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Valerianus mox ut an ipuit imperium

octuva Romœ perseculione adigi per tormenta Christianos ad idololatriam , altnegantesque inter/iri jnssil, fuso peromnem Romani regni latitudinem sanclorum sanguine.

9. Aurelianus persecutionem adversus Christianos agi nonam a Nerone decernit.

10. Diocletianus vastari Ecclesiam , affligi, interfici Christianos decimo post Neronem loco prœcipit ; quœ persecutio omnibus fere anleactis diuturnior atque immanior. Nain per decem annos, incendiis ecclesiarum, proscriptionibus innocentium , cœdibus marlyrum incessabiliter acta est.

Saint Augustin est sans doute aussi de ce sentiment, si l'on prend bien son esprit : Voici comme il s'en explique.

« Il a a semblé, » dit-il, «à quelques-uns, que l'Eglise ne devait plus souffrir de persécutions jusqu'au temps de l'Antéchrist, c'est-à-dire, qu'au dessus de dix qu'elle a déjà endurées , elle n'a plus à craindre que la onzième, qui sera la dernière.

« La première sous Néron ; la seconde sous Domitien; la troisième sous Trajan; la quatrième sous Antonin; la cinquième sous Sévère; la sixième sous Maximin; la septième sous Dèce ; la huitième sous Valérien ; la neuvième sous Aurélien; la dixième sous Dioclétien et Maximien. Car ils regardent lesf,dix plaies de l'Egypte, lors de la sortie du peuple de Dieu, comme les figures de ces dix persécutions : et la dernière persécution de l'Antéchrist est, à leur avis, représentée par cette plaie onzième des Egyptiens, lorsque poursuivant le peuple de Dieu qui passait à pied sec la mer Rouge, ils furent engloutis dans les eaux. »

Nonnullis visum est non amplius Ecclesiam passuram perseculiones ad tempus Antichristi, quam quot jam passa est, id est decem ; et undecima eademque sit ab Antichrislo novissima.

Primam quippe computant a Nerone quœ facla est; secundam, a Domitiano ; tertiam, a Trajano ; quartam, ab Antonino ; quintam, a Severo ; sextam, a Maximino ; septimam, a Decio ; octuvam, a Valeriano ; nonam, ab Aureliano ; decimam, a Dioileliano et Maximiano. Plagas enim /Egypliorum, quoniam decem fuerunt antequam inde exire inciperet populus Dei, putunt ad hune intelleclum esse referendas, ut novissima Antichrisli persecutio similis videalur undecimœ plagœ qua Mgyptii, dum hostiliter persequerentur 11ebrœos in mari Rubro, populo Dei per siccum transeunle, perierunl.

Le Vénérable Rède tient le même langage au i" livre de Yllistoirc d Angleterre, chapitrée : «Dioctétien, » dit-il, «persécuta pour la dixième fois depuis Néron l'Eglise de Dieu : Decimo post Neronem loco. »

Saint Augustin ajoute que cette dernière circonstance ( ayant sans doute en vue Paul Orose qu'il avait engagé à écrire sur ce sujet ) est avancée avec esprit, exquisite et ingeniose : il regarde néanmoins cette onzième persécution, renvoyée au temps de l'Antéchrist, non comme une prophétie, mais comme une conjecture, et il admet un plus

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grand nombre de persécutions, parce qu'il y comprend celles des Juifs contre Jésus- Christ, contre saint Etienne, et contre les apôtres : celle d'Hérode Agrippa contre saint Pierre et saint Jacques, celle de saint Paul contre les premiers fidèles, celle de Valens empereur arien, contre les Catholiques : et celle des rois golhs et persans : cependant cela même prouve qu'il n'a reconnu dans J'empire romain idolâtre, dont il s'agit ici, que dix persécutions sous dix empereurs païens, figurés par ces dix cornes de la bête, dont le démon paraît armé, habentemcornua decem, comme saint Jean nous le représente, et cela pour détruire l'Eglise, et renverser le christianisme naissant.

