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SOS

Thraciœ, cruenlus ipse humi jacebat : falsa quartam suspicioneab amicis suisinteremptus. Talibus et lot exemplis coerceri posteriores lyrannos oportebat. At hi non modo territi non sunt, sed audacius etiam contra Deum, confidentiusque fecerunt

VI. Dioc!étien, sixième persécuteur, de quelle fureur ne fut-il pas agité contre le peuple de Dieu, et par combien de sang répandu ne rendit-il pas sa persécution célèbre ?« Ce mauvais prince, auteur de tous nos maux, » dit Lactance, « après avoir désolé l'empire, ne put s'abstenir d'étendre ses mains sacrilèges contre Dieu.» Diocletianus, qui sceleruminventor, dumdisperdercl omnia, nec a Deo quidem manus potuit abstinere. Hic orbem terrœ subvertit. Mais parce qu'il s'associa à l'empire, et à la sixième persécution de l'Eglise, deux autres empereurs, Maximien Hercule et Maximien Galère, il est bon de voir latin désastreuse de ces deux princes, avec celle de Dioclétien, puisque ne faisant qu'une même tête de la bête avec lui, il était juste qu'ils resseniissent aussi avec lui les coups de l'Agneau qui les frappa.

« Dioclétien dépouillé de l'empire, devint fou à certaines heures, du moment qu'il persécuta les tidèles; se voyant flétri d'un outrage qu'aucun empereur n'avait jamais souffert avant lui, il se résolut à la mort; frappé de deux maladies, il se jetait de côté et d'autre, l'âme agitée d'une douleur extrême. Il ne pouvait ni dormir, ni manger. Ce n'était que soupirs, que gémissements et que sanglots continuels. 11 roulait sans cesse son corps, se jetant tantôt sur son lit et tantôt à lerre. Ainsi ce malheureux empereur, après avoir régné très-heureusement vingt ans, réduit à un étal si 'déplorable, accablé d'ignominie, et la vie lui étant enfin devenue odieuse et insupportable, mourut de faim et de misère, ou bien par le venin ou par le cordeau, suivant de bons auteurs.)' Duplici œgritudine affectus, moriendum sibi esse decrevit. Jactabat se hue atque Mue, œstuanle anima per dolorem, nec cibum capiens ; suspiria et gemitus, crebrœ lacrymœ, jugis vulutatio corporis, nunc in lecto, nunc humi. Jta viginli annorum infelicissimus imperalor ad humilem vilain dejectus, adeo et proculcatus injuriis, atque in odium vitœ dejectus, postremo famé, atque angore confectus est. [Aliiveneno, alii suspendio periisse dicunl.)

Maximien Hercule , appelé un prince Irèsfarouch , truculentissimus Augustus, dans les Actes desjmarlyrs de son temps ; et', par Lactance, un monstre très-cruel, acerbissima bestia, de quoi le massacre de saint Maurice et de la légion tliébaine est une bonne preuve, dès la première année de la persécution, fut obligé, malgré lui, de dépouiller la pourpre, que son ambition lui tit ensuite reprendre pour la quitter encore une fois, après avoir essuyé mille traverses et mille malheurs; enfin, surpris dans le plus noir et le plus détestable'ue louslesassassinals,il tbiitses jours par un cordeau infâme, et pendu à la poutre

d'une salle, il termina sa vie criminelle par une mort honteuse : Jlle quondam Romani nominis imperator, qui per longum temporis intervallum, cum ingenti gloria riginti annorumvola celebravit et eiiso et fructo superbissimo gutture, vitam delestabilem turpi et ignominiosa morte finivit, et nodum informis lelhi trabe nectis ab alta.

Maximien Galère , comme !e plus inhumain et le plus criminel des trois, reçut aussi le plus terrible coup. Voici un échantillon des tourments dont il exerçait les Chrétiens : « II- nourrissait des ours d'une grandeur et d'une férocité pareilh à la sienne, et, quand il voulait passer le temps, il ordonnait qu'onenfît venirquelqu'un, lequel il désignait par le nom qu'il lui avait donné;,il leur jetait des hommes, non pasà dévorer, mais à engloutir; et quand il voyait déchirer ces pauvres gens, il riait le plus agréablement du monde. Sa table était toujours abreuvée de sang humain. Le feu était le supplice de ceux qui n'étaient pas constitués en dignité. A l'égard des Chrétiens, il avait ordo nié qu'on ne brûlerait les condamnés que lentement : quand ils étaient attachés an poteau, on allumait un peu de feu , dont on leur brûlait la planle des pieds. On appliquait ensuite des flambeaux ardents à tous leurs membres, afin qu'il n'y eût pas une partie île leur corps qui n'eût son supplice. Durant ces tourments, on leur jetait de l'eau sur le visage, on leur en faisait même boire, de peur qu'une soif ardente ne hâtât leur mort , que l'on ne relardait toutefois par cet artitiee que de bien peu de moments : cependant après que le feu avait consumé toute leur chair, il pénétrait jusqu'au fond de leurs entrailles : alors on allumait un grand brasier, où on les jetait; ensuite on menait leurs os en poudre, que l'on jetait ou dans la mer, ou dans la rivière.» Quid lusorium, vel delicias ejus referam? Habebat ursos ferociœet magnitudinis suœ simillimos, quos tolo imperii sut elegerat. Quoties delectari libuerat, horumaliquem afferri nominalim jabebat. tlis homines non plane comedendi, sedabsorbendi objectabantur , quorum artus cum dissiparentur, ridebat suavtssime, nec unquum sine humano cruore cœnabat. Adversus Christianos permiserat, dalis legibus nt post tormenta, damna li lentis ignibus urerentur; qui cum deligali fuissent, subdebatur pri)no pedibus lenis flamma, tandiu donec callum solorum contractum igni ab ossibus revellerclur. Deinde inc en sœ faces et exslinctœ admovebantur singulis membris, ita ut locus nullus in corpore relinqueretur intactus. At inter hœc suffundebatur faciès aqua frigida, et os humoreabluebatur, ne arescentibus siccilate faucibus, cito spiritus redderetur ; quod postremo accidebat, cum per mullam diem décoda omni cute, vis ignis ad intima \ viscera pmetrasset. Hinc rogo facto , cremabantur corpora jam cremata, lecta ossa, et\ in pulverem comminuta, jaclabantur in flu-\ mina ac mare.

