‹ Œuvres completesChapitre 205 sur 296 · L'an 211. fOclavius de Minulus Félix parut · texte numérisé non relu

L'an 211. fOclavius de Minulus Félix parut

10. L'an 219. Origène écrit son Apologie contre Celse. sous l'empereur Philippe. Ces trois derniers ouvrages existent.

L\\POCAL\PSE EXPLIQUEE.

9. Et ce grand dragon, ce vieux serpent qui est nommé diable et Satan, qui séduit tout l'univers, fut précipité en terre, et ses anges aire lui.

Voilà l'idolAtrie à bas et toutes les divinités du paganisme renversées par l'établissement de la religion chrétienne, et le séducteur du genre humain précipité du trône de sa divinité prétendue, ses autels brisés, et ses temples abattus. Saint Michel, secondé des bons anges, après l'avoir vaincu dans le ciel lors de sa première révolte, quand il voulut devenir semblable au Très-Haut, et s'arroger les honneurs divins, le fait encore échoir avec ses complices de ses ambitieuses prétentions sur la terre, suivant la parole de Jésus-Christ: Je voyais Satan comme un foudre tombant du ciel : « Videbam Satanam sicut fulgur de cœlo cadentem. » (Luc. x, 18.) Car, selon les Pères, c'est de cette seconde chute qu'il faut entendre l'endroit où nous eu sommes : lsta primo diabolilapsui in cœlo, et secundo? rursum ejusdem ruinœ, qua per Dominicain crucem fractusatque dejectus est... ■juxia Christi Domini oraculum , adaptari possunt. (Andb. Cœsar.) Et c'est ce qui arriva par la patience des martyrs, la prédication de l'Evangile, et la conversion des peuples. D'où s'ensuivirent l'abolition du paganisme et la conviction du genre humain, qu'enfin Jupiter ou plutôt le démon, n'était pas dieu; que ce n'était qu'un ange apostat et réprouvé, non plus que ses complices, Saturne, Mars, Mercure, Junon, Minerve, Vénus, et toutes les autres fabuleuses divinités.

10. Et j'entendis une grande voix dans le cielqui disait : Maintenant sont établis le salut et la vertu, et le royaume de notre Dieu, et la puissance de son Christ. I! est juste en effet, que les cieux fassent une fêle , de ce que lo vrai Dieu va être connu, aimé et servi par son Fils Jésus-Christ, le vainqueur de l'enfer, et voici la raison :

Parce que l'accusateur de nos frères, qui les accusait jour et nuit devant Dieu, a été précipité. Les anges se réjouissent de ce que l'ennemi mortel de leurs frères, les hommes, qui leur faisait des crimes auprès de Dieu, de l'aveuglement et de l'idolâtrie dans lesquelles lui-même les plongeait, soit surmonté et confondu d'une manière si épouvantable. Ceci découvre évidemment que la chute de Satan et de ses complices, dont il est ici parlé, n'est pas celle qui leur arriva avant la création de l'homme, mais celle dont on vient d'expliquer le mystère. Et nous en verrons encore une preuve convaincante au verset 13, où les causes de cette cliutenesont autres que son envie et sa haine contre l'Eglise naissante.

11. Et ils ont vaincu par le sang de l'Agneau et par la parole de laquelle ils ont rendu témoignage. Voilà les armes dont ils se sont servis pour terrasser un si redoutable adversaire : Et ils ont méprisé leur vie, jusqu'à vouloir bien souffrir la mort. C'est en ré-

pandant leursang, et en préférant le martyre et une mort glorieuse, à une vie temporelle et périssable : Sancti perpessionibus pro Christoperpessis, devicerunt Satanam. (Andr. Cœsar.) Car ainsi que disaient les saints murtyrs Mon'.an et Lucius : être tué pour Jésus-Christ est peu de chose : Nam et occidi servis Dei levé est : être martyrisé pour Jésuschrist, est aussi doux que l'aliment et la boisson à un homme affamé et altéré : Ut sitientibus polus, esurientibus cibus , desiderantibus martyriuiii obvenit. (Acta Montan, cap. h et 9.) C'étaient-là les sentiments de ces premiers athlètes, vainqueurs du dragon.

12. C'est pourquoi, cieux, et vous qui y habitez, réjouissez-vous. Telle est la fêle qui se fit au ciel lors de la destruction de l'empire du démon, ou de l'idolâtrie, et du triomphe des martyrs.

