Et clamabant voce magna dicentes
Salus Deo nostro,qui sedet super thronum, et Agno.
11. Et omnes angeli stabant in circuitu throni, etseniorum, et quatuor animalium ; et ceciderunt in conspeclu throni in faciès suas, et adoraverunt Deum.
12. Dicentes : Amen, benediclio et claritas, et sapientia, et gratiarum actio, honor, et virtus, et fortitudo Deo nostro, in sœcula sœculonim. Amen.
13. Et respondit unus de senioribus, et d'xit roihi : Hi, qui amieti sunt stolis albis, qui sunt ? et unde venerunt ?
\k. Et dixi illi : Domine mi, tu scis ; et dixit milii : Hi sunt qui venerunt de tribulatione magna, et laverunt stolas suas, et dealbaverunt easin sanguine Agni.
15. Ideo sunt ante thronum Dei, et serviunt ei die ac nocte in templo ejus, et qui sedet in throno, habitabit super illos.
16. Non esurient, neque sitient amplius, nec cadet super illos sol, neque ullus œstus.
17. Quoniam Agnus qui in raedio throni est, reget illos, et deducet eos ad vit» fontes aquarum, et absterget Deus omnem lacryinam ab oculis eorum.
EXPLICATION
1. Après celajt vis quatre anges qui se tenaient aux quatre coins de la terre , dont ils arrêtaient les quatre vents, afin qu'ils ne soufflassent point sur la terre, ni sur aucun arbre. Ceci montre que le cours des visions fut interrompu par la connaissance particulière qui fut alors donnée à saint Jean de quelques accidents qui arriveront entre la sixième et la septième persécution, où il y a apparence que la conversion des Juifs se fera.
2. Puis je vis un autre ange qui montait du côté de l'Orient , et qui avait le sceau du Dieu vivant, et il cria à haute voix aux quatre anges, qui avaient reçu le pouvoir de frapper la terre et la mer de plaies.
3. El il leur dit : Ne faites aucun mal à la terre , ni à la mer, ni aux arbres, jusqu'à ce que nous ayons mis le sceau sur le front des serviteurs de notre Dieu. On comprend par ces paroles que l'Antéchrist étant prêt de vouloir renverser l'Eglise et de séduire les Juifs, desquels il doit sortir, Dieu veut retarder l'entreprise de cet impie et faire auparavant dans la nation juive cette récolte d'élus, dont il est si souvent parlé dans les Livros saints.
k. El j'entendis que le nombre de ceux qui avaient été marques du sceau , était de cent quarante-quatre mille, d'entre toutes les tribus des enfants d'Israël.
5. De la tribu de Juda, douze mille furent marqués du sceau, etc. Ce nombre de douze mille choisis de chaque tribu et marqués du signe salutaire de la croix, que signifie-t-il, sinon le nombre des Juifs qui se convertiront à la foi à la lin du monde, et qui seront ramenés à Jésus-Christ par Elie? La multitude en paraît grande, et douze mille de chaque tribu, est une ligure qui donne l'idée d'un peuple infini, sur quoi il est à propos de faire deux observations.
La première, que selon la pensée des plus anciens Pères, saint Jean parle en cet endroit-ci, de la conversion des Juifs à la fin du monde : Oslendit Joannes numerum ex Judœis crediturum per Eliam , dit saint Victorin. C'est aussi le sentiment d'André de Césarée : Numerus iste, numerus est Judœorum qui sub sœculi consummalionem , per fidem salvabuntur ; quando nimirum juita apostoli sententiatn, post gentium multitudinem ingressam , omnis quoque Israël salvu's
L'APOCALYPSE EXPLIQUEE
fiet.... Rectius enim ad Antichristi adventum locus hicrefertur. Aretas, très-ancien auleur, ainsi que les deux précédents, enseigne la même chose : Hœc apertius circa adventum Christi contingent. Saint Chrysostome, ou du moins un interprète de ces premiers temps (liom. 12, in Marc), confirme ce sentiment : l'bi hoc leclum est , quia in novissimo salvabitur ojnnis Israël? Primum quidem ipse dicit apostolus : Cum intraverit plenitudo gentium, tune omnis Israël salvus fîet : deinde dicit et Joannes in Apocalypsi sua, de tribu Juda creditura , duodecim millia , de tribu Ruben creditura, duodecim millia, ei de reliquis tribubus cadem loquitur ; et fiunt omnia quœ credunt, cenlum quadraginla quatuor miilia : credituri ergo sunt Judœi, sed in fine tnundi crediluri sunt : saint Paulin (epist. 50, ad S. Aug.) , s'en explique de la même manière, el interprète en ce sens cet endroit de I1 Apocalypse : Ex ipsis impiis Judœis, dit-il, eorum generalio ventura est electorum, qui de singulis tribubus electi,in duodenïs millibus designantur quibus revelatio beati Joannis, etc.
