuos. Eu elfet, les hérésies sont souvent, dans l'Ecriture, comparées à des montagnes embrasées; et ceci revient parfaitement à la manière dont Eusèbe s'en explique au sujet de la première hérésie, qui s'éleva incontinent après la paix de l'Eglise, et
qu'on peut dire avoir été non-seulement la première, mais encore la plus grande et la mère de toutes lesautres.« Le peuple de Dieu florissait, » dit Eusèhe au nc livre de la Vie de Constantin,'* et l'on n'avait aucun sujetde crainte au dehors qui donnât la moindre inquiétude, car, par un bienfait signalé de Dieu très-bon et très-puissant, l'Eglise était dans une paix douce et profonde ; mais une secrète envie se glissant premièrement parmi nous, et divisant ensuite les plus saints, commit enfin les évoques les uns contre les autres, et excita entre eux du bruit et des disputes, sous ombrede maintenir les dogmes de la foi, et de cette petite étincelle s'alluma ubgrandetépouvantable incendie. »
Car, pour s'exprimer avec Constantin, écrivant contre les hérétiques ( lib. ni, c. 60) , «de semblables disputes produisent toujours des embrasements et des feux. y>Florebat populus Dei, nullusque erat foris metus qui perturbationem afferret, quippe cum Dei optimi maximi beneftcio, amœna, et profundissima pax Ecclesiam undique communiret ; sed enim invidia nostris bonis insidias struens primum intro irrepens, postea in medio sanctorum cœtu tripudiavit, tandem vero episcopos inter se commisit, tumultum et altercationem inter eos excilans, divinorum dogmatum obtentu : exinde tanquam ex levi quadam scintilla gravissimum exarsit incendium. Ex hœreticorum coliisione, scintillœ atque incendia excitantur.
Voilà le flambeau de l'hérésie du second âge de l'Eglise ici pronostiqué, et il ne faut point d'autre commentaire de ces paroles : Une montagne embrasée fut jetée dans la mer; d'ailleurs, si l'hérésie est comparée à une montagne ardente dans les prophéties, la gentilité convertie, comme elle lut sous Constantin lors de l'arianisme, ou l'Eglise des nations, est aussi comparée à la mer : Lors, dit le Prophète, que la grande mer se convertira à vous, et que la nombreuse multitude des gentils viendra versvous; et ailleurs prévoyant cette merveille, il s'écrie : La connaissance de Dieu, comme un océan immense, a inondé la terre. « Quando conversa fueril ad te multitudo maris ; fortitudo gentium venerit tibi. Repleta est terra scientia Ihmini sicut aquœ maris operientes. » ( Isa. i.x ; xi. )
Et la troisième partie de la mer fut convertie en sang. En effet l'Eglise fut ensanglantée par les cruautés horribles qu'exercèrent les princes et les peuples hérétiques contre les orthodoxes, de quoi l'histoire est si remplie, qu'il semble jinutile de le rapporter, outre qu'on doit prendre ceci dans un sens métaphorique, et pour une grande désolation dans l'Eglise.
