Et je vis une autre bête qui montait
l'apocaupse expliquée.
de la terre et qui avait deux cornes semblables à celles de l'Agneau, mais qui parlait comme le dragon.
12 Et elle exerça toute la puissance de la première bête en sa présence, et elle fit que la terre et ses habitants adorèrent la première bête dont la blessure mortelle avait été guérie.
13. Et elle fit de grands prodiges, jusqu'à faire même descendre le feu du ciel sur la terre devant les yeux des hommes.
14. Et elle séduisit les habitants de la terre par des prodiges qu'elle reçut pouvoir de faire en présence de la bêle, ordonnant aux habitants de la terre d'ériger une image à la bête qui n'était pas morte du coup d'épée qu'elle avait reçu.
15. Et il lui fut donné pouvoir d'animer l'image de la bête , et de donner la parole à cette image, et de faire tuer tous ceux qui n'adoreraient pas l'image de la bête.
16. Et elle fera que tous, petits et grands, riches et pauvres, libres et esclaves, portent le caractère de la bêle en leur main droite, ou sur le front.
17. Et que nul ne puisse ni vendre, ni acheter, que celui qui aura le caractère ou le nom de la bêle , ou le nombre de son nom.
18. C'est ici la sagesse : que celui qui a de l'intelligence, compte le nombre de la bête ; car c'est un nombre d'homme, et ce nombre est six cent soixante-six.
terra, "et liabebat cornua ouo similia Agni , et loquebatur sicut draco.
12. Et potestatem prioris bestiœ omnem faciebat in conspeclu ejus : et fecit terram et habitantes in ea adorare bestiam primam , cujus curata est plaga mortis.
13. Et fecit signa magna, ut etiam faceret ignem de cœlo descendere in terram in conspectu hominum.
14. Et seduxit habitantes in terra propter signa quœ data surit illi facere in conspectu bestiœ, dicens habitantibus in terra , ut faciant imaginem bestiœ, quœ habet plagam gladii, et vixit.
15. Et datum est illi ut daret spiritura imagini besliae, et ut loquatur imago bestiœ, et faciat ut quicunque non adoraverint imagiuein bestiœ, occiuantur.
1C. Et faciet omnes , pusillos et magnos , divites et pauperes, et liberos et servos , habere characterem in dexlera manu sua, aut in frontibus suis.
17. Et ne quis possit emere, aut vendere, nisi qui habet characterem, aut nomen besiiee, aut numerum nominis ejus.
18. Hic sapientia est : qui habet intellectum, computet numerum bestiœ; numerus enim hominis est, et numerus ejus sexcenti sexagintasex.
EXPLICATION
Et je vis la bête qui s'élevait de la mer.
Après que saint Jean nous a découvert au chapitre précédent, sous Ja figure d'un cruel dragon , l'invisible et secret auteur des persécutions de l'Eglise avec sa défaite et sa ruine, il va nous montrer dans celui-ci-l'instrument visible dont il se servit pour exercer sa rage, c'est-à-dire l'empire romain, nousfaire voir aussi la destruction et le renversement de cet empire persécuteur.
Le premier caractère qu'il lui donne est celui d'un fier animal, suivant le style des anciens prophètes, qui désignaient les grands empires par des bêtes féroces, selon saint Jérôme : Hocnotandum, quod regnorum ferilas atque crudelitas in Scripturis bestiarum nomine demonstretur. C'estsur Ieseplièmecliapitrede Daniel, dont voici les paroles expresses : Hœ quatuor bestiœ magnœ quatuor sunt régna, quœ consurgent de terra. (Dan. vu, 23.) Le même Père, sur le chapitre n d'Osée, dit que les Assyriens, les Chaldéens, les Mèdes, les Perses, les Macédoniens, et enfin les Romains, comme des bêtes carnassières, ont dévoré la Judée : Devoraverunt eam primum Assyrii, atque Cltaldœi, Medi, et Perro; , et Macedones ; ad exlremum sœvissima laceravit bestia, Romanorum imperium, cujus in Daitiele nomen taectur, ut major formido his qui devorandi sunt augeatur. Optât (De schismale Donatist. lib. m, n. 8} écrit que
deux persécutions ont été exercées contre l'Eglise par deux bêtes cruelles : l'une sous la figure d'un lion, par Dèce et Valérien ; l'autre sous Ja figure d'un ours, par Dioclétien et Maximien : Persecutio operata est sub duabus bestiis : prima fuit ut leo , hœc erat persecutio sub Devio et ) aleriano ; secunda ut ursus, quœ fuit sub Diocletiano et Maxi~ miano. Il ne faut donc pas s'étonner si saint Jean, qui réunit en soi l'esprit de tous les prophètes, exprime ainsi ce même empire romain.
Ne pourrait-on pas encore ajouter que cette tête de lion, dans la bêle, représente particulièment Néron, le premier, le principal et le plus cruel des persécuteurs de l'Eglise, puisque l'Apôtre saint Paul le nomme ainsi lui-même? El liberatus sum de ore leonis. (II Titn. iv,17.)D3 làcecri ancien : Christianos ad leonem, etc. (Tf.rtull., Apologel., c. 40.)
Le second , est de le faire sortir de la mer, symbole du monde et du siècle, suivant la remarque du même saint Jérôme et de saint Grégoire (hom. 24, in Ecang.) ; tant à cause que Home est située au milieu de la mer, d'où elle est comme sortie pour étendre sa domination sur loute la terre, qu'à cause que, dans le. langage de Y Apocalypse, les grandes eaux sur lesquelles la prostituée est assise, représentent les peuples soumis au gouvernement de Home : Mare autan munduin
istum sœculumque significat , falsis ama risque fluctibus redundans. Quid enim mare, nisi prœsens sœculum significat, quod se casuum tumullibus et undis vitœ corruptibilis illidil ? Et saint Jean : Aquœ quas vidisti,ubi meretrix sedet, populisunt, et génies, et linguœ. Enfin Isaïe : Multitudo populorum multorum, et multitudo maris sonantis, tumultus turbarum,. sicut sonitus aquarum multarum. (Isa. xvn, 12.)
Mais s'il est vrai que lEglise des nations , ou la gentil ité convertie, soit appelée dans l'Ecriture la mer, ainsi qu'un a montré cidessus par les paroles du prophète Isaïe : Quando conversa fuerit ad te multitudo maris, fortitudo gentium venerit tibi [Isa. lx, 5); qui empêche qu'on ne dise que cette bête, qui sort de la mer, signifie l'empereur Julien sortant par son apostasie du sein de l'Eglise, et traînant après lui son empire romain idolâtre , dont voici le troisième caractère.
Cette bête avait sept têtes , et sur ces sept têtes des noms de blasphème.
Ce sont ces sept principaux idolâtres qui ont tant vomi de blasphèmes par leurs édits, dont on a parlé ci-dessus, c'est-à-dire Néron, Domitien, Dèce, Valérien, Aurélien, Dioctétien et Julien, desquels saint Jean parle encore au verset 9 du chapitre xvn, lorsque développant cette énigme, il nous apprend que ces sept têtes sont les symboles de sept empereurs persécuteurs de l'Eglise : Septemcapitaseptemregessunt. On peut conjecturer de ce qu'écrit Denis d'Alexandrie dans une lettre à Hermammon, rapportée par Eusèbe au sujet de Valérien , quatrième tète de la bête, ou quatrième persécuteur, ce qu'rt faut penser des autres : car ce grand saint nous assure que l'Apôtre , dans son Apocalypse, avait en vue cet empereur impie, lorsqu'il a parlé des blasphèmes qu'un ennemi de Jésus-Christ devait proférer contre Dieu et contre son Eglise : Joanni quoque similiter revelutum est in Apocalypsi de Valeriano ; ait enim : Etdatumesteiosloquens, et impia, et data est illi potestas facere menses quadraginta duos. Or, ce qu'il dit de ce blasphémateur, qui paraissait de son temps, s'est bien pu dire encore à plus forte raison des trois autres têtes ou empereurs idolâtres qui, dans la suite, ont persécuté le peuple de Dieu et blasphémécontre sun tabernacle.
Et cette bête avait dix cornes , et sur ces cornes dix diadèmes.
