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CHAPITRE XIV

Jésus-Christ prend une vengeance insigne de Julien et de l'empire romain idolâtre.

SOMMAIRE, — I. Jésus-Christ paraît, et, du haut du ciel, il se rit des projets insensés de ce nouveau Pharaon, qui sera bientôt submergé dans une nier de sang.

H. Cet avènement du Fils de Dieu pour la punition de Julien et de l'empire romain, est la figure de son dernier avènement à la lin du momie pour la destruction de l'Antéchrist et de son royaume: deuv avènements , deux châtiments et deux empires qui se trouvent toujours mêlés ensemble dans

III. Les martyrs et les confesseurs accompagnent ici Jésus-Christ, et jouissi'iit de la gloire que leurs victoires sur cet apostat leur ont acquise; ainsi que feront un jour les Juits convertis, et les autres fidèles qui combattront l'Antéchrist à la fin des siècles. . . ... . ■

IV. L'Eglise militante, au milieu même des idolâtries de Julien, chante les victoires de Jesus-Cnnst sur les démons et sur cet apostat.

V Plusieurs anges, ou plusieurs prédicateurs et hommes apostoliques, sont envoyés de Dieu pour porter 'les hommes à faire pénitence, à s'abstenir de l'idolâtrie de Julien, qui fan périr une nombreuse multitude de Cbréiiens, et à prévenir les effets de l'indignation divine.

VI Jésus-Christ se montre sur une nuée éclatante, la couronne en tête et la faux à la main, pour se venger de Julien, des païens et de l'empire idolâtre : la terre est moissonnée, et du pressoir de la co-

1 1ère de Dieu, coule à torrents le vin de son indignation ; ce n'est que la représentation du carnage que les Barbares, comme instruments de la justice divine , firent alors du peuple et des grands de 1 einnire dont les provinces furent ravagées, dépouillées et réduiies à une extrême misère et désolation.

VIL Tout cela se passe néanmoins encore hors de l'enceinte de la ville de Rome, qui aura un sort distingué dans la prophétie, et que saint Jean se réserve de décrire a part.

1. Et vidi, et ecce Agnus stabat supra montent Sion, et cum eo centum quadraginta quatuor millia, habentes nomen ejus, et nomen Patris ejus seriptuoi in frotitibus suis.

2. Et audivi vocem de cœlo, tanquam vocem aquarum mullarum, et tanquam vocem tonitrui magni; et vocem quam audivi, sicut citharœdorutn citharizantium in cilharis suis.

3. Et cantabant quasi canticum novum, anle sedem, et ante quatuor animalia, et seniores; et nemo poterat dicere canticum,

Olàvniss co.mil, PB he la Chétardie.

1. Je regardai, et je vis sur la montagne de Sion l'Agneau accompagné de cent quarante-quatre mille personnes qui portaient son nom et le nom de son Père écrits sur leur front.

2. El j'entendis une voix du ciel, comme le bruit de plusieurs eaux et comme un grand coup de tonnerre; cl la voix que j'entendis était un son comme un son de musiciens qui jouaient de la harpe.

3. Ils chantaient comme un cantique nouveau devant le trône, et devant les quatre animaux, et devant les vieillards; et perj 29

sonne no' pouvait apprendre ce cantique, que ces cent : quarante-quatre mille personnes qui ont été rachetées de la terre.

4. Ce sont ceux-là qui ne se sont point souillés avec des femmes, car ils sont vierges; ceux-là suivent l'Agneau partout où il va. Ils ont été achetés d'entre les hommes pour être,; les prémices offertes à Dieu et à l'Agneau.

5. Il ne s'est point trouvé de mensonge dans leur bouche; car ils sont sans défaut devant le trône de Dieu.

6. Je vis aussi un autre ange qui volait par le milieu du ciel, ayant l'Evangile éternel pour l'annoncer à ceux qui sont assis sur la terre, à toute nation, à toute tribu, à tous hommes de diverses langues et à tout peuple.

7. Et il disait à haute voix : Craignez le Seigneur, et glorifiez-le, parce que l'heure de son jugement est venue. Adorez celui qui a fait le ciel et la terre, la mer et les fontaines.

8. Un antre ange le suivit en disant : Elle est tombée, elle est tombée celte grande Nabylone, qui a fait boire à tous les peuples le vin de la colère de son impudicilé.

9. Un troisième ange vint après eux, disant à haute voix : Si quelqu'un adore la bête et son image, et reçoit son caractère sur son front ou sur sa main,

10. Celui-là boira du vin de la colère de Dieu, qui est mêlé dans le vin pur du calice de sa fureur, et il sera tourmenté par le feu et par le soufre devant les saints anges et devant l'Agneau.

11. Et la fumée de leurs tourments s'élèvera dans les siècles des siècles : et il n'y aura point de repos ni jour ni nuit pour ceux qui ont adoré la bêle et son image, ou qui auront reçu le caractère de son nom.

12. C'est ici que se verra la patience des saints, qui gardent les commandements de Dieu et la foi de Jésus.

13. En ce moment-là j'entendis une voix du ciel, qui me dit : Ecrivez : Heureux sont les morts qui meurent dans le Seigneur : désormais, dit l'Esprit, ils se reposeront de leurs travaux, car leurs œuvres les suivent.

\k. Je regardai encore, et je vis une nuée blanche, sur laquelle quelqu'un était assis, qui ressemblait au Fils de l'Homme, et qui avait une couronne d'or sur sa tête et une faux tranchante dans sa main.

15. Alors un autre ange sortit du temple, criant à haute voix à celui qui était assis sur la nue : Servez -vous de votre faux, et faites la moisson, parce qu'il est temps de moissonner, car la moisson de la terre est mûre.

16. Celui donc qui était sur la nue , porta sa faux sur la terre, et la terre fut moissonnée.

17. En même temps un autre ange qui avait aussi une faux tranchante, sortit du temple qui est dans le ciel.

18. Et il sortit de l'autel un autre ange, qui avait pouvoir sur le feu , et il cria à haute voix à celui qui avait la faux tranchante :

(EUYRES COMPLETES DE DE LA CHETAKDIE.

nisi illa centum quadraginta quatuor millia, qui empti suni de terra,

h. Hi surit qui cum mulieribus non sunt coinquinati ; virgines enim sunt : hi scquuntur Agnum quocunque ierit. Hi empti sunt ex hominibus primitiœ Deo et Agno.

5. Et in ore eorurn non est inventum mendacium ; sine macula enim sunt anle Ihronum Dei.

6. Et vidi alterum angelum volantem per médium cceli, habentem Evangelium aHernum, ut evangelizaret sedenlibus super terrain, et super omnem gentem, et tribum, et linguam, et populum.

7. Dicens magna voce : Timele Dominum, et date illi honorem, quia venit hora judicii cjus; et adorate eum, qui fecit cœlum et terram, mare et fontes aquarum.

8. Et alius angélus secutus est, dicens ; Cecidit, cecidit Jiabylon illa magna, quœ a vino irœ fornicationis suae polavit omnes génies.

9. Et tertius angélus secutus est illos, dicens voce magna : Si quis adoraverit bestiam, et imaginem ejus, et acceperit characterera in fronte sua, aut in manu sua :

10. Et hic bibet de vino irœ Dei, quod mistum est mero in calice irœ ipsius, et cruciabitnr igné, el sulphure, in conspectu angelorum sanctorum, et ante conspectuna Agni.

11. Et fumus tormentorum eorurn ascendet in sœcula sœeulorura; nec habent requiem die ac nocte, qui adoraverunt bestiam et imaginem ejus, et si quis acceperit characlerem nominis ejus.

12. Hic patientia sanctorum est, qui cuslodiunt mandata Dei et tidem Jesu.

13. Et audivi vocem de cœlo, dicenlera mihi : Scribe : Beati mortui, qui in Domino moriunlur. Amodo jain dicit Spiritus, ut requiescant a laboribns suis; opéra enim illorum sequuntur illos.

14. Et vidi, et ecce nubem candidat», et super nubem sedentem simileni Filio hominis, habentem in capite suo coronam aureaui, et in manu sua falcem acutam.

15. Et alius angélus exivit de templo, damans voce magna ad sedentem super nubem : Mitte falcem tuara, et metc, quia venit hora ut metatur, quoniam aruit ruessis terra.

16. Et misit qui sedebat super nubem , falcem suam in terram, et demessa est | terra.

17. Et alius angélus exivit de templo, I quod est in cœlo, habens et ipse falcem| acutam.

18. Et alius angélus 'exivit de altari , qui| habebat potestatem supra ignem : etck-rmavil voce magna ad eum qui habebat falceu

aculam , dicens : Miltc falcem tuam acutam, et vindemia botros vineœ terrée, quoniaiu raalurao sunt uva? ejus.