Voilà une partie de ses crimes, voicil le coup qu'il reçut de l'Agneau. « Jl est|

soi)

frappé d'une maladie absolument incurable. Il se forme un abcès dans les parties que la pudeur défend dénommer. Les cliirurgiens coupent et pansent la plaie; mais un nouvel ulcère perce la cicatrice, une veine se rompt, d'où il sort une telle quantité de sang, qu'il court risque de la vie. On arrête le sang. Il s'écbappe encore une fois. La cicatrice se ferme pourtant. Un accident survient, qui fait couler le sang en plus grande abondance que jamais. Il devient pâle, et ses forces diminuent. Enfin, ce ruisseau de sang tarit. Mais le mal se révolte contre les remèdes. Un cancer gagne les parties voisines. Plus on coupe pour l'empêcher de faire progrès, plus il s'étend; les remèdes l'aigrissent, loin de l'adoucir. » Percussit eum Deus insanabili plaga; nascitur ei ulcus malum in in fer ion parle genitalium, serpitque latins. Medici sécant, curant , sed indactam jam cicatricein scindit vulnus, et rupla venu flut sanquis usque ad periculum moriis. Vix tamen cruor sistitur : nova ex inteyro cura : tamen perducitur ad cicalricem : rursus levi corporis motu vnlneratus , plus sunyninis quani ante decurrit : albescit ipse, atque absuntptus viribus tenuatur , etc.. On appelle de tous côtés les plus fameux médecins,; mais les secours humains sont inutiles. On a recours aux idoles; on implore l'assistance d'Apollon et d'Esculape. Apollon indique un remède, on s'en sert, le mal en devient pire. La mort approchait, elle s'était déjà saisie de toutes les parties basses, ses entrailles étaient gâtées, et le siège tombait en pourriture. Les médecins infortunés , quoique sans espérance, ne laissaient pas de travailler et d'attaquer le mal qu'ils ne pouvaient vaincre. L'opposition qu'il trouve le fait rentrer au dedans. Il s'attache aux parties internes. Le palais et la ville sont infectés de cette pernicieuse odeur; les conduits de l'urine et des excréments n'étaient plus séparés; les vers le rongeaient; son corps se fondait en pourriture avec des douleurs insupportables. De temps en temps il lui échappait des mugissements horribles. On lui appliquait des animaux vivants ou de la viande chaude , afin que la chaleur attirât la vermine au dehors; mais quand on avait nettoyé ses plaies, il en ressortait une fourmilière, ses entrailles étant une source inépuisable de cette peste. Les parties de son corps avaient perdu leur forme ordinaire. Le haut, jusqu'à son ulcère, n'était qu'un squelette. Une maigreur affreuse avait attachera peau à ses os. Ses pieds, par leur enflure excessive, avaient perdu leur forme naturelle. Cette horrible maladie le consuma un an tout entier. Enfin, vaincu par les supplices, il fut contraint de lever les yeux au ciel, et, durant les intervalles d'une douleur toute nouvelle, il promit de rétablir les églises qu'il avait ruinées et d'en réparer les dommages. Il était à l'extrémité quand on publia l'édit favorable aux Chrétiens; les prisons furent ouvertes, et tout son corps étant réduit en pourriture, il expira rongé par cet horrible cancer : » Et hœc fada sunt

OEUVRES COMPL. DE DE I.A Clir.TAHI>:i:

per annumperpetem, cum tandem malus dotnitus, Deum coactus est confiteri , novi doloris urgent is per inlervalla, exclamât sr restiluturum Dei templum, satisque pro scelere facturum. Et jam deficiens edictum emisil (pro Christianis) nec tamen Me hoc facto veniam sceleris a Deo impetravit, sed post dies paucos, cum jam totius corporis membra dc/luerent, horrenda tabe consumptus est.

