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INSTRUCTION SUR L'ÉGLISE

Qu est-il bon de savoir de l'Eglise?

1° Son établissement; 2° son progrès nonobstant les persécutions et les hérésies; 3° tsa pureté malgré le relâchement des mœurs ; k° sa durée malgré l'instabilité des créatures ; 5° son essence et ses parties ; 6° sa visibilité et ses marques; T ses biens, qui sont :1a communion des saints, la rémission des péchés, la résurrection de la chair et la vie éternelle. Car si l'Eglise est attachée immédiatement au Saint-Esprit qui gouverne:

« Je crois au Saint-Esprit, la sainte Eglise catholique, » à cette Eglise est attachée la communion des saints, la rémission des péchés, la résurrection de la chair, la vie éternelle : tel est l'ordre naturel des articles du Symbole qui restent à expliquer.

L'établissement de l'Eglise.

Après l'Ascension quarriva-t-il ?

Les apôtres et les disciples de Jésus-Christ ayant reçu le Saint-Esprit, allèrent prêcher l'Evangile, ou l'heureuse nouvelle de la réparation du genre humain par tout l'univers.

Qui étaient ces apôtres et ces disciples ?

C'étaient pour la plupart de pauvres pêcheurs naturellement sans science, sans éloquence, sans richesses et sans autorité, qui n'avaient à prêcher que des mystères élevés au-dessus de la raison, des vertus opposées aux sens et aux passions, et un Dieu crucifié.

Pourquoi Dieu voulut-il choisir des personnes si disproportionnées aux grands desseins qu'il méditait?

Pour montrer que l'établissement du christianisme était un coup de sa toute-puissance et un ouvrage de sa sagesse, auquel la force et la prudence humaine n'avaient aucune part.

Quels succès eurent-ils?

Animés du Saint-Esprit, et remplis des dons de la grâce, ils convertirent toute la terre par la sainteté de leur vie, par la ferveur de leurs prédications, par la grandeur de leurs miracles, par la vertu du sang qu'ils répandirent en témoignage des vérités qu'ils prêchaient, et par la bénédiction surprenante dont Dieu couronna leurs travaux.

A qui annoncèrent-ils d'abord l'Evangile?

1° Aux Juifs, dont quelques-uns se convertirent, mais en petit nombre; 2° aux Samaritains qui étaient schismaliques de la loi «incicnne, et qui embrassèrent la foi ; 3" aux

ŒUVRES COMPLETES DE DE LA CUETAJtf 1E.

gentils et aux idolâtres et à tout l'univers, qu'il plut à Dieu d'appeler à sa connaissance.

Ce changement se fit-il sans peine?

Non. il fallut vaincre les sages du monde, les grands de la terre, les persécuteurs et les tyrans, les bourreaux et tout l'enfer déchaîné, sans employer d'autres armes que la patience.

Le progrès de l'Eglise.

Où se forma d'abord V Eglise?

A Jérusalem, dont saint Jacques fut évoque; è Alexandrie, où saint Marc présida ; à Antioche, où saint Pierre établit premièrement son siège, et où les disciples furent nommés Chrétiens; puisa Rome, où il le transféra pour en faire le siège principal de la religion, ;la matrice et la mère de toutes les autres églises, le centre de l'unité ecclésiastique.

L'Eglise a donc succédé à la Synagogue ?

Oui, i'F.gîise des naiions est née du sein de la synagogue des Juifs, et le nouveau peuple a suivi l'ancien sans interruption; nous sommes les sauvageons qui avons été entés sur le trône du franc olivier, qui participons à la sève et au suc de cette première tige, au défaut des branches naturelles , qui, pour leur infidélité, en ont été retranchées : ainsi l'Eglise n'est autre que cette première société de Juifs fidèles, que Jésus-Christ assembla autour de lui, à laquelle les gentils, qui ont cru depuis , se sont agrégés, pour ne faire plus qu'un même corps et un même Israël de Dieu, et former cette société répandue par toute la terre, que le Symbole appelle l'Eglise universelle, qui durera jusqu'à la fin du monde; qui, par, le peuple juif, remonte jusqu'aux patriarches, et, par les patriarches, jusqu'à la création de l'univers , et à Dieu , auteur de tout.

Quand l'Eglise fut-elle proprement et entièrement établie ?

Au jour de la Pentecôte, parce que ce fut alors seulement que les apôtres et les autres disciples reçurent la perfection de la foi et de la charité, qui leur était nécessaire pour être unis entièrement à Dieu et entre eux, et pour être capables de conserver toujours inviolablement cette union et cette société contre tous les efforts des ennemis de Dieu, de la répandre f>ur toute la terre, et d'y associer tout le monde. Tout ce que Jésus- Christ avait fait auparavant n'était qu'une ébauche et une préparation pour cet établissement merveilleux qui reçut alors sa consommation , et devint son chef-d'œuvre , puisque, entre toutes les œuvres de Dieu, il n'y a rien de plus excellent , ni de plus admirable que l'Eglise. C'est pourquoi le Symbole, après nous avoir proposé la foi de la sainteTrinité nous fait dire aussitôt: «Je crois l'Eglise. »

Quelle vie menaient ces nouveaux disciples qui composèrent l'Eglise naissante?