C'est le quatrième caractère de l'empire romain, qui, s'étant d'abord fortifié du secours de dix rois barbares qui combattirent contre l'Agneau, c'est-à-dire qui persécutèrent les fidèles et ravagèrent l'Eglise, fut enfin misérablement démembré par eux, et eux ensuite vaincus par Jésus-Chsist, dont ils devinrent les adorateurs, ainsi qu'on verra au chapitre xvn, où cette énigme est expliquée : et comme les anciens Israélites allant en captivité emportaient avec eux les prophéties de la destruction de leurs tyrans et du rétablissement do Jérusalem, ainsi l'Apôtre, montrant la bête qui doit persécu-
ter les fidèles, fait voir avec elle les instruments de sa ruine, et qui serviront de sujet au triomphe de l'Eglise : le persécuteur paraît donc à la vérité, mais les verges au cou, pour ainsi dire, avec lesquelles il sera châtié. Et il faut observer que les dix cornes du dragon, qui, au chapitre précédent, signifiaient les dix persécutions de l'Eglise, et n'avaient point Je couronnes, paraissant ici dans le corps de la bête, ou de l'empire romain, c'est-à-dire dans un sujet différent, et avec des couronnes qu'elles n'avaient pas, signifient aussi des choses différentes. Saint Jean même nous fera voir que ces sept têtes représentent tout à la fois, et sept montagnes sur lesquelles Rome est située, et sept princes qui ont régné sur cette ville : Septem capita septem montes sunt , et reges septem sunt(Apoc. xvn, 9); d'où il ne faut pas s'étonner si les mêmes signes figurent des choses différentes, surtout quand ils paraissent avec des caractères nouveaux ; car, selon la remarque de saint Jérôme dans sa Lettre à Paulin, chaque parole de \ Apocalypse renferme, non un seul mystère, mais un grand nombre de mystères* : In verbis singulis Apocalypseos multipliées latent inlelligentiœ. Les dix premières cornes non couronnées du dragon ne paraissent donc plus ici, parce que les dix persécutions ont été toutes expliquées au chapitre précédent : ce sont en leur place dix autres cornes couronnées, qui signifient dix principautés ennemies de l'empire romain , lesquelles vengeront l'Eglise de ces dix persécutions ; mais les mêmes sept têtes continuent à paraître, parce que leur signification n'est pas encore remplie, l'empereur Julien qui ne va commencer qu'à naître dans ce chapitre, et qui fait la septième tête , ou le dernier tyran persécuteur de l'Eglise, devant accomplir le mystère. De plus , ces sept têtes , ou ces sept empereurs, ne paraissent plus ici avec leurs diadèmes, parce que, dans le chapitre précédent, on vient de les voir dégrader et détrôner ; il ne faut donc pas s'étonner si elles se voient ici dépouillées de cet ornement, leurs couronnes ayant été données à d'autres,comme en effet elles le furentaux dix rois barbares qui partagèrent l'empire en autant de royaumes, et qui sont figurés ici par ces dix cornes couronnées :Et super xornua, decem diademata; la seule honte de leurs blasphèmes leur étant demeurée sur le front: Et super capita nomina blasphemiœ. Voici comme parle saint Jûrôme (Hier., in Habac, m ; in Isa. lxvi) : Moris est Scriplurarum , ut semper cornua pro regnis ponant. Decem cornua decem régna demvnstrant. Rectissime pro regnis cornua ponit , hanc habente Scriptura sacra consuetudinem, ut regnum semper interpretelur in cornibus.
Au reste, il serait superflu de prouver ici, avec le même Père, que c'est une chose ordinaire dans l'Ecriture d'y voir représentés les grands efforts des conquérants, leurs forces et leurs persécutions contre l'Eglise de Dieu, par des cornes de furieux animaux qui renversent tout ce qu'ils attaquent', et
qui s'oppose à leur colère. C'est ainsi que Sédéeias, s'érigeant eu prophète pour exprimer la ruine du royaume de Syrie par les armes du roi Acliah, se lil des cornes de fer : Fecit sibi cornua ferrea, et ait : Hœc dicit Dominns : HisventiliibisSyriam.(IIl Reg.xuA 1.)
C'est encore ainsi que divers empereurs sont représentés en Daniel (yhi, 4), comme Cyrus, Darius, Alexandre, Anliochus : Et vidi arietem cornibus ventilantem , etc. C'est entin ce qu'on a vu ci-dessus dans les cornes du dragon , et qu'on va voir dans celles de la bête ; de sorte qu'il ne faut pas s'étonner si l'Agneau a paru, dès le commencement , armé de sept cornes mystérieuses pour s'opposer aux sept efforts du démon pendant les sept àgesde l'Eglise, et à ses sept tètes, figures des sept empereurs persécuteurs de son peuple, desquels il a triomphé, ayant bouleversé leur empire, en élevant les hommes de la terre au ciel , et en renversant les démons du ciel en terre, selon la pensée de Tertullien (Advers. Jud., c. 10): Hac denique virtule crucis , et hoc more [Christus) cornutus universels gentes ventilât per fidem, uuferens a terra in cœlum , et ventilabit per judicium, dejiciens de cœlo in terrain. S'il a sept yeux , symboles de la sagesse avec laquelle il gouverne son peuple , il a sept cornes , pour montrer sa force et son autorité : In septem cornibus eminentiapolestatis, qua défendit Ecclesiam : in septem oculis provident ia sepliformis , qua régit populum suum , dit un savant interprète.
Et la bête que je vis était semblable à un léopard, et elle avait les pieds d'un ours et la gueule d'un lion.
Le prophète Daniel ayant vu les empires des Babyloniens, des Perses et des Grecs, sous la figure d'un lion, d'un ours et d'un léopard, saint Jean, de ces trois animaux, n'en compose qu'un pour représenter l'empire romain, parce que lui seul les avait engloutis tous irois, ayant envahi leurs terres, s'élani revêtu de leurs superstitions, et ayant succédé à leur tyrannie et à leur impiété : Per pardum, Grœcorum; per ursum, Persarum; per leonem, liabijloniorum regnum denotatur. (Andr. Caesar., in hune, loc.)
« J'admire , » dit saint Jérôme sur cet endroit de saint Daniel, « que ce prophète ayant représenté ces trois empires sous la figure d'un lion, d'un ours et d'un léopard, n'ait représenté l'empire romain par aucune autre bêle spéciale et d'une espèce distincte et particulière, si ce n'est que pour nous donner l'idée d'un plus épouvantable monstre, il n'ait tu exprès son nom, afin que nous entendissions par l'empire romain un ramas de tout ce qu'il y a de plus terrible et de plus cruel dans les bêtes les plus féroces,surlout puisque cet empire a réuni en lui seul toutes les terres et les provinces dont les autres avaient été composés : » Satisque miror quod cum supra leœnam, et ursum, et pardum in tribus regnis posuerit (Babyloniorum, Persarum et Grœcorum) Romanum regnum nulli besliœ comparavit, nisi forte ut formidolosam faceret bestiam, vocabulum
OEUVRES COMPL. DE DE LA CnÉTARDIE
L'APOCALYPSE EXPLIQUEE. 874
tacuit, ut quidquid ferocius cogitaverimus in bestiis, hoc Romanos intelligamus, maxime dum in uno imperio Romanorum, omnia simul régna cognoscimus quœ fuerant separala.
Ce saint, en ce même lieu, confirme sa conjecture par un exemple semblable : n car vouiant chercher la raison pourquoi la bêle qui représentait l'empire des Perses avait trois rangs de dents, il dit que c'est à cause que les Perses incorporèrent à leur empire celui des Babyloniens et des Mèdes, pour n'en faire de tous trois qu'un seul : »Ergo 1res ordines in ore regni Persarum, et in dentibus ejus, tria régna debemus accipere, Babyloniorum, Medorum, atque Persarum, quœ in unum redacta sunt regnum.
lit il y a bien apparence que l'empire des Babyloniens comme le premier, le plus noble et le plus puissant de tous, ayant été représenté par un lion, celui des Perses, sortis lie divers pays sauvages, par un ouïs; celui d'Alexandre qui réunit en soi l'empire des Grecs et des Perses, le soit par un léopard, monstre né d'un tigre et d'une lionne, et composé de ces deux espèces ensemble, dont la peau tachetée figure toutes les différentes républiques et souverainetés de la Grèce, que ce prince se soumit par la bataille de Chéronée, et qu'il obligea de se ranger sous ses étendards pour en former cet empire bigarré dont la peau du léopard est le symbole : de sorte que ce que ces trois rangs de dents signifiaient en une seule bouche, l'assemblage de ces trois bêtes en une le signifie pour désigner l'empire romain : » Léo regnum Babylonium, ursa Medos Persasque signifkat apud Danielem ; pardus Alexandre impetum prœfigurat, et velocem de Occidenle usque ad Indiam perseculionem ; pardum autem vocat ob varietatem, et quia plurimis sibi subditis gentibus, contra Mcdos dimicavit et Pcrsas. Pardus propter varietatem gentium , et populorum commistionem, quos ducet Anlichristus. (S. Hier., in Jerem. v; Beda, et alii.)
En effet, toute la Macédoine et la Grèce lui furent soumises, aussi bien que tout l'Orient jusqu'à TEuphrate et au delà, qui était en un mot, ce que les Grecs, les Perses et les Babyloniens avaient possédé, et il serait aisé de le prouver, si Ja chose n'était pas assez connue.
Le roi Agrippa, au rapport de Josèphe, voulant détourner les Juifs de se révolter contre les Bomains, leur disait : « Que les JVÏacédoniens avec toute la Grèce, qui s'imaginaient voir presque encore de leurs yeux leur Philippe et leur Alexandre se promettre l'empire de l'univers, souffraient néanmoins patiemment le changement de la fortune, et adoraient ceux du côté desquels elle était
passée que cinq cents villes de l'Asie
obéissaient à un seul officier romain, et reconnaissaient les faisceaux d'un consul; et que l'Euphrate tout entier n'était pas capable de borner le vol des aigles romaines du côté de l'Orient, » etc. : Macedones cum iota Grœcia, qui adhuc pêne imaginanlnr Philip-
pum videre cum Alexandro promittentem sibi orbis imper ium, ferunt lumen rerum mutalionem, et adorant cos qd quos fortunamigra-
vit quingentœ Asiœ civitates Romano rec-
toriparenl, et fascibus consulis obsequenlur... neque sufficil Romanis ad Orientent quidem totus Euphrates , etc.
