CHAPITRE X
Prédiction
de la fin prochaine du monde que saint Jean vit devoir être annoncée par %tn ange entre le sixième et le septième âge de l'Eglise.
SOMMAIRE. — I. Après la conversion des Juifs, un ange descend du ciel et vient apporter la nouvelle
de la lin prochaine du monde.
IL II p irait dans ce dessein avec des ornements mystérieux, et qui désignent tous les éléments et toiùes
les parties de l'univers, et qui sont les symboles de toutes les alliances que Dieu a contractées avec
les hommes dans la loi de nature, dans la loi écrite et dans la loi de grâce.
III. Ses deux pieds embrasés, dont le droit est posé sur la iner et le gauche sur la terre, signifient les deux avènements du Fils de Dieu, le premier par l'eau, le. second par le feu.
IV. 11 lève la main au ciel, et jure par le Dieu vivant aux siècles des siècles, qui a créé toutes choses, que la fin du monde va venir, qu'il n'y aura plus de temps, et qu'au son de la septième trompette, tous les mystère* seront finis et toutes les prophéties accomplies.
V. Il a en main le Livre ci-devant cacheté de sept sceaux, mais maintenant tout ouvert, pour montrer qu'il n'y a plus rien à attendre et que tout est développé.
VI. Une voix du ciel ordonne à sai'.t Jean de l'aller prendre de la main de cet ange comme pour en être le dépositaire; l'ange le lui donne, et lui dit de le dévorer, ce qu'il fait; il le trouve doux à la bouche et amer à l'estomac, preuve de la douceur qui accompagne l«s révélations de Dieu et de l'infirmité humaine à porter le poids de tant de terribles mystères confiés à saint Jean.
VIL On avertit l'apôtre qu'il faudra encore ou'il prophétise et qu'il prédise de nouveau plusieurs choses, concernant diverses nations et divers princes, et qu'il revienne au détail de ce qu'il n'avait touché qu'en général.
i. Et vidi alium angelum fortem descendentem de cœlo, amictum nube, et iris in capite ejus, et faciès ejus erat ut sol, et pedes ejus tanquam columna ignis.
2. Et habebat in manu sua libellum apertum , et posuil pederu suum dextrum super mare, sinistrum autem super terram.
3. Et clamavit voce magna , quemadmodum cum leo rugit, et cum clamasset, locuta sunt septetn tonitrua voces suas.
k. Et cum locuta fuissent septem tonitrua voces suas, ego scripturus eram, et audivi vocem de cœlo dicentem mihi : Signa quœ locuta sunt septem tonitrua, et noli ea scribere.
5. Et angélus, quem vidi sLtntem super mare, et super terram, levavit matium suam ad cœlum.
6. Et juravit per Viventem in sœcula saeculorum, qui creavit cœlum, et ea quœ in eo sunl, et lerraru, et ea quœ in ea sunt, et mare, et ea quœ in eo sunt, quia tempus non erit amplius.
7. Sed in diebus vocis septimi angeli, cum cœperit tuba canere, consummabitur mysterium Dei, sicut evangelizavit per servos suos prophetas.
8. Et audivi vocem de cœlo iterum loquentem mecura, et dicentem : Vade, et accipe librum aperlum de manu angeli stantis super mare et super terram.
9. Et abii ad angelum dicens ei , ut daret mihi librum. Etdixitmihi : Accipe librum, et dévora illum, et faciet amaricari ventrem luum , sed in ore tuo erit oulce tanquam mel.
10. Et accepi librum de manu angeli, et devoravi illum; et erat in ore meo tanquam
1. Et je vis un autre ange fort, descendant du ciel, revêtu d'une nuée, ayant l'are-enciel sur la tête, le visage lumineux comme le soleil, et les pieds comme des colonnes de feu.