Une vie d'une sainteté admirable.

Dites-nous-en quelque chose.

1° Ils n'avaient qu'un cœur et qu'une âme; 2° tout était commun entre eux ; 3" ils vendaient leurs biens et en apportaient le prix aux pieds des apôtres, qui les distribuaient à chacun suivant ses besoins ; k° ils avaient une incomparable (joie de souffrir pour Jésus-Christ; 5" ils s'assemblaient les jours et les nuits, afin de prier ensemble, d'écouter la prédication ,des apôtres, de recevoir l'Eucharistie ; G' ils édifiaient tout le monde par une ferveur sans exemple.

Qu'admirait-on le plus dans les apôtres ?

Que des hommes qui avaient été si grossiers, si ignorants, et si timides, parlassent tout d'un coup diverses langues, explicassent si hautement les secrets deDieuetles mystères des Ecritures, opérassentdes merveilles inconcevables, s'exposassent librement à la mort et à tous les supplices les plus cruels, et à leur imitation un nombre infini de disciples de l'un et de l'autre sexe, pour sceller les vérités qu'ils annonçaient, et particulièrement la résurrection de Jésus- Christ.

Les persécutions.

Combien durèrent les persécutions ?

Plus de trois cents ans , ce fut un feu qui brûla l'Eglise sans la consumer. En effet, rien n'était plus efficace, soit pour détacher les fidèles de la terre et d'eux-mêmes, et les unir à Dieu, unique fin du christianisme; soit pour attirer les idolâtres à la foi, et montrer que l'Eglise était l'ouvrage de la toute-puissance de Dieu, quede voir l'empire romain, ou plutôt toute la terre inutilement armée, pour détruire une religion qui ne se défendait que par la patience, et qui, née par l'effusion du sang de Jésus- Christ, croissait par l'effusion du sang des martyrs.

Combien y eut 'il de persécutions ?

Un fort grand nombre. On en compte néanmoins dix plus grandes et plus remarquables, quoique , à vrai dire, il n'y en eût qu'une qui dura plus de trois siècles , pendant lesquels l'Eglise n'eut pas un moment de relâche; Dieu, qui sait que la sainteté se conserve sous les souffrances, la fonda par le martyre : il voulut qu'elle ne fût pas moins riche en exemples qu'en préceptes; qu'à la foi des plus hauts mystères, elle joignît la pratique des plus sublimes vertus; mais après qu'il eut fait voir par une si longue expérience qu'il n'avait pas besoin du secours humain, ni des puissances de la terre pour l'établir, et qu'elle se multipliait par sa ruine, il lui plut enfin d'y appeler les empereurs, et de faire du grand Constantin un protecteur déclaré du christianisme. Depuis ce temps, les rois ont accouru de toutes parts dans son sein , Ja croix est devenue le plus bel ornement de leurs diadèmes, et tout ce qui était dans les prophéties de sa gloire future, s'est accompli aux yeux de l'univers.

Et les Juifs ?

Le gros de la nation demeura dans l'eîidurcissement , rejeta l'Evangile , et ils se

tirent les premiers persécuteurs des Chrétiens.

Furent-ils châtiés d'avoir fait mourir Jésus- Christ et persécuté les fidèles ?

Oui , et d'une manière si épouvantable , qu'elle n'eut jamais d'exemple.

Comment cela?

Trente-huit ans après l'ascension du Fils de Dieu, les Romains détruisirent la Judée , renversèrent de fond en comble Jérusalem et le temple, exterminèrent une multitude infinie de Juifs, et les chassèrent pour toujours de la terre Sainte.

Pourquoi Dieu leur donna-t-il ce temps avant de les punir ?

Pour les attendre a pénitence, et donner lieu au salut de ceux d'entre eux qui embrassèrent la foi.

Qu ont-ils fait depuis ?

Ils ont vécu en vagabonds et fugitifs sur la terre, esclaves de toutes les nations et maudits de Dieu et des hommes.

5e convertiront-ils un jour?

Oui, à la fin du monde, et cependant les gentils ont pris leur place, et ont été appelés à la vraie foi.

Les hérésies.

Qua eu l'Eglise à souffrir après les persécutions ?

Les hérésies qui se sont élevées de temps en temps.

Qu'est-ce que les hérésies ?

De mauvaises doctrines où l'on préfère opiniâtrement des raisonnements humains à ce que Dieu a révélé, et son sens particulier à celui de l'Eglise.

1 en u-t-il eu beaucoup?

Un nombre très-grand , et qui ont duré jusqu'à nous, ou qui s'y sont renouvelées ; et l'Eglise a eu à se défendre, non-seulement contre les infidèles qui attaquaient le corps de sa doctrine en général, mais encore contre les hérétiques, qui n'ont laissé aucun article sans le combattre.

