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LAPOCALYPSE EXPLIQUEE.
pour avancer relie entreprise : car, quoique les infidèles n'aimassent pas les Juii's. ils étaient bien aises en cela d'affliger les Chrétiens, et de montrer la fausseté des prédictions du Sauveur.
« Alors Cyrille, évêque de Jérusalem, se souvenant de cette prophétie écrite en Daniel et confirmée parje Sauveur, dit en présence de plusieurs personnes, qu'elle serait bientôt accomplie en ce nouveau temple, et qu'il n'y deaieurerait pas en effet pierre sur pierre.
« Cette multitude incroyable de personnes commencèrent à travailler dans le môme endroit où le temple avait autrefois été, et a démolir ce qui en restait encore, afin de faire un ouvrage tout neuf, vérifiant ainsi de plus en plus qu'il n'y demeurerait pierre sur pierre. Ensuite ils se mirent à creuser la terre : or il arriva premièrement que les immondices et les démolitions qu'ils avaient portées durant le jour dans une vallée voisine, furent rapportées durant la nuit au lieu d'où elles avaient été tirées.
« De plus, ayant démoli le reste des anciens fondements du temple, dans l'espérance de les faire tout de neuf, il s'éleva des vents et des tourbillons qui dissipèrent le plâtre, la chaux, et tous les autres matériaux, les faisant voler de côté et d'autre.
« Il y eut la nuit suivante un grand tremblement de terre qui ébranla les fondements qui restaient de l'ancien temple, et les jeta en l'air avec les bâtiments d'alentour : les Juifs en ayant été extraordinairement épouvantés, accoururent de toutes parts sur le lieu, et quand ils furent arrivés, ils virent un autre prodige. Ce fut un feu descendu du ciel, qui consuma, durant tout le jour, les marteaux, les ciseaux, les scies, les haches et tous les instruments des ouvriers, et brûla plusieurs de ceux qui travaillaient aux fondements, obligeant les autres à s'en retirer.
«. De terribles globes de feu, dit Ammien Marcellin, sortirent des fondements qu'ils avaient auparavant ébranlés par des secousses violentes ; les ouvriers, qui recommencèrent souvent l'ouvrage, furent brûlés à diverses reprises ; le lieu devint inaccessible, et l'entreprise cessa.
« Il leur arriva un autre accident très-fâcheux, c'est qu'une galerie étant tombée la nuit du jour auquel ils devaient poser les nouveaux fondements, plusieurs Juifs qui reposaient dedans en furent écrasés.
« Cette nuit-là même, et le jour suivant, on vit paraître dans l'air la ligure d'une croix toute éclatante de lumière, environnée d'un cercle brillant, laquelle s'étendait depuis le Calvaire jusqu'au mont des Olives : et le lendemain les babils des Juifs se trouvèrent tout parsemés de croix, qui, néanmoins, au lieu d'être éclatantes comme celles qui avaient paru en l'air, étaient sombres et tirant sur le noir, sans que jamais ils pussent les effacer. Quelques-uns d'eux effrayés voulurent se réfugier dans l'église des Chrétiens; mais ils n'y purent entrer,
repoussés par une force invisible qui leur en rendit l'entrée inaccessible : il en sortit même une flamme qui en brûla et consuma quelques-uns, et fit perdre divers membres aux autres.
« Tbéodoret ajoute que, dès que quelques personnes s'entretenaient de ces merveilles, soit Chrétiens ou autres, ils voyaient aussitôt leurs habits se remplir de ces croix, dont la beauté surpassait celle de la plus riche broderie : merveille qui n'arriva pas seulement alors en Jérusalem, mais encore à Antioche et en d'autres villes, dit Théophane, qui assure que les ornements des églises,et tout ce qui couvrait ies autels, se trouvèrent marqués du sceau de !a croix.