Mais inutilement, car si à tant d'horreurs et de morts affreuses qui accablèrent les sept tyrans dont on a parlé, et qu'on a rapportées ci-dessus, on jette les yeux sur les calamités et les désastres qui inondaient l'empire, du moment que ces suppôts du démon prenaient ces cruelles résolutions, on verra clairement le soiffqu'avait l'Agneau de défendre les fidèles, il est vrai qu'à [l'égard des autres persécuteurs, comme ils ont été moins coupables et moins inhumains, leurs châtiments ont aussi été et moins célèbres , et moins grands , quoique toujours proportionnés à leurs attentats selon la remarque d'Eusèbe : « Chacun de ces persécuteurs, » dit cet auteur [Vit. Constant., lib. ii, c. 27], « a été plus ou moins sévèrement puni, qu'il s'est efforcé plus ou moins de détruire la religion chrétienne, laquelle, par une folie extrême, ils s'imaginaient pouvoir abolir : » Unusquisque eorum eo gravioribus a/fectus est malis, quo véhément ius legem divinam expugnare, ut quidem sperabat , per summum dementiam instituerai. Vérité qu'on peut aisément voir, en parcourant le règne des autres empereurs qui voulurent imiter les premiers. En effet, Trajan à peine s'est-il souillé du sang chrétien, à peine cette corne entreprend-elle de démolir l'héritage de Jésus-Christ, « qu'aussitôt on lui porte la nouvelle que sept villes principales de l'Asie ont été renversées, Antioche presque ensevelie sous ses ruines, le Panthéon brûlé par la foudre, des guerres civiles très-cruelles et beaucoup de séditions, où il se répandit bien du sang; plusieurs provinces demeurèrent incultes par le meurtre général des habitants de la campagne; celte fameuse maison dorée, bâtie par Néron avec tant de profusion et d'injustice, est réduite en cendres par un embrasement soudain, afin sans doute que l'on comprît sur qui réjaillissait la punition que méritaient les persécutions qu'exerçaient les successeurs de celui qui les avait le premier excitées : » Et continuo terrœ molu septetn urbes Asiœ subrersœ; Antiochia pêne tola subruta ; Panthéon fulmine concremutuin; plurima atrocissima bella civiha, et cruentœ seditiones; provinciœ interfectis eultoribus desolalœ ; Romœ aurea domus a Nerone tôt privatis publicisque impensis cundila, repcntino confia -

gravit incendio ; ut rntelligeretur missa etiam ab alto persecutio, in ipsius potissimum monumentis, a quo primant exorta esset, atque in ipso auctore puniri, etc. Les Juifs révoltés commettent des cruautés horribles contre les Romains, et l'empereur meurt misérablement à l'extrémité du monde. C'est la remarque de Paul Orose, aussi bien que les suivantes, sur chacun de ces empereurs , sous le règne desquels l'empire romain a persécuté l'Eglise.

Antonin, ou Aurélius Verus , fit mourir quelques Chrétiens dans l'Asie et dans les Gaules : « Et aussitôt la peste s'allume dans plusieurs provinces de l'empire, toute l'Italie est ravagée par ce cruel fléau de la justice divine; les villages de la campagne et les villes ne sont que des masures et des ruines, vides d'habitants et de gens qui cultivent les terres, lesquelles deviennent couvertes de ronces et d'épines; les armées romaines et les légions sont dépeuplées de soldats, et tout périt dans l'empire : »Sccuta est lues, plurimisque infusa provinciis, tolamque Ilaliam peslilentia tanta vastavit, ut passim villœ, agri atque oppida, sine cultore atque habitat or e déserta in ruinas, sihasque concesserint ; exercitusque Romanus, et cunclœ legiones consumuntur.

« Sévère s'en prend à l'Eglise, et dans ce moment la main vengeresse de Dieu s'appesantit sur lui ; de tous côtés on n'entend que guerres civiles ; le sang romain ruisselle de toutes parts, et ce prince meurt à une extrémité du monde : Et evcstigio cœlestis ultio subsequitur, insurgunt undique bella civilia, et multum utrimque Romani sanguinis fusum est, ipseque apud Eboracum in Britannia obiit. »

« Maximin attaque les ministres des autels du Fils de Dieu, mais il est bientôt massacré, et met fin à la persécution et è sa vie : » Verum continuo inlerfeclus, et persecutionis, et vilœ finem fecit.