Quels sont ses sectaires?

Des Chrétiens superbes, et par conséquent faibles, qui n'ayant pu porter toute la hauteur, et pour ainsi dire tout le poids de la foi, ont cherché à décharger la raison, tantôt d'un article, tantôt d'un autre.

Ont-elles bi'en fait des maux?

lutiniment: elles ont perverti un grand nombre de peuples, enlevé à l'Eglise des royaumes entiers, révolté les sujets contre leurs princes légitimes, fait répandre du sang , et exercé sur les Catholiques les plus cruelles persécutions des tyrans idolâtres.

L'Eglise les a-t-elle vaincues ?

Oui, et toutes les sectes semblables à des branches qui se sont séparées de leur tronc, sont tombées par terre, ont séché, et se sont vues réduites à rien du moment que l'Eglise les a frappées d'anathèmes ; de façon que le démon n'a jamais pu prévaloir contre l'Eglise quand il a employé les tyrans pour

la persécuter, ni quand il s'est servi des faux docteurs pour la corrompre.

Que devons-nous ici admirer ?

La force invincible des promesses de Jésus-Christ, qui a tellement affermi la société de son peuple ou de son Eglise, quoique persécutée par les infidèles qui l'environnent au dehors; quoique déchirée [par les hérétiques qui la divisent au dedans, qu'elle a toujours remporté la victoire sur les uns et sur les autres, et a conservé inviolablement la vérité et l'unité.

Le relâchement des mœurs.

Qu'a-t-elle encore à combattre ?

Le relâchement de la ferveur de ses enfants, dont la multiplication, loin d'augmenter la joie, a attiré le relâchement de la discipline ; figuré par cette prodigieuse quantité de poissons qui, rompant les filets des apôtres, et remplissant leurs deux nacelles, pensèrent les submerger.

En quoi parait le secours que le Saint-Esprit lui donne ?

En ce que tous les efforts de ses ennemis pour ladétruire, n'ontserviqu'à l'établir plus puissamment ; car les persécutions ont fait éclater sa foi ; les hérésies , sa sagesse ; les schismes, sa charité; les vices, sa piété: tellement que la saine doctrine et l'esprit de sainteté y demeurent toujours, malgré le libertinage et la corruption qui régnent dans le monde.

Que faut-il faire pour les corriger?

Se conformer aux exemples qu'a donnés l'Eglise naissante.

La durée de l'Église.

Combien y a-t-il que l'Eglise dure?

Près de dix-sept cents ans (25).

Durera-t-elle toujours?

Oui : Jésus-Christ le lui a promis. C'est un roi qui ne peut être sans sujets, un pasteur qui ne peut être sans brebis, un chef qui ne peut être sans membres. L'Eglise a été, est et sera toujours.

El les hérésies ont-elles celte antiquité", cette durée, celte stabilité?

Non: il n'y en a point dont on ne puisse précisément donner la date de la naissance, du progrès, de la décadence et de la fin, ainsi que de son auteur, et surtout de sa séparation d'avec la vraie Eglise, et faire voir par là qu'elles ne tenaient par aucune continuité ni aux temps qui précédaient ni aux sociétés qui existaient : au lieu que l'Eglise catholique, comme la souche de la vraie religion, si l'on peut parler ainsi, est la seule société dont on ne peut assigner le commencement, qu'on ne peut accuser de s'être formée en se séparant, qu'on trouve avant toutes les séparations, de laquelle tous Jes autres se sont séparés, et dont Jésus-Christ ne se séparera jamais; et cela même qu'elle est la seule, de toutes les sociétés qui sont au monde, à laquelle nul ne peut montrer son commencement ni au-

(25) Dix-neuf cents aujourd'hui.

cune interruption de son état visible et extérieur, par aucun fait avéré, pendant qu'elle Je montre à toutes les autres sociétés qui t'environnent, par des faits qu'elles-mêmes ne peuvent nier, est un caractère sensible, qui donne une inviolable autorité à l'Eglise et un accomplissement incontestable aux promesses de Jésus-Christ, que « l'enfer ne prévaudrait? point contre elle, qu'il ne l'abandonnerait pas, qu'il serait avec elle jusqu'à la fin des siècles, » etc. (Matth. xxvm, 18 seq.)

Cela regarde-t-il les autres sociétés?

Non; et ce serait une erreur d'associer des sectes à des promesses qui originairement ont été faites à la lige dont elles se sont séparées. « Je suis avec vous jusqu'à la fin des siècles, » dit Jésus-Christ, parlant à sa société. Or, les sectes se sont désunies de cette société à qui la promesse a été faite : on doit donc les en regarder déchues, et remonter au principe de l'unité.

L'Eglise durera-t-elle toujours dans sa visibilité?

Sans doute, l'Eglisesera toujours, et encore plus que la synagogue, une société recueillie sous un ministère visible, et un corps toujours subsistant de peuples, avec des pasteurs, où la vérité sera prêchée non en cachette, mais sur les toits.

L'essence de l'Eglise et ce qui la compose.