Dion C.issius parlant des victoires de Trajan, qui porta ses armes au delà de Babylone, dit que ce prince se vantait d'avoir été plus avant qu'Alexandre le Grand, etque, dans sa lettreau sénat, il avaitfaitun si long dénombrement des nations qu'il avait subjuguées, qu'à peine pouvait-on les compter : Trajanus jactabat se ultra, quam Alexander pene- Irasset, progressurum, id quod senatui per epistolam significavit : nomina prœterea victarum a se genlium senatui nuntiavit, quorum numerus tantus erat, ut vix recenseri aut numerari possent.
Paul Orose assure que cet empereur avait changé les pays situés au delà de l'Euphrate et du Tigre en provinces romaines ; qu'il s'était saisi des villes de Seleucie, de Ctésiphonte et de Babylone, et qu'il avait pénétré jusques dans les Indes par l'embouchure de la mer Rouge, sur laquelle il entretenait une flotte pour iissujettir les bords du Gange : Trajanus regiones trans Euphratem et Tigrim sitas, provincias fecit ; Seleuciam, et Ctesiphontem, et Babylonem occupavil.
Eusèbe et saint Jérôme dans leur Chronique écrivent : Que Trajan s'empara de Seleucie, de Ctésiphonte et de Babylone ; et qu'il réduisit l'Arménie , l'Assyrie et la Mésopotamie en provinces romaines :
'irajanus Seleuciam, Ctesiphontem, Babylonemque occupavit, et lenuit in mari Rubro classem, ut per eam Indiœ fines vastarenlur, Armeniam, Assyriam ,Mesopotamiam fecit provincias.
Après cela faut-il s'étonner si l'empire romain paraît comme un monstre composé des autres monstres qu'il a dévorés, et si tant de différents Etats et royaumes, dont il avait fait ses provinces, sont ici représentés par la variété de la peau d'un léopard?
Et le dragon donna à cette bête sa force et sa grande puissance.
L'empire romain fut en effet le terrible dépositaire de la fureur du démon, qui le substitua en sa place pour détruire l'Eglise, les hommes animés d'un tel hôte, étant souvent plus pernicieux que celui qui les anime; ce qui s'étant vu dans les premiers siècles de l'Eglise, ne se verra que trop encore dans les derniers. De sorte que le dragon, après avoir été vaincu sur le bord de la mer, ce qu'on vient de voir à la fin du chapitre précédent, et enchaîné par un ange dans l'abîme, ce qu'on prouvera ci-après, chapitre xx, laisse en se retirant toute sa fureur entre les mains de Julien et de J'empire idolâtre, qui la recueillit comme une hérédité, et qui fit adorer le dragun, ainsi qu'on va voir au verset k , mais sans que le dragon agît par lui-même.
Et je vis une des télés de la bête comme blessée â mort. Cette plaie n'est pas seule-
ment une blessure d'une seule tête, mais elle a donné la mort à tout le corps de la bote, comme on voit au verset 12. C'était Constantin qui venait d'exterminer l'idolâtrie en faisant mourir le dernier prince idolâtre» et en donnant fin par là à la dixième persécution, attribuée à Dioctétien, sixième tête de la bête; quoique cependant la superstition ou l'idolâtrie subsistât en bien des membres de l'empire: c'est pourquoi elle est représentée non morte, mais comme morte. Et cette plaie mortelle fut guérie. L'empereur Julien fait revivre l'idolâtrie , relève le culte des démons, et redresse leurs autels abattus. Voici comment le raconte Sozomène (lib. v, c. 3) : « L'empereur Julien étant seul maître de l'empire, fit aussitôt ouvrir en Orient (ainsi qu'il avait déjà fait en Occident) les temples des idoles; il donna ordre qu'on réparât ceux qui tombaient en ruine, qu'on rebâtît ceux qu'on avait démolis, qu'on redressât les autels des faux dieux, et il destina de grands fonds à l'entretien de leur culte : il renouvela les anciennes superstitions et les cérémonies du paganisme dans toutes les villes, voulant qu'on offrît des sacrifices aux dieux, lui-même leur immolant publiquement et solennellement des victimes : » Julianus, ubi solus imperio potitus (primum in Occidente) deinde in Orientis quoque partibus gentilium templa aperuit, et ea quidem quœ neglecta fuerant, sarciri, eversavero refici,et aras exstrui jussit, mul» laque eis vectigalia conslitui : priscos etiam rilus, et patrias urbium cœremonias ac sacrificia renovavit : ipse palam ac publiée diis immolanSfViclimas ac libamenla offerens, etc.
Socrate ajoute qu'il se transportait partout pour faire ouvrir leurs temples, et offrir des sacrifices aux simulacres, voulant être appelésouverain pontife. '( Et dès le commencement de son règne, » continue Sozomène, « on assure qu'il renonça si impudemment à la foi de Jésus-Christ, que, pour abjurer son baptême plus solennellement, et pour renoncer absolument aux sacrements de l'Eglise, il eut recours aux invocations des démons et au sang des victimes, comme s'il eût voulu expier les souillures qu'il pensait avoir contractées en se consacrant à Jésus- Christ : et de là eh avant il fit hautement profession du paganisme, tant en public qu'en particulier. »
Saint Grégoire de Nazianze, rapportant la même chose, ajoute que Julien s'efforça d'effacer par des cérémonies exécrables le baptême qu'il avait reçu, et de profaner ses mains sanctifiées par le sacrifice non sanglant, qui nous fait participer à Jésus- Christ, à sa passion et à sa divinité; il se souilla dans le sang impur de ces sortes de sacrifices, que les païens appelaient tauroboles, et auxquels ils donnaient le titre de régénération. On immolait un taureau au-dessus de celui qu'on voulait consacrer souverain pontife, et on faisait ruisseler sur lui le sang de cet animal : en elfet, Julien en prit la qualité et en fit les fonctions : lmpuro et nefario sanguine lava-
L'APOCALYPSE EXPLIQUEE
ht:
crum extergit, initiutioni nostrœ exsecrabiletn initiationem opponens, sus in cœno proroluta, manusque suas profanât, ut nimirum eas ab incruento sacri/icio , per quod nos Cliristo. ipsiusquc passionibus et divinilati communicamus, elueret, uc repurgaret.
Car, encore une fois, il faut remarquer que saint Jean, au chapitre précédent, ayant conduit les persécutions de l'Eglise jusqu'à la mort de Licinius, dernier germe de la grande persécution excitée par Dioclétien, sixième tête de la bête, exercée sous son nom par plusieurs empereurs; savoir, par Maximien-Galère, ISJaximim-Hercule, Maxt:ice, Maximin (pour n'y pas joindre Sévère, qui régna trop peu, et encore moins Constance Chlore), et enfin par Licinius, vaincu l'année 324 par Constantin, qui le lit mourir avec l'idolâtrie, et qui mit le christianisme sur le trône; et, nous ayant décrit l'état de l'Eglise sous ces six persécuteurs principaux, ou sous ces six premières têtes de la bête, desquelles il rapporte la fin tragique, quand il (donne l'explication de ce monstre au chapitre xvn, va dans celuici nous représenter la résurrection de celte bête, c'est-à-dire de l'idolâtrie, ou de l'empire romain idolâtre, en la personne et sous Je règne de Julien, septième tête de la bête, qu'il décrit d'autant plus au long qu'il est la figure de l'Antéchrist, dernier persécuteur des fidèles ; raison pour laquelle cet apôtre mêle ces deux règnes ensemble, et s'élève de la figure à la chose figurée : Julianus civitatcs singulas circumiens, templa aperire, et simulacris sacri/icare cœpit, seque ipse pontificem maximum appellavit. Elenim statim ab inilio fidem Christi adeo impudenter abnegasse fertur, ut sacriftciis et invocationibus, quas Grœci depulsorias vocant, et victimarum sanguine baptismum Chrislianorum eluerit , sacramentis Ecclesiœ renuntians, atque eo tempore haruspicina et victimis, tum privatim,tum publiée usus est* Et toute la terre surprise d'admiration, courut après la bêle.
h. Et on adora le dragon, qui avait donné la puissance à la bête.
Voilà Satan, tout enchaîné qu'il fût alors dans l'abîme, reconnu de nouveau pour le iieude l'empire, et toute la terre en admiration d'un changement si inopiné, et néanmoins si désiré ; car, comme nous apprend Socrate (lib. ni, c. 1), Julien était informé que les gentils souffraient avec la dernière p'ine qu'on eût aboli les sacrifices de leurs dieux, et ne désiraient rien plus ardemment qu'un temps favorable dont ils pussent se prévaloir, afin d'ouvrir leurs temples et de rétablir l'idolâtrie et les sacrifices : Julianus comperlum habebat gentiles graviter admodum ferre quod sacri/icare diis suis prohibèrent ur, et optare omnibus votis, ut tempus illud sibi continqeret, quo et delubra aperirenlur, et immolare simulacris liceret. Et c'est ce qui advint selon leurs vœux, par l'idolâtrie de Julien.
Et on adora la bête, en disant : Qui est semblable à la bête?