19. Et misit angélus falcem suara acutam in terram, et vindemiavit vineam terraî, et iuisit in lacurn ira Dei magnum.

20. Et caloatus est lacus extra civitatem, et exivit sanguis de lacu usque ad frenos equorura per siadia mille sexcenta.

L'APOCALYPSE EXPLIQUEE. 910

Portez votre faux tranchante dans la vigne de la terre , et en coupez les raisins , parce qu'ils sont mûrs.

19. Alors cet ange porta sa faux tranchante dans la vigne de la terre, et il en coupa tous les raisins, et les jeta dans la grande cuve de la colère de Dieu.

20. Et on foula la cuve hors de la ville, et. il en sortit du sang en si grande abondance, que les chevaux en avaient jusques au frein dans l'étendue de mille six cents stades.

EXPLICATION

1. Et je vis sur la montagne de Sion l'Agneau accompagné de cent quarante-quatre mille personnes qui portaient son nom et le nom de son Père écrits sur leur front.

Saint Jean nous ayant fait voir d'un côté les impies assemblés avec leur chef, c'est-àdire Julien et les idolâtres, pour combattre l'Eglise, nous découvre de l'autre Jésus- Christ è la tête du peuple fidèle, pour leur résister. Ce sont les Philistins avec Goliath sur une montagne, et Davidavec les Israélites sur une autre. Le nombre de douze fois douze représente l'universalité des saints, comme on a souvent prouvé ci-dessus par les Pères et les interprètes, et a néanmoins ici une relation particulière aux Israélites distingués par leurs douze tribus, appelés à la foi au sixième âge de l'Eglise, et persécutés par l'Antéchrist: mystère caché, qu'on doit toujours regarder comme secrètement enveloppé dans Je récit des combats de l'Eglise des nations, formée par les douze apôtres', lors particulièrement de la persécution de Julien, figure de ceux que les fidèles Israélites rendront à la fin du monde contre ce dernier ennemi du peuple de Dieu. Le nom de Dieu et de son Fils Jésus- Christ, que portent ici su rie front ces cent quarante-quatre mille personnes', est la marque de leur foi et de leur opposition au caractère de l'idolâtrie que Julien et les siens porièrent lors de la résurrection de la bête, et que l'Antéchrist et ses sectateurs porteront à la fin des siècles. Car l'avènement du Fils de Dieu marque ici la punition qui va être exercée sur l'empire romain, la joie et la jubilation des saints dans la vue de la destruclion de la tyrannie de Satan, et de l'établissement du règne de Dieu sur la terre , après la ruine de l'idolâtrie romaine, n'est qu'un crayon de ce qui se passera à la fin du monde, Dieu ayant voulu par le mélange de la figure et de la chose figurée, couvrir celte prophétie de ténèbres, et en dérober l'intelligence à la curiosité humaine.

1. Et j'entendis une voix du ciel, comme le bruit de plusieurs eaux, et comme un grand coup de tonnerre , et la voix que j'entendis était comme un son de musiciens qui jouaient de la harpe, et qui chantaient comme un cantique nouveau devant le trône, et devant les quatre animaux, et devant les vieillards.

Le prophète entend les chants de triomphe que font retentir dans le ciel ceux qui ont déjà remporté la victoire : ce sont des éclats

de tonnerre qui effrayent leurs'perséculeurs, et des cantiques d'allégresse qui animent ceux qui combattent encore sur la terre, où Dieu voulut donner un petit crayon de ce qui se passait dans le ciel, par le zèle d'une communauté de vierges, sur qui Juiien n'eut pas de honte d'exercer une violence indigne de cette patience philosophique dont il se faisait honneur. C'est ce que les auteurs de ce temps-là nous rapportent, et particulièrement Théodoret, dont voici les termes :

Il y avait en ce temps-là une dame nomméo Publia, qui s'était acquis par sa vertu une grande réputation. Elle avait été mariée quelque temps et avait eu un fils qu'elle avait offert à Dieu. Il se nommait Jean. Il devint avec le temps le plus ancien des praires do l'Eglise d'Antioche, et il fut élu plusieurs fois évêque de cette Eglise, mais il refusa par modestie cette dignité. Elle avait chez elle une communauté de filles qui avaient consacré à Dieu leur virginité, et qui publiaient continuellement les louanges de leur Créateur et de leur Sauveur. Quand l'empereur passait, elles chantaient plus haut que de coutume, pour lui témoigner le mépris qu'elles faisaient de son impiété, et chantaient le plus souvent les psaumes où David se moque de la vanité et de la faiblesse des idoles, et surtout ce verset : Les idoles des nations ne sont que de l'or et de l'argent, et l'ouvrage des mains des hommes. (Psal. cxiu, k.) Et après avoir chanté les paroles qui font voir la stupidité de ces idoles, elles ajoutaient : Ceux qui les font deviennent semblables à elles, et que tous ceux qui espèrent en elles leur ressemblent. (Ibid.,8.) Julien ayant ouï leur chant, et en ayant été vivement piqué, leur commanda de se taire toutes les fois qu'il passerait. Publia, bien loin de déférer à ce commandement, exhorta ces filles à chanter encore plus haut, et à chanter principalement ce verset : Que Dieu se lève, et que ses ennemis soient dissipés. [Psal. lxvii, 2.) Julien, plus ému que jamais, envoya quérir Publia, et sans respecter ni sou âge, ni sa vertu, commanda à un de ses gardes de lui donner des soufflets qui la mirent toute en sang. Elle tint cet outrage à honneur, et continua toujours à tourmenter l'empereur par le chant des Psaumes, comme l'auteur des Psaumes même tourmentait le méchant esprit dont Saiil éta

OU

OEl'YKES COMPLETES DE DE LA CHETARDIE.

possédé : Fuit his temporibiu Publia quœdam, ob virtutis prœstantiam, et ob eximios aclus notissima ac celeberrima ; hwc cum cœtum virginum, quœ perpétuant virginitatem professée erant , secum haberct, Creatorem ac Servatorem Deum assidue laudabat. Cum autem Julianus prœtergrederelur, contentiori voce in commune psallcbant, scelestum illum contemptu ac ludibrio dignum esse existimantes. Cnnebant porro eos prœcipue psalmos, inquibus simulacrorum infirmilm deridelur, et una cum Davide dicebant : « Simulacra gentium argentnm et aurum , opéra manuum hominum. » (Psal. cxm, 8.) Exposila deinde eorum stupiditate, addebant : « Similes fiant illis qui fuciunt ea, et omnes qui con/idunt in eis. » (Ibid., 8.) Quœ cum Julianus audivîsset, ingenti dolore percussus, silere eus deinceps jussit dum ipse prœteriret. Sed Publia imperaloris jussa parvipendens , chorum virginum, elc.

Nous avons encore dans l'histoire de la vie de Julien un aulre exemple de ces chants d'allégresse, qui retentirent dans l'Eglise militante : Et cantabant quasi canticum novum ante sedem : Vrai écho de l'Eglise triomphante, dont les mômes auteurs nous font le récit en la manière suivante.

' «Julien, comme on a dit ci -dessus, ayant appris par le démon qui rendait ses oracles dans le faubourg d'Antioche nommé Daphné, que les reliques du saint martyr Babylas lui imposaient silence, cet apostat commanda que l'on en ôlât la châsse. Les Chrétiens s'étant assemblés pour cet effet, la transférèrent à la ville, distante de ce lieu d'environ quarante stades, et la mirent au lieu où elle est, et auquel on a donné le nom du saint. On dit qu'il y eut des personnes de toutes sortes d'Ages, des hommes et des femmes, de jeunes garçons et déjeunes tilles, des enfants et des vieillards qui y mirent lamiain. Car cet ordre ne fut pas sitôt donné, qu'ils se rendirent en foule au bois de Daphné, mirent les reliques sur un char tiré par deux chevaux, et les conduisirent à la ville en chantant des psaumes le long du chemin, pour se soulager de leur travai ou plutôt pour témoigner le zèle qu'ils avaient pour leur religion, dont l'empereur était ennemi. Ceux qui chantaient le mieux, entonnaient les premiers, et le peuple leur répondait du même ton, ajoutant à chaque verset les paroles suivantes du Psalmiste : Que tous ceux qui adorent les idoles soient confondus ; et que ceux qui se glorifient dans leurs faux dieux, soient couverts de honte. (Psal. xcxvi, 7.) Les .Chrétiens regardaient celle translation comme un triomphe remporté sur le démon.