Que fit donc encore Notre-Seigneur sur la terre?

II fonda son Eglise, dont il établit saint Pierre le chef visible, et ses successeurs après lui.

Qu est-ce que V Eglise?

La congrégation de tous les fidèles chrétiens, qui font profession de la même foi, qui participent aux mêmes sacrements, et qui sont soumis aux pasteurs légitimes et au même chef visible, qui est notre Saint- Père le Pape.

Jésus-Christ ri est-il pas le chef de l'Eglise?

Sans doute, il en est le chef véritable et invisible, qui, par son influence intérieure et continuelle, anime son corps mystique et donne à ses membres l'esprit, la vie et le mouvement; mais, montant au ciel et nous retirant sa présence sensible , il a voulu , pour la direction et le gouvernement extérieur des fidèles, et pour ôter tout sujet de schisme, de partialité et d'indépendance, donner à son Eglise ou à son corps visible un chef visible, à qui nous fussions soumis et à qui les membres dispersés par l'univers pussent se rapporter dans leurs besoins; et ce chef est notre Saint-Père le Pape.

Qu'est-ce donc que le Pape?

Le vicaire de Jésus-Christ en terre, le Souverain Pontife de l'Eglise et le Père commun de tous les fidèles.

La charité ri est - elle pas essentielle à l'Eglise?

Oui; et le Saint-Esprit anime et animera oujours ce corps mystique, et en sera comme l'âme.

Pourquoi donc rien parlez-vous pas dans sa définition?

L'Église étant non un composé physique, mais une assemblée visible, où les bons et les méchants sont mêlés, a dû se donner à connaître par ce qu'elle a d'extérieur et d'apparent, et de commun à tous ses membres, et à quoi il est du moins nécessaire de participer pour être de sa société, et sans quoi on n'en serait point du tout; mais sans exclusien de la communion intérieure, qui lie les membres vivants, dont la communion extérieure est la marque et le sceau, et des dons intérieurs inséparables de sa communauté, desquels on se réserve de traiter à part, ainsi que de la grâce propre aux bons, qui sont parfaitement de l'Eglise , parce qu'ils y sont comme les membres vivants dans ce corps. Ainsi, l'on définit suffisamment l'homme un animal raisonnable, sans faire mention de la volonté, quoiqu'elle lui soit essentielle. A plus forte raison ne peuton pas mettre dans la définition de l'Eglise, qui n'est qu'un composé moral, tout ce qu'elle exige essentiellement.

Les infidèles sont-ils de VEglise?

Non. Ils ne sont pas baptisés; ils n'y oni jamais été incorporés ni agrégés.

Et les hérétiques?

Ils en sont sortis; ils ne font pas profession de la même foi.

Et les schismatiques?

lis en sont séparés ; ils ne sont pas soumis au même chef.

Et les excommuniés?

Ce sont des membres retranchés.

Et les pécheurs ?

Ce sont des membres perclus.

En quoi les hérétiques diffèrent-ils de» schismatiques?

L'hérésie est une erreur opposée à la vérité que la foi propose; et le schisme, une division contraire à l'unité que l'esprit de charité cause dans le corps de l'Eglise, dont celte charité commune est le ciment, tant à l'égard des membres, qu'elle lie entre eux, qu'à l'égard du chef, à qui elle les attache. De sorte que celui-là est un vrai schismati que, qui, par sa singularité, se sépare du corps à qui il est uni, et, par sa révolte, se soustrait au chef à qui il est soumis, et ne communique ni avec l'un ni avec l'autre, rompant les liens de la charité commune, de la société fraternelle et de l'unité ecclésiastique, et faisant secle à part. L'hérétique détruit la vérité par son erreur, le schismatique rompt l'unité par sa division, et aucun d'eux n'appartient à l'Eglise : d'où il s'ensuit, 1° que le crime du schisme se trouve toujours dans les assemblées hérétiques, coupables de violer l'unité de l'Eglise et de corrompre sa foi, mais non celui de l'hérésie dans les schismatiques, quoique celles-ci, pour justifier leur conduite, errent d'ordinaire bientôt, faisant du sujet de leur retraite un point de fausse doctrine, opposé à la doctrine orthodoxe; 2° qu'étant de l'équité d'êlre puni par où on a péché, le, vrai châtiment du schisruatique qui se sépare de

l'Eglise par la rupture de sa communion est d'être séparé de l'Eglise par le glaive de l'excommunication, et exclu de l'héritage de Pierre pour s'être exclu de la famille de Pierre et avoir déchiré la foi de Pierre, dit saint Ambroise.

En quoi les schismatiques diffèrent-ils des pécheurs?

Les schismatiques violent la charité commune, qui les unit au corps de l'Eglise, et les pécheurs, la charité habituelle, qui les unit au Saint-Esprit. Ceux-là sont séparés du corps, et non ceux-ci, quoique souvent ils le soient de quelques membres particuliers par des haines et des rancunes, mais non par la religion : en quoi ils ne violent que la charité particulière.