C'est ainsi que ces trois impies ressentirent les coups de l'Agneau. On dit trois, parce que le quatrième empereur Constance, père de Constantin, qui régnait dans les Gaules, ne répandit point le sang des Chrétiens, et il y était si peu disposé, que loin même de les chasser de sa maison, à l'exemple des autres empereurs, il les y retint ; car, ayant fait semblant de les renvoyer, pour ne garder auprès de lui que des idolâtres et des apostats, et, leur donnant l'option, ils se partagèrent en deux troupes, les uns abandonnant Jésus-Christ pour le monde, les autres préférant Jésus-Christ au monde. « Et pour lors ce pieux prince, » au rapport d'Eusèbe (lib. i De vit. Constant., c. 16), «comla muant la bassesse de cœur de ceux-là, et leur trop grand amour d'eux-mêmes, loua hautement la droiture de conscience de ceux-ci, et leur attachement inviolable au service de Dieu. 11 ajouta que ceux qui n'avaient pas gardé la fidélité qu'ils devaient à Dieu, ne garderaient pas celle qu'ils devaient à leur souverain, et bannit de sa confidence ces traîtres à leur religion : » lllos quidem tanquam Dei proditores, ne principis quidem obsequio dignos judicavit. Nain quomodo,inquit, fidem erga principem suum servaturi sunt, qui erga Deum perjidi esse dcprehendttnlur ? ■ — Il les éloigna même de sa maison, et retint à son service ceux qui , par un si éclatant témoignage, lui avaient paru de vrais serviteurs de Dieu ; et se persuadant qu'ils auraient pour lui le même atiachement, il les choisit pour ses gardes, et les établit les principaux ministres de son empire, leur donnant le premier rang entre ses amis et particuliers confidents, et les regardant comme le plus grand trésor qu'il eût en sa possession. Les donatistes, écrivant à Constantin , reconnaissent la même chose : Rogamus te, Constantine, optime imperator, quoniam de génère justo es, cujus pater inter cteleros imperalores persecutionem non exercuit , et ab hoc facinore immunis est Gallia. (Optât., lib., i, num.22.)

En effet, Lactance parlant de la grande persécution de Dioclélien, ne fait mention que de trois persécuteurs : « Tout l'univers,» dit-il , « depuis l'Orient jusqu'à l'Occident, était tourmenté par trois bêtes très-cruelles et très-féroces : » Vexabatur ergo universa terra, et prœter Gallias ab oriente usque ad occasum, 1res acerbissitnœ bestiœ sœviebant. Verum Dei templum, quod est in homïnibus, incolume servavit ; savoir, par Oiodétien, Maximien Hercule et Maxiinien Galère, et non par Constance Chlore qui régnait dans les Gaules : aussi ajoute-t-il que ses provinces étaient exemptes de celte persécu- 1. 2C

tion générale : prœtcr Gallias. Et un peu plus haut il avait dit qu'il exceptait de celte vexation impie le même Constance, parce que, dissemblable des-autres, il était seul digne de gouverner, et qu'il ne toucha jamais au temple de Dieu établi par sa grâce dans l'âme des fidèles : Constantium prœtereo,quoniam dissimilis cœterorum fait, dignasijue qui solus orbcm teneret.

7. Entin Julien, sepiième persécuteur, nommé le Dragon par saint Grégoire de Nazianze (orat. 3, init.), et à bon droit, puisqu'il en était une tête, Draco apostata exstinctus est; et un sanglier furieux par un autre grand saint : Silvestrem aprum vastatorem vineœ Domini (aussi , entre les sept tètes du dragon, a-t-on coutume d'y en voir une de cet animal); Julien, dis-je, périt par un genre de mort qui fut universellement attribué à un châtiment visible de la main de Dieu, et à un coup de l'Agneau. L'histoire en est connue de tout le monde. En effet, les saints Pères l'ont regardé comme le plus dangereux et le plus impie des persécuteurs de l'Eglise. Il est vrai que, sous lui, les supplices furent d'abord ménagés et ordonnes sous d'autres prétextes; mais ce nouveau genre de persécution ne fut pas moins pénible à l'Eglise, alors fatiguée des combats qu'elle venait de soutenir contre les ariens qui la partageaient encore.

« Est-ce , » dit saint Augustin (ïib. xvm, De civit. Dei, c. 52; Confess., lib. vm, c. 5), « que Julien n'a pas aussi persécuté l'Eglise, lui, qui ôta aux Chrétiens 'la faculté d'enseigner et d'apprendre les lettres humaines, et sous lequel le célèbre Victorin aima mieux abandonner sa chaire de professeur que d'être inlidèle à sa religion ? sous lequel le grand Valenlinicn, qui fut le troisième empereur après lui, acquit la glorieuse qualité de confesseur de Jésus-Christ, et fut déposé et chassé de la milice ? Pour ne pas dire ici les cruautés qu'il avait commencé d'exercer dans Antioche, et qu'il eût continué sans doute, si (effrayé de la hardiesse et de la joie que témoigna un jeune Chrétien, rempli de constance et de foi, qui, pendant tout un jour, mis à la torture et déchiré avec des ongles de fer, ne faisait (pie rire des tourments les plus atroces) il n'eûl appréhendé de la confusion en s'altaquant au reste des fidèles, voyant le plus jeune d'entre eux triompher si hautement «le sa cruauté :» Julianus an ipse non est Ecclesiam persecutus, qui Christianos libérales litleras docere ac discere veluit ? sub quo Vdlentinianus major, qui post eum tertius imperator fuit , Jidei Christianœ confessor exstitil, miiitiique privatus est. Ut omittam quœ apud Antiochiam facere cœpcrat, nisi unius Jidclissimi jureras, qui cum multis ut f.vrqueretur apprehensus , per totum diem primus lortus, inter ungulus cruciatusque psallentis libertatem atque hilaritatem miratus, exhorruisset , et in cœteris deformis erubescere timuisset. Imperatoris Juliani lemporibus lege data prohibiti sunt Chri-

sliani docere litteraturam et omtoriam, tune Viclorinus scholam desereremaluit, etc.