La seconde observation est que l'omission de la tribu de Dan dans rénumération que saint Jean fait des autres, a toujours paru ici mystérieuse, soit que celte tribu ne doive pas revenir de son infidélité, soit que l'Antéchrist en doive naître, comme l'ont conjecturé plusieurs saints docteurs, qui ont cru l'entrevoir dans les paroles enigmatiquesdu patriarche Jacob à ses enfants, qu'ils ont regardées comme renfermant les destinées de chaque tribu en particulier : Cum Jacob filios suos benediceret , talia dixit de Dan, ut de ipsa tribu existimetur exsurrecturus Antichrislus, dit saint Augustin. (Lib. vi Quœst.) Attende verba Jacob... ad Dan... Nasciturum ex tribu Dan Antichristum, dit saint Hippo- Jy te. (Deben., c. 7.) Antichristus futurus ex tribu Dan, dit saint Ambroise. Dan non recensetur quod Antichristus ex illa nasciturus, dit saint André deCésarée. (Lib.v, c. 3.) Dan piœtermisit, ex quo dicilur Antichristus esse nasciturus, dit Je vénérable Bède. Saint Irénée, dès les premiers siècles de l'Eglise, avait écrit la même chose : El propter hoc non annumeratur tribus hœc in Apocalypsi , cum his qui salvantur. El en effet cette tribu dès le commencement a porté un caractère singulier d'impiété : car ce fut elle qui la première de toutes les tribus d'Israël, fit profession publique d'idolâtrie, et, qui au milieu du peuple de Dieu , se maintint avec obsiination dans le culte sacrilège des démons pendant plus de six cents ans, c'est-àdire depuis le temps des Juges jusqu'à la transmigration de Babylone : Posueruntque sibi scuptile in tribu Dan usque ad diem captivitatis suce, mansitque upud eos idolum omtii tempore. (Judic. xvui, 30.) Ce fut aussi d'elle que sortit le premier blasphémateur du nom de Dieu. Ecce autem egressus filius mulieris Israelitidis , quem pepererat de viro /Egyptio inler filios Israël, jurgatus est iii caslris cum viro Jsraelila : cumque blusphentasset nomen, et malcdixissel ci , adductus
est ad Moysen. (Vocabatur autem mater ejus Salumith , fitia Dabri de tribu Dan.) [Levit. xxiv, 10, 11.] D'où vient qu'il n'est fait aucune mention d'elle dans le dénombrement exact de toutes les tribus et familles revenues de captivité? Sans doute ou par horreur de celle première et dernière apostasie, ou bien parce qu'elle ne revint pas de Perse, et qu'elle y est restée jusqu'à nos jours, aussi bien qu'une grande partie de la nation juive, comme on peut voir dans Josèphe. (Antiq. Jud., lib. vi, o. 5.) Il est vrai que saint Jean omet aussi celle d'Ephraïm ; mais elle est représentée par Joseph , ainsi qu'en d'autres lieux de l'Ecriture (Psal. lxxvh , 67; Ezech. xxxvii, 16; Amos v, 6), où l'on tait son nom pour des raisons spéciales à celle tribu, qu'on peut voir ailleurs, surtout parce qu'elle fut le siège du schisme , de l'hérésie et de l'idolâtrie en Israël. Joseph pro filio ejus Ephraim posuit beatus Joannes ,>. dit Arelas : et que Mariasses ayant été l'aîné, il a été à propos de supprimer plutôt son cadet que lui.
6. Après cela je vis une grande multitude que personne ne pouvait nombrer, de toutes nations, de toutes tribus, de tous peuples et de toutes langues , qui étaient debout devant le trône, et en présence de l'Agneau, vêtus de robes blanches et portant des palmes dans leurs mains.