Et les pécheurs, en quoi diffèrent-ils des hérétiques ?

Les pécheurs sont des membres perclus, qui n'ont ni le sentiment de la charité ni le mouvement des bonnes œuvres. Les hérétiques sont des membres pourris, qui, outre la charité, ont perdu la foi, laquelle les préservait d'une corruption totale : d'où vient que l'Eglise les retranche.de peur qu'ils n'infectent ses membres, et non ordinairement les pécheurs, s'ils ne dogmatisent, ou ne partialisent, ou ne scandalisent, auxquels cas, comme ils gâteraient les autres, elle les en sépare par le glaive de l'excommunication.

Un hérétique caché est-il plus de V Eglise qu'un excommunié public ?

Non. Un membre pourri ne tient pas plus au corps qu'un membre retranché : ni l'un ni l'autre n'en est donc, quoique différemment. Cependant, comme après tout les hérétiques, aussi bien que les excommuniés, tout membres pourris et retranchés qu'ils soient, demeurent sujets de l'Eglise et soumis à son autorité, on peut dire, en un certain sens, qu'ils sont encore de l'Eglise : la comparaison du retranchement des membres humains ne se prenant pas ici à la rigueur, par rapport aux membres de ce corps mystique, puisque ceux-ci, et non les autres, peuvent être guéris et réunis à leur corps, et animés de son esprit.

L'Eglise n'est-elle composée que des seuls justes, ou des. seuls élus ou prédestinés?

L'Eglise comprend aussi dans son sein les pécheurs et les réprouvés, comme une monarchie, les bons et les méchants sujets; un champ, l'ivraie et le bon grain, et le froment et la paille; un bercail, les boucs et les brebis; un filet, les bons et les méchants poissons; et comme un corps renferme de bonnes et de mauvaises humeurs, et tient encore à des membres perclus. Ce n'est qu'au jour du jugement qu'on en fera l'éternelle et totale séparation : en attendant, les bons sont mêlés avec les méchants, et les justes avec les pécheurs, sans que souvent on puisse les distinguer en cette vie, non plus que les arbres vivants d'avec les morts en hiver.

Pourquoi les hérétiques sont-ils séparés de

l'Eglise perdant la foi, et non les pécheurs perdant la charité?

Les vices des particuliers les séparent bien de l'âme de l'Eglise, mais ne les séparent pas du corps ; au lieu que les erreurs opiniâtres, qui forment les sociétés hérétiques, les séparent et du corps et de l'âme de l'Eglise, en les privant de la charité, qui fait l'âme de l'Eglise, et de la profession extérieure de la foi; qui en fait le corps. Or, comme un membre pour devenir inanimé, ne cesse pas d'être attaché au corps ; mais non s'il en est retranché; de même le Chrétien peut tenir aux liens extérieurs de l'Eglise, sans être animé de l'esprit intérieur qui la vivitie, et c'est ce. qui arrive quand il pèche; mais non s'il est retranché du corps de l'Eglise, comme quand il s'en sépare par l'hérésie et le schisme : de façon qu'encore que l'Eglise croie le vice aussi incompatible avec le salut, que l'erreur, elle regarde néanmoins le vicieux qui en est un membre mort, comme tenant plus à son corps, que l'hérétique qui en est retranché. Que si le vicieux rompait avec l'Eglise, et que l'hérétique s'y tînt caché, et extérieurement uni, pour lors on pourrait dire en un sens, que l'hérétique serait un membre perclus, et le vicieux un membre retranché, celui-là tenant encore au corps (s'il est vrai qu'un membre pourri y tienne), et non à l'âme ; car on peut être de l'un sans être de l'autre, et être de tous les deux ensemble, et n'être ni de l'un, ni de l'autre.

Qui n'est ni du corps, ni de l'âme de l'Eglise ?

Les hérétiques, les schismatiques et les excommuniés absolument retranchés de l'Eglise, pour avoir renoncé à la vérité, à l'unité, et à l'obéissance, et fait ainsi divorce avec l'âme, le corps et le chef de l'Eglise?

Qui est du corps de l'Eglise et non de l'âme ?

Les hypocrites et les pécheurs, qui extérieurement professent les vérités, participent aux sacrements, obéissent aux pasteurs, et qui intérieurement ne sont pas animés par la grâce du Saint-Esprit, ni vivifiés par l'influence de Jésus-Christ.

Qui est de l'âme de l'Eglise, et non du corps ?

Les catéchumènes et les excommuniés, qui justifiés par la pénitence, ou la charité, sont intérieurement vivifiés par le Saint- Esprit, et incorporés à Jésus-Christ, mais non encore extérieurement admis à la participation des sacrements, ni agrégés au bercail de l'Eglise, pour être nourris et régis par ses pasteurs.

Qui est de l'âme et du corps de l'Eglise tout ensemble?