Saint Jérôme (in Habac., c. m) entre si bien dans ce sentiment, qu'il le met au rang des plus cruels ennemis du nom chrétien : « Nous pouvons, » dit-il, « nous servir de cet endroit de l'Ecriture, lorsque nous voyons les rois et les princes répandre le sang des fidèles, et ressentir ensuite les traits de l'indignation divine : ce que nous avons vu arriver en la personne des empereurs Julien, Valérien, Dèce, Domitien et Néron :» Possumus hoc versiculo uti, si quando reges et duces eorum Christianum viderimus sanguinem fundere, et postea ultionem Domini conseculam, quod dudum in Juliano, \ale~ riano, Decio, Domitiano, Nerone, perspeximus. Et il rapporte, jdans la Vie de saint Hilarion, que ce grand serviteur de Dieu prévoyant la persécution prochaine de Julien, répondait à ceux qui voulaient l'empêcher de quitter la Palestine : * Je ne peux pas voir les églises renversées, les autels de Jésus-Christ abattus et foulés aux pieds le sang de mes enfants épanché : » Non possum videre subversas ecclesias, calcata Chri-

sti altaria, filioruin meoriun sanguinem

destructo monasterio ejus precibus ad Julianum datis, et Hilarionis et Hesycliii mortem impetraverat, amboque ut quœrerentur toto

orbe scriptum erat misit Hesychium ad

monasterii sui cineres visendos. (Hilarion.) En effet, tout cela ^s'accomplit, et Julien le fit chercher par toute la terre pour le livrer à la fureur des païens.

PauPOrose (lib. vu, c. 30) assure, après saint Jérôme, que Julien partant pour la guerre de Perse, voua le sang des Chrétiens à ses dieux , protestant qu'il persécuterait les églises s'il revenait victorieux : pour cet effet il commanda que l'on bâtit un amphithéâtre à Jérusalem, où revenu de la guerre des Parthes, il eût le plaisir de faire exposer aux bêtes farouches, et même mises exprès en furie, et de voir déchirer et dévorer les évêques, les moines, et tout ce qu'il y avait de Chrétiens en ce lieu-là : Christianorum sanguinem diis suis vovit palam perseculurus ecclesias si victoriam potuisset adipisci; nain et amphilheatrum Hierosotymis exstrui jussil, in quo reversus a Parthis , episcopos, monachos, omnesque ejusque loci sanctos, bestiis etiam arte sœvioribus objiceret , spectaretque taniandos.

Socrate au livre m de son Histoire, chapitre 19, écrit qu'il était résolu de faire souffrir aux Chrétiens les mômes supplices que Dioclétien avait mis en usage contre eux : Ea Chrislianis supplicia parabat infligere , quœ olim Diocletianus lis in/lixerat. Julianus in Persas profectus noslrum post victoriam sanguinem diis voverat.

Voici comment s'en explique saint GrégoiredeNazianze. « L'empereur Julien, » ditil, « après s'être déguisé quelque temps, ne se servant que de ruses pour nous perdre, ne pouvant plus être le maître de ses sentiments, ni gourmander sa colère , ou cacher sa

malignité , leva le masque , et se mit à nous persécuter à force ouverte.

« Je ne parle point des édits qu'on fit contre les églises; on les publiait ouvertement, et on les exécutait de même ; on en enlevait l'argent et les ornements avec une violence aussi avare que sacrilège : des mains profanes faisaient toutes sortes d'outrages aux vases sacrés : on tourmentait cruellement, pour les avoir, les prêtres et les laïques : les colonnes étaient teintes du sang de ceux qu'on y déchirait à coups do fouet. Des soldais furieux parcouraient les villes et les campagnes , ils étaient encore plus féroces et plus inhumains que ceux qui les envoyaient ; ils nous regardaient comme des Perses , des Scythes, et d'autres peuples barbares qu'ils auraient eus à subjuguer. Je pa^se ces effroyables désordres : mais qui n'a point entendu parler de la cruauté du peuple d'Alexandrie, qui, abusant de la licence de ces temps malheureux, entre tous les maux qu'il nous fit, pour porter l'impiété jusqu'au dernier excès, remplit le temple du sang des victimes et des Chrétiens, par les ordres d'un de ces philosophes qui suivaient la cour, on le nommait Pythodore?