Tout ceci fait voir combien les saints Pères ont eu raison de comparer les vengeances que Dieu a prises des dix persécutions de l'Eglise, aux dix plaies dont l'Egypte fut affligée, toutes les fois que Pharaon refusait; de mettre le peuple de Dieu en liberté, et tâchait de l'opprimer . Ilaque decem persecutiones a Nerone usque ad Maximianum Ecclesia Dei passa est, et novem, ut dixi, ultioncs, ut ipsi (pagani) non negant, calamitatesque consecutœ sunt.(lbid., lit), vu, Ci 26.)

Voici quelle fut la fin des persécuteurs et des persécutions de l'Eglise, et les vains efforts des sept têtes et des dix cornes dont le démon paraît ici armé contre elle : « Je vis, dit saint Jean, un grand dragon roux, qui avait sept têtes et dix cornes, et sur ces sept têtes il portail sept diadèmes : « Et ecce draco magnus rufus, hubens capita seplem, et cornua decem. » Que s'il est vrai, selon la prédiction du Prophète, que le Seigneur ait écrasé les têtes du dragon : Tu confregisti capita draconis (Psaï. lxxiii, \h), il n'est pas moins certain qu'il a brisé les cornes

des pécheurs , conformément au même Prophète : Et omnia cornua peccatorum confr ingain (Psal. lxiii, 1 l), pour exalter celle de l'Agneau : Et exaltabuntur cornua Justi. (Ibid.) Agnum habentem cornua septem ; en un mot, que l'Eglise de Jésus-Christ a triomphé de sept tyrans et de dix persécutions, figurées par les sept têtes couronnées et les dix cornes du dragon que vit saint Jean.

§ IV. — Le démon déchu de sa divinité prétendue, persécute et poursuit l'Eglise jusque dans les déserts.

t. Et le dragon entraînait de sa queue la troisième partie des étoiles du ciel, et les fit tomber en terre.

Que signifient ces étoiles si différentes de ces douze, qui forment la couronne |de l'Eglise, sinon des hérétiques, nommés par saint Jacques des astres errants, « sidéra errantia, » dont le démon voulait se servir pour séduire ceux qu'il n'avait pu dévorer? Quod autem slellœ cadant, significat eos qui putabantur mundi luminaria, a fide et veritate in perfidiam et errorem defecturos. (Andr. Csesar.) Tel est donc Satan et son formidable attirail contre l'Eglise : un dragon horrible et monstrueux, ayant sept têtes couronnées, et dix cornes, et une queue entraînant la troisième partie des étoiles du ciel; ou le démon fortifié de sept cruels tyrans idolâtres, de dix persécutions effroyables, et d'une troupe nombreuse de Juifs et d'hérésiarques, qu'en dernier lieu il tire après lui, et qui sont figurés par cette queue, selon saint Jérôme ci-dessus : Per caudain incurvantem et depravantem, hœreticos demonstrat.

Que si ces étoiles représentent les hérétiques, parce qu'ils sont ordinairement, comme remarque saint Augustin, des esprits élevés et brillants; elles ne nous représentent pas moins les fidèles que le démon renversa par la force des persécutions et des tourments. Le saint martyr Pionius considérant ceux à qui les supplices avaient fait abjurer la foi, disait, au milieu des tortures, ces belles paroles : « Je souffre ;un nouveau genre de martyre , quand je regarde ces étoiles du ciel que le dragon a renversées de sa queue, et a fait tomber en terre: » Novum suppliciorum genus patior, et excrucior, cum aspicio stellas cœli draconis cauda usque ad terras fuisse pertractas.