Les baptisés en état de grâce, qui intérieurement animés du Saint-Esprit, et dirigés par Jésus-Christ, sont de plus admis à la participation extérieure des biens do l'Eglise, et des avantages de son ministère; et ceux-là sont la beauté et l'ornement de cette Epouse, sansta&he, ni ride :sans tache,

OEUVRES COMPLETES DE DE LA CHETARDiE.

parce qu'elle a élé lavée dans le sang de son Epoux : sans ride, parce qu'elle a été étendue en son corps sur Ja croix : et par conséquent toute brillante de gloire et de sainteté : de gloire, parce qu'elle glorifie Dieu publiquement, et qu'elle annonce à toute la terre la gloire de l'Evangile, et de la croix de Jésus-Christ ; de sainteté, parce que purifiée par la parole de vie, elle enfante les saints, et purifie les pécheurs. Et ainsi considérée, non comme faisant un corps à part, mais comme étant la partie la plus illustre de ce corps mystique, elle peut se définir :« La société des justes, animés de l'esprit de Jésus-Christ, et unis entre eux par les liens extérieurs d'r.ne même communion » par lesquels néanmoins ils tiennent à beaucoup de méchants.

Comment les fidèles en état de grâce sontils nommés dans l'Ecriture ?

1° Les enfants de Dieu, ses amis, ses bienaimés, ses héritiers ; 2° les frères de Jésus- Christ, ses cohéritiers, ses amis, ses brebis, ses membres; 3"* les temples du Saint-Esprit; 4" les appelés, les élus, les choisis,? les snnctifiés, les prédestinés; 5" les bénis de Dieu; 6° les héritiers du paradis; 7° les justes; 8° les saints; 9° enfin des anges et des dieux par participation.

Et les pécheurs, comment sont-ils appelés dans VEcriture?

1° Des boucs, des chiens, des pourceaux, figures des impudiques, des avares, et des gourmands; 2° des vases d'ignominie et de colère ; 3" des aveugles ; h" des endurcis ; 5° des insensés; 6° des maudits de Dieu; 7° des enfants de perdition; 8° des réprouvés ; 9° des perdus ; 10° des damnés ; 11° des diables.

Comment pcrtage-l-on l'Eglise?

En l'Eglise militante, triomphante et souffrante.

Qu'est-ce que l'Eglise triomphante ?

C'est l'assemblée des anges et des bienheureux, qui régnent dans le ciel avec Jésus- Christ.

Et l'Eglise souffrante?

C'est l'assemblée des âmes des fidèles défunts qui souffrent dans le pur^atoir<j, et qui avant de voir Dieu , s'y purifient de leurs péchés.

Et l'Eglise militante?

C'est l'assemblée des fidèles sur la terre, assemblée dans laquelle nous sommes, et où nous avons à combattre continuellement contre les ennemis de Dieu et de notresalut, le diable, le monde et la chair.

De quoi est-elle composée ?

1° Du saint ordre du clergé, ou de l'état ecclésiastique, c'est-à-dire, des évêques, des prêtns et îles autres ministres inférieurs; 2" de l'ordre monastique ou religieux; 3° de l'état laïque, ou des simples fidèles.

Que dites-vous de ces trois Eglises?

Qu'elles n'en composent qu'une universelle et générale, dont Jésus-Christ est le chef, et dans laquelle le vrai Dieu est connu, aimé et adoré.

La visibilité et les marques de l'Eglise.

L'Eglise est-elle visible?

Sans doute, puisque ce qui la compose est visible, aussi bien que ce qui s'y pratique.

Qu'est-ce qui la compose?

Les pasteurs et les peuples.

Qu'est-ce qui s'y pratique?

La prédication de l'Evangile, l'administration des sacrements, l'oblation du sacrifice, et le reste du culte divin, et du gouvernement ecclésiastique ; en sorte que l'Eglise invisible dans ses dons intérieurs, se déclare visiblement au dehors, et se manifeste par la confession publique de la vérité, et par la profession extérieure de la religion : car si le premier acte de foi est de croire, le second est de confesser de bouche.

Si l'Eglise est visible, comment est-elle l'objet delà foi? Croit-on ce qu'on voit? Voit-on la charité qui est l'âme de l'Eglise, et qui en fait l'essence?

On voit une chose, et on en croit une autre. On voyait Jésus-Christ, et on croyait qu'il était le Fils de Dieu. On voit le baptême et on croit selon le Symbole, qu'il remet les péchés. On voit une société, et on croit qu'elle est l'Eglise de Dieu. On voit un homme, quoiqu'on ne voie pas son âme.

A quoi connaît-on l'Eglise?

A.quatre marques, qui la distinguent et la distingueront toujours de toutes les fausses sectes, qui se diront vainement la vraie Eglise.

Quelles ?

1° Elle est une; 2° elle est sainte; 3° elle est catholique; 4° elle est apostolique.

Comment est-elle une?