« Est-il quelqu'un qui ignore les ravages qu'ont faits les habitants d'Héliopolis , et l'insolence de ceux de Gaze que l'empereur comblait d'honneur et de bienfaits?.... Que n'ai-je du loisir et l'éloquence d'Hérodote, ou de Thucydide, pour décrire les autres forfaits pareils du tyran, pour faire connaître sa méchanceté aux siècles futurs], et pour laisser à la postérité la triste histoire de ce temps, gravée avec des traits ineffaçables? Je ne parlerai point de cette foule de cadavres qu'on précipitait la nuit dans l'Oronte, afin que leur mort fût inconnue : ce fleuve à peine pouvait-il les contenir. Des choses si tragiques se décriraient mieux en vers. Je ne parlerai point aussi de certains endroits reculés et inconnus dans le palais : des caves et des cavernes où l'on égorgeait déjeunes garçons et de jeunes filles, pour invoquer les démons en leur faisant des sacrifices abominables', et où l'on faisait souffrir le martyre à ceux dont la vertu faisait plus de bruit. Ne reprochons point au tyran des actions si monstrueuses, il en avait honte lui-même... Est-ce un si grand mal, disait-il d'un air barbnre et insultant, qu'un gentil ait massacré dix Galiléens ? Faut-il d'autres preuves pour faire connaître la cruauté de Julien? N'est-ce pas là un éditde persécutions plus précis et plus formidable que ceux que l'on publie l lequel vaut mieux, ou se déclarer ouvertement contre les Chrétiens , ou témoigner tant de complaisance pour ceux qui les persécutent et de faire un crime capital à ceux qui les traitent avec quelque douceur? La volonté de l'empereur était une loi non écrite, plus puissante et plus efficace que les lois écrites qui ne sont pas soutenues d'une si grande autorité.

« Ceux qui respectent toutes les actions de Julien, et qui le veulent faire passer pour un dieu facile et indulgent, le louent de ce

L'APOCALYPSE LXPUQUÉli.

qu'il n'a publié aucun édit contre les Chrétiens et qu'il n'a point permis publiquement aux persécuteurs de leur faire tous les mauvais traitements qu'ils eussent voulu. A-t-on jamais dit que l'hydre fût douce et plus traitable, parce qu'elle montre neuf têtes pour une?... ce qui n'était jamais tombé dans l'esprit de Dioclétien, auteur de tant de maux, ni de Maximien, son successeur, qui l'avait surpassé en cruauté, ni de Maximin qui vint après eux, et qui ralluma la persécution avec plus de violence qu'ils n'avaient fait : ce qui n'élait point tombé dans l'esprit de ces tyrans n'avait pas échappé à ce que Julien projetait contre nous. »

Voilà un échantillon de ce que rapporte saint Grégoire de Nazianze dans son premier discours : d'où l'on peut juger si c'est avec raison qu'on a dit qu'il avait été très-justement figuré par le dragon, ou du moins par une des sept têtes du dragon, dont saint Jean vient de parler : comparaison que le même saint Grégoire fait de cet apostat persécuteur à un semblable monstre. « Car,»continue-t-il, « de même qu'un dragon , qui commence à vouloir s'élancer, hérisse d'abord ses premières écailles, et met un moment après celles qui suivent en mouvement, pendant que les dernières encore dans le repos paraissent prêtes à suivre les autres : ainsi Julien parut comme un dragon dont les écailles se hérissent quand il commence à se mouvoir : et quoique d'abord elles semblassent être sans mouvement, elles ne purent plus demeurer en repos quand il eut commencé à les agiter :» Quemadmodum enim cum draco moveri incipit , squammœ ejus partim jam horrescunl , partim superhorrescunt , partim mox horrescent , sic Julianus. « Qui donc est celui , » ajoute-l-il, « qui a brisé les têtes du dragon ? Qui nous a donné la vertu de fouler aux pieds la tête du serpent, lequel, après nous avoir tendu des pièges, s'était élancé audacieusement contre nous? » Quis capita draconis in aqua contrivit? (Aussi verrons-nous au chapitre xm, que Julien s'éleva de l'eau : ) Quis hoc nobis dédit ut calcemus super serpentes et scorpiones non jam calcaneum occulte observantes, verum perspicue assurgentes , caputque altollentes? Telle est l'explication de la prophétie de saint Jean : car s'il parut un grand dragon roux ayant sept têtes : Etecce drago magnus rufus habens capita septem : Julien ne méiitet-il pas d'être représenté par une de ces sept têtes?

Nous verrons ci-après des preuves éclatantes de cette vérité, qu'on peut lire plus au long dans divers monuments de l'histoire ecclésiastique, et particulièrement dans le recueil des actes authentiques des martyrs qu'on vient de mettre au jour, et autres ouvrages plus récents encore.