« L'empereur découvrit alors la haino qu'il avait contre les Chrétiens, et montra que la philosophie ne le rendait pas maître de ses passions. Le dépit que lui causaient les chansons faites à la honte do ses dieux, le fit résoudre à persécuter les Chrétiens avec Ja même cruauté que Dioclélien les avait aurefois persécutés ; mais parce qu'il était

occupé aux préparatifs de son expédition contre les Perses, il commanda à Saluste , préfet du prétoire, de se saisir de ceux qui avaient chanté ces cantiques avec plus d'ardeur que les autres, et de les punir. Bien (pie cet officier fut païen, il ne reçut pas volontiers cette commission : n'osant néanmoins y contrevenir, il fit prendre plusieurs Chrétiens, et en mener une partie en prison. Entre ceux qui furent conduits devant lui, il y eut un jeune homme nommé Théodore, qu'il commanda, en présence de tout le monde, d'être étendu sur le chevalet, et déchiré à coups de fouets et avec des ongles de fer par tout le corps. Cela fut exécuté avec une si horrible inhumanité, qu'il paraissait près d'expirer à chaque moment, sans céder néanmoins à la violence des tourments, ni s'abaisser à demander le moindre soulagement. Au contraire, il parut aussi insensible aux coups qu'il recevait, que s'il les eût vu donner à un autre, et chanta incessamment le même psaume qu'il avait chanté le jour précédent, pour faire voir qu'il ne se repentait point d'avoir fait ce qu'on punissait en sa personne avec une si grande rigueur. Après que, depuis le matin jusqu'au soir, il eut été tourmenté de la sorte, on le chargea de chaînes, et on le jeta en prison. Le préfet, étonné de sa constance, en alla faire le récit à l'empereur, ajoutant que s'il ne renonçait au dessein qu'à avait pris de persécuter les Chrétiens, il se chargerait de confusion, et les comblerait de gloire. Cet ennemi de Dieu goûta celte raison, et fit relâcher Théodore. Celui-ci, depuis interrogé s'il avait souffert de grandes douleurs, répondit qu'il en avait souffert au commencement, mais qu'un jeune homme, qui était debout à côté de lui, l'avait soulagé, essuyant sa sueur avec un linge, et le rafraîchissant avec de l'eau , et que quand les bourreaux l'avaient quitté, il en avait senti plus de peine que de plaisir, parce que celui qui le consolait s'était en même temps retiré. » Christiani una cum midi eribus etpueribus exsultantes gaudio , psalmosque contantes Psalmi aulem quos cecinere, re-

\'t prehensionem deorum gentilium, et\ eorum qui in idola credebant , complectebantur. Omnesque ad ununi antécédentes saltare, psalmosque Davidicos cancre co'perunt, et inler singula vcrsuum membra hœc verba interponere : « Confundantur omnes qui adorant sculptilia (Psal. xevi, 7) ; » viros et mulieres, juvenes et virgines , senes et pueros, mulua cohortatione incitatos , per lotum iter psalmos contasse ardenli studio. Psallentis libertatem alque hilaritatem miratus exhorruit Julianus. {Juin etiam Thcodorus velul spectalor cruciamentorum sibi inflictorum, toleranter ac placide plagas accepit , psalmumque cecinit ruraus cumdem quem pridie cecineral. Et cantabant, quasi canticum novum ante sedem, non in ecclesiis solum, cl martyrum monumenlis tripudiure, verum ctiam in theatris crucis pradicare victoriam, et tyranni vaticinia irrisioni et ludibrio habere. (S. Aug., lib. xyiii De civil. Dei, e. 52.)

L'APOCALYPSE EXPLIQUEE

Tout ceci est tiré mot à mot de Socrato, Sozoruène, et Théodoret.

A quoi l'on peut ajouter ce que dit le même Tliéodoret ( lit», m, c. 28), que dès que la mort de Julien eut été publiée dans Antioche, on y vit partout des marques de joie publique, et que les théâtres retentissaient aussi bien que les églises, de cantiques d'allégresse en l'honneur de la croix qui avait remporté la victoire sur l'impiété, et convaincu les oracles d'imposture. Parmi ces chants de triomphe, on entendait de tous côtés ces paroles : Où sont maintenant tes prédictions, insensé Maxime ? et autres semblables, que ces peuples, instruits à la foi par les bienheureux apôtres saint Pierre et saint Paul, et brûlants du zèle d'une ardente charité, publiaient à la louange de Jésus-Christ : Nam uno ore clamarunt omîtes : Ubi tua, o Maxime! o stolide! vaticinia? Yicit Deus, et Chris lus ejus. Antiochenos cnim duorum maximorum apostolorum Pétri et Pauli doctrina imbutos, et ardenti amore, omnium Uominum complexos, Julianum perpétua detestalos esse.

C'est donc fort à propos qu'on applique en ce lieu ces paroles de saint Jean.

3. Ils chantaient comme un cantique nouveau devant le trône et devant les quatre animaux et devant les vieillards , et personne ne pouvait apprendre ce cantique, que ces cent quarante-quatre mille personnes qui ont été rachetées de la terre.

Ce cantique comme nouveau, qui n'a point encore été ouï, est donc la précieuse confession de foi des martyrs qui leur est propre, qui les dislingue de tout autre ordre des bienheureux, qui fut entendu pour la première fois lors de la conversion des gentils, qui fut renouvelée sous Julien , et qui le sera à la fin des temps, particulièrement par les Israélites pour lors convertis à la foi, et persécutés par l'Antéchrist.

i. Ce sont ceux-là qui ne se sont point souillés avec des femmes, car ils sont vierges ; ceux-là suivent l Agneau partout où il va. Ils ont été rachetés d'entre les hommes pour être les prémices offertes à Lieu et à l'Agneau.

S. // ne s'est point trouvé de mensonge dans leur bouche, car ils sont sans tache devant le trône de Lieu.

Personne n'ignore, pour peu qu'il soit savant dans l'Ecriture, que l'idolâtrie est nommée dans le langage saint, une fornication et les idolâtres des fornicateurs : que saint Paul appelle vierges, les âmes fidèles qui s'unissent a Dieu par une foi pure, et que les martyrs étant des victimes, ont un droit particulier d'accompagner l'Agneau de Dieu immolé pour nous ; que leur sang répandu pour Jésus-Christ les a nettoyés de Jeurs péchés, et que la profession publique qu'ils ont faite de la vérité devant les tyrans, leur fait donner à juste titre la louange de n'avoir point eu le mensonge dans la Louche ; il sont appelés les prémices de la terre, parce qu'ils sont la partie la plus illustre et la plus pure de l'Eglise, et celle qui l'a

d'abord ennoblie. Il est sans doute aussi que saint Jean regarde ici certains martyrs îles derniers siècles d'un ordre particulier, que le nombre de douze fois douze fait conjecturer être des Juifs, pour lors convertis, et qui résisteront à l'Antéchrist, de qui les prostitutions corrompront la terre ; le prophète ayant prédit do lui qu'il sera plongé dans la convoitise des femmes : caractère du mahométisme et du Turc, d'où cet hommo sensuel doit sortir, comme on a prouvé ridessus, et dont Antiochus et Néron figurèrent les abominables impuretés, ainsi qu'on peut voir dans saint Jérôme sur le chap. xi, de Daniel et dans saint Prosperau chap. vin, de son livre intitulé : Limidium temporis : C'est pourquoi il est dit de ces martyrs, qu'ils ne se sont point souillés avec les femmes, pour marque de leur opposition à l'esprit impur qui le possédera, et de leur amour pour l'Agneau, symbole de la chasteté.

G. Et je vis un autre ange qui volait par le milieu du ciel, ayant l'Evangile éternel, pour l'annoncer à ceux qui sont assis sur la terre, et à toute nation, à. toute langue cl à tout peuple,

7. Lisant à haute voix : Craignez le Seigneur , et rendez-lui l'honneur qui lui est dû.

Cet ange et les deux autres, qui vont suivre, représentent les docteurs et les prédicateurs insignes que Dieu envoya dans cette conjoncture pour soutenir sa gloire et celle de son Eglise contre les impiétés de Julien et des idolâtres. Un saint Basile de Césarée, un saint Grégoire de Nazianze, un saint Cyrille, un saint Apollinaire et tant d'autres Pères, illustres par la sainteté de leur vie et l'excellence de leur doctrine, qui prêchèrent hautement contre l'idolâtrie, qui résistèrent courageusement à ce prince impie et qui furent les figures de ceux que Dieu enverra à la fin du monde, pour s'opposer à l'Antéchrist, dont Julien était le tableau fidèle.

Parce que l'heure de son jugement est venue: C'est le premier motif de pénitence dont cet ange se sert pour arrêter la fureur de Julien et dos païens , et les engager à délester leurs erreurs, les menaçant du jugement prochain de la justice divine qui allait les accabler et leur prédisant que Dieu avait déjà la main levée pour les exterminer avec Rome, et toute l'idolâtrie romaine, qui serait en peu pour jamais détruile, ainsi qu'on va voir.

Et adorer Celui qui a fait le ciel et la terre, lamer et les fontaines : C'est la seconde raison de cet ange, savoir l'honneur dû au Créateur, que Julien avec son empire idolâtre détournait à la créature, se voulant faire adorer ainsi que le Créateur, ambition démesurée dont l'Antéchrist sera un jour possédé.