1° Ceux qui la composent sont unis par le lien d'une même foi, d'une même espérance, d'une même charité et d'une même religion, vertu qui n'est qu'un moyen établi de Dieu pour unir les hommes les uns avec les autres, afin de les unir tous à lui; 2° elle est épouse de Jésus-Christ, et parconséquent unique ; 3° et parconséquent mère unique des enfants de Dieu, n'ayant qu'un sein où elle les régénère, qu'une table où elle les nourrit, qu'un héritage qu'elle leur promet, et ainsi ne faisant qu'une même famille, dont elle est la mère; k° sa société n'a qu'un chef qui la dirige, et qu'un esprit qui l'anime; d'où il s'ensuitqu'elle ne fait qu'un corps mystique, dont les fidèles sont les membres, et Jésus-Christ le chef; 5° elle est le seul organe de qui Dieu reçoive les prières; 6° la seule vigne de qui il récompense les ouvriers; 7° le seul tribunal dont il confirme les arrêts ; 8° la seule famille, où on lui élève des enfants; 9D le seul corps, que le Saint-Esprit vivifie; 10° la seule maison où l'on mange l'Agneau; 11° le seul réservoir, où l'on puise l'eau de la vie, etde la vérité; 12° la seule piscine où l'on guérisse; 13" le seul bercail, dont Jésus-Christ soi lié pasteur; 14° le seul édifice, dont il' soit le fondement ; 15" le seul navire, dont il soit le pilote; 10" le seul champ où l'on

recueille, la seule aire où l'on ramasse, et le seul grenier où l'on resserre du bon grain; 17° le seul bercail, où il y ait des brebis ; 18° le seul temple, où l'on sacrifie ; 19" le seul creuset, où l'or se purifie; 20° le seul chemin qui mène au ciel; 21° la seule nacelle qui porte Jésus-Christ, et qui parvienne au port : toutes comparaisons prises des saints Pères, et qui font voir qu'il n'y a qu'une seule Eglise véritable, puisqu'il n'y a qu'un troupeau et un pasteur, un corps et un esprit, et que dans l'Eglise tout se réduit à l'unité, tout esi un : un Seigneur, une foi, un baptême, un Dieu, un Père de tous, pour s'exprimer avec. l'Apôtre.

De qui se distingue-t-elle par celte marque?

Du royaume de Satan, qui, étant divisé contre lui-même, doit tomber maison-'-sur maison, jusqu'à la dernière ruine ; au lieu que l'uniié et l'union de l'Eglise la maintiendront toujours : union encore plus grande que celle de nos âmes et de nos corps que la mort sépare, puisqu'elle est cimentée'par l'esprit de Jésus-Christ, qui ne s'en séparera jamais, et dont la puissance infinie peut d'autant plus étroitement joindre et unir tous ses membres, qu'il est le lien et l'unité même des personnes divines.

En quel sens dit-on que l'Eglise est un corps mystique , dont le Saint-Esprit est l'âme, et Jésus-Christ le chef?

Cette expression a été introduite afin 1° d'exprimer que ce n'est pas un corps formé par une union naturelle, ainsi que le corps humain , ni par une union politique, ainsi qu'une république; mais par la puissance invisible et secrète, quoique trèsréelle de la grâce; 2° d'exclure ces unions par métaphores et allégories, comme l'est celle d'une armée ou d'une ville qu'on dit être un même corps, parce qu'elles ont les mêmes desseins et la même conduite ; 3" de faire entendre la perfection de l'unité que le Saint-Esprit cause entre les membres de Jésus-Christ, entre eux et lui-même, qui les rend véritablement et admirablement un même corps et un même esprit, d'une manière aussi viaie et aussi étroite qu'elle est élevée, et qu'elle surpasse incomparablement toute la aature et toute la puissance humaine, étant plus intime que ne l'est celle de l'âme et du corps ; 4° de donner l'idée de l'union parfaite que les fidèles ontavec Jésus- Christ leur chef, si étroitement liés et incorporés ensemble par le Saint-Esprit, qu'elle approche de l'union hyposlatique du Verbe à la nature humaine, la même communication d'idiomes se trouvant dans les Ecritures entre l'un et l'autre; en sorte que Jésus- Christ a pu dire plus véritablement à saint Paul qui persécutait son Eglise, que ne l'aurait fait un martyr h ses bourreaux qui persécutaient son corps : Pourquoi me persécuttzvous? [Art. ix, il) 5" et duf mariage spirituel qui unit Jésus-Christ à son Eglise, et qui le rend infiniment plus un avec elle, et plus indissolublement que ne le fait le

mariage humain fde l'homme et de la femme.

Comment est-elle sainte ?