Que si Julien persécuta l'Eglise à l'imitation des premiers tyrans , sa punition ne fut pas moindre que la leur : « Il est certain, * dit saint Jérôme, «que tous les persécuteurs qui ont affligé le peuple de Dieu, ont reçu oès cette vie même, pour ne parier point

ŒUVRES COMPLETES DE DE LA CHETAlîDIE.

des tourments qu'ils endureront dans l'autre, des châtiments proportionnés à leurs attentats. Lisons l'histoire ecclésiastique, et faisons attention aux calamités qui ont accablé Valérien, Dèce , Dioclétien, Maximien, Maximin, le plus cruel de tous, et sur ce que de nos jours Julien a souffert; et nous trouverons que la prophétie des malheurs qui leur étaient prédits, s'est accomplie en euxà la lettre; savoir, quejeurs chairs se sont pourries, que leurs yeux se sont gâtés et que leur langue puante et corrompue a tombé par pièces et par morceaux : » Nos enim dicimus omnes persecutores qui afflixerunt Ecclesiam Domini, ut laceamus de futur is cruciatibus, etiamin prœsenti sœculo récépissé quœ feccrint : legamus ecclesiasticas historias, quid Valerianus, quid Decius , quid Maximianus, quid sœvissimus omnium Maximinus, et nuper Julianus passi sunt, et lune rébus probabimus etiam jurta litteram, prophéties veritatem esse complétant, quod computruerint carnes eorum, et oculi contabuerint, et lingua infœtorem et saniem dissolula sit. C'est le discours de saint Jérôme sur le xive chapitre duprophète Zacharie, très à propos mis en cet endroit, pour nous apprendre le rang que Julien a tenu entre les plus signalés persécuteurs de l'Eglise , et le rigoureux châtiment qu'il s'est attiré : il fut à la vérité moins affreux en apparence que celui des autres tyrans, dont quelques-uns, quoique idolâtres, se reconnurent néamoins à l'heure de la mort ; mais dans le fond il fut incomparablement plus rude et plus sévère, lui qui de Chrétien, de moine et d'ecclésiastique, s'était fait apostat, ennemi déclaré de Jésus-Christ, persécuteur de l'Eglise, restaurateur du culte des démons, auxquels il prétendait soumettre les Chrétiens, s'il fut revenu victorieux delà guerre de Perse, comme nous l'apprend saint Grégoire de Nazianze dans son quatrième discours : Porro votiva victima Juliani fuit Christianorum gentem dœmonibus sistere, ac subjicere, si propositi compos exsisteret : car il mourut impie, impénitent, endurci, désespéré, vomissant des blasphèmes contre Jésus-Christ, et s'enprenant au soleil qu'il avait adopte' pour son père, et pour un de ses dieux, comme l'écrit Sozomène (lib. vi, c. 2) : Dicunt eum soli iratum eo quod Persas quidem adjuvisset, ipsum vero nequaquam servasset , tametsi juxta astronomorum doctrinam, natalisipsius rector esset ; et entin périssant d'une manière si effroyable, qu'un de ses officiers qui a écrit son Histoire, n'a pu s'empêcher d'attribuer sa mort au diable, commeau ministre de la justice divine, ainsi que le rapporte Socrate dans son Histoire (lib. m, c. 21) : Callislus qui inter proteclores imperaloris domesticos militabat, et qui res ej us g estas conscripsit, Julianum a dœmone percussum interiisse tradit. Joignez à cela , que sa persédution est d'autant plus détestable, et sa lin cussi, que l'une et d'autre ont été la figure de celles de l'Antéchrist à la fin du monde : vérité qu'on établira encore plus au long dans la suite. Or rien n'est si horrible, ni si

épouvantable qu'un tel abandon pour un homme honoré du caractère de Chrétien, qui, s'étant laissé aller à la plus noire magie, à l'idolâtrie, aux sacrifices abominables des hommes qu'il immolait au diable, à la haine contre Jésus-Christ, à l'apostasie et au blasphème, vomit son âme en cet état.

Telles furent les sept têtes couronnées, ou les sept empereurs persécuteurs dont le dragon infernal se servit, et dont il prétendait dévorer le christianisme naissant, et engloutir l'Eglise. // parut, dit saint Jean, un grand dragon roux qui avait sept têtes, portant chacune un diadème, et qui se tenait devant la femme, afin de dévorer son fils, dès qu'elle l'aurait enfanté : «Et ecce draco magnus rufus, habens capita septem, et in capitibus ejus diademala septem, etsletit ante mulierem, ut filium cjusdevorarel.» Voilà le texte de la prophétie; l'explication vient d'en être donnée , puisqu'on a prouvé que ces sept têies portant le diadème, sont ces sept fameux empereurs idolâtres : Septem capita septem reges sunt, lesquels animés du démon, dont ils étaient les instruments, ont persécuté l'Eglise, mais qui, loin de la détruire, ont eux-mêmes été brisés et écrasés par cet Agneau mystique, qui porte sept cornes à sa tête, ainsi que saint Jean le dépeint, Agnum stantem,habentem cornua septem, et qui par ce moyen a vaincu le dr.igon formidable avec ses sept têtes impies, ou ses sept tyrans, et par sa victoire a accompli la prophétie du Psalmiste : Vous avez brisé les têtes du dragon: a Tu confregisti capita draconis.» (Psal. lxxiii, IV.) Il faut à présent expliquer ce que signifiaient ces dix cornes, dont le dragun paraît armé, habens cornua decem.

§ III. — Des dix persécutions que le démon suscita contre l'Eglise, figurées par les dix cornes du dragon, et la punition de ceux qui les causèrent.