8. Et un autre ange suivit, disant : Elle est tombée, elle est tombée celte grande Babylone, qui a fait boire à tous les peuples le vin de la fureur de sa fornication : Voici un , second prédicateur qui porte un nouveau mo-

tif de pénitence; c'est que cette fameuse Babylone, l'objet et la cause de l'idolâtrie des peuples, Rome, qu'on croyait devoir être éternelle, et qui entraînait toute la terre dans son infidélité , malgré l'autorité de Julien et les prestiges des magiciens qui prétendaient la rétablir sur les ruines du christianisme, tombe en ruine avec toutes ses superstitions, comme on verra incontinent, et que l'arrêt en est déjà porté en punition de ce qu'elle a enivré toutes les nations du vin de ses erreurs.

9. Et un troisième ange suivit les deux premiers, disant à haute voix : Si quelqu'un adore la bêle et son image, et s'il reçoit son caractère sur son front, ou sur sa main,

10. Celui-là boira du vin de la colère de Dieu, qui est mêlé dans le vin pur du calice de sa fureur; et il sera tourmenté par le feu et par le soufre, devant les saints anges et devant V Agneau.

11. Et la fumée des tourments de ceux qui auront adoré la bêle et son image, ou qui auront reçu le caractère de son nom, s'élèvera dans les siècles des siècles, et il n'y aura point de repos ni jour ni nuit pour eux.

Voilà encore un troisième prédicateur qui porte de nouveaux motifs de terreur pour retenir les hommes dans le respect qu'ils doivent à Dieu, et les empêcher de se laisser séduire ou effrayer aux feintes douceurs, ou aux menaces de Julien et de ses sectateurs idolâtres. Il oppose le calice de la colère de Dieu, à la coupe d'assoupissement que présente Babylone, et aux tourments temporels, les peines éternelles.

Que si nous jetons les yeux sur l'histoire de l'Eglise (Paul. Oros., lib. vu, c. 29; S. Anton., apud S. Atlian. in ejus Vit., c. M), sous le règne de Julien, nous trouverons que Dieu suscita trois grands docteurs, qu'on peut dire avoir été figurés par ces trois anges, et qui parcoururent toute la terre pour encourager les ûdèles, et préserrer les hommes de ce venin mortel que Babylone ou l'idolâtrie leur présentait ; et les empêcher de se laisser séduire aux artifices, et de cet apostat qui voulait des créatures en faire des dieux, et des Ariens, qui par une impiété non moindre, prétendaient du, vrai Dieu en faire une créature : et qui par un autre détour ramenaient le monde à la pluralité des dieux, et rétablissaient l'idolâtrie : Et qui per januam ab errore idololatria fuerat egressus, reversus in sinum ejusdem, in Deo deos quœrit. Ariani Filiumqui ex Deo Pâtre est, creaturam docentes, nullo inlervallo a gentibus separanlur, qui serviant creaturœ potius quam Creatori. Or ces trois anges terrestres, ou plutôt ces trois hommes apostoliques envoyés de Dieu au secours de son Eglise, [tour s'opposer à ces sacrilèges, furent le glorieux martyr Basile, prêtre d'Ancyre, et les saints évoques Eusèbe de Verceil et Hilaire de Poitiers, le premier en Orient, le second vers l'Italie et le troisième aux extrémités de l'Occident,

afin que toute la terre fût éclairée de leur doctrine. Voici comme s'en explique Sozomène (lib. v, chap. 11) :

« Basile, prêtre de l'Eglise d'Ancyre, avait toujours défendu la religion chrétienne avec une vigueur non pareille, et résisté aux Ariens sous le règne de Constance, en haine de quoi les partisans d'Eudoxe l'avaient empêché détenir les assemblées des fidèles. Depuis que Julien fût parvenu à l'Empire, il parcourut la province, et exhorta publiquement et hautement les Chrétiens à demeurer fermes dans la foi de leurs pères, sans souiller leur conscience par les sacrifices et par les autres cérémonies des païens, à mépriser les honneurs que l'empereur leur offrait, et à considérer que, ne durant que très-peu de temps, ils sont suivis d'une infamie éternelle. Il ne faut pas s'étonner que cette ardeur avec laquelle il veillait pour conserver les semences de la foi dans le coeur des Chrétiens, l'eût rendu non-seulement suspect, mais odieux aux infidèles.

Les ayant un jour aperçus comme ils faisaient un sacrifice en public, il s'arrêta; et ayant thé un soupir du fond de son cœur, il pria Dieu de ne pas permettre qu'aucun Chrétien tombât dans un si déplorable aveuglement. Arrêté à l'heure même, et mené devant le gouverneur de la province, il souffrit constamment de cruels supplices, et consomma sa vie et sa charité par une mort glorieuse : » Basilius, Christianœ fidei defensor acerrimus, quandiu quidem Constantius imperium obtinuit, fortissime resliterat Arianis, nique ob hanc causam Eudoxiani ne plebem colligeret, ei inlerdixerunt. Ubi vero Julianus solus imperio putitus est, regionem circumiens Basilius Christianos palam ae publice hortabatur, ut doctrinœsuœ tenaciter adhérèrent, nec gentilium sacrificiis ac libationibus sese polluèrent, neve honores ipsis imperatore Juliano delalos magni facerent, quos momentaneos esse ostendebat, sedperpetuo exitio compensandos. Ilis rébus intentus, atque ideirco suspectus et invisus gentilibus, cum aliquando eos publice sacri/icantes vidisset, conslitit, et graviter ingemiscens Deum precatus est, ne quis Chris tianorum ejusmodi errore caperetur. Hanc ob causam comprehensus prœsidi provinciœ ajferiur, multaque in loto certamine perpessus tormenta, forti viartyrio martyrium consummavit.

Le même auteur, ainsi que S'ocrate, nous décrit aussi comme quoi Eusèbe de Verceil parcourut les provinces d'Orient, guérissant comme un sage médecin ceux qui étaient faibles dans la foi, et les fortifiant par la doctrine saine de l'Eglise ; que de là il passa en lllyrie et en Italie, où il continua à prendre Je même soin. Ils ajoutent qu'il avait été prévenu dans un si louable dessein par Hilaire, évoque de Poitiers, ville de la seconde Aquitaine, qui avait inspiré la véritable doctrine aux évêques d'Italie et des Gaules, où il était retourné le premier de son exil, qu'ils combattirent tous deux généreusement pour la défense de la foi, laquelle ils maintinrent en Occident et à auoi .'éb-

L'APOCALYPSE EXPLIQUEE

quence d'Hilaire, qui composa de très-heaux ouvrages sur ce sujet, ne fut pas peu utile : Eusebius Orientis provincias circumiens, eos qui in fide negligentiorcs (itérant, corrigere, et quœ credenda essent, docere cœpit ; per 11lyricum deinde transit t, cidem operi intentus, et ad Italiam perxenit. Eusebius in Italia Hilurimn Pictavorum, quœ urbs est Aquitaniœ, episcopum reperit , qui idem manus sedulo ante ipsum explcverat; prior enim ab exsilio rediemt, Italosque et Gallos quœ admittenda, quœ (ttgienda essent dogmala doiucrat, et doctrinam Ecclesiœ in Occidentis partilnts asseruit. Ililarius permensits est orbem terrarum tnalo pcrfidiœ infeclum, ut cunctos ad emendationcm et pœnitentiam revocaret.

Au reste ces exhortations et ces menaces, *i hautement annoncées par ces esprits célestes pour porter les hommes à demeurer fermes dans le culte dû au Créateur, et contenir dans le devoir ceux qui auraient pu être ébranlés par la séduction et la persécution de Julien, semblent ici avoir eu un grand effet, puisqu'elles furent suivies d'un carnage horrible de fidèles, marqué dans les paroles que saint Jean ;ijoule :

12. C'est ici que se verra la patience des saints, qui gardent les commandements de

13. En ce moment là j'entendis une voix du ciel qui me dit : Ecrivez : Heureux sont les morts qui meurent dans le Seigneur; désormais, dit l'Esprit, ils se reposeront de leurs travaux, car leurs œuvres les suivent.

C'est ainsi qu'après le tonnerre et les éclairs, on entend tomber du ciel à torrents une pluie abondante et impétueuse, c'est-àdire que Julien, quelque prétendue clémence qu'il affectât, fit découler de toutes parts le sang tidèle, et que sous son règne les païens exercèrent des cruautés qui n'avaient point été en usage sous les plus grands persécuteurs du nom Chrétien. En voici quelque échantillon fidèlement tiré de Socrate, Sozomène et Théodoret.

« Les infidèles s'éfant saisis de divers ministres de Jésus-Christ honorés du caractèro sacerdotal, et de plusieurs filles chrétiennes qui avaient fait vœu de chasteté perpétuelle, leur firent souffrir un nombre infini de tourments ignominieux, et ensuite leur ayant ouvert le ventre le remplirent d'avoine, et les exposèrent ainsi à des pourceaux qui les dévorèrent : » Yirorum sacerdolii honore prœditorum, et mulierum quœ perpétuant virginitatem pro(essœ (itérant , posl innumera ludibria ventres dissecuerunt, et hordeo posiea completos porcis vorandos prœbuerunt.