Mais il est plus littéral de l'expliquer en la manière qui suit :

Et sa queue entraînait la troisième partie des étoiles du ciel, et il les renversa par lerre.\ Ce dragon est Lucifer qui séduisit les anges rebelles dans le ciel, et qui les renversa en terre, où ils étaient honorés sous le nom de diverses divinités, de Saturne, de Mars, u'Apollon, de Vénus, de Minerve, de Junon, etc., tandis que leur séducteur, sous celui de Jupiter, se faisait adorer comme le souverain jjinonarque de l'Olympe, pour parler avec les poètes. Car saint Jean remonte ici à la ruine que causa Lucifer dans le ciel, comme à la source de celle qu'il causa de-

puis sur la terre, lors de la création du monde visible, et qu'il veut renouveler dans l'Eglise, lors de la réparation du monde, de laquelle il s'agit ici.

El le dragon se tint devant la femme qui devait enfanter, afin de dévorer son fils dès qu'elle l'aurait enfanté. En effet, le démon sentant bien que Jésus-Christ et le christianisme naissant allaient le détrôner, voulut faire les derniers efforts pour les engloutir l'un et l'autre : « Personne n'ignore, » dit saint Augustin, % que ce dragon représenté dans VApocalypse, ne soit le diable, et que cette femme ne figure la sainte Vierge, aussi bien que l'Eglise, qui, l'une et l'autre, ont enfanté le Chef et les membres, lesquels le dragon prétend engloutir par ses suppôts : » In Apocaltjpsi loannis apostoli scriptum est hoc, quod staret draco in conspeetu mulieris quœ paritura erat, ut cum peperisset, natum ejus comederet. Draconem diabolum esse, nullus vestrum ignorât ; mulierem illam virginem Mariant significasse, quœ caput nostrum , intégra inlegrum peperil, quœ eliam ipsa pguram in se sanctœ Ecclesiœ demonslravit, ut quomodo Filium pariens Virgo pcrmansit,ila et hœc omni tempore m embra ejus pariât, et virginilalem non amittat. Aussi les premiers Chrétiens regardaient-ils leurs persécuteurs idolâtres comme les membres mêmes de ce dragon, qui voulait les dévorer tout vivants par eux, ainsi qu'on le lit dans l'ancienne histoire. (Etjseb., Martyr. Lugd.) Hoc enim maximum certamen illis

fuit adversus diabolum quos ille malignus

serpens vivos jam se dévorasse crediderat.

5. Et cette femme enfanta un enfant mâle, qui devait gouverner toutes les nations avec un sceptre de fer : et ce fils fut enlevé vers Dieu. En effet, Jésus-Christ par le christianisme dominant devait abolir le paganisme, briser les idoles, et détruire les infidèles obstinés dans leur endurcissement; mais pour cela, loin de demeurer sur la terre, ainsi que le démon trompé paraissait s'y attendre, il s'élève dans les cieux, d'où il devait opérer tant de merveilles, et attire après lui les martyrs, et l'Eglise des premiers-nés, comme une proie qu'il ravit à l'enfer : il s'assit dans le trône même de Dieu, afin que toute créature lui soi.t soumise, et devienne l'escabeau de ses pieds; car il est l'Agneau qui a paru au milieu du trône dès le commencement de la prophétie.

Sainte Perpétue, en prison pour la foi, eut, peu de jours avant son martyre, une révélation divine, qui donne beaucoup de jour à cet endroit : elle vit en esprit une échelle d'or, d'une grandeur si merveilleuse, qu'elle louchait au ciel, mais bordée de rasoirs, d'épées, de haches, et de tous les autres instruments des plus cruels supplices : au reste, si étroite, qu'à peine pouvait-on y passer un à un; et au pied un dragon effroyable, prêta dévorer ceux qui voulaient y monter. « 1) y avilit,'^ disent les Actes de celte sainte, « sous l'échelle, un dragon couché d'une grandeur énorme, qui tendait des pièges à ceux qui montaient, et qui les effrayait pour

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les en empêcher : » Emt sub ipsa sculadraco cubons mirai maguiiudinis.qui ascendentibus insidias parabat, et exterrebat, ne ascenderent.

Cette révélation faite en particulier à cette grande et admirable sainte, découvre en général l'état où se trouvait tonte l'Eglise dans ces premiers temps, et lorsque le dragon s'efforçait de l'engloutir. Les martyrs sentaient bien cet invisible ennemi qui les persécutait, lorsqu'ils disaient aux gentils, par la bouche de saint Justin dans sa première Apologie : « Les esprits malins n'omettent rien pour nousifaire exterminer : » Maligni dœmones occidi nos procurant.