10. Et ils criaient à haute voix, en disant : C'est à notre Dieu qui est assis sur le trône, et à l'Agneau, qu'est due la gloire de nous avoir sauvés.
11. Et tous les anges étaient debout autour du trône, des vieillards et des quatre animaux, et ils se prosternèrent devant le trône et adorèrent Dieu.
12. En disant : Amen, bénédiction, gloire, sagesse, action de grâces, honneur, puissance et force à notre Dieu , dans les siècles des siècles. Amen.
Telle est la fêle des bienheureux dans le ciel pour le retour des Juifs au Dieu de leurs pères, et de leur vocation à la foi , et peutêtre aussi pour la conversion des nations à qui Enoch sera envoyé, et qui s'unissantaux Juifs, ne formeronfavec eux qu'une même Eglise : Jgitur antequam veniat dies judicii... mittet Dominus Eliam, ut Judœi et Christiani qui nunc inler se discrepant , pari in Chrislum religione consentiant , dit saint Jérôme sur le chapitre ive de Malaehie.
13. Alors un des vieillards prenant la parole, médit: Ceux qui sont vêtus de robes blanches, qui sont-ils ? et d'où sont-ils venus'/
lk. Et je lui répondis : Mon Seigneur, vous le savez : Ce sont , dit-il, ceux qui sont venus de la grande tribulalion. Jugez par ce terme combien sera extrême l'affliction que ces nouveaux Israélites devenus Chrétiens , souffriront dans cette conjoncture de temps, plus horrible que le premier âge des martyrs, et que saint Augustin (De civit. Dei , lib. xvi, c. 42) nous apprend avoir été figurée par celte mystérieuse frayeur d'Abraham rapportée dans la Genèse. Afflictio civilatia Dei qualis antea nunquam fuit, quœ sub An
' (JEU VUES COMPLETES DE DE LA LTIETaKDIE.
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tichristo fatura speralur, significatur tenebroso timoré Abrahœ circa solis occasum, id est propinquante jam fine sœculi. Saint Grégoire nous assure la même chose en ces termes : In extremis vum Judœa crediderit , gravissimas Anlichristi tempore persecutiones sentiet : et erunt lune multi ex Judœis infidelibus qui eosdem ipsos, qui ex Judœis crediderint, persequentur : de sorte que si la vue du plein jour de Jésus-Christ lit tressaillir de joie ce patriarche, celle du soir de ce même jour auquel l'Antéchrist doit paraître, le lit frémir d'horreur.
15. C'est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu, et ils le servent jour et nuit dans son temple : et celui qui est assis sur le trône, habitera lui-même avec eux.
16. Ils n'auront plus faim ni soif, et ils ne seront plus briïlés du soleil ni d'aucune autre ardeur.
17. Parce quel' Agneau qui est au milieu du trône, sera leur pasteur, et il les mènera aux fontaines d'eau vive, et Lieu essuiera toutes les larmes de leurs yeux; c'est-à-dire, que la grandeur de la récompense et des consolations de ces néophites répondra à la grandeur des maux et des souffrances qu'ils auront endurées. Ceci est expressément marqué dans Jsaïe, où il est parlé du retour des Juifs, et des merveilles que Dieu opérera pour lors en Sion : Et faciet Dominus exerciluum omnibus populis in monte hoc convivium.... convivium pinguium, et aufertt Dominus Dcus lacryjnam ab omni facie. (Isa. xxv, 6, 8.) Et le prophète y joint par avance un cantique d'action de grâces pour le retour des Juifs. Or, leurs robes lavées dans le sangde l'Agneau, leur assiduité à la prière, leur culte religieux et continuel, cette faim et cette soif de la parole de Dieu, et de ses célestes vérités, qui les accable à présent, et dont ils seront pour lors délivrés ; le feu de la justice divine, qui ne les consumera plus comme elle a fait jusqu'ici; Jésus-Christ assis dans un trône qui règne au milieu d'eux, qui les repaît et les désaltère dans les eaux rejaillissantes en .la vie éternelle, et Dieu qui lui-même essuie leurs larmes ; toutes ces choses, en un mot, nous font voir l'état florissant de cette nouvelle Eglise. Calamum quassatum, hoc est sceptrumJ udaicum, et linum fumigans , hoc est sacerdotium J udaicum, Christus non penitus confregit, aut exslinait. Christus Judœos, qui calamo quussuto, perdita integrilalc , et lino fumanti, amisso lumine, comparati sunt, non conlrivit nec exstinxit, disent saint Augustin (De civ. Dei, lib. x\, c. 30) , et saint Grégoire. (Moral., lib. xxxiu, c. 3.)