Et voilà qu'il parut un grand dragon roux ayant dix cornes : .< Et ecce draco magnus rufus habens cornua decem. »

Ces dix cornes du dragon représentent, ainsi qu'on a dit, les dix plus célèbres persécutions de l'empire romain idolâtre contre l'Eglise, desquelles il est si souvent parlé dans les historiens et les saints Pères, lesquelles Dieu permit au démon d'exercer contre les fidèles, et que saint Jean avait en vue, quand il disait dès le commencement : Vous aurez dix jours de tribulations : « Habebitis tribulationem diebus decem. Usquequo affligitis animam meam't En decies con(undilis me, opprimentes me. (Job xix, 1.) Mais il est nécessaire de bien établir ici ce nombre de persécutions.

1° Pour commencer par les Martyrologes, s'il les faut suivre, on trouvera qu'il n'y est fait mention que de dix persécutions de l'empire romain idolâtre contre l'Eglise, sous les dix empereurs Néron, Domitien, Tiajan , Antonin , Sévère , Maximin , Dèce, Valérien , Aurélien et Dioclélien. Il est vrai qu'il y est parlé d'Adrien , mais il faut bhn

L'APOCALYPSE EXPLIQUEE

distinguer une persécution excitée par le corps de l'empire, et la haine des peuples, sous le règne d'un empereur qui ne l'ordonnait pas par un édit, d'avec une persécution émanée de son autorité, et faite par son ordre. Adrien ne fit jamais d'édit contre les Chrétiens, ainsi que Baronius l'observe au trentième de janvier, fondé sur l'autorité de Tertullien(.4/>o/o<7ej.,c. 5) : « Quelles lois sont celles-ci, dit cet auteur, qui sont portées contre nous par des princes impies, injustes, infâmes, violents, vains et insensés? Lois que Trajan abrogea en partie, défendant de rechercher les Chrétiens : que ni Adrien, quoique adonné à toutes sortes de curiosités superstitieuses; ni Vespasien , quoique le destructeur des Juifs; ni enfin qu'aucun bon empereur n'a jamais voulu être en vigueur : » Quales ergo legesistœ, quas adversus nos soli exsequuntur impii , injusti, turpes, traces, vani, démentes ? quas Trajanus ex parte frustatus est, vetando inquiri Christianos : quas nullus Adrianus , quanquam omnium curiositulum explorator ; nullus Yespasianus, quanquam Judœorum debcllator ; nullus Pius, nullus Yerus expressit?

Voici même quelque chose de contraire rapporté par Paul Orose : « L'empereur Adrien, » dit-il, « acheva enfin par un dernier carnage de dompter les Juifs, et il vengea les Chrétiens des cruautés qu'ils avaient exercées sur eux, pour ne s'être pas voulu joindre à leur révolte contre les Romains, ordonnant qu'il ne fût permis à aucun Juif d'entrer dans Jérusalem, mais seulement aux Chrétiens : » Judœos ullimacœde perdomuit, ultusque est Christianos, quos illi Cocheba duce, quod sibi adversus liomanos non assentarentur , excruciubant : prœcepitque ne cui Judœo inlroeundi in Hierosolymam esset licentia, Christianis tanlum civitale permissa: en isorte que l'Eglise de Jérusalem ne fut plus composée de là en avant que de gentils convertis à la foi, ni administrée que par des évêques semblables, lesquels succédèrent aux Juifs qui l'avaient gouvernée consécutivement sous quinze évêques de leur nation, à commencer par saint Jacques le Mineur, apôtre, ainsi que l'écrivent constamment tous les auteurs ecclésiastiques, surtout saint Jérôme dans sa Chronique, et Eusèbe dans son Histoire, liv. iv, chap. G, et liv. m, chap. 12. Il est vrai que dans le même Eusèbe nous lisons « que sous Adrien les Chrétiens, sans qu'on leurobjectât aucun crime, furent par les clameurs d'une populace séditieuse, massacrés en bien des endroits : »Sub AdrianoChristiani nullo objecto crimine tumultuosis vulgi clamoribus gratificundi studio occidunlur. Mais cet empereur défendit ces .violonces par une ordonnance expresse, loin de les autoriser. On peut même avancer que ce fut sous son règne, que la vertu de la croix désarmait lo démon, et le dépouillait de son autorité, puisque ce fut alors précisémentqu'on cessa de lui immoler des hommes, et de répandre leur sang à ses autels, comme Eusèbe le remarque, au liv. iv, chap. 8 : l'ost divinam

Servatoris nostri prœdicationem , circa tempora Adriani imperatoris, omnis ubique humanarum victimarum immolatio sublala est. Saint Jérôme dans son livre Des auteurs ecclésiastiques, fournit une nouvelle preuve de cette vérité, quand il dit que cet empereur ayant donné lieu, non par aucun ordre positif, mais par son excessive superstition, à une persécution contre les Chrétiens, un célèbre évêque d'Athènes lui présenta une apologie en faveur de notre religion, et obtint la paix à l'Eglise, que laseule haine des peuples et non l'autorité du prince lui avait ôtée. Il est même constant qu'il voulut élever des temples à Jésus-Christ : Quadratus, apostolorum discipulus, Publio Athenarum episcopo, ob Christi (idem martyrio coronato, in locum ejus subslituitur, et Ecclesiam grandi terrore dispersant, fi de et induslria sua congregat : cumque Adrianus Alhenis exegisset hiemem, invisens Eleusinam, et omnibus pœneGrœciœ sacris initiatus, dedisset occasionemiisqui Christianos oderant, absque prœcepto imperatoris vcj.are credentes ; porrexil ei librumpro religione nostra compositum, valde utilem , plenumque rationis et fidei, et apostolica doctrina dignum : in quo et antiquitatem suœ œtatis ostendens, ait, plurimos a sevisos, qui sub Domino variis in Judœa oppressi calamilatibus sanati fuerant, et qui a mortuis resurrexerant.