« Le reste des Juifs voyant ces grands prodiges, appréhendèrent d'être frappés de quelque plaie plus terrible, et s'en retournèrent en leurs maisons, confessant que celui que leurs ancêtres avaient autrefois crucifié, était vrai Dieu, et qu'il n'avait pas le rétablissement du temple agréable. Quelques-uns d'eux s'élaut présentés peu de temps après à l'église, reçurent le saint baptême , et lâchèrent d'effacer leurs fautes par leurs prières et par leurs larmes. D'autres, désespérant du rétablissement de leur loi, se firent païens. Tout ceci fut rapporté à Julien par .Alipius, qui, aidé du gouverneur de la province, hâtait l'ouvrage de la part du prince. Mais cet apostat ne fit que s'endurcir comme un autre Pharaon. » Pour revenir où on en était, il est aisé d'inférer de la doctrine des premiers Chrétiens, rapportée par saint Jérôme, que l'.ipplication d'une prophétie , dans son sens prochain et immédiat, ne cadre jamais juste clans toutes ses parties, et qu'il reste toujours diverses circonstances et expressions qui ne se vérifieront que dans le sens le plus éloigné et dernier, et qui, en attendant, causent des obscurités , lesquelles peuvent bien faire regarder cette première application comme imparfaite , mais non comme fausse: autrement il faudrait dire que la prophétie de David ne s'entendait pas de Salomon, ni celle de Daniel, d'Antiochus , parce qu'il y a des particularités qui n'ont eu leur accomplissement qu'en Jésus-Christ, ou qui ne l'auront qu'à la fin du monde. Ainsi lorsqu'il est parlé, dans ce chapitre, du nombre du nom de la bête, de son caractère et du faux prophète qui séduit les habitants de la terre, et qui la fait adorer; et quand il sera parlé, dans les sept plaies suivantes, de ces trois esprits impurs qui sortent de la gueule du dragon, et qui iont des prodiges, de ces rois de la terre assemblés à Armagedon, de ce carnage si grand, que le sang vient jusqu'au frein des chevaux ; on ne peut pas trouver étrange si l'on dit que le parfait dénouaient de ces secrets est réservé pour la fin des siècles, quoiqu'ils se soient accomplis en partie, et quant aux autres circonstances, lors du règne de Julien et de la destruction de Rome et de l'idolâtrie, figure de l'Antéchrist, et de la ruine de son empire; tout ainsi que qui au-
rait expliqué les prophéties de David du temps d'Esdras, c'est-à-dire après Salomon, mais avant Jésus-Christ, eût pu soutenir avec raison, qu'ellesauraientété accomplies en partie seulement en la personne de Salomon, et qu'elles achèveraient de s'accomplir tout à fait en Jésus-Christ ; car c'est dans une semblable situation qu'il faut se meltre ici.
Cependant pour achever la comparaison de Julien avec l'Antéchrist, on peut dire, après ses historiens, qu'il fut détruit par l'illustration de la venue de Jésus-Christ, comme le sera ce dernier impie, au langage de saint Paul : car c'est ainsi que Sozomène (lib, vi, c. 2) rapporte sa fin épouvantable.
« Que si quelqu'un veut croire encore que les visions ci-dessus ne suffisent pas pour faire voir que la mort de Julien fut un châtiment dont la justice divine voulut punir la fureur avec laquelle il avait persécuté l'Eglise, qu'il rappelle dans sa mémoire la prédiction qu'un ecclésiastique fit en ce même temps ; car comme Julien se préparait à la guerre contre les Perses, et qu'il se vantait que quand il l'aurait achevée, il traiterait les Chrétiens avec beaucoup de rigueur, ajoutant, par une dérision sacrilège, que le Fils du charpentier ne pourrait alors les secourir, et demandant, comme dit un autre auteur, ce qu'il faisait? alors cet ecclésiastique répondit que;ce Fils de charpentier faisait un cercueil pour enterrer Julien. Lui-même, ayant été blessé, connut bien de quelle main lui venait Je coup, et n'ignora pas la cause de son désastre. Car on dit que, remplissant sa main du sang qui découlait de sa plaie , il le jeta vers le ciel , et arrêtant ses yeux, comme si Jésus- Christ lui était apparu, il l'accusa de lui ravir la vie : » Quod si cuipiam hœc parumsufficere videntur ad oslendendum Julianurn ultione divina interfectum esse, propterea quod ecclesias Dei devastasset, is in animum revocet prœdictionem ecclesiastici cujusdam viri. Nam cum Julianus adversus Persas expeditionem pararel, eoque bello confecto, Christianos maie mulctalurum se minaretur, ac per ludibrium diceret, Filium fabri nullam ipsis opem afferre laliturum ; respondens illeita prœdixit : « Jste fabri Filius arcam ei ligneam parât ad tumulum. » Sed et ipse accepto demum vuinere, aliquatenus intellexil a quo lœsus fuerat , nec calamitatis suœ causum penilus ignoravil. Nam cum vulneralus esset, hauslum e vuinere suo cruorem in cœlum projecisse dicilur, velut in Christum sibi apparentent oculos conjiciens, eumque suœ necis incusans.
Ceci est conforme à ce que nous lisons dans les Actes du martyre du saint prêtre Théodoret, où il est rapporté que le sang découlant de la plaie de Julien, cet impie levant les yeux crut voir Jésus-Christ qui venait à lui, et, par une rage sans exemple, jetant son sang vers ce côté-là, confessa qu'il l'avait vaincu : C unique sanguis effllueret, aspiciens pulavit se Vominum Jesum videre; tum imptcns nianum suam de sanguine, jactavil in aéra, dicens : « Usque in agonem, Ga-
lilœe, me persequeris ? Etiain hic te negabo : satia te de sanguine, Christe, quia superasti me. »
C'est ici le lieu naturel de demander comment il faut placer ces sept têtes et ces dix cornes, premièrement sur le dragon, chap. xn; secondement, sur la bête qui soit de la mer, chap. xiii, troisièmement, sur celte bête qui porte une femme, chap. xvii, car ces trois objets reviennent au même, et souffrent les mêmes difficultés. Et ecce draco habens capita septem et cornua decem, et in capitibus ejus diademata septem : « Et voilà un dragon ayant sept têtes et dix cornes, et sur ces sept têtes sept diadèmes. » (C. xn, 3.) Et vidi de mari bestiam ascendentem, habentem capita septem et cornua decem, et super cornua ejus decem diademata, et super capita ejus nomina blasphemiœ : « Et je us une bêle qui montait de lu mer, et qui avait sept têtes, et sur ces sept têtes des noms de blasphème, et dix cornes chargées de dix diadèmes. » (C.xm, 1.) Et vidi mulierem sedentem super bestiam plenam nominibus blasphemiœ, habentem capita septem et cornua decem : « Et je vis une femme assise sur une bête pleine de noms de blasphème, ayant sept têtes et dix cornes. » (C. xvii, 3.)