Il ne faut pas pourtant penser que saint Jean n'ait compris, dans cette vision, que ceux qui soulfriront le martyre dans les dernières persécutions, et qui sont spécialement désignés par ces paroles : « Ceux qui sont vêtus de robes blanches, qui sontils ? et d'où sont-ils venus? » Au contraire, il parait qu'il a voulu réunir toute l'Eglise triomphante, et qu'elle lui a été montrée, ne faisant qu'un corps, et une assemblée com-
posée de tous les saints de l'un et de 'autre Testament, représen'ant toute la Jérusalem céleste, à l'occasion néanmoins de la conversion des Juifs, (dont le dénombrement mis ici ressent celui d'Esdras lors du retour de la captivié de Bahylone) et des martyrs des derniers siècles , réunis aux premiers. Ad Anlichristi advenlnm locus hic refertur, dit André de Césarée.
Voici donc l'interprétation de ce chapitre : ces quatre anges qui, prêts de bouleverser le monde, s'arrêtent à cette voix d'en haut, et s'abstiennent de souffler sur la terre, sur la mer et sur les arbres, d'où naturellement doit s'ensuivre une grande sérénité dans le ciel, signifient que Dieu suspend les fléaux de sa colère, pour faire reluire sur les hommes les rayons de sa miséricorde ; et c'est dans ces beaux jours de l'Eglise que doit arriver, comme dans l'heureuse automne du monde, cette conversion des Juifs, si célèbre dans les Ecritures : « Car l'Eglise sainte » , dit saint Grégoire le Grand (lib. îv Moral. ,. c. 4) , « s'étant d'abord enrichie par la conversion de la nombreuse multitude des gentils, qui furent comme les abondantes prémices de sa moisson, achèvera sa récolte à la fin du monde, par le retour de la nation juive, qu'elle ramassera comme reste des fruits de la terre.» Sanctanamque Ecclesia in primitiis suis mullitudine gentium fecundala, vix in fine mundi Judœos, quos invenerit, suscipil, et ex- Irema colligens, eos quasi reliquias frugum ponit.
Ce sont les paroles de ce saint, et on peut dire de tous les Pères qui traitent de ce sujet, particulièrement de saint Jérôme ( m Mat th. n) : Jésus-Christ retournant d'Egypte en Judée, dit ce grand doclenr, signifie par là que les Juifs, à la fin du monde, le reconnaîtront pour Messie, et seront éclairés des lumières de la foi : In fine mundi, Judœi fidem, tanquam Chrislum ab JEgypto revertentem suscipientes , illumincibuntur; et dans saint Luc : Jérusalem calcabitur a gentibus, donec implcantur tempora nationum (Luc. xxi, 24.) : parce qu'en effet la figure la [dus expresse de ce retour est la réconciliation de Joseph avec ses frères, suivie de la descente de Jacob en Egypte, et de la sortie de ses enfants pour aller en la terre promise.
L'Agneau qui les conduit ici à cette source d'eau vive, marque le baptême qu'ils recevront, le signe salutaire de la croix qu'on leur imprime sur le front, le christianisme qu'ils professeront , leurs habits empourprés de sang, le martyre qu'ils endureront, et le nombre certain de chaque tribu, la récolte d'élus que Dieu y fera.
Ce serait ici le lieu d'exposer la gloire de l'Eglise dans celte dernière complète, la foi, la religion et la piété des derniers Juifs que l'apôtre, après les prophètes, assure ne devoir pas être moindres que celles des premiers lidèles en Jérusalem, ni destituées de moindres prodiges et de moindres grâces, si l'on ne craignait d'interrompre trop
L'APOCALYPSE EXPLIQUEE
la suite du principal dessein. On ne peut néanmoins se dispenser de rapporter ici ce qu'en dit le grand saint Grégoire, qu'on choisit entre les autres Pères, qui cependant tiennent tous ici le même langage.