2. Et il avait en sa main un petit livre ouvert; et il mit son pied droit sur la mer, et son pied gauche sur la terre.
3. Et il cria d'une voix éclatante, comme celle d'un lion qui rugit; et après qu'il eut crié, sept tonnerres tirent entendre leurs voix.
k. Et lorsque les sept tonnerres eurent fait entendre leurs voix, je les allais écrire, et j'entendis une voix du ciel qui me dit : Scellez les paroles des sept tonnerres, et ne les écrivez pas.
5. Et l'ange, que je vis debout sur la terre et sur la mer, leva la main au ciel.
6. Et il jura, par celui qui vit aux siècles des siècles, qui a créé le ciel et toutes les choses qu'il contient, la terre et toutes les choses qu'elle enferme, et la nier et toutes les choses qui sont dans elle, qu'il n'y aura plus de temps.
7. Mais qu'au temps où le septième ange commencerait à sonner de la trompette, le mystère de Dieu sera consommé comme il l'a prédit par ses prophètes, ses serviteurs.
8. Et j'entendis une voix qui venait du ciel, laquelle parlait derechef à moi, et qui me disait : Allez, prenez le livre ouvert de la main de l'ange qui est debout sur la mer et sur la terre.
9. Et je m'en allai vers l'ange, et je lui dis qu'il me donnât le livre. Et il me dit : Prenez le livre, et dévorez-le; et il vous fera sentir de l'amertume dans le ventre, mais il sera dans votre bouche doux comme miel.
10. Et je pris le livre de la main de l'ange, et je le dévorai, et il était dans ma bouche
doux comme le miel. Mais quand je l'eus dévoré, il me causa de l'amertume dans le ventre.
11. Et il me dit : 11 faut que vous prophétisiez encore aux nations et aux peuples de diverses langues, ei à plusieurs rois.
mel dulce; et cum devorassem eum, amaricalus est venter meus.
11. Et dixit mini : Oportet te iterum prophetare genlibus, et populis, et linguis, et regibus multis.
EXPLICATION
1. Et je vis un autre ange fort, descendant du ciel. Comme le règne de l'Antéchrist, auquel le monde doit prendre fin, s'approche, voici un an^e plein de force qui descend du ciel en porter la nouvelle; et parce qu'il vient de la part de Dieu annoncer la destruction de toutes les créatures, aussi paraîtil revêtu de toutes les marques d'alliances que Dieu a contractées avec elles dans la suite des temps,
// était revêtu d'une nuée. Cette nuée est le symbole de l'alliance de Dieu avec les Israélites, dans la Loi écrite, selon le langage de l'Apôtre : Tous les anciens ont été couverts d'une nuée, dit-il dans la 7" Epître aux Corinthiens, chapitre x : Omnes sub nube fuerunt.
Ayant l'arc-en-ciel sur la tête. Cet arc est le mémorial de l'ancienne alliance que Dieu, dans la loi de nature, lit avec les hommes, incontinent après le déluge. Voici, dit Dieu dans la Genèse, que j'établis mon pacte avec vos descendants et avec tout ce qui vil sur la terre : je ferai reluire mon arc dans les nues, pour être le signe de mon alliance entre moi et la terre; et lorsque je couvrirai le ciel de nuages, mon arc paraîtra dessus, et je me souviendrai de l'alliance que j'ai contractée avec vous. Saint Jérôme [in Ezcch., c. i) observe la même chose: « L'arc-en-ciel, » dit-il, « est un pronostic de la clémence divine et un mémorial de l'alliance que Dieu a contractée avec les hommes: « Ecce ego statuant pactum meum vobiscum, et cum semine vestro post vos et ad omnem an imam vivent em quœ est vobiscum, tant in volucribus, quam in jumentis et pecudibus lerrœ,elc. [Gen. ix, 9, 10.) Dixitque Deus : Arcum meum ponam in nubibus, et erit signum fœderis inter me et inter terrain, cumque obdiuce.ro nubibus cœlum, apparebit arcus meus in nubibus et recordabor fœderis mei vobiscum, et cum omui anima vivenle. Hic arcus signum est clemenliœ Deiquod fecit cum hominibus. [Ibid., 11-13.)
