JÔ
L'APOCALYPSE EXPLIQUEE
Il jugea que, s'ils lui obéissaient en ce point, ils en seraient plus soumis en tous ies autres, et que, s'ils avaient la hardiesse de lui désobéir, il les punirait sans aucune miséricorde, comme des infracteurs des lois, qui cherchaient à remuer et qui se rebellaient contre les ordres de l'état et du prince : » Imagines Martis , Jovis et Mercurii , et alla hujusmodi, quœ ad cultum gentilium pertinent, imayinibus suis inseri jussil, eo consilio xit sub obtenlu honoris qui imperalori deferri solet, Jiomani eus etiam qui simul picti erant, adorarent, etc.
Telle fut .l'industrie dont Julien se servit pour faire adorer l'image de la bête ressuscitée, et pour avoir lieu de faire mourir ceux mil refuseraient de rendre ce culte impie. Quel commentaire plus littéral peut-on donner à ce verset?
16. Et elle fera que tout le monde , petits et grands, riclies et pauvres, libres et esclaves, auront le caractère à leur main droite ou sur leur front.
17. Et que personne ne puisse acheter ou rendre, s'il n'a le caractère ouïe nom de la bête, on le nombre de son nom.
Qu'est-ce que cela nous signifie, sous le règne de Julien, si ce n'est ce que nous rapportent ces historiens, savoir que cet empereur fit frapper sa monnaie où il fit graver au-dessus la figure d'un taureau immolé devant l'autel des faux dieux, pour marquer le culte idolâtre qu'il rendait et qu'il voulait qu'on rendît au démon, ou aux divinités de l'ancien empire romain, et faire ainsi qu'on ne pût acheter ni vendre, sans avoir en main le caractère de la bêle? Voici les termes de Socrate (lib. m, c. 17) : Julien extrêmement superstitieux, et adonné au culte des démons jusqu'à l'excès, et immolant assidûment des taureaux à ses fausses divinités, commanda qu'on gravât sur sa monnaie un taureau égorgé sur l'autel : » Julianus cum dœmonum superstilioso cullui admodum deditus esset , et ad aras deorum suorum assidue lauros immolaret , aram et taurum nummis suis insculpi jusserat.
Ceci est confirmé par Soznmène (lib. v, c. 19), lequel rapporte la raillerie de ceux d'Anlioche qui disaient que le renversement des taureaux couchés sur 'e dos, et gravés sur ces monnaies, signifiait le renversement dejl'empire sous son règne : Nummos ejus irridenles , quibus imago tauri erat insculpta: orbem enim, illo imperanle , eversum esse, perinde actauros supinos,' jocando dicebant.
Et pour mieux entendre ce verset', il faut ajouter les paroles suivantes de Theodoret (c. 15), lesquelles font voir et. la feinte douceur d'agneau qu'affeciait Julien, et les artifices de serpent dont il se servait pour engager les hommes dans l'idolâtrie.
« Bien que Julien , » dit-il , '< affectât de paraître doux et modéré, il prenait de jour en jour une licence plus effrénée de combattre la piété, non à force ouverte, mais par adresse, et en tendant aux Chrétiens des pièges pour les surprendre et pour Içs per-
dre. Il corrompit et souilla les fontaines et du faubourg de Daphné et de la ville d'Antioche , en jetant dans leurs eaux quelques portions des abominables victimes offertes aux démons , afin que personne n'en pût boire sans participera son idolâtrie. Il infecta de la même sorte le pain, la viande, les herbes, les fruits et généralement tous les aliments exposés en vente, faisant jeter dessus de l'eau lustrale, ou consacrée aux démons : » Julianus vero liberius, s eu polius cum majore impudentia pielatem oppugnabat • speciem quidem clcmentiœ prœferens , secl rêvera laqueos tendens et retia , quœ deceplos homines in impietatis exitium traitèrent. Nain primum quidem fontes, tumqui inurbe, etc.
Ce même auteur au chapitre suivant raconte un autre fait qui donne une nouvelle lumière à ce passage.
« L'empereur, » dit-il, « usa encore d'une nouvelle invention pour blesser la piété chrétienne. Comme il avait accoutumé de s'asseoir sur son trône, et de distribuer des pièces d'or aux soldats, il ordonna contre la coutume, que l'on mît de l'encens et du feu sur une table proche de l'autel, et que chacun jetât de l'encens dans le, feu avant de recevoir la pièce d'or : » Porro tyrannus prœlerea adversus pietatem excogitavit. Nam cum ex veteri more aurum militaribus numeris divideret ipse, etc.
On peut néanmoins croire que saint Jean ne considère pas seulement ici l'empire romain idolâtre et persécuteur, comme il le fut sous Julien ; mais qu'ayant à rapporter incontinent sa destruction, il réunit en une seule vue tout ce que cet empire, ou plutôt cette bête dans les siècles passés, sous les empereurs précédents, avait imaginé de plus cruel et de plus artificieux contre les Chrétiens, la caractérisant ainsi de toutes les marques de son impiété passée et présente, à l'occasion de Julien qui la ressuscita, et qui lui donna tout l'éclat ancien et toute l'impiété qu'elle avait eus sous les princes les plus attachés au culte des idoles, particulièrement sous Dioclétien, où elle fut dans son comble et dans son dernier période, et sous la tyrannie duquel nous lisons aussi qu'on se servit de ce même artifice, duquel le Vénérable Bède fait mention dans son Hymne du martyre de saint Justin, assurant qu'on ne donnait point aux Chrétiens permission de rien vendre ou acheter, ni même de puiser de l'eau, sans auparavant donner de l'encens aux idoles : Nec Mis emendi quidquam, aut rendendi copia , ne ipsam haurire aquam dabalur licentia, anlequam thuriftearent detestandis idolis.
Et Julien était résolu de mettra en usage tout ce que la haine et l'artifice avaient pu suggérer de plus cruel et de plus inhumain à ce grand ennemi de Jésus-Christ « Julien, » dit Socrate (lib. m, c. 19) « préparait aux Chrétiens les mômes supplices auxquels Dioclétien les avait autrefois condamnés : » Julianus ea Christianis supplicia parabat infligere, quœ olim Diocletianus eis iuflixcrat. Or le er«>ud dessein de l'un et de l'autre
était d'anéantir absolument le nom Chrétien de dessus la terre, de quoi l'on avait déjà flatté l'impiété de ce premier persécuteur, comme on apprend des anciennes inscriptions gravées sur une haute colonne, et trouvées en Espagne, dont.voici les termes :
DIOCLETIANUS - JOVIITS, MAXIMIANUS - HERCULIUS,
CESARES AUGUSTI, AMPI.IFICATO PEU ORIENTE»! ET