C'est sur le chapitre xlii de Job, livre xxxv, en divers endroits, et surtout au chap. ix, sur les paroles suivantes :
(Et le Seigneur redonna à Job le double de tout ce qu il avait perdu.) En effet, si l'Eglise sainte perd présentement beaucoup de ses enfants dans les tentations, elle les recouvrera à la fin des siècles, lorsque la plénitude des gentils étant entrée dans son sein, elle verra tout ce qui se trouvera de Juifs, y courir en foule : d'où vient qu'il est écrit, qu'après que l'Eglise des nations aura trouvé le salut, tout Israël sera sauvé, et la Vérité même nous assure dans l'Evangile, qu'Elie viendra, et qu'il rétablira toutes choses. Car il est vrai que l'Eglise a maintenant perdu les Israélites, n'ayant pu les convertir à la foi; mais comme elle les recueillera par la vertu des prédications de ce grand prophète, on peut dire qu'elle recouvrera alors avec plus d'abondance, ce qu'à présent elle n'a pas ramassé : (Addidit Dominus omnia quœcunque fuerant Job dupliciu.) Sancta quippe Ecclesia , elsi multos nunc persecutione tentationis amittit, in fine tamen huj us sœculi, ea quœ sua sunt duplicia recipit, quando susceptis ad plénum gentibus,ad ejus sinum currere, omnis quœ tune inventa fuerit, etiam Judœa consentit. Hincnamque scriptum est, « donec plenitudo gentium introiret, et sic omnis Israël salvus fierel (Rom. xi, 25) : » hinc in Evangelio quoque Veritas dicit : aElias reniet, et ille restituet omnia.r- (Malt II. xxu, 11.) Nunc enim amisit Jsraelitas Ecclesia , quos convertere prœdicando non valuit, sed tune Elia prœdicante, dum qnolquot invenerit colligit, relut plenius recipit quod amittit.
(Or tous ses frères vinrent le trouver, ainsi que toutes ses sœurs, et tous ceux qui l'avaient auparavant connu, et il leur lit un grand festin dans sa maison) : ce sont leSjparoles de l'Ecriture, après que Dieu eut rétabli Job dans son premier éclat, et que saint Grégoire applique ainsi à Noire- Seigneur : « Les frères et les sœurs de Jésus- Christ viendront à lui, » dit ce grand Pape, « lorsqu'à la tin du monde , tout ce qui se trouvera de Juifs, se convertira à lui : car alors, il sera vrai dédire, qu'ils s'en approcheront, quand, éclairés par la lumière de la foi, et émus d'un transport divin, ils accourront à lui : alors ils feront un célèbre festin, quand ils reconnaîtront avec joie sa divinité, et qu'ils s'en nourriront : alors dans ces derniers temps, tous les Israélites à la prédication d'Elie embrasseront en foule la loi de Jésus-Christ, et réclameront la protection de celui qu'ils ont eu en horreur, et ce sera enfin alors que par l'assemblée et le concours de tant de peuples différents, on fera ce grand festin dont il est ici parlé.
« (Ju'il est agréable et consolant, de con-
sidérer des yeux de la foi ce dernier festin que fera l'Eglise, au retour du peuple juif converti à Jésus-Christ 1 Ce sera Elie qui invitera les conviés à ce grand banquet : car les Juifs commençant d'ouvrir les yeux par l'approche du jour du jugement, ou à la voix de ce grand précurseur du Fils de Dieu, ou par les prodiges qui devanceront ce dernier jour, et l'avénemeutdu Sauveur, reviendront de leurs erreurs : et quoiqu'au temps de l'Antéchrist, la piété des fidèles semble en quelque façon ralentie, quoique les grands combats qu'il faudra rendre contre ce perdu, glacent le cœur des plus fervents : fortifiés néanmoins par la prédication d'Elie, nonseulement les fidèles demeureront inviolablement attachés à l'Eglise, niais même plusieurs d'entre les infidèles se convertiront à la foi, en sorte que les restes de la nation juive, qui d'abord avait été rejetée à cause de son obstination, accourra au sein de notre mère la sainte Eglise, transportée par les mouvements d'une piété incomparable : d'où vient qu'il est ici fort à propos ajouté, que le Seigneur bénit Job, encore plus à la fin de ses jours qu'il n'avait fait au commencement : » Venerunf autemadeum omnes fratres sui, et universel' sorores suœ, et