Voilà aussi Rome encore une fois adorée comme une déesse, et ses empereurs comme des dieux; suivant l'ancienne coutume, dont Pline fait mention , écrivant à Trajan : «Tous,» lui mandait-il, «ont adoré votre image, et les simulacres des dieux, et renoncé à Jésus-Christ : » Omnes et imaginent tuam deorumque simulacra venerati sunl, et Christo muledixerunt. On ne voit autre chose dans les auteurs profanes, où Rome est appelée la déesse de la terre et des nations : Terrarum dea gentiumque Roma. Et rien n'était plus fréquent dans les provinces que des temples dédiés à Auguste et à Rome : Rotnœ et Augusto. Aussi nous apprenons de Socrate que les gentils voyant leurs temples ouverts par l'ordre de Julien , célébraient leurs fêtes par toutes sortes de réjouissances, disant sans doute de cœur aussi bien que de bouche, ce que nous lisons ici avait été prédit : Qui est semblable à la bête? Mandavit ut gentiliurn templa confestim aperirentur. ltaque pagani festos dies numinum suorum gentili ritxt celebrabant, etc.
Et qui pourra combattre contre elle? c'està-dire qui pourra résister à un empire si miraculeusement protégé des dieux, et qui, malgré le christianisme dominant, vient de se relever, lorsqu'on le croyait tout à fait éteint? Car Licinius mourut l'an 324, et Julien commença seul à régner, l'an 361.
5. Et il lui fut donné une bouche qui tenait des discours pleins d'orgueil et de blasphèmes. En effet, jamais bourbe n'a vomi de si exécrables blasphèmes que Julien l'apostat, ni n'a porté l'orgueil et l'impiété plus loin que lui, et cela jusqu'au dernier soupir, puisque nous apprenons de plusieurs historiens (Philostor. lib. vu,) qu'il maudit en mourant et les faux dieux qu'il avait adorés, et Jésus-Christ son véritable Dieu, qu'il avait renoncé ; et que, par une fureur sans exemple, il prit son sang dans sa main et le leur jeta, disant qu'ils s'en soûlassent : Julianum sanguinem ad solem jactasse, propriisque diis suis maledixisse. Historicorum plerique scribunt, jactasse eum ad Dominum nostrum Jesum Christum, verum Deum, etc. Epouvantable figure de l'esprit qui possédera le dernier Antéchrist dont Julien fut le crayon.
Et la bête reçut la puissance d'agir pendant quarante-deux mois, c'est-à-dire que sa tyrannie sera de courte durée, et que peu de mois en verront la fin.
En effet, Julien mourut dans son quatrième consulat, quarto consulatu suo, dit Socrate; or cette dignité se prenait le premier de janvier, ainsi qu'on verra ci-après dans la vie de Dioclétien ; et Julien fut tué le 24 de juin, ce qui fait trois ans et demi juste : quoique, après tout, le commencement de son règne se puisse compter par d'autres dates, mais qui ne s'écartent guère de celle-ci. En sorte que sa soudaine punition fit dire aux païens, ou sérieusement ou plaisamment, que le Dieu des Chrétiens n'était pas si patient que ses adorateurs le publiaient. C est un trait d'histoire pris de
saint Jérôme, qui nous fait voir, et la résurrection de l'idolâtrie sous Julien, et le prorapt châtiment que Jésus-Christ en fit. « Lorsque j'étais encore jeune, » dit ce grand saint [inllabac. m), «et que je m'exerçais en l'étude de la grammaire, toutes les villes se trouvèrent souillées du sang des victimes que Julien avait ordonné qu'on immolât aux faux dieux ; mais comme la persécution était encore dans sa première fureur, le bruit de la mort de ce tyran se répandit tout d'un coup, ce qui fit dire fort spirituellement à un païen : Gomment est-ce que les Chrétiens veulent faire accroire que leur Dieu est si patient, et qu'il supporte les crimes avec tant de longanimité ? Rien n'est plus vif ni plus prompt que sa colère, à peine a-t-il pu arrêter un moment les effets de son indignation : » Dum adhuc essem puer, et in grammaticœ ludo exercer er, omnesque urbes victimarum sanguine polluerentur, ac subito in ipso persecutionis ardore, Juliani nuntiatus essetinteritus, déganter unus de elhnicis: Quomodo, inquit, Christian), dicunt Deum suum esse patientent et àl-.lim/.o-j? Nihil iracundius, nihil hoc furore prœsentius : ne modico quidem spatio indignalionem suam differre potuit. Hoc Me ludens dixerit.
Au reste, il est vrai que sa persécution ne dura qu'environ quarante-deux mois ; car encore que Julien n'ait régné seul que vingt mois environ, néanmoins plus d*un an auparavant, il avait fait ouvrir en Occident les temples des dieux, il s'était révolté contre l'empereur Constance, il avait usurpé le nom et l'autorité d'Auguste, et donné commencement à la persécution contre l'Eglise, et à son impiété contre Jésus-Christ.
6. Et la bête ouvrit sa bouche pour proférer des blasphèmes contre Dieu, pour blasphémer son nom et son tabernacle, et ceux qui habitent dans le ciel.
11 n'y eut blasphème que Julien, animé par la fureur de celte bête ressuscilée, ne proférât contre Dieu, contre Jésus-Christ, contre son tabernacle, c'est-à-dire contre l'Eglise du ciel et de la terre, et contre les saints qui l'habitent, en particulier, contre saint Pierre, contre saint Paul, contre saint Jean, contre les martyrs qu'il appelait de misérables punis par les lois et ;idorés par des insensés. A ces discours impies cet apostat joignit des écrits encore plus détestables, ayant composé jusqu'à la mort de> livres artificieux et méchants contre la religion chrétienne : Julianus mortuus est in Perside, quarto consulutu suo, die sexto Kalendas Julii : tertius hic erat annus imperii illius, septimus vero ex quo Cœsar a Constantio fuerat nuncupatus; vitœ vero primus ac tricesimus. (Socrat., lib. m, c. 21.)
« L'empereur Julien, » dil saint Jérôme, dans son Epître à Magnus, orateur romain, « durant son expédition contre les Parthes, composa sept livres damnables contre Jésus- Christ, et, selon le dire des poêles, il se blessa lui-même avec son épée, quoique après tout il sentît bientôt dans le combat notre Jésus de Nazareth, qu'il avait coutume
d'appeler par moquerie le Galiléen, recevant pour récompense de tant de blasphèmes impudents que sa langue très-infecte avait vomis, un coup de dard qui lui transperça les côles : » Julianus AugusCus septem libros In expeditione Parthica adversus Christum evomuit, et juxta fabulas poetarum, suo se ense laceravit, quanquam Nazarenumnostrum, et, ut ipse solebat dicere, Galilœum, statim in prœlio senserit, et mercedem linguœ pulidissimœ conto ilia perfossus acceperit.
7. Et il lui fut aussi donné de faire la guerre aux saints par sa langue, ses écrits, ses lois, ses cruautés ; et de les vaincre, opprimant les uns par son autorité, entraînant les autres dans son apostasie par ses sacrifices, et renversant ainsi les étoiles du ciel, et les foulant aux pieds : Et dejecit de stellis, et conculcavit eas. Ce que Daniel ( vin, 10) avait prédit d'Anlhiocus, autre figure, et de l'Antéchrist, et de Satan, qui de sa queue, c'esià-dire lors de la dernière tentation à la fin du monde, précipitera plusieurs fidèles dans sa ruine.
Et il lui fut donné puissance sur toute tribu, sur tout peuple, sur toute langue et sur toute nation : Il réunit en lui seul tout l'empire romain composé d'un nombre infini de nations, qui furent toutes universellement soumises à sa puissance.
8. Et tous les habitants de la terre, de qui les noms ne sont pas écrits au Livre de l'Agneau qui a été immolé dès l'origine du monde, l'adorèrent : Tous les hommes, à l'exception des fidèles chrétiens, regardèrent ce persécuteur et ce successeur des persécuteurs du peuple de Dieu, qui dès le commencement du monde ont persécuté Jésus-Christ en la personne des justes, comme le re>taurateur de la religion ancienie, firent hommage à sa grandeur, le reconnurent comme le fils du soleil, et l'adorèrent aussi bien que la bête, ou Rome et son empire, à qui l'on venait de rendre la divinité : Julianum novum Deuin nobis effingunt. (S. Greg. Naz., pag. 92.)
9. Si quelqu'un a des oreilles, qu'il entende. Voici une nouvelle énigme qui demande une nouvelle attention.
10. Celui qui mènera en captivité, ira en captivité : celui qui tuera de l'épée, il faut qu'il soit tué de l'épée : cela veut dire que les fidèles ne se découragent point : Julien et les idolâtres qui vont les exiler et les martyriser, sont eux-mêmes à la veille d'être traînés en captivité, et massacrés par le glaive des Barbares ; qu'ils soutirent donc et qu'ils apprennent que cet apostat aura pouvoir d'exercer l'Eglise par toutes sortes d'épreuves, sans qu'on doive lui opposer que la foi et la patience : la foi pour résister à ses arguments captieux et à ses dérisions sacrilèges ; et la patience pour supporter ses persécutions; car ce qui était sous Constantin une guerre juste, deviendrait sous Julien une révolte criminelle.
11. Etjevis une autrebétequi montait de la terre, et qui avait deux cornes semblables à celles de l'Agneau, et qui parlait comme le dragon.