Et la troisième partie de ce quil y avait de créatures vivantes dans la mer mourut, parce qu'un très-grand nombred'âmesqui vivaient dans le sein de l'Eglise catholique, quittant la doctrine commune et universelle répandue par toute la terre, périrent misérablement dans l'eau bourbeuse et corrompue des erreurs particulières, et furent empoi-
sonnées de la puanteur et de l'infection mortelle que causa cette montagne embrasée. C'est ainsi que s'en explique le grand Constantin dans sa Lettre ou plutôt dans sa loi contre les hérétiques; il dit : que leur doctrine est un venin qui empoisonne tout le monde ; qu'elle prive de la santé les membres sains de l'Eglise; qu'elle est une mort pernicieuse; qu'elle fait des blessures mortelles ; qu'elle ôte la vie à un nombre infini d'âmes, etc. N'est-ce pas là notre texte expliqué ? Constantinus Augusltts hrcreticis: Agnoscite, o Novatianii, Valenliniani, Marcionitœ, Pauliani,elc, omnes denique\hœretici... quam perniciosis venenis imbuta sil doctrina vestra... sanis morbus gravissimus; viventibus perpétua mors... conscientias le~ lhalibus plagis vulneratis, etc. (Euseb. lib. m, c. 6k. )
Et la troisième partie des navires péril : qu'est-ce que cela signifie, sinon que quantité d'Eglises particulières furent malheureusement submergées par ces erreurs immenses, et firent, avec les pilotes qui les conduisaient, un funeste naufrage dans la foi ; Per naves, Ecclesias inlelligimus, dit saint Augustin sur ces paroles du psaume cm : Illic naves pertransibunt, et c'est en ce sens que saint Jérôme, après la défeciion des évèqnes d'un célèbre concile, a écrit: que le mondes'élonna de se vuirêtre devenu arien, tant il y eut d'Eglises entières qui périrent pour lors dans les flots de l'hérésie. Miratus est mundus totum se esse arianum.
Mais il faut montrer que l'âge des martyrs et l'âge des hérésies ont paru aux saints Pères deux âges différents de l'Eglise. Voici comme se la représentait saint Jérôme (Vit. S. Malach., init.), la considérant, ainsi que saint Jean, ornée de la couronne du martyre: «J'airésolud'écrire, «disait-il. « l'histoirede la naissance et du progrès de l'Eglise de Jésus- Christ, et de faire voir comment elle s'est augmentée par les persécutions, et comment elle a été couronnée de la couronne du martyre. » N'est-ce pas le tableau que cet apôtre vient de nous en faire dans son premier âge? Scribere disposui quo modo et per quos ChrisliEvclesianalasit et adulta, persecutionibus creverit, martyriis coronata sit.
Voici comme saint Augustin se la figurait dans le second, qui est celui des hérésies : « Le démon voyant ses temples abandonnés, et que le genre humain courait après son libérateur, comme il arriva vers la fin du premier âge de l'Eglise, et lors des trophées des martyrs, il suscita les hérétiques, c'est le second âge de l'Eglise, qui, sous le nom de Chrétiens, résistassent à la doctrine chrétienne ; comme si la loi de Dieu eut pu tolérer dans son sein sans corruption de sa foi diverses sectes opposées, ainsi que Babylone, où le monde tolérait divers partis de philosophes contraires les uns des autres, dans leurs sentiments. Mais le démon a succombé, poursuit ce grand docteur, à cette nouvelle tentative, car les persécutions n'ont fait qu'exercer la patience de l'Eglise, et les hérésies sa sagesse. » Videns autem
LAPOC.ALYPSE EXPLIQUÉE.
diabolus lempla dœmoniorum deseri, et in nomen liberantis mcdiatoris currere genus humunum, hœreticos movit qui, sub vocabulo Christian/, doctrinœ résistèrent Chrislianœ, quasi indi/Jerenter sine ulla corruplione haberi in civitate Dei, sicut civilas confusionis indifferentcr habuit philosophos inter se diversa et adversa sentientes. Inimici enim omnes Ecclesiœ quolibet errore cœcentur, tel malitia depraventur, si accipiant potestatem corporaliter afjligendi, exercent ejus patientiam, si tantummodo mala sentiendo adversantur, exercent ejus patienliam. (De civil. Dei, c. 51.)