cuncli qui norerant eum prius, et comederunt eum eo panem in domo ejus. Tune quippe fratres sui, ac sorores ad Christum veniunt, quando ex plèbe Judaica, quolquot inventi fuerint, convertunlur. Tune accedunt quando ad eum per cognitionem fidei devota gratulatione concurrunt ; lune apud eum célèbre feslivitulis convivium exhibent, quando divinitati se ejus, inhœrere congaudent ; tune exlremo tempore lsraelitœ omnes ad [idem cognila Eliœ prœdicatione concurrunt, alque ad ejus protectionem quam fugerant, redeunt, et tune illud eximium multiplici aggregatione populorum convivium celebratur. Aperire libet oculos fidei, et illud extremum sanctœ Ecclesiœ de susceptione Israelitici populi convivium contemplari , ad quod nimirum convivium magnus illeveniens Elias, convivantium invilalor udhibetur : appropinquante enim die judicii, vel prœcursoris vocibus,vel quibusdam erumpentibus signis, ipsa eis jam aliquo modo advenienlis Domini virlus interlucet : et quamvis eisdem temporibus quibus Antichristus appropinqual, aliquatenus vita fidelium minoris esse virtutis appareat, quamvis in confliclu illius perditi hominis , gravis etiam corda forlium formido constrigat : Elia tamen prœdicante roborali, non solum fidèles quique m sanctœ Ecclesiœ soliditale persislunt , sed etiam ad cognitionem fidei mulli quoque ex infidelibus convertunlur, ita ut Jsrue.lilicœ genlis reliquiœ quœ repulsœ prius fundilus fuerant, ad sinum malris Ecclesiœ pia omnino devotione concurrunt, unde et bene subdiiur: « Dominus autem benedixit novissimis Job ntagis quam principio ejus. »
Celte doctrine de saint Grégoire n'est (pie le pur esprit de l'Ecriture, Dieu promettant par ses prophètes cette conversion future des Juifs, particulièrement dans Malaçhie, dont les dernières paroles contiennent uue
assurance que Dieu donne à ce peuple de lui envoyer Elie, qui convertira et réconciliera les enfants avec leurs pères, et les pères avec les enfants et cela immédiatement avant le grand et terrible jour du jugement : Mementote legis Moysis servi mei, quam mandavi ei in Iloreb ad omnem Israël, prœcepta et judicia. Ecce ego mittam vobis Eliam prophetam, antequam veniat dies Domini magnus, et horribilis, et eonvertel cor palrum ad filios, et cor filiorum ad patres eorum : ne forte veniam, et percutiam terrain anathemale (Malach. iv ; Matlh. xvn.ll): Elias quidem venturus est, et restituet omnia : Elias cumvenerit primo, restituet omnia. [Marc, ix, 11.) On a déjà vu ci-dessus que Notre-Seigneur assure dans son Evangile, que ce prophète viendra et qu'il rétablira toutes choses dans leur premier état. L'apôtre saint Paul surtout nous donne l'idée du monde la plus magnifique de cette grande et célèbre conversion. « Les Juifs sont-ils donc tombés, » dit-il, « pour ne se relever jamais? à Dieu ne plaise : mais leur chute a donné occasion au salut des gentils. Que si leur chute a été la richesse des nations, quelle grâce ne verra-t-on pas reluire quand ils retourneront à Dieu avec plénitude ? Si leur réprobation a été la réconciliation du monde, leur rappel sera-t-il une moindre merveille, que l'est celle de la résurrection et de la mort à la vie?" Comme s'il disait que si leur chute a été la richesse du monde et si le petit nombre de ceux qui ont reçu la foi parmi eux a été la richesse des gentils; combien le grand nombre de ceux de ce peuple qui se convertiront, enrichi ra-t-il le monde encore davantage? Ensuite ce grand apôtre continue à prouver cette vérité, en montrant que si les branches, c'est-à-dire, les prémices de ce peuple qui embrassèrent d'abord la foi, donnèrent des marques d'une si grande perfection et sainteté, comme le furent celles en effet de l'Eglise naissante en Jérusalem, la tige ou la masse, dont ces prémices ont été tirées et dont tant de patriarches et de prophètes sont sortis, dit saint Chrysostome, que doit-elle se promettre lorsqu'elle refleurira et se fera une couronne de fleurs et de fruits, ainsi qu'aux premiers temps