Voici un second monstre terrestre qui
L'APOCALYPSE EXPLIQUEE
vient au secours du premier, et qui porte le caractère de l'esprit de séduction : c'est Maxime, grand philosophe cynique, et encore plus grand magicien, qui joignant ensemhle la sagesse des philosophes et la magie des démons, comme les deux plus spécieuses cornes de l'idolâtrie, va tacher de contrefaire les deux principales vertus dont l'Agneau de Dieu s'est servi pour renverser l'empire de Satan, et convertir les hommes; savoir, la sainteté de vie, et l'opération des miracles : mais cette sagesse philosophique de Maxime ne descendait pas d'en haut, elle était toute terrestre, animale, diaholique, et telle que la dépeint l'apôtre saint Jacques (cap. m, 15) en ces mots : Non enim ista sapientia desursum descendens, sed terrena, animalis, diabolica. En effet, saint Jean vil ce second monstre sortir de la terre, ascendentem déterra.
Saint Chrysoslome (Contr. génies, cire.
med.), et les auteurs de ce temps-là écrivent qua quand Julien eut ordonné qu'on ouvrît les temples des idoles, qu'on relevât leurs autels, et qu'on rendît aux démons leur ancien culte, aussitôt on vit accourir auprès de lui de tous les endroits du monde tout ce qui se trouva d'enchanteurs, de devins, de sorciers, de magiciens, d'empoisonneurs et d'imposteurs, et surtout Maxime leur chef, auquel, incontinent après la mort de Constance, il écrivit de le venir joindre, pour l'entretenir et le fortifier dans les sentiments d'impiété que ce philosophe idolâtre lui avait inspirés dès sa jeunesse : Diiulgato per universum orbem mandato, ut idolaram tempta restaurarentur, arœ excitarentur , pristini dœmonibus honores redderentur, conti- ■nuo ex mandato incantatores , augures, aruspices, menagijrtœ, denique omnifariœ im~ posturœ artifices, ex universo orbe confluxerunt, quolquot venefici et malefici, etc. Et Libanius, l'associé de Maxime dans la conlidence de Julien, assure sans façon que ce malheureux prince élait l'élèvedes démons, le disciple des démons, l'assesseur des dénions : 0 dœmonum alumne, dœmonum discipule, dœmonum assessor. (Socrat., lib. m, c. 23.)
L'histoire de Julien donne de continuelles marques du caractère d'hypocrisie dont Maxime colorait toute la conduite de cet empereur, s'efforçant en toutes choses de contrefaire la douceur de l'Agneau de Dieu, de séduire le monde sous cette apparence trompeuse, et de le rendre complice de l'iuolâlrie de Julien. Qu'on lise surtout Sozomène (liv. v, chap. 10), et saint Grégoire de Nazianze (dise. 3, p. 102), et on verra (pie cet apostat jaloux de la discipline qu'il voyait dans l'Eglise, voulait en introduire une semblable dans le paganisme, et qu'en tout et partout il s'efforçait d'en êlrele singe, el de se prévaloir de cet esprit de séduction (pie Maxime par sa philosophie et sa magie travaillait à répandre dans les esprits. Voici les paroles de saint Grégoire de Nazianze : Scholas quidem in omnibus civitatibus, et sairoria, subselliaque partim alliora, partim
humiliora exslruere parabat , profanorum etiam dogmatum lectiones et explicationes instituere, tamquœ mores componerent,quam quœ in abslrusiorum rerum tractalione versarenlur : tum precationum alternatim canendarum formant, ac supplicii in eos qui peccarent, pro delicti modo conslituendi : initiationum item et perfeclionis, atquc omnia quœ nostrœ haud dubie disciplinœ sunt : diversoria etiam et hospitales domos œdi/îeare; monasteria item, virginum cœnobia instituebat, simulque humanitatem et benignitatem erga pauperes adjungere, cum in aliis rébus, tum in commendatitiis epistolis sitam, quibus eos qui inopia premuntur, ex gente ad gentem transmit timus : quœ videlicet Me in nostris rébus prœsertim admiratus fuerat Sed
hœc quœnam simiarum imitationes sint. Cependant il faut avouer que loute cette conduite affectée de Julien, tantôt doux et tantôt cruel, et ces deux cornes apparentes d'agneau de Maxime philosophe et magicien, ne sont qu'un léger crayon de cet esprit d'artifice et de violence, dont l'Antéchrist et son faux prophète seront remplis à la fin du monde, et les deux puissantes cornes qu'ils emploieront pour ravager l'héritage de Jésus-Christ.
Que si l'on veut approfondir encore plus avant dans ce mystèro d'iniquité, on trouvera sous cette bête, qui porte deux cornes semblables à celles de l'Agneau, le vrai caractère de la persécution de Julien qui, avec la philosophie et la magie, comme avec deux espèces de cornes toutes différentes des dix premières dont le démon s'était armé, entreprit plutôt de séduire que d'exterminer les fidèles; de sorte que Satan déposant sa première fureur de dragon et ses dix épouvantables cornes, dont il prétendait renverser l'Eglise, par un stratagème nouveau, se transfigure en ange de lumière, et de loup infernal se fait un agneau : « Julien, » dit Socrate (lib. m, cap. 17), « parut au monde comme le prince le plus doux et le plus débonnaire qu'on eût encore vu : il rappela les Catholiques de leur exil ; il laissa en paix les hérétiques; il accorda aux Juifs la permission de rebâtir leur temple; il exhorta les païens à redresser les autels de leurs dieux, et il les exhorta tous à vivre en paix ensemble :» Imperator Julianus initio imperii cunctis lents ac placidus visus est ; l'idolâtrie, en la personne de Maxime, vint au-devant de lui, armée de la philosophie et de la magie, comme pour faire son éloge et son panégyrique, et porta tout le monde à se soumettre à son empire. « Elle publia qu'il était le plus bénin de tous les hommes; qu'il ne se conduisait que par la sagesse et par la bonté; qu'il était incapable de colère et d'emportement, » dit Théodoret (lib. m, c. 15,17) : » Eum gentiles mansuelisstmum et
ab iracundia alienissimum prœdicabanl
milissimus et sapientissimus a sui similibus appellubatur ; enfin un vrai agneau, mais en apparence; ces deux cornes, c'est-à-dire la philosophie profane et la magie la plus noire, en quoi il mettait sa force, étant plus
à craindre que les violences les plus outrées des autres.
En effet, ce fut cette double et pernicieuse inclination qui précipita ce malheureux prince dans l'abîme dé l'apostasie : il était fils de Jules Constance, frère du père de l'empereur Constantin, et de Basiline, d'une race illustre mais païenne, parente d'Éusèbe de Nicomédie et fautrice de l'arianisme, et par conséquent cousin germain de l'empereur Constantin. Issu de parents très-chrétiens et d'une famille entièrement dévouée à la religion de Jésus-Christ, qui prirent soin de lui procurer le baptême dès son enfance, selon la coutume de l'Eglise, dit Sozomène, il suça le lait de la doctrine et de ]a piété chrétienne dès sa tendre jeunesse; il l'avait conservée et accrue avec l'âge. Elevé à la royale dans une maison de plaisance nommée Maeello, près de Césarée, en Cappadoce ; formé à tous les exercices convenables à un prince ; instruit sous d'excellents maîtres et des évêques célèbres dans les sciences divines et humaines, il se consacra à Dieu dans l'état ecclésiastique et fut ordonné lecteur. Il lui publiquement aux assemblées des fidèles les Livres sacrés; il cultiva l'amitié des hommes savants et pieux ; il révéra les reliques des martyrs, visitant leurs tombeaux et leur bâtissant des temples (quoique, par un fâcheux pronostic, ils tombassent en ruine). Revenu à Constantinople, et flatté par le peuple d'être un jour empereur, il craignit la jalousie de Constance et se retira à Nicomédie vers l'an 351, où malheureusement Maxime, grand philosophe et encore plus grand magicien, s'empara de son esprit et lui inspira, avec la haine du christianisme et l'ambition de monter sur Je trône, la damnable curiosité de son art, que Julien chercha à satisfaire dans les voyages qu'il fit en Asie et ailleurs, par le commerce qu'il lia avec les plus fameux enchanteurs idolâtres et par l'abjuration secrète qu'il fit du christianisme à l'âge de vingt ans, lui-même avouant dans ses écrits avoir été vingt ans Chrétien. Il adorait le démon en secret pendant la nuit, et Jésus- Christ publiquement dans nos églises; la crainte de Constance l'obligea de se faire raser les cheveux et d'embrasser en apparence l'état monastique; il vint à Athènes, où il connut saint Grégoire de Nazianze et saint Basile; il fut ensuite créé César par Constance, qui lui donna sa sœur Hélène ou Conslantia en mariage et l'envoya faire la guerre aux Barbares dans les Gaules; et ce fut là que ce malheureux prince leva le masque de son hypocrisie, et qu'après avoir souvent vaincu les ennemis vers le Bhin, il renonça hautement à Jésus-Christ. C'est ce que nous disent constamment tous les auteurs ecclésiastiques, et particulièrement saint Jérôme (Ad Heliod.), Socrate (lib. vm, cap. 1), et Sozomène(lib. v, cap. 17),donton a extrait tidèlement tout ce récit et dont il serait inutile de rapporter les paroles, puisque personne ne le révoque en doute : Julianus proditor animœ suœ, et Christianiju-
gulator exercitus, Christum sensit in Media, quem primum in Gallia denegarat. In Galliis Christianœ religionis simulalionem prorsus abjecit.