Saint Grégoire le Grand regarde si bien l'âge des martyrs qui ont combattu les tyrans comme un âge distingué de celui des docteurs qui ont combattu les hérésies, qu'il les compare à deux saisons de l'année, à l'hiver et au printemps, qui se succèdent l'un à l'autre. « Que nous signifie-t-on par cette constellation d'étoiles nommée Orion, sinon les martyrs, qui, élevant l'Eglise comme une sphère céleste sur nos têtes, ont paru dans notre hémisphère au milieu de l'hiver? ». C'est le premier âge de l'Eglise ou le temps des martyrs; c'est-à-dire l'hiver de l'infidélité. Vroici le second, ou le printemps spirituel de l'Eglise, c'est-à-dire l'âge des docteurs qui a succédé à celui des martyrs. «Que nous représentent ces autres étoiles appelées Hyades, si ce ne sont les docteurs de la sainte Eglise, qui, succédant à l'âge des martyrs, ont commencé à briller dans le monde, quand la foi a dardé de plus vifs rayons, et que l'hiver de l'infidélité étant passé, le soleil de la vérité a échauffé les cœurs fidèles? car les orages des persécutions ayant cessé, et les longues nuits de l'infidélité s'étant écoulées , ils ont paru s'élever dans le ciel de l'Eglise, lorsque la foi, s'épanouissanl sur la terre, a donné entrée au printemps spirituel de l'année chrétienne. » C'est ce que dit ce grand Pape au ix° livre de ses Morales, chapitre 6 : Quid per Oriona nisi martyres designantur, qui dum sunctum Ecclesiam crigunl, ad- cœli faciem quasi in hyeme venerunt? Quid vero Jlyadum nomine nisVdoclores sanctœ Ecclesiœ designantur , qui subductis martyribus, eo jam tempore ad mundi no tiliam venerunt , quo fides clarius elucel, et represse infidelitalis hieme, altius per corda fidelium, sol verilalis calet '! qui remota tempestate persecutionis, expletis longis noclibus infidelitatis, tune sanctœ Ecclesiœ orti sunt, cum ei jam per credulitatis vernum lucidior annus aperilur.
Et j'entendis le second animal qui me dit : Venez et voyez. Celui qui nous est ici représenté est Moïse, qui, prévoyant les péchés auxquels les Juifs tomberaient, quand ils seraient paisibles possesseurs de la terre de promission, ce qui figurait l'état des Chrétiens après le temps des martyrs, prophétisa les malheurs qui accableraient l'Eglise lorsqu'elle jouirait de la paix de la terre : « Je prévois, leur disait-il , que vous en usere/. mal , et que vous vous écarterez bientôt uu
droit sentier, lorsque vous serez dans cette terre qui coule le lait et le miel : assemblezmoi tous vos docteurs, et je leur prophétiserai cette vérité : invoquant le ciel et la terre contre eux, etc. Dieu vous trouva dans une terre déserte, dans un lieu d'horreur, dans une solitude affreuse ; il vous environna et il vous enseigna, il vous conserva comme la prunelle de l'oeil : ainsi qu'une aigle qui défend ses petits, il vous couvrit de ses aib>s, il vous prit et vous porta sur ses épaules. » Tel fut le discours de Moïse aux docteurs juifs, auxquels il commanda de mettre le livre de l'Ecriture à côté de l'arche de l'alliance, afin qu'il fût là pour servir de témoignage contre eux, et de preuve de leur esprit de contention et d'opiniâtreté. Or ces mois de livres, de docteurs, de contentions, de disputes, d'opiniâtreté, d'obstination, d'assemblées, etc., nous conduisent naturellement à une idée de sectes et d'hérésies : Moyses prœcepit levitis qui portabant arcam fœderis Domini dicens : Tollite librum istum et ponite eum in latere arcœ fozderis Domini Dei vestri, ut sit ibi contra te m testimonium. Ego enim scio contentionem luam et cervicem tuam durissimam.., semper contentiose egistis contra Dominum... novi quod inique agetis et declinabitis cito a via cum introducli eritis in terram lacté et melle manantem. Congregate ad me omnes doctores, loquar audientibus sermones istos, et invocabo contra eos cœlum et terram (Deut. xxxi, 25-28) : Deus invenit eum in terra déserta, in loco horroris et vastœ solitudinis : circumduxit eum, et docuit , et custodivit quasi pupillam oculi sui ; sicut aquila provocans ad volandum pullos suos, et super eos volitans , expandil alas suas, assumpsit eum, atque portavit in humeris suis : Dominus solus dux ejus fuit, et non erat cum eo Deus alienus : incrassatus est dilectus , et dilatatus , et impinguatus , et recalcitravit , derelinquit Deum factorem suum, et recessit a Deo salutari suo- (Deut. xxxn, 10-12, 15.)