1. Il semble que la bête avait une tête répondant à son corps, et différente des sept têtes; car voici comme saint Jean continue de la dépeindre : Et la bête que je vis était semblable à un léopard ; elle avait les pieds comme des pieds d'ours, et la gueule comme la gueule d'un lion : « Et bestia quam vidi similis erat pardo, et pedes ejus sicut pedes ursi, et os ejus sicut os leonis. » Or il n'est pas croyable qu'il veuille parler de la bouche de chacune des sept têtes, ni leur en donner à toutes de semblables à celle d'un lion. 11 faut donc qu'il admette une huitième tête attachée au col de la bête, et proportionnée à son corps : Et elle avait la gueule comme la gueule d'un lion : « Et os ejus sicut os leonis. » Outre laquelle il y a encore sept autres têtes qui environnent cette principale tête ; ce qu'on doit aussi dire du dragon.
2. 11 ne semble pas que ces dix cornes naissent des sept têtes : car comment ces têtes pourraient-elles porter des cornes, et tout ensemble des noms de blasphème?
joint qu'il les faut ranger comme celles du dragon : or dans le dragon ces diadèmes sont attribués aux seules têtes et non aux cornes, chap. xn, v. 3, et ici aux seules cornes, et non aux têtes, chap. xm, v. 1. Comment donc auront-elles outre cela des noms de blasphème? (lbid.)
3. Entre ces têtes on ne voit pas qu'il y en eût quelqu'une plus notable que l'autre, si l'on ne veut feindre à plaisir : Cependant pour ranger dix cornes sur sept têtes, il faudra ou en mettre quatre sur une seule, qui par conséquent devra être plus grosse que celles qui n'en auront qu'une; ou trois sur deux, ou les disperser deux à deux sur trois têtes, et cela sans raison.
h. Enfin , s'il faut i placer sur une tête quatre cornes, où trouvera-l-on a mettre
L'APOCALYPSE EXPLIQUEE
encoro sur cette môme tôle (qui doit, après tout, être petite) des noms de blasphème? (Chap. xni, 1.) Ou de quelle manière posera-ton quatre diadèmes sur quatre cornes qui sortent d'une même tête dans le dragon, comme il le faut faire? Le moyen d'ajuster ces idées aux expressions de saint Jean?
N'est-il donc pas plus vraisemblable que saint Jean vit ce monstre mystérieux de la hauteur à peu près d'un grand cheval, puisqu'il devait porter une femme superbe et magnifiquement parée (chap. xvn, 3) ; que le corps de cette bête était tacheté comme celui d'un léopard; que ses jambes ressemblaient à celles d'un ours, et sa tête à celle d'un lion (ibid.); que d'alentour cette tète sortaient dix cornes, à l'endroit où elles naissent naturellement aux autres animaux (chap. xin, 1); et que d'entre ces cornes sortaient, comme par intervalles, sept têtes allongées, ainsi que celles des serpents, et qui portaient sur leur front des noms de blasphème; (chap. xm, 1) et des diadèmes sur le haut ou sommet, quand on les regarde dans ;le dragon (chap. xii, 3) de la même façon qu'on représente certains serpents couronnés; que ces têtes paraissaient dans le dragon avec, des couronnes, et dans la
bête avec des noms de blasphème. Cette disposition est toute naturelle, et propre a vérifier ce qu'on a dit ci-dessus, chap. xn, v. 3, et ce qu'on dira ci-après, chap. xvn, v. 1 : Que ces sept têtes figurent les sept principaux tyrans idolâtres et persécuteurs du peuple de Dieu : ces sept têtes signifient sept rois (chap. xvn, 9) : Septem capita *eptem reges sunt. Et celte bête avec sa tête, dont saint Jean dira qu'elle est la huitième (chap. xvn, 11), Rome ou l'empire romain qui s'est érigé en huitième persécuteur : Et ipsa octava est; et néanmoins qui se confond avec les sept, comme le corps avec les membres et la tête, pour ne faire qu'un tout; et elle est du nombre des sept, dira-t-il au chap. xvn, 11 : Et de septem est.
Au reste, ces dix cornes ne commencent à paraître couronnées, ni par conséquent a représenter ces dix rois barbares, que sous le règne de Julien, duquel ils sont le caractère ; parce que ce fut précisément de son temps qu'ils s'incorporèrent dans l'empire dont on les avait jusqu'alors chassés : ce qu'on ne put plus ensuite, surtout depuis la défaite de Valens, arrivée peu après la mort de cet apostat [l'an 378].