« Non-seulement ils tuèrent le diacre Cyrille, niais lui ayant ouvert le ventre, ils arrachèrent son foie et le mangèrent : »Cyrillum diaconum non solum interfecerunt, sed ventre ejus dissecto, jecur quoque illius manducaverunt.

« Emilien, cet invincible alhlèle de Jésus- Christ, fut pris par Capilolin, président de la Thraee, et brûlé vif : » Mmilianus, invictus

i< Le président tourmenté en mil divers chrétiens,

Christi athlela, a Capitolino totius Thraciœ prœside, in rogum conjertus est.

« Ils dépouillèrent Marc, évoque d'Arétuse, quoique dans une vieillesse fort avancée, et ayant déchiré tout son corps à coups de fouets et d'escourgées, ils le jetèrent dans un cloaque infect, puis, l'en ayant retiré, ils le livrèrent aux enfants qui le transpercèrent à coups de canifs et de poinçons, l'ayant suspendu à une corde, et se le jetant les uns contre les autres : enfin tout le peuple, hommes et femmes, s'acharnèrent contre ce vieillard et tourmentèrent tous les membres de son corps, suivant ce que leur rage leur suggéra ; lui ayant de plus déchiré les oreilles avec de petites ficelles, ils l'enveloppèrent dans une espèce de rets ou filet, ils le frottèrent avec du miel et ils rélevèrent en l'air pendant la plus grande ardeur du soleil pour le faire manger aux mouches et aux guêpes, tourments que cet évêque souffrit avec une constance héroï]ue, disant à ses meurtiers qu'il nedonnerailjamais rien pour rebâtir un temple d'idoles, comme ils le prétendaient, et ajoutant qu'il les regardait avec compassion sur la terre, tandis que lui était élevé vers le ciel : » Marcum Aretusiorum episcopum, senem (93)..,

xMinachius, après avoir le manières inhumaines ordonna enfin qu'on les étendît sur un gril de fer et qu'on mît du feu au-dessous pour les brûler. Au milieu d'un tel supplice, ils ne proférèrent que ces paroles : Si vous désirez, ô président, manger nos chairs rôties, faites-nous tourner à présent sur l'autre côté, de peur que vous ne soyez incommodé d'une viande demicuite.

«A Antioche Julien lui-même fit arrêter un jeune Chrétien nommé Théodore, et depuis le matin jusqu'à la onzième heure du jour, le fit tourmenter avec une cruauté si horrible, et fit succéder tant de bourreaux les uns après les autres pour lui faire sentir de nouveaux et continuels supplices sans aucun relâche, qu'on n'avait jamais rien vu de semblable dans tous les siècles précédents.

« Son oncle, le comte Julien, fit aussi en sa présence endurer au saint prêtre Théodoret tous les supplices que sa fureur impie lui suggéra, il lui fit battre la plante des pieds, donner des soufflets et des coups do poing sur le vidage ; il le fil étendre sur le chevalet avec tant do force que son corps paraissait allongé de huit piods ; il lui lit déchirer les côtés et répandre son sang en abondance, brûler le corps avec des tlambeaux ardents; et après l'avoir affligé par toutes les tortures imaginables, il l'immola par leglaive à sa fureur : » Iratus JuUanus j issit cum in coulis forlius lendi ; cuinque (unibus quibusdam et trocleis (uisset extensus, in tantum tendcbanlur nervi ejus, ut oeto esse pedum viderclur sanctus Ùei me tyr. [Ad. martyr, sub Julian.)

(95) Vide plura, et iujniania. ir.iudilaque spu I S Greg. Naz. oraL. 3 in Julian,

OEUYHES COMPLETES VE DE LA CHETARD1E.

« 11 fit périr dans les tourments Juventin et Maxirain. On ne finirait point ces sortes <ie récits inhumains. L'Eglise honore la mémoire de saint Jean et de saint Paul, que Julien fit aussi mourir cruellement par la haine qu'il portait à la religion : et VHistoire ecclésiastique, aussi bien que les Actes des martyrs, fournissent un grand nombre d'exemples semblables. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que ce furent les évoques, et particulièrement ce Marc d'Are tuse, qui lui sauvèrent la vie dans sa tendre jeunesse, lorsque Constance voulait le l'aire mourir, et qui le cachèrent sous le saint autel de l'église, comme portent les Actes du martyre de saint Basile d'Ancyre. Toutes ces cruautés furent exercées par cet empereur apostat, ou par son ordre, ou du moins par l'impiété des peuples qui étaient persuadés que c'était Jui faire plaisir, et qu'ils n'en seraient point punis, ni repris, de sorte que les Chrétiens fuyaient de tous côtés par les bourgs et par les villes, et il y en eut un très-grand nombre de tués et dont on crucifia une partie, comme pour insulter à la religion de Jésus-Christ. »

Mais il ne s'en prit pas seulement aux personnes du commun, les premiers officiers de J'empire sentirent les effets de son impiété : voici un fait rapporté par Théodoret, qui justifie cette vérité.

« D'autres personnes, » dit-il, << élevées aux charges, remportèrent de semblables couronnes pour avoir parlé en faveur de la religion chrétienne. Valentinien, que nous verrons bientôt sur le trône, étant pour lors tribun des soldats qui gardent le palais, fit paraître l'ardeur du zèle qu'il avait pour la pureté de la foi. Comme cet extravagant empereur entrait tout transporté de joie dans le temple de la Fortune publique, et que les prêtres étaient aux deux côtés de la porte avec de l'eau, pour purifier, selon leur imagination, ceux qui étaient près d'entrer, une goutte tomba sur l'habit de Valentinien qui marchait devant l'empereur. Il frappa le prêtre de la main, et lui dit qu'il le salissait au lieu de le purifier. Il mérita par cette action de posséder peu après l'empire. Julien, qui en avait été témoin, le relégua à un fort assis au delà du désert. A peine un an et quelques mois étaient écoulés, que la générosité avec laquelle il avait fait profession de la religion chrétienne fut récompensée de l'autorité souveraine.

« Mais, » dit Sozomène, « puisque je suis engagé si avant dans ce discours, et que j'ai fait le récit de la mort de Georges et de Théodore, je crois devoir aussi raconter celle des trois frères Eusèbe, Nestabe et Zenon. Les habitants de la ville de Gaza, étant animés contre eux d'une haine trèsviolente, allèrent les prendre dans leur maison, où ils s'étaient cachés, les fustigèrent avec la dernière cruauté, et les enfermèrent dans une affreuse prison. S'étant ensuite assemblés au théûtre, ils commencèrent à déclamer contre eux et à se plaindre de ce qu'ils avaient violé la sainteté de leurs

temples et avaient abusé du pouvoir que le règne précédent leur avait donné, pour déshonorer et pour détruire, s'il leur eût été possible, leur religion. En criant de la sorte, ils s'animèrent si fort les uns les autres, qu'ils coururent en foule à la prison, les en tirèrent avec une fureur non pareille, les traînèrent par les rues et par les places publiques, tantôt sur le ventre et tantôt sur le dos, et les battirent sans cesse, les uns à coups de pierres, les autres à coups de bâton. J'ai ouï dire qu'il y eut des femmes qui quittèrent leur ouvrage pour les aller piquer avec la pointe de leurs fuseaux, et que les cuisiniers sortirent de leurs cuisines pour jeter sur eux l'eau bouillante de leurs marmites et pour les percer avec leurs broches. Quand ils les eurent déchirés en pièces, et qu'ils eurent, répandu leur cervelle sur le pavé, ils les traînèrent hors de la ville, au lieu où l'on jette les corps des bêtes; et y ayant allumé un grand bûcher, ils les brûlèrent, et mêlèrent les os que le feu n'avait pu réduire en cendre avec les os des ânes et des chameaux, afin qu'il fût malaisé de les distinguer. »

Tant de cruautés exercées contre les Chrétiens, pour ne pas rapporter celles d'Alexandrie, de Gaza, d'Héliopolis, d'Arétuse et d'un grand nombre d'autres lieux, demeurèrent impunies sous Julien, qui même déposa un gouverneur de province pour avoir voulu réprimer ces violences, demandant quel grand mal il y avait que les païens massacrassent quelques Galiléens, appelant ainsi par dérision les Chrétiens, pour se venger de l'injure que leurs dieux en avaient reçue; et il voulut que ce gouverneur eut à grâce la vie qu'il lui laissa0 « Et pour lors, comme si la bride eût été lâchée aux infidèles, ils se jetèrent avec impétuosité sur les Chrétiens. Ceux qu'on nommait .philosophes, et qui sous ce nom exerçaient l'art magique, accoururent aussi de toutes parts pour les massacrer, se portant de plus a des sacrifices abominables qu'ils imaginèrent , prenant des enfants de l'un et de l'autre sexe, les immolant au démon, regardant curieusement leurs entrailles pour en tirer des augures, et enfin se repaissant de leurs chairs. «N'est-ce donc pas ici l'endroit déplacer ces paroles, ou plutôt n'est-ce pas ici le lieu où elles trouvent leur parfait accomplissement? C'est ici que se verra la patience des saints qui gardent les commandements de Dieu et la foi de Jésus; et en ce moment f entendis une voix du ciel qui me dit : Ecrivez : Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur. Désormais, dit l'Esprit, ils se reposeront de leurs travaux, car leurs œuvres les suivent. Hic patientia sanctorum est, qui custodiunt mandata Dei, et fidem Jesu. Beati mortui qui in Domino moriuntur.