En effet, Dieu choisit le peuple chrétien du milieu de la terre idolâtre, et il le retira de l'empire des démons ; et de la voie de l'enfer ; il le conserva malgré les persécutions horribles et épouvantables qui devaient l'exterminer sans son puissant secours, il l'enseigna et l'instruisit lui-même, l'éclairant de ses propres lumières, et lui communiquant une doctrine pure, saine, orthodoxe ; il tourna à sa défense et à sa protection la force dos aigles romaines, par la conversion do Constantin, qui renonça à l'idolâtrie et aux dieux étrangers. Sicut aquila provocans ad volandum pullos suos, et super eos volitans expandit alas suas , assumpsit eum atque portavit in humeris suis.
Mais la paix, le repos et les richesses ayant été donnés aux Chrétiens, les hérétiques se révoltèrent contre celui même qui les leur avait accordés : malheur déplorable qui leur arriva à la lettre, ainsi que saint Jérôme (Vit. [S. Malach., init.) de rapporte en ces termes : '« J'ai résolu, » dit-il , « d'écrire l'histoire ecclésiastique, à commencer dès la venue du Sauveur, et la continuer jusqu'à
la lie de notre temps, et d'exposer comment et par qui l'Eglise de Jésus-Christ se forma et s'accrut, comment elje fut couronnée de la couronne du martyre, et comment étant parvenue jusque sur le trône, par la conversion des empereurs, elle devint plus puissante et plus riche, mais moins ornée de vertus. » Scribere disposui ab adrenlu Salvatoris usque ad nostram œtatem , id est ab apostolis usque ad noslri temporis fœcem, quomodo et per quos Christi Ecclesia nata sit et adulta , persecutionibus creverit , martxjriis coronata sit. Et postquam ad Christianos principes venit potentia quidem et divitiis major, sed virtutibus minor facla sit.
Tel fut l'effet de l'abondance : cependant Moïse distingue bien le peuple fidèle d'avec l'hérétique : « Que vousêtes heureux, ô lsraëll qui est semblable à vous, ô peuple fortuné, dont le Seigneur est le salut, le bouclier et l'épée? le Seigneur fera grâce à ses serviteurs; et il promet la victoire à l'Eglise contre les rebelles. Vos adversaires vous rejetteront, mais vous foulerez aux pieds leur cou.» C'est le génie et le sort des hérétiques, ils nient l'autorité de l'Eglise, ils refusent de se soumettre à sa doctrine, ils se séparentde sa communion. « Vos adversaires vous rejetteront,» voilà leur esprit orgueilleux. Voici leur sort funeste : « Mais vous foulerez aux pieds leur cou : » Beatus es, tu Israël, quis similis tui, popule, qui salvaris in Domino, scutum auxilii tui, et gladius gloriœ tuœ? dominus in suis miserebitur. Negabunt te inimici tui, et tueorum colla calcabis. (Deut. xxxm, 29.) Leur tête rebelle qui a secoué le joug de la foi, se trouve accablée du poids de leur condamnation ; ils n'ont pas voulu reconnaître l'Eglise comme une mère de douceur, ils la trouveront comme un juge sévère, ils deviendront l'escabeau du corps mystique du Fils de Dieu, puisqu'ils ont dédaigné d'en être le trône, et cette promesse de Jésus-Christ aura lieu en cette occasion. « Voilà que je vous ai donné le pouvoir de Ifouler aux pieds les serpents et les scorpions, et toute la vertu de l'ennemi.» Ecce dedi vobis potestatem calcandi supra serpentes, et scorpiones, et supra omnemvirtulem inimici. (Luc. x, 19.)