Méliton évêque de Sardes, dans une apologie pour la foi à l'empereur Marc-Aurèle l'an 170, dit qu'Adrien corrigea l'erreur de ceux qui voulaient persécuter l'Eglise : Avus tuus Adrianus lilteras dédit plurimis recloribus, maxime Fundano Asiœ proconsuli, quibus imper itiam persecutorum nominis Christ iani correxit, objurgans eos fréquent ib us rescriptis.

On en doit dire autant de plusieurs autres empereurs, comme on verra plus au long au chapitre xvh de Y Apocalypse, On peut néanmoins ajouter ici, et il est bon de l'observer une fois, que ces persécutions se faisaien', tantôt par les ordres des empereurs, tantôt par la haine particulière des magistrats, tantôt par un soulèvement général des peuples attachés aux idoles, et enfin quelquefois par des décrets prononcés authentiquement dans le sénat sur les rescrits des princes, ou en leur présence, et alors la persécution était plus universelle, et plus sanglante, et prenait la forme d'une vraie persécution contre la religion chrétienne , et c'est sans doute en ce dernier sens qu'd faut entendre le nombre de ces dix persécutions, qu'on n'appelait pas proprement ainsi sans cette formalité. Ce qui est si vrai, qu'encore que Dioclétien pendant les vingt années de son règne, ait exercé de grandes cruautés sur les fidèles, et fait beaucoup de martyrs, aussi bien que ses collègues, cependant la persécution de ce prince ne prend sa date que de la dernière année deson règne, parce qu'en effet son édit contre le corps de l'Eglise, ne fut publié, affiché et envoyé partout qu'alors.

Se limitant donc à cette dernière espèce

de persécutions (on parlera pourtant des autres ci-après), on dit qu'on n'en trouve que dix dont les Martyrologes fassent mention sous dix empereurs.

2° Eusèbe et saint Jérôme dans leur Chronique , ne comptent non plus que les dix mêmes persécutions, les voici :

lt « Néron fut auteur de la première persécution contre les Chrétiens, il ajouta à tous ses crimes celui-ci : et ce fut pour lors que saint Pierre et saint Paul souffrirent glorieusement le martyre à Rome.

2. « Domitien fut le second qui après Néron persécuta l'Eglise. Il relégua saint Jean dans l'île de Pathmos, où cet apôtre vit les mystères de Y Apocalypse.

3. « Trajan émut la troisième persécution contre les Chrétiens, durant laquelle saint Siméon, fds de Cléophas, évêque de Jérusalem, fut crucifié pour la foi, et saint Ignace évêque d'Antioche, dévoré à Rome par les bêtes.

4. «Antonin, ou Aurélius Vérus, étant empereur, il s'excita une persécution. Alors saint Polycarpe, saint Pionius, aussi bien que plusieurs autres dans les Gaules {particulièrement à Lyon) répandirent leur sang pour la foi.

5. « Sévère tenant l'empire, les Chrétiens furent persécutés, et Léonides père d'Origène, fut martyrisé pour Jésus-Christ.

6. « Maximin persécute l'Eglise, et s'attaque particulièrement aux piètres et aux ministres des choses saintes.

7. k Dèce persécute les fidèles, et ce fut sous lui que saint Laurent diacre de l'Eglise romaine, souffrit la mort pour la foi.

8 « Valérien excite une cruelle persécution contre les Chrétiens.

9. « Aurélien , ordonnant la persécution contre les Chrétiens, est effrayé d'un coup de foudre, qui tombe près de lui et de ceux qui l'accompagnaient, et peu de temps après il est tué près d'Héraclée.

10. « Dioclétien, l'an dix-neuvième de son empire, au mois de mars, et vers la fête de Pâques, renverse les églises des Chrétiens , et excite la plus grande des persécutions.

1. Primus Nero super omnia scelera sua, etiam persecutionem in Chrislianos facit, in qua Pelrus et Paulus gloriose Romœ occubuerunt.

2. Secundus post Neroncm Domitianus Christianos persequitur, et sub eo apostolus Joannes in Pathmos insulam rclegalus, Apocalypsim vidit.

3. Trajano adversus Chrislianos persecutionem movente, Simon filius Cleophœ, qui Uicrosolymis episcopatum tenebat, crucifigilur. lgnalius, Antiochenœ Ecclesiœ cpiscopus, Romœ bestiis traditur.

4. Antonino, seu Aurelio Yero imperanle, perseculione orla in Asia, Polycarpus, Pionius, plurimique inGallia (maxime Lugduni) fecere martyrium.

5. Sub Serero perseculione in Christianos facla, Léonides Origenis palcr, marlyrii morte (ransfertur.

G. Maximinus adversus Ecclesiarum sacerdotes persecutionem facit.

7. Decius in Christianos persecutionem movet, qua diaconus Laurentius Romœ martyrium duoeit.

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