Et cette bête parlait 'comme le dragon. Mais le démon, sous cette peau d'agneau, c'est-à-dire sous cette spécieuse apparence de raison et de gravité philosophique qu'affectaient Julien et son Maxime, tenait dans le fond le même langage qu'il avait tenu sous l'extérieur terrible de dragon : le dragon avait parlé par les cruels édits des tyrans; la magie parla par les arguments des philosophes, qui revenaient au même, puisque la conclusion de l'un et de l'autre n'était que l'établissement du paganisme et l'abolissement entier du christianisme : « Où sont ces prédictions de vos devins, ces menaces et cette résolution d'abolir jusqu'au nom de la religion chrétienne ? » disait saint Grégoire de Nazianze, après la mort de Julien, dans son discours troisième : Ubi contra Christianos vaticinia, ac minœ, et ad nomen usque abolitio nostra? — « Où sont, ô insensé Maxime, vos fausses prophéties ?» s'écriaient aussi les habitants d'Anlioche : Ubi tua, o Maxime , o stolide , vaticinia? Maxime avait conduit en Perse Julien ; il lui avait prédit qu'il le ramènerait victorieux, et il le ramena mort, son armée défaite et ses provinces perdues. Il se promettait la destruction du christianisme après son retour, et voilà le paganisme détruit sans ressource. Le dragon, avec ses sept têtes et ses dix cornes, avait-il parlé autrement, même dans la chaleur de la plus grande des persécutions? Non, sans doute, comme on va voir incontinent.
«11 est vrai,» dit Sozomène (ibid.), « qu'il ménagea d'abord les apparences : car encore qu'il iie voulût laisser aucune pierre à remuer pour détruire entièrement la religion chrétienne, il eut honte d'en venir d'abord à la force ouverte, de peur de passer pour un tyran déclaré; mais il ne rabattit rien de l'ardeur qu'il avait pour cette entreprise, et il appliquait tout son esprit à trouver des inventions pour attirer à l'idôlatrie et aux superstitions des anciens les sujets de l'empire, n'omettant rien pour cela qui pût dépendre de lui ni de l'autorité de ses magistrats : vEtenim cum ofnnia moliretur ad everlendam religionem Christianam , palam vim inferre erubescebat, ne tyrannus esse videreturt nec tamen de studio suo quidquam remisit, sed omnia excogilavil,quibus ad gentilium religionem partim per se, partim per prœsi' des alliceret.
Telle est l'idée que cet auteur nous donne de cet agneau en apparence et de ce dragon en effet. Le voici ce langage de cet agneau travesti, parfaitement conforme à celui des premiers tyrans persécuteurs ou des six autres têtes du dragon; il fit des lois par lesquelles il privait les Chrétiens de la faculté d'apprendre ou d'enseigner les arts libéraux ; il les exclut du nombre des officiers du prince et du pouvoir d'administrer les provinces; il extorqua d'eux de grandes
sommes d'argent; il leur ôta le droit de bourgeoisie; il les chassa des assemblées de ville et des charges du barreau ; il les dépouilla de toutes dignités et magistratures; il les jugea indignes de tout emploi honorable, de tout rang et de toute préséance; il condamna à la torture ceux de Césarée pour leur faire découvrir les biens et les possessions des églises et les leur faire rapporter, et il voulut que sur-le-champ on en mît trois cents livres d'or dans ses trésors et qu'on enrôlât les ecclésiastiques dans la plus vile milice de la province. Il menaça de mort les Galiléens, nommant ainsi par dérision les Chrétiens, s'ils ne rebâtissaient les temples des faux dieux : Legem lulit ne Christiani kumanioribus disciplinis instituerentur, ut gentilium dialecticis respondere non possenl, ne in palatio militarent, ne regendas provincias acciperenl, etc.
Enfin, on n'aurait jamais fait, si l'on voulait rapporter toutes les lois impies de ce dragon qui contrefaisait vainement l'agneau, mais qui éclata bientôt après, et qui reprit sa férocité naturelle : Diu animi perversitatem premere ac dissimulare non potuit , verum adversus Ecclesiam nuda et aperta pcrsecutione grassari cœpit. C'est saint Grégoire de Nazianze, qui parle ainsi dans son premier Discours contre Julien.
12. El cette bête qui avait deux cornes semblables à celles de i Agneau exerça toute la puissance de la première bêle en sa présence, et elle fit que la terre et ses habitants adorèrent la première bête, dont la plaie mortelle avait été guérie.
Maxime, armé de la philosophie et de la magie, entreprit de persuader au monde l'adoration de l'empire romain idolâtre que Constantin avait éteint , et auquel on peut dire que Julien venait de redonner la vie avec l'éclat qu'il avait eu sous ses anciens empereurs païens, qui se faisaient eux-mêmes adorer comme des dieux, et à qui, aussi bien qu'à Rome, on sacrifiait comme à des divinités, ainsi qu'on a remarqué sous ïrajan : « Ce fut Dioclétien, » disent les auteurs de ce temps-là , « qui ordonna le premier qu'on rendrait les honneurs divins aux empereurs, et qui se fit lui-même adorer comme un Dieu, » au rapport de saint Jérôme dans sa Chronique : Diocletianus Romanorum principum victoriosissimus , divinos honores imperatoribus Augustis hab endos prœcepit. Primus Diocletianus adorari se ut Deum jussit.
Voici en effet ce que nous lisons dans Eusèbe (De martyr. Palœstin., c. 1) : « Protope, étant pressé de sacrifier aux empereurs, déclara qu'il ne le ferait pas, et ce refus entendu, on lui coupa . la tête :» Cwn vero Procopius quatuor imperatoribus sacrificure juberetur, et recusaret, hoc verbo ejus audito, capite amputât o, ingressum vitœ cœlestis invenit. Ces quatre empereurs, à qui on voulait contraindre les Chrétiens de sacrifier, étaient Dioclétien , Maximien-Hcrcule, Maximien-Galère et Constance-Chlore. Julien ne prétendit rien moins, ainsi qu'on
va voir, et par conséquent il est vrai, en tout sens, que Maxime porta les habitants de la terre à adorer celte première bête qui venait de ressusciter en la personne d'une de ses tôles, c'est-à-dire l'empire romain idolâtre en Julien qui en était le chef, et qui lui avait redonné la vie.
Nous trouvons encore, dans les Actes des saints martyrs Marin et Marcel, -< qu'ils souffrirent la mort, parce qu'ils refusaient de sacrifier à l'empereur, co quod imperatori sacrificare renucrint. » On disait à saint Pionius dans la torture : « Sacrifiez à l'empereur : » Imperatori sacrifica; et il répondait : <t Je ne sacrifierai point à un homme : » Homini non sacri/îcabo. On observe que.
l'empereur Commode ordonna « qu'on eût à lui sacrifier comme à un dieu, et qu'ensuite la chose passa en coutume. » Libanius, dont on vient de parler, regardait Julien comme un dieu, et il écrit lui-même « que celui qui porta la première nouvelle de sa mort pensa être lapidé comme un blasphémateur, qu'on disait qu'un dieu était mort : » Eum qui primus mortem ejus nunliaveral, propemodum lapidibus obruerunt , quasi de deo mcnlitus fuisset. ( Lamprid. ; Socrat., lib m, c. 23.)
Quelques villes mirent les images de ce misérable prince avec celles de leurs dieux, lui rendirent les mêmes honneurs, et l'invoquèrent comme tout-puissant : nous avons vu ci-dessus par saint Grégoire de Nazianze (orat. 11, 12), que Julien était reconnu pour un dieu dans l'esprit de plusieurs : Julianum novum deum nobis efpngunt. Tel fut le succès du témoignage que Maxime rendit à la divinité prétendue de Julien, et de l'empire idolâtre ressuscité par cet empereur, et ces paroles de V Apocalypse s'accomplirent : Et fecit terram, et habitantes in ea, adorare bestiam primam, cujus curata est plaga mortis , et ut faciant imaginem besliœ.
13. Et et le fit de grands prodiges, jusque faire descendre le feu du ciel sur la terre, en présence des hommes.
Aux arguments captieux de la philosophie Maxime joignit des prestiges trompeurs de ses magiciens, des feux merveilleux allumèrent les flambeaux sur les autels des faux dieux, par les enchantements de Maxime, le grand oracle de Julien, pour ne pas rapporter ici les autres feux dont parlent Sozomène (lib. n, c. 5) et Zosime (lib. i), qui paraissaient sur le temple deVénns, et semblables illusions, dont les histoires de ces temps-là sont pleines.
li. Et elle séduisit les habitants de la terre par les prodiges quelle reçut pouvoir de faire en présence de la bête.