Mais malheur à la terre et à la mer, parce que le diable est descendu vers vous avec une grande fureur, sachant qu'il n'a que peu de temps. Car il ne faut pas douter que le démon ne fasse de terribles efforts pour soutenir ou rétablir le paganisme, et pour se venger : qu'il ne suscite des persécutions horribles contre les fidèles, sur qui il se jettera comme sur les ennemis de sa divinité, d'autant plus que le temps s'approche auquel son empire sera pour jamais détruit, et où on le renfermera dans l'abîme : Tune denuo Ecclesium quœ parit, et peperit filium masculum, hoc est populum virilem, nihilque effeminatum pro? se ferentem, persequi cœpit Salanas (Andr. Caesar.) : ce qui devait arriver sous Constantin, deux cent cinquante ans après celte vision-ci de saint Jean.

13. Et après que le dragon eut vu qu'il avait été précipité en terre, il poursuivit la femme qui était accouchée d'un enfant mâle. Il va décharger sa rage sur l'Eglise, il excite toute la puissance séculière pour l'exterminer ; il va mettre en usage les sept têtes couronnées, et les dix cornes dont il est armé : mais voici la consolation et la prédiction, qui encourageront le peuple deDieu,etque saint Jean (n, 10) lui donne de la part de Jésus-Christ dès le commencement de la prophétie : Ne craignez rien de toutes les choses qu'on vous fera souffrir, et sachez que le diable mettra quelqu'un de vous en prison, et que vous aurez dix jours de tribulation : « IJabebitis tribulationemdi ebus decem (01).»» Ce sont les dix persécutions expliquées, elles seront courtes, ce ne sont que desjours : elles auront leurs beaulés, le soleil éclairera les victoires de l'Eglise : loin que son sang épanché diminue le nombre de ses enfant.'», c est cela même qui les multipliera : Sein en est sanguis Christianorum : elle deviendia la mère d'une postérité heureuse qui la fera nommer martyrum mater, comme parle saint Augustin. Au reste, si elle a paru d'abord dans le ciel, pour exprimer sa sainteté ; elle paraît à présent sur la terre, pour figurer sa condition temporelle.

(91) cutée.

En decies confia. ditis me, opprimenles me. (Jub \\x, ">.) Job aflligé, ligure de l'Eglise p rsé-

XÂfi

14. Et on donna à la femme deux ailes d'une grande aigle. Comme tout est mystérieux dans l'Apocalypse, dont chaque parole est une énigme, dit saint Jérôme dans son Epître à Paulin • Cujiis quoi verba tôt sacramentel; ou ainsi qu'il s'exprimesur la lin du xxix' chapitre d'isaïe : V Apocalypse de saint! Jean enveloppe sous l'écorce de Ja lettre, les secrets les plus cachés de l'Eglise : Apocalypsim Joannis in superficie litterœ, medullala Ecclesiœ sacramenta conlexere. Il ne faut point douter que ces deux ailes d'une grande aigle données à l'Eglise, piutôtque celles d'une colombe, ou de quelque autre semblable oiseau, qui parai raient d'ailleurs lui mieux convenir, ne soient ici mises exprès pour servir à figurer l'Eglise catholique, principalement établie et répandue dans l'empire romain, laquelle devait bientôt prendre le nom de religion, et d'Eglise romaine, et dont Constantin, empereur romain, allait incessamment devenir le refuge et le protecteur. « Ajoutez à cela, que nul oiseau, » dit saint Jérôme {In Isa., lxvi), » ne veille sur ses petits avec plus de soin que l'aigle, pour les défendre contre le serpent, ni n'est en cela une figure plus expresse de l'attention amoureuse de Dieu sur les fidèles, pour les protéger contre la malice de Satan, cet ancien serpent : » liecte affeclus Dei in suas crealuras aquilis comparatur,qui omnicustodia protégit liber os suos, ne draco, aut coluber antiquus , diabolus et Satanas, obrepat novellis fœlibus.

Aussi est-ce la comparaison dont Dieu se servait autrefois, pour exprimer la délivrance du peuple d'Israël, de la tyrannie de Pharaon : Vos ipsi vidislis quœ fecerim /Egypliis, quomodo portaverim vos super alas aquilarum, et assumpserim mihi, est-il dit au chapitre xix' de l'Exode : ce qui sans doute était la figure de la délivrance des Chrétiens accablés sous la 'persécution des empereurs idolâtres.