Mais après avoir vu la fureur de Julien et de ses ministres idolâtres contre le corps mystique de Jésus-Christ, il faut considérer h présent une partie de leur impiété contre Jésus-Christ mC'me. Voici ce qu'en écrivent

L'APOCALYPSE EXPLIQUEE

Théodore! (lib. m, c. 12) et Sozomène. (Lib. v, c. 8.)

« Julien commanda de porter à l'épargne les vases qui servaient à la célébration des mystères, et fit fermer la grande église, qui avait autrefois été bâtie par Constantin : de sorte qua les ariens, qui la possédaient en ce teni|)S-là, ne purent plus s'y assembler. Félix, trésorier de l'empereur, et Elpide, receveur du domaine, ou, comme les Romains l'appellent, comte des largesses privées, qui, à ce qu'on dit, avaient outrefois fait profession de notre religion, et y avaient depuis renoncé par complaisance pour le prince, entrèrent dans l'église avec Julien, gouverneur de tout l'Orient. On dit que ce dernier fit de l'eau sur l'autel et donna un soufflet à Euzoius, qui voulait empêcher ce sacrilège : jil ajouta que la Providence ne prenait aucun soin des affaires des Chrétiens. Félix, considérant les vases que Constantin et Constance avaient fait faire avec la plus grande magnificence qui leur avait été possible : Voilà, dit-il, les vases dans lesquels on sert le Fils de Marie.

« Ce Julien, oncle de l'empereur, ayant alors entrepris d'enlever quantité d'ornements et de vases précieux, pour les porter au trésor de 1 empereur, fit fermer l'église. Les ecclésiastiques s'étonl enfuis, il n'y eut qu'un prêtre, nommé Théodore, qui avait charge de garder ces ornements, qui demeura. Julien, gouverneur d'Egypte, s'étant saisi de lui, le fit tourmenter; et parce qu'il ne répondait pas à son gré au milieu des tourments, et qu'il défendait sa religion avec une fermeté inébranlable, il commanda de lui trancher la tête; il pilla après cela les vases sacrés, les jeta à terre, se mit dessus et s'en moqua avec une impiété incroyable. »

Rien n'égale toutefois l'audace de Julien l'Apostat. Voici ce qu'il fit, au rapport de Sozomène (lib. v, c. 20), par un mouvement d'une vengeance impie. Ayant su que le tonnerre avait renversé le temple et brisé la statue d'Apollon adoré à Daphné, sans doute par la veitu du saint martyr Rabylas, dont la châsse reposait près de là, avant qu'il l'eût fait enlever, ainsi qu'on a vu, « il manda au gouverneur de Carie de faire brûler quantité d'églises où reposaient diverses reliques des martyrs, principalement dans le voisinage d'Apollon Didyméen, non loin de la ville de Milet, d'en renverser les autels et les voûtes, et de démolir celles qu'on avait commencé de construire.

« Apprenant aussi qu'il y avait dans la ville de Césarée do Philippe en Phénicie une statue du Sauveur, que cette hémorroïsse dont il est parlé dans l'Evangile avait élevée en reconnaissance d'avoir été guérie d'un flux de sang, cet impie la fit abattre, et fit mettre la sienne en sa place. Mais le feu du ciel tomba dessus à' l'heure même, la renversa, en brisa la tête, la perça et attacha celte tête à l'endroit du cœur. On la voit encore aujourd'hui noircie du coup de foudre. Celle du Sauveur fut traînée et rompue par les païens; mais clic a été depuis refaite

par les Chréliens et placée dans l'église:» Cum certior factas esset Cœsarcœ Philippi (est ea quidem urbs Phœniciœ, quam Paneadem vocant) prœclaram esse Christi statuant, quam millier quœ sanquinis profluvio laborabat, cum esset morbo liberala , ibi collocaverat; eam deturbavit, suamque ejus loco posuit : quo facto, iqnis violcnlus de cœlo delapsus, staluam i liant circiter pectus persecuit, caputque una cum collo in terrain dejecit, atque in faciem humi ea in parte defixit, quœ fuerat a pectore divulsa : ex quo quidem tempore ad hocliernum cliein alra, tanquam fuhuinis iclu ambusta manet.

Qui pourrait dire les autres blasphèmes, impiétés et sacrilèges de Julien contre Jésus- Christ et ses saints? 11 vaut mieux les ensevelir sous le silence que de les rapporter ici. Tout le monde les sait, et les historiens de ce lemps-là les décrivent assez.

Mais voici la vengeance divine qui s'apprête à son tour, et qui va répandre le sang de ses ennemis et des persécuteurs de son Eglise.

li. Je regardai encore, et je vis une nuée blanche sur laquelle quelqu'un était assis, qui ressemblait au Fils de l' Homme, et qui avait une couronne d'or sur sa tête et une faux tranchante dans sa main.

15. Alors un autre ange sortit du temple, criant à haute voix à celui qui était assis sur la nuée : Servez-vous de votre faux, et faites la moisson, parce qu'il est temps de moissonner , car la moisson de la terre est nuire.

16. Celui donc qui était sur la nuée porta sa faux sur la terre, et la terre fut moissonnée.

C'est-à-dire que Jésus-Christ, le Roi de gloire, insulté jusque dans ses temples et sur ses autels, et dont on avait si cruellement massacré les ministres, paraît dans les airs la faux à la main , pour punir ces sacrilèges comme ils méritent. En voici un échantillon d'un nombre très-grand qu'où laisse.

« L'extravagance et l'impiété de ces deux ennemis de la religion, dont on vient de parler, » dit Théodorel, « furent suivies d'un prompt châtiment. Julien fut attaqué, à l'heure même, d'un mal qui lui rongeait de telle sorte les entrailles, que, ne pouvant plus donner passage aux excréments, elles les firent remonter jusqu'à cette bouche si sale, dont il s'était servi pour avancer ses blasphèmes. On dit que sa femme, qui était chrétienne, lui parla de cette sorte: « Vous devez louer le Sauveur de ce qu'il vous fait sentir sa puissance par ce châtiment ; car si, au lieu de vous frapper comme il a fait, il avait usé de sa patience ordinaire, vous n'auriez pas su à qui vous avez déclaré la guerre. « Ayant appris ainsi de sa femme, et des douleurs qui le pressaient, la cause de sa maladie, il supplia l'empereur de rendre l'église à ceux auxquels il l'avait ôlée. Mais il mourut sans avoir obtenu de lui cette demande. Félix fut aussi frappé de la main do Dieu • tout son sang sortit de ses veines, pour couler jour et nuit par sa bouche, lui

a mort

le perdant il perdit la vie , et trouva éternelle. »

Cette relation est parfaitement conforme à ce qu'écrivent les autres historiens touchant ce même fait, et particulièrement Sozomène, dont voici les termes.

« Mais sur-le-champ Julien fut puni de cette impiété : car ses parties naturelles se corrompirent, les chairs d'alentour se résolurent en pourriture, et produisirent une si effroyable quantité de vers, que les médecins avouèrent que la malignité de cette corruption était au-dessus de la force de leur art. Ils éprouvèrent pourtant tous leurs remèdes, de peur d'encourir les mauvaises grâces de l'empereur. Ils appliquèrent sur ces chairs pourriesles plus gras oiseauxqu'ils purent trouver, pour attirer les vers au dehors ; mais cela ne servit de rien, parce qu'à mesure qu'ils en tiraient, il s'en formait d'autres qui rongeaient toujours les chairs, et qui ne cessèrent point de le consumer jusqu'à ce qu'ils lui eussent ôté la vie. Tout le monde crut que Dieu lui avait envoyé cette maladie pour le punir de son impiété, et cela est d'autant plus probable, que le trésorier des deniers destinés aux largesses de l'empereur, et quelques autres officiers considérables de la cour périrent misérablement pour avoir déshonoré la sainteté de notre religion : » Quo facto, statim Juliani genitalia, et circumposita ad meatus necessarios loca corrupta sunt, et caro illaram partium compulresccns, in vernies ebulliit

Et quant à ces impies qui s'étaient repus du foie même et des entrailles des martyrs, ïhéodoret en rapporte le châtiment en cette manière : « La justice divine ne manqua pas de découvrir et de châtier une inhumanité aussi barbare que celle-là. Tous ceux qui y eurent part, perdirent premièrement leurs dents qui tombèrent l'une après l'autre; ils perdirent ensuite leurs langues qui pourrirent dans leurs bouches, et enfin les yeux, et reconnurent par tant do disgrâces survenues successivement, la puissance de la religion qu'ils avaient si injustement persécutée : » Quotquot enim hujus piaculi participes fuerant, primumquidein spoliati sunt dent ibus, gui universi simul ipsis exciderunt,postea vero linguas quoque amisere, quœ putredine consumptœ ipsœ quoque defluxerunt : postremo oculis etiam orbali sunt, et quanta vis esset reiigionis, calamitatibus suis prœdicarunt.