Julien, séduit par les enchantements de Maxime, fut entraîné dans l'idolâtrie, et y entraîna ensuite les autres: car voici, entre plusieurs choses semblables , ce qui lui arriva, et qui fut cause de sa séduction et de sud apostasie, au rapport de Sozomène (lib. m, c. 3) et de Théodoret : « 11 trouva un magicien (c'était Maxime), qui lui promit de lui prédire ce qu'il souhntait, et l'ayant
mené dans un temple , et jusqu'au lieu le plus secret, il invoqua les dénions : quand ils parurent sous d'épouvantables figures, comme ils ont accoutumé défaire, Julien eut peur, et fit le signe de -la croix sur son front: les démons s'étant enfuis à ce signe salutaire, par lequel Jésus-Christ les a vaincus, le devin, qui en savait bien la véritable cause, » reprit Julien d'avoir ainsi troublé la cérémonie : Julien avoua qu'il avait eu peur, et qu'il admirait la puissance de la croix, dont la seule figure avait mis les démons en fuite : « Ne vous imaginez pas, » lui dit l'imposteur, « que ces esprits appréhendent la croix, ni que ce soit la ligure de ce signe qui les ait chassés d'ici : c'est qu'ils ont détesté votre action, et ils se sont retirés pour témoigner l'horreur qu'ils en avaient : » le devin, l'ayant trompé de la sorte, l'initia à ces exécrables mystères, et le remplit d'impiété. Voilà l'excès déplorable où l'ambition de régner porta ce malheureux prince.
Cujus rei causa, Greeciam circumiens vates quœrebat et ariolos, scire cupiens num quandoqae compos fieret votorum suorum ; tanilemque incidil in hominem quemdam, qui se prœdicturum pollicebatur. Sozomène ( lib. v, c. 2) rapporte encore un autre exemple de sa séduction, lorsqu'il fut parvenu à l'empire, et dont voici le récit : « On assure,» dit cet auteur, « qu'il renonça à la foi de 'ésus-Christ avec une si horrible impudence, qu'il eut recours à des sacrifices et à des expiations pour effacer son baptême, et que, depuis ce temps-là, il s'adonna, tant en particulier qu'en public , aux augures , au < ulte des idoles et à toutes les superstitions païennes. Or un jour, comme il consultait les entrailles des victimes, il parut h ses yeux une croix entourée d'une couronne, ce qui remplit de frayeur tous les assistants, parce qu'ils jugèrent que la couronne, qui est le symbole de la victoire et le cercle que la couronne faisait autour de la (nix, roulant toujours sur soi-même, et n'ayant ni commencement ni fin, signifiaient que la religion chrétienne durerait élernellementj et réduirait ses ennemis sous sa puissance. Néanmoins celui qui présidait à cette cérémonie impie (c'était Maxime) ,tâcha de dissiper la crainte de Julien, en l'assurant que les entrailles des victimes ne présageaient rien de fâcheux; qu'au contraire elles mettaient des bornes fort étroites à ia secte des Chrétiens, et l'enfermaient dans un petit espace , hors duquel il lui serait impossible de s'étendre. »
C'est de cette sorte que ce prince, trompé par de semblables prestiges que Maxime faisait en sa présence et devant lui , selon les paroles de notre texte : Propter signa quœ data sunt illi facere in conspectu bestiœ, se confirma dans le culte des démons, et séduisit le monde, et seduxit habitantes in terra, comme l'écrivent les auteurs de ce temps-là, desquels on ne fait qu'extraire ce qui sert à l'interprétation des versets de ce chapitre, laissant le reste qu'on peut lire chez eus.
OEUVRES COMPLETES DE DE LA CilETAKDîE.'
Mais remarquez ce mot de séduire; car il donne le vrai caractère de Julien, seduxit : en effet, ce ne fut pas un lyran persécuteur, comme les six autres empereurs idolâtres , ce fut un séducteur, un loup caché sous la peau d'un agneau : « Considérant que les persécutions précédentes n'avaient fait qu'accroître la gloire de l'Eglise : de là vient, » dit Sozomène (lib. v, c. k), « que ce ne fut par aucune pitié pour les Chrétiens, qu'il les traita d'abord avec moins de rigueur que les premiers tyrans , mais c'est qu'il avait reconnu que les païens n'avaient lire aucun avantage de leur cruauté, au lieu que les Chrétiens avaient été honorés par la générosité de ceux d'entre eux qui n'avaient point appréhendé de mourir pour la défense de leur foi : ce ne fut donc par aucun désir de les épargner, mais parla seule jalousie qu'il avait de leur gloire, qu'il n'employa contre eux ni le fer, ni le feu, ni n'ordonna, comme avaient fait d'autres princes, de les enterrer tout vivants, ou de les jeter dans la mer, pour les contraindre de changer de sentiments, et qu'il usa plutôt de douceur et de persuasion pour les gagner et les corrompre jugeant que c'était un moyen fort
propre à augmenter et à multiplier le paganisme, que de faire paraître envers les Chrétiens une grande douceur et une grande patience : » Idcirco invidens gloriœ Christianorum , non autem illis parcens , nequaquam necessarium esse existimavit ad eos de sententia deducendos, igné ac ferro , et corporum cruciatibus uti, nec in mare demergere, aut vkws humi defadere , quod a superioribus f'uerat factitatum; sed , etc. C'est ce que nous dit cet auteur, ainsi que Socrate (lib. ni, c. 13), par où se découvre l'esprit de séduction, dont Julien était plein, comme il est ici prédit de lui.
Ordonnant aux habitants de la terre de faire l'image delà bête, qui avait reçu un coup mortel par le glaive, et qui vivait.
Celte prophétie s'accomplit à la lettre, lorsque ce prince idolâtre, à la persuasion des païens dont Maxime était le chef, ôta le fameux labarum, ou la figure de la croix que Constantin avait voulu être la principale enseigne des armées romaines, et ordonna qu'on mît en sa place l'image des faux dieux, de Jupiter, de Mars et de Mercure, desquels il avait relevé le culte : Voici comme Sozomène (lbid., c. 17) raconte la chose :« Julien espérait par la douceur et par l'artifice, porteries Chrétiens à renoncer leur religion. Car, bien qu'il souhaitât sur toutes choses de détruire le christianisme, il ne voulait pas en venir à la contrainte, de peur d'être accusé d'une violence tyrannique: il remua pourtant toutes sortes de machines pour attirer à la superstition du paganisme tous ses sujets, et particulièrement les gens de guerre qu'il tâcha de gagner, tant par lui-même que par leurs officiers, et pour les accoutumer en tontes choses au culte des dieux, il rendit l'ancienne forme à l'étendard militaire, auquel nous avons vu que Constantin, par le coiih
mandement de Dieu, avail donné la figuie de la croix. Il fit peindre à côté de son portrait, dans les images publiques, un Jupiter qui sortait d'un nuage, et qui lui présentait la couronne, on la robe de pourpre: un Marsi et un Mercure, qui avaient les yeux arrêtés sur lui, et qui semblaient témoigner, par leurs regards, l'estime qu'ils faisaient de son éloquence et de sa suffisance en l'art de la guerre : » Julianus ut subditos mollis omnibus gentilium superstitioni assuefaceret, in pristinam formant commutavit signum illud nobilissiinum exercituum [Romanorum, quod Constanlius, Deo jubente, ut superius retulimus, in crue is formant converterat : in publias autem imaginibus curavil ut juxta se ping ère tur Jupiter, relut e ctelo apparens, et coronam ac purpuram, imperii insignia, ipsi prœbens, aut Mars, aut Mercurius oculos in ipsum conjicientes, ac veluli oculorum nutu testificante.i eunt disertum esse, elrei militaris peritum.
N'est-ce pas là véritablement ordonner aux habitants de la teirede faire l'image du paganisme qui avait été tué par Constantin, et à qui Julhn avait rendu la vie? N'est-ce pas l'ancienne idolâtrie détruite, qui ressuscite, et son image exposée au culte des habitants de la terre? Mais la voici qui recouvre la parole ; car il est certain qu'à mesure que la christianisme s'établissait, les faux oracles ces:>aient. Les saints Pères des premiers temps, et les historiens ecclésiastiques nous apprennent cette vérité :Eusèbe (Demonslr. evang., Preef. init.j l'assure en termes eX|irès: Exstincta sunt dœmonum oracula, nequeamplius ut olint respondent, et exstincta sunt sub advenlum Salvatoris nostri : ex quo illius in omnes gentes evangelicœ doctrinœ penetravit verbum, ex illo item oracula de fecerunt, et dœmonum mortes memoranlur.
Les païens mêmes, étonnés de ce silence, en cherchaient vainement la raison, comme nous le voyons dans Plutarque. Nous lisons dans les actes du martyre de saint Saturnin, évêque de Toulouse, que les simulacres des divinités païennes perdirent la parole, ne répondirent plus à ceux qui les consultaient, et cessèrent de rendre leurs oracles sitôt qu'il eut prêché l'Evangile en cette ville: Jiœmonum cœperunt cessare vaticinia, comv entaquefalt(icia,Cliristianorum crescentefule, decrescere... et erautmuta simulacra... et cons dentium vota cœperunt in silenlio permanere. Cuncti itaque sacrilegœ superstitionis antistiles consulcntes , tanla rei novitate permoti, inler se invitent quœrere unde in numina sua renisset inusilala lantis temporibus tacitur- ■uilas? Quisnam semper garrula ista oracula clausisset, ut nec invocantium precibus excitata, necfuso cruore taurorum, ettantishostiis delinita, aliquod consulentibus afferre responsum, aut irata, aut absentia denegarent ? Audiunla quodam religionis nostrœ inimico, no vain nescio quam surrexisse sectam, quœ Çhristiana appellatur, etc. Le grand saint Antoine, au rapport de saint Athanase, au chapitre 4-9 de la Vie de ce solitaire, assure lu même chose: Ubi sunt illn fabnlosa ora-
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eulaf ubi jEgijpliorum incantationes? quo magorum profecere carmina? certe tune vastata sunt omnia, cum de sua cruce mundo Christus intonuit. Saint Jérôme (lit*, xu, in Isa. xli) le dit aussi en termes formels: Post adventum Christi, omnia idola conlicuerunt.