Son visage était lumineux comme le soleil. C'est le si^ne de la grande réconciliation de Dieu avec fes hommes, qui s'est faite eu Jésus-Christ. « Dieu était en Jésus-Christ, se réconciliant le monde, » dit saint Paul. Deus erat in Christo rcconcilians sibi. (II Cor. x , 19. j Aussi JNotre-Seigneur n'est-il pas plus fréquemment désigné par aucun autre nom <pie par celui de Soleil de justice. H parut sous ce symbole dans sa transfiguration, qui ne fut qu'un échantillon et une étincelle de sa gloire. .Son visage, dit l'évangélislc, brilla
comme le soleil : « Resplenduit faciès ejus ut sol.» [Mal th. xvn, 2.)
Et ses pieds étaient comme des colonnes de feu. Ces deux colonnes embrasées, dont l'une est sur la mer et l'autre sur la terre, figurent le dernier avènement du Fils de Dieu, qui doit être par le feu, lorsque les éléments seront réduits en cendre, suivant cette parole de saint Pierre : Les éléments seront détruits par la chaleur du feu, et la terre, avec tous ses ouvrages, sera brûlée. Ainsi le monde [tarait ici comme un criminel que le juge a livré entre les mains de l'exécuteur. Elementa calore solventur, terra aulem, et quœ in ipsa sunt opéra cxurentur. [ Il Petr. m, 10.)
Mais, outre celte explication, on peut encore dire que cet ange venant annoncer la destruction de tout l'uni vers, exprime en lui ce même univers qui doit être détruit, suivant la méthode de l'Ecriture : car la terre et l'eau sont ici spécialement dénommées; l'air nous est figuré par ce nuage; le feu, par ces foudres et ces tonnerres; les astres, par le soleil et cet iris; les cieux , vers bsquels cet ange lève la main, y sont marqués; ainsi que les animaux, qui vont finir, par ce cri semblable à celui d'un lion réduit aux abois. Leur situation naturelle y est même conservée : car !a terre et l'eau, comme les plus pesantes, sont mises sous les pieds de ca mystérieux ambassadeur; l'air, qui s'élève au-dessus, est présenté par ce nuage qui l'entoure; le feu.de qui la sphère est la plus haute, par ces tonnerres et cet arc lumineux qu'il a sur la tête. Enfin, les astres et le temps n'y sont pas oubliés, ni ce que les éléments enserrent. Ainsi, tout est signe et ligure en cet envoyé, et son extérieur symbolique répond à sa mission. Tel est l'usage de l'Ecriture, ainsi qu'on le peut voir en plusieurs endroits, comme au chapitre xm du livre des Juges, où un ange, venant annoncer la naissance de Samson, qui devait être un si grand guerrier, prit une figure terrible : Vir Dei terribilis nimis. [Judic. xni, G.)
ti. Et il avait en sa main un livre ouvert : Parce que les sceaux en avaient été décachetés, et les mystères manifestés par l'Agneau, ainsi qu'on a vu.
Et il mit son pied droit sur la mer, et son pied gauche sur la terre, pour en prendre possession, et faire comme un acte judiciaii e avant de prononcer la sentence, et signifier le premier jugement du monde qui périt par l'eau, ce que ce pied droit posé sur la mer représente; et le second jugement du
L'APOCALYPSE EXPLIQUEE.1
inonde, qui périra par le feu, ce que figure ce pied gauche posé sur la terre, qui sera brûlée avec lout ce qu'elle contient, ainsi qu'assure l'apôtre saint Pierre.