Et dans les Actes des martyrs de Lyon, nous lisons, que les gentils une fois excités par cette bote cruelle, par ce grand dragon, ne pouvaient que très-difficilement se calmer : Fero? et barbarœ génies ab immani Ma bestia concitatœ, pacare facile non polerant.

6. Et la femme s'enfuit dans le désert, où elle avait un lieu que Dieu lui avait prépare', afin quon Vy nourrit durant mille deux cent et soixante jours. L'Eglise militante cependant va demeurer exposée à la rage du serpent infernal, et n'aura point d'autre asile que celui d'Elie fuyant la persécution de Jézabal, c'est-à-dire, les déserts, les antres et les solitudes, où Dieu la nourrit sous 1h conduite de ses pasteurs. Quiconque a lu l'histoire des premiers siècles, peut avoir observé que les deux circonstances de cette prophétie s'y sont accomplies à la lettre : savoir, que l'Eglise se cacha dans les déserts, et que chaque persécution ne dura guère que trois ans et demi. « Quant à la première, on trouve partout, que les Chrétiens s'enfuyaient, et qu'ils se reliraient en hâte sur les montagnes, dans les cavernes, dans les déserts les plus inaccessibles, aimant mieux passer leur vie avec les bétes farouches, qu'avec des hommesinfinimentpluscruels qu'elles :» Jpsi fugum spectabant, et ad montes, et speluncas , et ignotas solitudines celeriter abibant, malentes vitam degere cum feris, quant cum hominibus feris longe immanioribus.

(Ex Act. mart. ISicom.)

Les écrits de saint Cyprien ne sont remplis d'autre chose, non plus que ceux des autres Pères des trois premiers siècles. L'histoire du martyre de saint Gordius nous en donne entre les autres un exemple signalé, rapporté par saint Basile le Grand, en la manière qui suit : « Au temps qu'un tyran impie, qui pour lors gouvernait le monde, persécutait le nom chrétien, et qui étendait sa main contre l'Eglise de Dieu; que par toute celte ville, dans les places publiques, et dans les rues, on entendait retentir un édit sacrilège, qui défendait d'adorer Jésus- Christ sous peine de mort, et qui commandait de se prosterner devant les idoles d'or et d'argent; que les biens et les maisons des fidèles étaient en proie aux païens, et les prisons remplies d'innocents; pour lors tout ce qu'il y avait de Chrétiens se retira dans des solitudes; les forêts se virent remplies de pauvres fugitifs, et les déserts peuplés

de Chrétiens. Dans cette triste conjoncture, noire martyr abandonnant les honneurs, les plaisirs et les commodités de la vie, se condamna lui-même à un exil volontaire, et s'enfonça dans les vastes déserts, cherchant des lieux inaccessibles aux hommes, et trouvant qu'il était plus doux de vivre parmi les bêles farouches, que parmi les idolâtres inhumains, imitant en cela l'exemple d'Elie fuyant la persécution de Jézabel : » Quasane tempestale cum tyrannus impius, qui tune imperitabat, in Christianum nomen virus suœ feritatis effunderet, manumque Deo inimicam adversus Ecclesiam exerceret ; tota urbe prœconis tuba sonabat, toto foro, et per compila lyrannicum promulgabatur edictum, ne quis Cliristum adoraret ; qui vero contra jussa faceret, morte plecterelur. Idolaproponebantur adoranda omnibus: Christianorum domus singulœ vastabantur, complebanlur supra modum carceres ; pleni saltus, plcna perfugis loca déserta; ob unum lamtum cri-