14. Et on donna à la femme deux ailes d'une grande aigle, afin qu'elle s'enfuit dans le désert, en son lieu, où elle est nourrie durant des temps, et durant la moitié a" un temps.

Tout ceci signitie que l'Eglise s'élablissant de toutes parts, le dragon infernal ou le démon, rallume de nouveau les persécutions qui ne duraient guère dans leur grande fureur, qu'environ trois ou quatre ans, et que l'Eglise est contrainte derechef de recourir à son asile ordinaire, et de se cacher dans les déserts où les fidèles étaient repus de la parole et des sacrements, par ses ministres ordinaires qui les accompagnaient dans leur fuite : Tempus annum signifu-at; tempora, juxta Ihbraici sermonis proprietatem, qui et ipsi dualem numerum liabent, duos annos préfigurant : dimidium autem temporis, sex tueuses, quibus sancti poleslati Antichristi permit tendi sunt, ut condemnentur Judœi, qui noncredentes veritati, suscepe- ? uht niendacium. (S. Hikron., in Dan. vu.)

Car pour s'exprimer avec Eusèbe (lib. x, c. 8), lors des sanglants édils, portés par les derniers empereurs idolâtres : «11 fallut que

les serviteurs de Dieu se retirassent, et s'enfuissent de nouveau : et encore une fois on vit les campagnes, les solitudes, les montagnes et les forêts peuplées de Chrétiens :» Posl heee igitur Dei cultores fugaiu inire denuo cœperunt, iterum soliludines, ilerum ayri, iterum montes ac silvœ, famulos Cftristi suscepere. Peut-on désirer un accomplissement plus parfait de cette prophétie? Ce qui suit ne l'est pas m< ins.

15. Et le serpent jeta de sa gueule après la femme comme un fleuve d'eau, pour l'entraîner.

On va poursuivre les Chrétiens jusque dans les déserts les plus écartés, et les solitudes les plus affreuses : « En sorte que nous n'étions pas en sûreté, dit Eusèbe (lib. ix, c. 10), non-seulement dans les villes, mais même à la campagne, et qu'on nous poursuivait jusque dans les lieux les plus retirés, et les déserts les plus inaccessibles : « Adeo ut non modourbes, sed nec agros quidem, nèç solitudines, aut loca déserta incolere nobis permissum esset. » Ce qui peut être confirmé, et par lui-même en d'autres endroits, et par les Pères et les historiens de ce temps-là.

Saint Denys d'Alexandrie, dans le même Eusèbe (lib. vi, c. h\), nous fait voir à ce sujet quelque chose de bien lamentable : il nous dit qu'un grand nombre de Chrétiens qui s'enfuiaient dans les déserts, furent déchirés et massacrés par les habitants des villes et des bourgades, par lesquelles ils passaient, et qu'il y en eut une multitude tort grande, qui, dans les moniagneset dans les solitudes, périrent de faim et de soif, de froid et de maladies, et qui furent ou tués par les voleurs ou mangés par les bêtes : il ajoute, qu'aucun Chrétien n'osait paraître dans les grands chemins, ni dans les rues, et qu'ils ne pouvaient sans péril se montrer ni le jour, ni la nuit, contraints pour toute ressource de s'enfuir et de se cacher . qu'on le poursuivit lui-même pour le prendre, et que les persécuteurs visitaient tous les endroits où il eût pu se cacher, suivant les chemins, les rivières, les champs, et n'omettant rien pour le découvrir et se saisir de lui, et l'immoler à leur fureur; et qu'enfin échappé de leurs mains, il s'enfuit dans un désert atfreux de Libye , où il demeura jusqu'à la mort de Dèce. Complures [Christianos déserta pelenles) per oppida et vicos a gentilibus discerptos fuisse.... prœler mullitudinem eorum qui in montibus et solitudinibus, famé et sili, frigore ac niorbis, et lutronum, aut besliarum incursu inleriere. Eratres declinabant et subducebant se fuga.... adeo ut nusquam non per vium publicam, non per angiporlus incedere, aut noctu, aut interdiu nobis licebat. DU veto omnia circumeundo perscrutabantur, vias , fluvios , agros, ubi me occullari, aut qua transiturum esse suspicabanlur. Denique e salellitum manibus creplus, in deserto et squcdlido Libyœ loco conclusus, mansi usque adDecii mortem.

Nous lisons la même chose dans les Acies de certains célèbres martyrs d'Afrique (Âcta

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