3. Kl il cria d'une voix éclatante, comme celle d'un lion qui rugit, et après qu'il eut crie', sept tonnerres firent entendre leurs voix. Au cri terrible de cet ange qui va prononcer l'arrêt de la destruction de l'univers, et le dévorer, pour ainsi dire, saint Jean qui par une mystérieuse disposition, et comme on a dit, pour signifier que lout ce qu'il décrit dans Y Apocalypse n'est que l'histoire des événements qui doivent arriver dans cette semaine de jours, réduit la plupart des choses au nombre septénaire, entendit le bruit des sept tonnerres, c'est-à-dire qu'on lui lit voir des marques évidentes pour connaître Ja fin prochaine du monde; il les voulut écrire, mais comme Dieu veut que ce temps soit caché, il le lui fi t défendre : Solet universitas septenario numéro desiynari, quia septem dieùus cunctum hoc sœculi lempus evolvitur. (Beda, in Apoc. i.)
k. Kl lorsque les sept tonnerres eurent fait entendre leurs voix, je les allais écrire, mais j'entendis une voix du ciel qui me dit : Scellez les paroles de ces sept tonnerres , et ne les écrivez pas. Ceci montre la manière dont cette révélation fut communiquée à saint Jean, et comment il la recueillait : car il semble que quand quelque objet lui avait été montré, il prenait la plume et l'écrivait, après quoi un autre se représentait à ses yeux, et ainsi successivement.
5. Kl l'ange que je vis debout sur la terre leva sa main au ciel.
6. Kl il jura par celui qui vit aux siècles des siècles, qui a créé le ciel et toutes les choses qu'il contient, la terre et lout ce qui est en elle, la mer et toutes les choses quelle enserre, qu'il n'y aura plus de temps. Tel est l'arrêt irrévocable prononcé contre les éléments, et tout ce qu'ils comprennent, aussi bien que contre les saisons et les temps. Dieu avait dit dans la Genèse après le déluge : « Tous les jours de la terre on verra la saison de la semence et de la récolte se suivre, le froid et le chaud, l'hiver et l'été, le jour et la nuit se succéder sans interruption. » Cunclis diebus terrœ semenlis et viessis, friyus, et wstus, œstas, et hiems, nox el dics non requiescent. [G en. vin, 22.) Mais
a présent cet ange nous dénonce que toutes ces révolutions vont cesser, et faire place h l'éternité.
7. Mais qu'au temps où le septième ange commencerait à sonner de la trompette, le mystère de Dieu sera consommé et accompli, comme il l'a prédit par les prophètes ses serviteurs. Ce livre ouvert par la rupture des sept sceaux, et ces mystères accomplis par le son de la septième trompette nous font certainement voir que les sept trompettes nous mènent jusque à la fin du monde, ainsi que font les sept sceaux, et par conséquent qu'on ne peut les appliquer à un autre sujet, ni douter que les trompettes et les sceaux ne conviennent ensemble, et ne concourent à représenter la même chose.
8. Kl j'entendis une voix qui venait du ciel, laquelle parlait de rechef à moi, et qui me disait : Allez et prenez le livre ouvert de la main de l'ange qui se tient sur la mer et sur la terre.
9. Je ni en allai vers l'ange, et je lui dis qu'il me donnât ce livre, et il me dit : Prenez le livre et le dévorez, et il vous fera sentir de l'amertume dans le ventre, mais il sera dans votre bouche doux comme du miel.
Ce livre était ouvert, et fut ainsi donné à saint Jean, parce qu'il venait de lui être décacheté et expliqué : il e>t doux à la bouche parce que l'infusion des secrets divins est toujours accompagnée de suavité, mais il est amer à l'estomac, parce que la vue de tant de calamités cause un trouble douloureux aux prophètes qui les voient, et qui en gémissent.
10. Kt il me dit : Il faut que vous prophétisiez encore aux nations, et aux peuples de diverses langues el à plusieurs rois. C'est-àdire, qu'encore que saint Jean par l'ouverture des sept sceaux et le son des sept trompettes fût parvenu jusqu'à la fin des siècles, il n'était pas au bout de ses prophéties, parce qu'il avait à revenir sur ses pas, et à décrire en particulier les destinées des peuples et dts rois, qu'il n'avait touchées qu'en général, ce qu'il faut soigneusement remarquer, et que saint Jean exécuta immédiatement après le son de la septième trompette, et l'ouverture du septième sceau, comme on verra dans un moment au chapitre xu".