men, quod Cliristum colorent Sponte sibi

crsilium delegit, et reliclis honoribus, relictis omnis generis facultatibus, servis, propinquis, amicis, voluptalibus et rébus aliis, quas cœtcri maxime appetere, ac magno studio parare soient, ad vasta déserta et hominibus invia loca contenait, vitam inler feras actam mansuetiorem societale convictuque idololatrarum exislimans, Eliœ prophdœ secutus exemplum,qui cum Sidoniœ conspiceret idololatriam quotidie invalescenlum, inmontem Horeb se proripuit.{ Mais ce saint solitaire,animé du désir du martyre, sortit quelque tempsaprès de sa retraite, ets'alia présenter devant tout le peuple pour lors assemblé dans l'amphithéâtre, et voici son équipage : « 11 était horrible à voir; car pour le longséjour qu'il avait fait dans les montagnes, il ayait ses cheveux hérissés, la barbe grande et épaisse, son habit sale et usé, son corps desséché; il portait un bâton à la main, et une besace à son côté : »Eratautcmaspectu horridus, et quod montana diu incoluerat, squallenticapillo, barba promissa, veste obsita corpore toto aridus, pera prœcinctus, bacuh nixus. Voilà comme ils étaient faits au sortir des déserts.

C'est ce qui donna lieu, selon saint Jérôme, à l'institut de la vieérémitique, comme il l'observe dansVUistoire de saint Paul, qui le premier en fit profession. Voici ses termes : « Sous l'empire de Dèce et de Valérien, persécuteurs ilu peuple de Dieu, etdu temps que le Pape Corneille à Rome, et saint Cyprien à Carthage, souffrirent un si glorieux martyre, l'Egypte et la Thébaïde se virent exposées aux orages de la plus violente persécution ; et ce fut alors que Paul encore jeune se retira dans une maison écartée. Ensuite, pour s'éloigner toujours davantage de la fureur (le ceux qui conspiraient contre sa vie, il s'avança dans le désert, et se réfugia sur des montagnes inaccessibles, et de là dans des solitudes encore plus reculées, » elc.Sub Decio et Yalcriano pertecutoribus, quo tempore Cornélius Jiomœ , ri Ci/prianus Carilvigine, felici cruorc damnati sunt, militas

apud Mgyptum et Thebaidem ecclesias lempestas sœva populata est. Per idtempus apud inferiorem Thebaidem Paulus annorum circiter quindecim, Deunv valde amans, et cum persevutionis procéda detonarel, invillum remoliorem et secretiorem secessit ; deinde ad montium déserta confugiens, dum persecutioni$ finem prœtolarctur, riecessitatem in voluntatem verlit , ac paulalint progrediens, rursusque subsistens, atque hoc idem sœpius faciens, tandem reperit saxeum montern, etc. Telle fut l'occasion qui lui inspira la pensée de passer ses jours dans la retraite, et d'embrasser un genre de vie, que la nécessité lui avait offert, ce qui sans doute ne fat pas sans un ordre particulier de la Providence; parce que si le dragon alla poursuivre l'Eglise jusque dans les déserts, pour la chasser de cet asile, envoyant après elle un torrent, ainsi qu'on va voir : l'Eglise à son tour envoya dans la suite de nombreuses troupes de solitaires le poursuivre lui-même dans ce dernier asile, où après la ruine de l'idolâtrie il se réfugia, ainsi qu'il s'en plaignait continuellement, comme l'histoire de la vie de ces premiers [anachorètes, écrites par les saints Pères, en fait foi.

On trouve encore dans les Actes de saint Théodore d'Ancyre, « que la nombreuse multitude des fidèles qui composait l'Eglise, fut dissipée ; que les déserts furent remplis de fugitifs; que le sommet des montagnes se vit habité par les Chrétiens; qu'aucun fidèle ne paraissait en public : » Désolai a f ait plenitudo Ecclesiœ, et fugitivis impletœsolihidines, montiumque cacumina : Chrislianorum nemo apparebat in publico.

Qu'on lise aussi les écrits de saint Grégoire de Nazianze, et on verra que les solitudes étaient pleines d'une multitude innombrable de Chrétiens, aux nécessités desquels Dieu pourvoyait par des voies admirables, leur conduisant des troupeaux de bêtes sauvages, pour les nourrir dans ces lieux abandonnés.

« Qu'aucun fidèle dans ce temps de persécution, «ditsaintCyprien (Ad. pleb. Thibar.), « ne s'effraye, se vo.yant séparé, non d'esprit, mais de corps, du troupeau de Jésus-Christ, et qu'il ne se laisse point saisir d'horreur

(90) Voici la date des dix persécutions de /'£- (jlise.