Et pour ce qui regarde Julien, outre tout cequ'onadit ci-dessus des punitions que J)ieu exerça sur lui, voici encore ce que nous en trouvons dans l'histoire, et qui nous découvre manifestement que son désastre fut un châtiment de son impiété, et l'exécution d'un ordre donné dans le sacré sénat des saints, dont l'apôtre vient de parler au commencement de ce chapitre. Voici les paroles de Sozomène :

« Tout le monde reçoit d'un commun consentement une histoire par laquelle il paraît que ce fut un elfet de la justice divine : j'ai

oui dire qu'un de ses amis eut la vision que je raconterai en cet endroit.

« Allant le trouver en Perse, il s'arrêta sur le soir dans une rue, et, faute d'outre logement, il coucha dans une église ; il y vit durant la nuit, soit en songe ou autrement, une assemblée d'apôtres et de prophètes qui se plaignaient des outrages que l'empereur avait faits à l'Eglise, et qui conféraient touchant les moyens d'y apporter remède. Après plusieurs avis et plusieurs considérations proposés de part et d'autre, il yen eut deux qui se levèrent, etqui ayant exhorté l'assemblée à ne s'inquiéter de rien, partirent comme pour aller dépouiller Julien de l'autorité souveraine. Celui qui avait eu celte vision, ne continua pas son voyage, mais en attendant l'accomplissement de sa vision avec inquiétude, il passa la nuit suivante au même lieu, où il vit encore la même assemblée. Ceux qu'il avait vus partir retournèrent, et apportèrent la nouvelle de la mort de Julien.

« Le même jour, Didyme philosophe chrétien, qui demeurait à Alexandrie, et qui percé d'une vive douleur, tant de l'aveuglement de Julien, que de l'injustice avec laquelle il persécutait l'Eglise, s'adonnait continuellement au jeûne et à la prière, s'endormit sur le soir dans sa chaise, et étant comme en extase et hors de lui-même, il vit des chevaux blancs qui couraient en l'air, et il entenditdire à ceux qui étaient dessus :. Allez dire à Didyme que Julien vient d'être tué : qu'il se lève, qu'il mange, et qu'ii dise cette nouvelle à Athanase : » Somno oppressus est, ac velut in mentis excessu positus, equos candidos per aerem discurrentes videre sibivisus est, virosque ipsis insidentes ila clamantes audire : Nuntiate Dydimo, hodieJulianum hac ipsa hora peremplum esse , idque Ule Athanasio episcopo significet , et surgens comedat , etc.

« J'ai ouï dire qu'un ami de Julien a eu ces deux visions. L'événement a fait connaître que ni l'une ni l'autre ne s'éloignaient de la vérité. Que si quelqu'un veut encore croire qu'elles ne suffisent pas pour faire voir quo la mort de Julien fut un châtiment dont la justice divine a voulu punir la fureur avec laquelle il avait persécuté l'Eglise, qu'il prenne la peine de rappeler dans sa mémoire la prédiction qu'un ecclésiastique fit au temps que Julien se préparait à la guerre contre les Perses, et qu'il se vantait que quand il l'aurait achevée, il traiterait les Chrétiens avec beaucoup de rigueur, et que le Fils du charpentier ne pourrait alors les secourir : cet ecclésiastique assura que ce Fils de charpentier lui faisait un cercueil pour l'enterrer. Il reconnut bien lui-même d'où était parti le coup dont il était percé; car on dit qu'il prit du sang qui coulait de sa plaie, et qu'il lo jeta contre le ciel, comme s'il eût vu Jésus-Christ, et qu'il l'eût jeté contre lui, et qu'il lui reprocha sa mort. D'autres disent que ce fut contre le so-

indignation

ici! qu'il jeta son sang par

ce qu'il l'avait abandonné, bien qu'il

présidé £ sa naissance. »

de eût

L'APOCALYPSE EXPLIQUEE

Est-ce donc en vain, si Jésus-Christ paraît avec une faux à la main, puisqu'il prend une vengeance si insigne de ses ennemis, et qu'il les punit suivant leurs mérites, sans que ni Julien, non plus que ses parents, ses complices et ses ministres, puissent se dérober à son indignation, laquelle même, pendant tout le temps de son règne, se tit sentir à tous les sujets de l'empire, ainsi que saint Jérôme et Sozouaène l'ont remarqué?

« Il est certain, » disent-ils, « que Dieu a donné des marques de sa colère durant tout le règne de ce prince, et qu'il a répandu des calamités publiques sur diverses provinces de J'empire : » Certe quandiu imperator iste regnavit, Deus perpetuo indignari visus est, et in multis prorinciis Romanos diversis calamitatibus afflixit... Il a ébranlé la terre par des tremblements si furieux, qu'il n'y avait p;»s moins de danger hors des maisons que dedans. Ce que j'ai ouï dire me donne lieu déformer une conjecture, que ce fut sous le règne de ce prince, ou au moins dans le temps qu'il jouissait de la dignité de césar, que la mer passa ses bornes et inonda Alexandrie avec une telle furie , que quand elle fut retirée, on trouva des bateaux sur la couverture des maisons : Ea tempestate terrœmotxi totius orbis, qui post Jutiani mortem accidit, maria egressa sunt terminos suos, et quasi rursus Deus diluvium minaretur, vel in antiquum chaos redirent omnia, notes ad prœrupla delatœ montium pependerunt. (S. Hier., Vita S. Hilar.)

Tout cela ne suffit pas pour remplir les paroles de notre texte : Je vis sur une nuée blanche quelqu'un assis, qui ressemblait au Fils de l'Homme, ayant une couronne d'or sur la tête, et une faux tranchante dans sa main , à qui un ange sortant du temple cria à haute voix : Prenez votre faux, et fuites la moisson, parce qu'il est temps de couper, et que la moisson de la terre est mûre; de sorte que celui qui était sur la nue porta sa faux sur la terre, et la terre fut moissonnée ; « Mittefalcem tuam , et metet, quia venit hora ut metatur, quoniam aruit messis terrœ; et demessa est terra. » C'est-à-dire que pendant le règne et incontinent après la mort de cet apostat , les sujets de l'empire sont ravagés, les Barbares se répandent à torrents dans les provinces, et emmènent un nombre infini de captifs ; tout est rempli de sang et de meurtre; l'empire attaché au culte des faux dieux ne se convertit pas, malgré le zèle de Constantin , de Valentinien et de Théodose: Valens permet l'exercice du paganisme. Le tyran Maxime laisse renaître le culte des démons : Eugène le relève hautement; le fils de Stilicon le favorise; Attalus païen en promet dans Rome Je rétablissement; le peuple blasphème, et croit que le seul remède à ses maux est de recourir à l'idolâtrie ; le christianisme est détesté comme la cause de la destruction de l'empire; c'en est fait, il faut qu'il soil moissonné par la faux de la justice divine. Attila ravage l'Europe d'une manière épouvantable, et couvre les champs Cata'auni-

ques de cinq cent mille morts; Alaric désole l'Orient ou la Grèce ; Athanaric le nord ; Genséric le midi; Théodoric le couchant : tout se détruit], tout se confond, tout se bouleverse ; le moissonneur, dans une riche campagne, ne coupe pas tant d'épis avec la faucille, ni le vendangeur de raisins, que le glaive barbare moissonne de peuples dans l'empire, et cela dans la conjoncture du temps où nous sommes; pour ne pas dire que le débordement de tant de peuples et de nations eurent bientôt consumé les fruits de la terre, les blés et les vins, et réduit le monde dans une extrême disette : Eucherius adeonciliandum sibi favorem paganorum, restitutionc templorum, et eversione ecclesiarum imbuturum se regni primordia minabatur.

Valens impunitatem concessit gentibus : idololatriœ mysteria superstitionis impiœ obierunt , et cœca opinio a Juliano post morlem Juliani exstincta, revirescere ccepit istius imperatoris permissu : atquc Dialia, Dionysia, et Cereris festa non in occulto peragebant pagani, sed per médium forum bacchantes cursitabant. (Theodor., lib. x, c. 24.)