Ici se termina la révélation qui fut faite à Moïse; car après que Dieu lui eut montré la punition qu'il ferait de tant d'infidélités : « Ma colère s'est allumée comme un feu, et je les châtierai par le moyen d'un peuple barbare et d'une nation farouche : » expres-
sion remarquable pour le chapitre suivant : Jgnis succensus est in furore meo, et ego provocabo eos in eo qui non est populus, et in gente stulta irritabo eos. (Deut. xxxh, 21.) Il lui cache le reste, et lui dit : «Et pour vous, vous dormirez avec vos pères : » Ecce tu dormies cum patribus tuis (Deut. xxxi, 16) : et c'est cette connaissance du second âge de l'Eglise que Moïse prévit, dont il fait ici part 5 saint Jean : « Venez et voyez. » Veni et vide. (Joan. i, ^6.)
Moïse, sous qui le peuple juif, après trois ou quatre siècles de persécutions, sortit hors de captivité, confondit les magiciens et les sages de Pharaon, surmonta les persécutions, et entra aussitôt après la mort de celégislateur dans la Terre promise, pour y jouir enfin de la paix, nous est une figure aussi claire du second âge de l'Eglise, comme il en est le prophète. Scriptura sancla etiam rébus gestis prophetans. (S. Aug., lib. xvii De civ. Dei, c. 3.)
11 ne faut pas au surplus s'imaginer que ces différents âges de l'Eglise soient si séparés l'un de l'autre, qu'ils ne se mêlent point ensemble, étant certain qu'il y a toujours eu dès la naissance de l'Eglise des persécutions, des hérésies, et les autres choses qu'on va voir, qui toutes ont concouru ensemble ; maison marque seulement le temps dominant de ces fléaux, et les grands caractères que saint Jean a eus principalement en vue: (Prophetas) non universa narrare sed ea quœ majora videntur exponere (S. Hier., in Dan. n) : et qui ne se distinguant pas toujours par des époques chronologiques, différentes et successives, le sont plus que suffisamment par leurs effets. Par exemple, le grand feu de l'hérésie, ou du second âge de l'Eglise, éclata sous Constantin ; mais il ne laissa pas de durer, et même de se renouveler de temps en temps jusqu'aux iconoclastes. Et la grande inondation des barbares dans l'empire, qu'on donne pour le troisième âge de l'Eglise, arriva sous Théodose le Jeune et Honorius, et continua jusqu'à Charlemagne. Il avait cependant commencé auparavant, et continua après; mais non dans le même excès, et ce n'étaient tout comme dans l'âge de l'hérésie, que des préparatifs ou des suites. Si donc on a égard aux siècles, souvent ces âges concourent eu partie : si on fait attention aux diverses plaies qu'ils ont causées à l'Eglise, ils diffèrent extrêmement.
Du troisième âge de VEglise ravagée par les Barbares, depuis Théodose le Jeune
jusqu'à Charlemagne.
SOMMAIRE. — Sous la figure d'un cavalier féroce qui porte la f;imine partout et d'un phénomène ma • lin qui corrompt les eaux, on fait voir à saint Jean l'irruption des peuples barbares dans l'Eglise, pendant près de quatre siècles, c'est-à-dire depuis l'an quatre cenis jusqu'à l'an huit cents.
Cap. VI. —5. Et cum aperuisset sigillum Cap. VIII. — 10. Et tertius angélus loba tertium, audivi tertium animal dicensrVeni cerinit, et eccidit de cœlo Stella magna,aret vide. dens tanquam facula, et eccidit in tertfam
partem fluminum, et in l'unies aquarum.