Constantin le Grand assure avoir été présent lorsqu'on dit à Dioclétien qu'Apollon ne rendait plus ses oracles, et avait donné pour raison de son silence que la société des justes lui fermait la bouche :s'étant informé quels ils étaient, un prêtre idolâtre se trouvant là, assura que c'était les Chrétiens :ce qui avait si fort affligé cet empereur païen, que de tristesse il avait laissé croître sa barbe et ses cheveux, déplorant le malheur de son siècle auquel les oracles des dieux ne parlaient plus. Mais voici Julien qui leur rendit la voix : Banc ob causarn Diocletianus comam incultam dintisit : et expulsa divinandi arte, tantum inter fwmines malum lamentabatur.
(Ecseb., Yit. Constant., lib. h, c. 50.)
15. Et il lui fut donné pouvoir de donner la vie à l'image de la bête, et de faire que cette image de la bête parlât. Les statues des faux dieux parlèrent donc alors, et Julien leur donna l'esprit, le mouvement et la vie, en les relevant, les redressant et leur rendant leur premier éclat. Le démon revenu des enfers rendit ses premiers oracles comme auparavant, ainsi que plusieurs exemples pris de la vie de ce prince impie le témoignent; car il les consultait éternellement, et en recevait des réponses sur lesquelles il prenait ses plus importantes résolutions : n'est-ce pas là faire parler l'image de la bêle? Ce fut ce qui l'obligea d'envahir l'empire, et de se révolter contre Constance son souverain légitime, son [tarent et son bienfaiteur; car au rapport de Sozomène (lib. v, cap. 1;, les gentils assuraient que longtemps auparavant son départ des Gaules, les devins et les démons lui avaient prédit la mort de Constance et son changement de fortune, et l'avaient incité à prendre les armes contre son empereur.
Le même auteur donne un autre exemple qui sert d'interprétation à ce verset, et fait voir comment la bête recouvra la parole. C'est au chapitre 19, où après avoir dit que Gallus, frère de Julien, nommé César par Constance, très-zélé pour le christianisme, et qui portait un souverain honneur aux reliques des martyrs, ayant vu la folle superstition des gentils pour le temple d'Apollon, bâti dans ce faubourg si célèbre d'Antioche, nommé Daphné, où était le laineux et superbe temple de ce faux dieu, dans lequel on adorait son simulacre merveilleusement travaillé, ouvrage dont on dit que Séleucus, le père de cet Anliochus qui donna son nom à la ville d'Antioche, fut l'auteur et le fondateur, ce pieux prince fit construire à {'opposite une magnifique église, où il mit les reliques du bienheureux martyr saint B.ibylas, évêque d'Antioche.
" « Et on dit que, depuis cette translation, le démon ne rendit plus d'oracle. Quelques-
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uns attribuèrent son silence au mépris que les hommes faisaient de son pouvoir, et au peu de soin qu'ils prenaient de lui offrir des sacrifices. Mais' la suite du temps fit reconnaître qu'il ne procédait que de la présence du saint martyr. Car il fut toujours muet, quoique Julien fût le maître de l'empire, et qu'il ne manquât alors ni d'odeurs, ni de fumées, ni d'encens, ni de victimes. Ce prince étant entré dans ce temple à dessein de consulter ce faux dieu touchant certaines affaires, et. lui ayant fait des présents et des sacrifices, avec prière de résoudre ses doutes, le démon n'avoua pas franchement qu'il ne pouvait répondre à cause que la châsse du saint martyr était proche ; il dit seulement que le lieu était plein de cadavres, et que c'était la cause pourquoi il ne parlait pas : Julien jugea bien, quoi qu'il y eût quantité de corps enterrés à Daphné, que le seul saint Babylas fermait la bouche à l'oracle, et commanda qu'on transférât la châsse ailleurs: » Et ex co tempore dœmonem more solito orucula reddere desiisse : quamvis libamenla, et nidor, et hostiarum copia dvmoni abunde suppeleret, nihilominus conticuit, landemque responso dato, cauxam prioris silentii ipsemet prodit.
Et pour lors le démon recouvra la parole, et rendit là et ailleurs ses réponses accoutumées, qui furent néanmoins si fausses, que Julien en mourant se plaignit du soleil ou d'Apollon adoré à Daphné, de l'avoir abandonné pour se ranger du côté des Perses, et de l'avoir trompé par la fausseté de ses oracles. C'est ce que nous apprenons particulièrement de Théodore!, dont les paroles serviront d'un bon commentaire en ce lieu.
« L'empereur Julien voulant entreprendre l'a guerre contre les Perses, envoya consulter les oracles de Delphes , de Délos et de Dodone, et leur demander quel succès aurait son entreprise. Les oracles répondirent, qu'il devait l'entreprendre , et qu'ils lui promettaient la victoire. Je rapporterai ici les propres termes d'un de ces oracles, pour en faire voir la fausseté à tout le monde. Tous tant que nous sommes de dieux, nous voilà prêts de porter les trophées de la victoire le long du fleuve quia le nom d'une hête (c'est le Tigre), moi qui suis le fier Mars et qui préside aux armes , j'aurai soin de mener les autres Julien ajoutait encore une si aveugle croyance aux mensonges de ces oracles , qu'il menaça de mettre le simulacre de la déesse des impuretés dans les églises des Chrétiens : » Julianus missis legatis Delphos, et in Delum ac Dodonam, et ad alia oracula, interrogavit vates ulrum expeditionem suscipi oporteret ? llli vero et expeditionem eum suscipere jusserunt , et vietoriam polliciti sunt. Unum autem ex Mis oraculis huic operi intexam , ut eorum mendacium revincatur ; id est hujusmodi : universi nunc dii parati sumus vicloriœ tropœa ferre juxta ferum amnem : horum ego dux ero, violentus ac beîlipotens Mars. Et ii quidcm facundum Deum , et musarum prœsulem Apollincm Pytkium nominant.... sic ita-
que oraculorum mendaciis fidem hauens , minabatur se simulacrum impudicœ deœ in Christianorum ecclesiis collocaturum.
Mais le succès fit bien voir la vanité des menaces de cet impie et la fausseté des oracles du démon ; car voici ce que le même Theodoret ajoute au sujet de la mort de cet apostat, qu'il raconte en ces termes : « Les soldats le virent tomber, sans qu'il fût soutenu par le dieu de la guerre qui lui avait promis de lui être favorable, ni par Apollon qui lui avait imposé par ses fausses prédictions, ni par Jupiter qui ne lança point son tonnerre sur celui qui l'avait blessé, et qui avec lui renversa son orgueil insensé et ses terribles menaces. On dit que, se sentant blessé , il prit aussitôt le sang qui découlait de sa plaie, dans sa main , et qu'il le jeta au ciel, disant ces paroles :« Tu as vaincu, Galiléen ;» vomissant tout à la fois un blasphème, et confessant que Jésus-Christ avait remporté la victoire : » Milites ejus saucium cadere vident Julianum, quiadversus Creatorem suum fuerat debacchatus, neque auxiliatum ei fuisse bellipotentem Martem , sicuti promiserat : et Apollinem Loxiam falsa vaticinatum : nec fulminatorem Jovem in percussorem illiiis fulmen contorsisse. Minarum denique jactantiam prostratam atque eversam esse. Aiunt autem illum,vulnere accepto, statim haustum manu sua sanguinem in cœtum jecisse, hœc dicentem :\Vicisti , Galilœe ; et uno eodemque tempore, tum vietoriam confessum esse, tum blatphemiam vomuisse.
C'est ainsi que Julien rendit la vie à l'image de la bête, et qu'il la fit parlera son grand malheur.
Et elle fera que quiconque n'adorera pas l'image de la bête, soit tue.
C'était, comme on a remarqué ci-dessus, une des idolâtries romaines les plus solennelles, de sacrifier aux images des empereurs, et conjointement à celles des iaux dieux , ainsi que Pline écrit à Trajan (Epist. 97) : « Tous, » lui mande-t-il, «ont immolé avec de l'encens et du vin à votre image et aux simulacres des dieux : » Omnes imagini tuœ cum simulacris numinum thure ac vino supplicarunt. Julien n'omit pas de mettre en vogue cette idolâtrie, et de vouloir se faire, adorer parmi les fausses divinités, punissant de uiort ceux qui refuseraient de lui rendre ce culte sacrilège : non que les Chrétiens eussent refusé de porter révérence à son image, mais parce qu'étant mêlée et confondue avec celles des fausses divinités, elle leur eût été également attribuée, comme on vient de le rapporter il n'y a qu'un moment de Sozomène (lib. v, c. 17) : à quoi il ajoute ce qui suit, qui sert d'une claire explication à ce verset de V Apocalypse : « Julien, » ditil, « joignit les images des dieux à la sienne, pour engager les peuples à les adorer, sous prétexte de lui rendre les honneurs qui lui étaient dus , et pour dérober les hommages et un culte souverain de religion, sous l'apparence d'un ancien ordre de la police romaine, tâchant ainsi, par toutes sortes d'inventions, de séduire l'esprit de ses sujets.