« Témoin l'illyne, » disait saint Jérôme (£"pist. ad Ager., cire, lin.), « témoin la Thrace, témoin le pays où je suis né, et où, excepté le ftiel et la terre,etlesroncesquisesontélevées, tout a péri : » Testis lllirycum, testis Thracia, testis in quo orlus sum solum, ubi prœter cœlum et terrain, et crescentes vêpres, et condensa silvarum, cuncta perierunt. « Des nations innombrables et infiniment féroces , disait-il ailleurs, ont envahi toutes les Gaules. Tout le pays renfermé entre les Alpes et les Pyrénées, l'Océan et le Rhin est en proie aux Barbares : le Quade, le Vandale, leSarmate, l'Alain, le Gépide, l'Hérule,le Saxon, le Bourguignon , l'Allemand, et, ô malheur déplorable pour ma patrie 1 les Pannoniens nos implacables ennemis, ont tout ravagé, etc. Tout est désert, à l'exception de quelques villes que le glaive extermine au dehors, et que la famine dépeuple au dedans. Qui sera sauvé, si Rome périt? Si j'avais une centaine de langues et autant de bouches, une voix de fer, je ne serais pas capable de raconter les supplices des captifs, ni les noms des morts : » Jnnumerabiles et ferocissimœ nationes universas Gallias occuparunt ; quidquid inter Alpes et Pyrenœum est, quod Oceano et Rheno intercluditur, Quadus, Yandalus , Sarmata, Alani, Gepides, Eruli, Saxones , Burgundiones , Allemanni , et, o lugenda respublica ! hostes Pannonii vastarunt, etc., prœter paucas urbes populata sunt cuncta, quas et ipsas foris gladius, intusvastat famés. Quid salvum est si Roma périt? Non mihi si lingues cer^um, sinl oraque centum ferrea vox, omnes captorum dicere pœnas, omnia cœsorum percurrere nornina possem.

C'est ainsi que saint Jérôme déplore la désolation des provinces de l'empire, sans que tant de calamités pussent obliger les Romains d'abandonner 'eur idolâtrie, unique cause de leurs malheurs : « Nous sentons, continue ce saint, que Dieu est irrité , et nous ne nous mettons point en peine de

l'apaiser; nos péchés rendent les Barbares victorieux : nos vices sont cause de la défaite des armées romaines : et comme si tant de désastres ne suffisaient pas pour notre ruine, les guerres civiles consument plus de citoyens, que le glaive étranger n'en immole : » Offensum sentimus, et non placamus JDeum : nostris peccatis Barbari fortes sunt : nostris vitiis Romanus super atur exercitus , et quasi non hœc sufficerent cladibus, plus pêne bella civilia, quam hostilis mucro consumpsit.

Après ce discours, qu'est-il besoin de chercher d'autre interprétation à ce passage, et de demander, comment est-ce qu'après la mort de Julien, et en punition de ses idolâtries,;; et de celles de l'empire romain la faux de la juslice;divine moissonna Ja terre, ôtant de dessus les impies qui la profanaient? Il est même remarquable que cette expression de V Apocalypse en ce lieu : Et la terre fut moissonnée : « Et demessa est terra: » se trouve employée par les auteurs du temps, pour signitier un grand carnage, comme pour mettre un plus évident rapport entre l'histoire et la prophétie, suivant la pensée de saint Jérôme : Quod historiée prophetia sit copulata. En effet, Lactance rapportant le massacre de toute une armée païenne, commandée par un empereur ennemi et persécuteur des Chrétiens, et la victoire célèbre qu'on obtint contre lui par un secours visible d'en haut, dit ces paroles : « Il y avait un champ, dans lequel les armées étaient rangées en bataille, et les légions païennes furent moissonnées par le glaive des soldats que Dieu, protégeait : » Campus

intererat sterilis et nudus cœdebatur acies

ejus impune, et tantus numerus legionum, tanta vis militum, a paucis metebatur. Les païens avaient moissonné les Chrétiens; mais leur faulx n'avait fait que les multiplier, selon cette parole célèbre de Tertullien : Plurcs effmmur, quoties melimur a vobis; semen est sanguis Christianorum : Les païens à leur tour seront moissonnés, mais la faux qui les moissonnera, les exterminera sans ressource : Et misit qui sedebat super nubem, falccm suam in terrain, et demessa est terra.

Mais voici encore de nouveaux effets de Ja vengeance divine, et de nouveaux châtiments de l'idolâtrie de Julien, et de l'empire idolâtre.

17. Et un autre ange, qui avait aussi une faux tranchante, sortit du temple qui est dans le ciel.

18. Et il sortit de l'autel un autre ange qui avait pouvoir sur le feu; et il cria à haute voix à celui qui avait la faux tranchante : Portez votre faux tranchante dans la vigne de la terre, et en coupez les raisins, parce qu'ils sont mûrs.

19. Alors cet ange porta sa faux tranchante dans la vigne de la terre, et il en coupa tous les raisins, et les jeta dans la grande cure de la colère de Dieu.

30. Et on foula la cuve hors de la ville, cl il en s.orlit du sang en si grande abondance,

que les chevaux en avaient jusqu'au frein dans l'étendue de mille six cents stades.

Ce n'est pas assez que le menu peuple, qui n'a rien desublime et d'élevé, soit châtié et moissonné, et les provinces pillées et ravagées, l'ange.préposé au feu, c'est-à-dire, au premier des éléments, va exterminer les principaux auteurs de l'idolâtrie et de l'impiété ; les rois et les empereurs, les grands et les nobles, les hauts officiers et les capitaines, avec la noblesse et la milice, qui sont comme la force et la vigueur d'un Etat, représentés par le feu et par le vin, vont être jetés dans le pressoir de la colère de Dieu, d'où leur sang découlera à torrents : Mittite falces, quoniam maturavit messis : venile et descendue, quia plénum est torcular : exubérant torcularia, quia multiplicala est malitia eorum. (Joël, m, 13,)

[363, 378, 388, 3%.] Julien avec une partie de son armée', périt par le fer; Valens le cruel persécuteur de l'Eglise, et le fauteur du paganisme, percé d'une flèche et brûlé vif, voit son armée taillée en pièees avec une effusion horrible du sang romain.

Maxime avec ses armées belliqueuses de terre et de mer, est défait sans ressource, et mêle son sang à celui de ses soldats. Eugène avec ses faux dieux, ses idolâtres et ses troupes immenses, passe par le tranchant de l'épée. On nage dans le sang romain de tous côtés, les eaux des rivières changent de couleur à un tel carnage, comme les historiens de ce temps l'écrivent en termes formels : « Combien de ileuves ont vu leurs eaux rougies par le sang humain? disait saint Jérôme à Héliodore : » Quantœ fluviorum aquee humano cruore mutatœ sunt! et on le verra plus au long dans un moment. Jornandès décrivant la célèbre bataille des champs Catalauniques, assure, que la petite rivière de la campagne où se donna la bataille qu'il décrit, et qui ne semblait qu'un ruisseau, enflée du sang des soldais tués, se grossit extrêmement, et devint un torrent par les ruisseaux du sang humain qui y découlèrent de toutes parts : Jiivulus memorati campi, hitmili ripa prolabens, peremptorum vutneribus sanguine mullo provectus, lorrens faclus est cruoris augmento.

De sorte que l'empire pouvait bien dire alorsavec le prophète, que le Seigneur l'avait vendangé au jour de sa fureur : Quoniam vindemiavit me in die irœ furoris sui. (Thren. i, 12.) Tout cela néanmoins se passe encore hors l'enceinte des murs delà ville de Rome, extra civilatem, dit notre texte, et la capitale de l'empire aura un sort distingué dans la prophétie. C'est ce qui arriva incontinent après la mort de Julien, et ce que rapporte de lui Sozomène (L. v, c. 1) vient fort naturellement en cet endroit : « Julien passant par l'Illyrie, dit-il, lors qu'il allait pour se mettre en possession de l'empire, tout d'un coup les vignes se trouvèrent chargées de grappes de raisin, quoique la saison des vendanges fût passée, et il tomba sur lui et sur sa suite une roséo dont chaque gou'lle avait la ligure d'une croix. »

L'APOCALYPSE EXPLIQUEE

Or, quoique toutes ces choses se soient accomplies lors de la destruction de l'empire romain,et que ces accidents terri blés en aient été les avant-coureurs, cependant il faut toujours se souvenir que ce ne sont que des crayons de ce qui arrivera à la fin du monde, lors de la ruine de l'empire de l'Antéchrist, dont celui

de Rome ne fut que la peinture, ainsi que la venue de Jésus-Christ décrite ici , pour punir les idolâtres, celle de son grand et dernier avènement , pour exterminer l'Antéchrist et ses sectateurs, représentés par Julien et ceux qui conspirèrent avec lui contre l'Eglise.

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