1. Néron, l'an 64. — 2. Domitieii, l'an 95. — 5. Trajan, l'an 107; Adrien, l'an 125. — 4. Marc- Aurèle, l'an 107. —5. Sévère, l'an 200. — G. Maxiiliin, l'an -165. — 7. Dèce, l'an 251. — 8. ValéjUn, l'an 257. — 9. Auréhen, l'an 274. — 10. Dioclétieti, l'an 305.

Voici de plus le nombre des dix apohgies, écrites en ces temps-là, en faveur des Chrétiens.

t. L'an 126. Saint Quadra', é èque d'Athènes, selon saint Jeiôme. présente à 1 empereur Adrien la première apologie qu'on sache f.iile en faveur des Chrétiens. Un nommé Arislidès en lit autant; mais ces deux apologies ont péri.

2. L'an 150. Saint Justin, à Rome, prés<nle à l'empereur Antonio .sd première apologie , qui exibte encore, ainsi que l.i suivante.

dans les déserts affreux, où il est obligé de se cacher, exposé h périr de faim et de froid dans les montagnes, et à être tué par les voleurs, ou dévoré parles bêtes: » Ubicunque in Mis diebus unus quisque fratrum fuerit a grege intérim hac necessitate temporis, corpore, non spiritu separatus, non moveatnr ad fugœ illius horrorem; nec reeedens , et latens solitudine deserti terreatur, et si fugienlem in solitudine ac monlibus latro oppressent, fera invaserit, famés ac sitis, aut frigus afflixerit.

Tel était alors l'état où celte femme que vit saint Jean, c'est-à-dire, l'Eglise, se trouvait réduite, et les asiles qu'elle cherchait pour se dérober à la fureur du dragon qui voulait la dévorer.

On pourrait ajouter beaucoup d'autres exemples, si cette vérité n'était connue de tout le monde. Mais la seconde circonstance n'est pas moins certaine, savoir, que chaque persécution n'a duré dans sa fureur qu'environ trois ou quatre ans, ou mille deux cent soixante jours.

Maximin comparé par sa cruauté à un cyclope, à Busyris, à Phalaris, et à semblables monstres par les historiens même profanes, ne persécuta l'Eglise que trois ans au rapport de Rulin dans son Histoire, c. 20.

Il yen eutqui remplirent précisément, et à la rigueur, ce terme : ce (pie les Chrétiens du temps, toujours attentifs à chercher dans Y Apocalypse ce qui se passait dans l'Eglise, ne manquèrent pas de remarquer, ainsi qu'on voit dans Eusèbe (lib. vu, c. 10; , sous l'empire de Valérien.

Celle de Dioclétien dura dix ans, mais elle eut trois intervalles (90;, Dieu voulant sans doute donner le temps à l'Eglise de respirer, pour recueillir les fidèles dispersés, encourager les pusillanimes, relever ceux qui avaient succombé et animer les forts à de nouveauxeorabats, dit Origène. (Contra Ccls. lib. m.)

7. Alors il se donna une bataille dans le ciel Michel et ses anges combattaient contre le dragon, et le dragon et ses anges combat ■ talent.

8. Mais ceux-ci ne prévalurent pas, et il n'y eut plus de lieu pour eux dans le ciel.

3. L'an 165. Saint Justin, à Rome, présente à l'empereur Mirc-Aurèle el au sénat sa seconde apologie.

4. L'an 170. Saint Meliton, évêque de Sardes, en Lydie, présente à l'empereur Marc-Aurèle une apologie. Elle a péri.

5. L'an 177. Claude Apollinaire, évêque d'Hiérapolis, en Phrygie, adresse une Apologie à iVlac- Aurèle. Elle a aussi péri.

6. L'an 178. Athenagoras présente une Apologie au même empereur. Elle existe encore.

7. L'an 17'J. Miliiades, homme savant, en présente aussi une au même empereur. Elle a péri.

8. L'an 200. Tertul ien puhlie son célèhre Apologétique, sous l'empereur Sévère.

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