qu'elle fut plantée? Si non permanserint in incredulitate, inserentur : potens est enim Deus iterum inserere illos... quanlo magis ii qui secundum naturam inserentur suœ olivœ : nolo enim vos ignorare mysterium hoc : quia cœcitas ex parte contigit in Israël , donec plenitudo gentium inlraret : et sic omnis Israël salvus fîeret (Rom. xi, 23, 26 ) , etc. De quelles lumières ne sera pas éclairé ce peuple, quand Dieu lui ôirra de dessus les yeux ce voile qui l'aveugle et dont parle saint Paul : Cum autem conversus fuerit ad Dominum, auferetur velamen. (Il Cor. ni, 16.) El reliquiœ salvœ fient. (Rom. ix, 27.) JDico ergo : Nunquid sic, offenderunt ut codèrent? absit ! Sed illorum deticto, salus est gentibus ut illos œmulentur. Quod si delictum illorum dtviliœ sunt mundi, cl diminutio eorum diri'
tiœ gentium, quanto magis plenitudo eorum? {Rom. xi, 11, 19). .Si enim amissio eorum, reconciliatio est mundi, quœ assumptio, nisi vita ex mortuis ? Quasi diceret Apostolus : Si enim quando expulsi sunt Judœi, tam multx salute polili sunt gentiles ; perpende quid futurum sit, quando conversi fuerint Judœi... Quando Judœi universi accessuri sunt ad fidem? Lignum habet spem, si prœcisum fuerit rursum virescit, et rami ejus, et pullulant. Si severit in terra radix ejus, et in pulvere emortuus fuerit truncus illius , ad odorem aquœ germinabit, et faciet comam quasi cum primum plantatum est. (Job xiv, 7-9.)
Cequi suit ne confirme pas peu cette interprétation, car on y va voir deux choses incontinent : la première au chapitre x, est la prédiction de la fin prochaine du monde, dont la conversion des Juifs rapportée dans celui-ci, est comme le présage et cette prédiction se fait avec des circonstances et des cérémonies toutes mystérieuses et qui ont leur raison et leur sens. La seconde, au chapitre xi, est la persécution que les Juifs convertis, et rassemblés à Jérusalem, auront à soutenir : car quoique le reste du corps de l'Eglise ait part à ces derniers combats, il semble néanmoins que le grand effort de l'orage doive principalement tomber sur la nation juive, qui fera peut-être alors la plus belle et la plus saine partie du christianisme, chez qui les vertus chrétiennes et les miracles se renouvelleront comme autrefois 'r à qui Jésus-Christ se révélera d'une manière tout extraordinaire et qui ayant eu les prémices de la vraie religion d'abord formée si heureusement et si excellemment chez eux, en auront le couronnement et la fin dans sa perfection, comme on vient de le faire voir. Cette persécution que les Juifs fidèles souffriront à la fin, ainsi que les gentils en ont souffert au commencement, est si terrible, qu'on voit Enoch et Elie venir à leur secours : Antichristus ex abysso ascendet, adversus Eliam et Henoc : Elias curru raptus ad cœlum, Dominici venturus est prœcursor adventus. (S. Ambros., in psal. xlv,10; lib.i Devirgin., init.) Le premier pour prêcher la pénitence à leurs persécuteurs et aux nations infidèles, le second pour consoler et fortifier les Juifs et les défendre. Un dirait qu'il n'y aurait qu'une partie de cette nation, ou qui se convertisse à la foi, ou qui résiste à la persécution; ce qui est figuré par cette portion du temple que saint Jean mesure; et que les autres, ou comme des endurcis, ou comme des apostats, seront abandonnés à leurs séducteurs; ce qui nous est représenté par cette autre partie du temple, que saint Jean dit être livrée aux gentils. Saint Grégoire ajoute qu'ils persécuteront les fidèles ainsi qu'ils tirent d'abord en Jérusalem : In extremis cum Judœa crediderit, gravissimas Antichristi tempore persecutiones sentit, et erunt tuncmulli ex Judœis infidelibus qui eosdem ipsos qui ex Judœis crediderint, persequuntur. Cependant n'étant pas permis de vouloir pénétrer dans l'avenir que Dieu s'est réservé, on ne propose ces
vues que comme de simples conjectures, qui servent seulement à faire voir le rap-
port de toutes les parties de ce système, ou de cette explication.