1° Son chef, qui est Jésus-Christ , est le Saint des saints ; 2° l'esprit qui l'anime est saint; 3J ses membres, qui sont les fidèles, sont consacrés à Dieu et appelés à la sainteté ; k" les sacrements qu'elle administre sanctifient les âmes ; 5° la doctrine qu'elle enseigne est sainte, et rend saints ceux qui l'observent ; 6° elle seule a les moyens de nous sanctifier; 7° tout ce qu'elleest,et tout ce qu'elle a, sont dédiés au service et au culte de Dieu ; 8° des trois parties qui la composent, celle du ciel et celle du purgatoire sont dans une sainteté immuable : la troisième, qui est celle de la terre, se sanctifie tous les jours, et s'occupe sans cesse à procurer et à avancer la sanctification de tous ses membres, et de tous ceux qu'elle peut attirer à son corps par la miséricorde de Dieu et par les soins de sa charité; 9° condamnant la corruption des mauvais Catholiques, elle ne peut y avoir part ni être coupable de leurs péchés, qu'ils ne commettent point par son consentement, ni par son esprit, mais par le dérèglement de leurs mœurs, et suivant leur propre volonté contre la sienne ; car elle fait ce qu'elle peut pour les corriger par sa discipline, par ses prières, |par ses exemples; 10' elle travaille par la grâce de Jésus-Christ à se purifier elle-même de plus en plus des moindres taches et des moindres défauts de cette vie, aspirant continuellement à la pureté et à la sainteté parfaite, qu'elle regarde et qu'elle espère dans le paradis, et qu'on peut dire qu'elle a déjà acquise, non-seulement en espérance, mais aussi en effet dans ses membres qui sont au ciel et qui y arrivent tous les jours par son ministère ; 11° elle renferme tous les saints dans son unité, puisque tous les saints, dont les âmes bienheureuses sont ou seront avec Dieu, ont été ou seront conçus et formés dans cette Eglise.

Et les enfants régénérés dans les sectes hérétiques ?

Ce sont des enfants'nés à Sara la seule et légitime épouse, tnaisgdu sein de ;ses servantes qui peuvent à la vérité être mères, mais non épouses ; devenir fécondes, mais par la vertu des sacrements appartenant à l'Eglise et non à elles ; engendrer, mais non pour elles : ainsi tous les enfants valideinent baptisés dans les autres sectes et ceux qui sont dans l'état'des.eula'its, c'est-à-dire qui n'ont point encore participé au schisme ni à l'hérésie par leur volonté, et, en un mot, tous ceux qui reçoivent la grâce ailleurs par le moyen des sacrements, appartiennent à l'Eglise, quoique cette mère n* connaisse pas ces enfants, ni ces„enlânls leur mère.

Peut-elle cesser d'être sainte par la corruption générale de tous ses enfants ?

Non, cela (répugne à sa qualité d'épouse et de corps mystique de Jésus-Christ, et do temple du Saint-Esprit : Jésus-Christ est un chef vivant qui ne peut être sans membres,

ni être uni à un corps mort, ni souffrir une seconde mort.

Qu'est-ce- à dire, que l'Eglise est catholique?

Qu'elle est universelle, car : 1° elle renferme en son sein toutes sortes de personnes de différent sexe, âge, condition, nation ; 2° Dieu ne l'a pas bornée à un pays déterminé, son intention étant qu'on la publie et qu'on rétablisse partout. Aussi, 3° semblable au soleil, elle s'étend ;en tous les lieux de la terre habitable, qu'elle éclaire de la lumière évangélique , non à la fois , du moins successivement ; k" elle fait retentir sa voix partout, elle se répand de jour en jour partout, elle appelle les infidèles partout, elle a des ennemis qui la combattent partout et des enfants qui lui obéissent partout; 5" lesautressectesnesont en aucun lieu où elle ne soit, et elle est en une infinité de lieux où les autres sectes ne sont pas; 6° on ne peut point dire d'elle. Elle n'est qu'ici et non pas là , elle était en ce temps là et non en celui-ci : car dès lors qu'on peut donner un temps où une société n'était pas, on peut s'assurer que ce n'est pas l'Eglise ; 7° elle embrasse tous les temps, puisqu'elle a persévéré depuis Jésus-Christ jusqu'à nous, et qu'elle durera jusqu'à la consommation des siècles; 8° elle a eu et aura • toujours, et partout da même croyance ; 9° elle a cru et croit universellement et distinctement toutes les vérités révélées de Dieu.

De qui se distingue-t-elle par là?

De la Synagogue, qui ne comprenait que les Juifs, qui ne s'étendait qu'à un pays limité; qui ne devait durer que jusqu'à la venue du Messie, et qui devait perdre la foi ou plutôt la transmettre à l'Eglise, et qui n'était instruite que de quelques vérités principales et encore assez obscurément.

Cependant quelque étendue qu'ait l'Eglise, ce n'est après tout qu'une arche qui garantit à la vérité du déluge un certain nombre de chaque espèce d'animaux, mais lesquels ne sont rien en comparaison de ce qui périt dans l'univers submergé , et qui partage même son enceinte entre les loups et les agneaux, les mondes et les immondes (-20).

Qu'est-ce qu'union catholique?

Celui qui ne se départ jamais, en aucun point de foi, de l'Eglise universelle sa bonne mère, qui abhorre toute erreur, nouveauté, secte, partialité, etqui ne croit pas qu'il lui soit permis de se déterminer à aucun sentiment comme de foi, qu'avec tout le corps auquel il est uni.

Que dites-vous encore de ce mot catholique?

(26) Le grand nombre de ceux qui se damnent volontairement ne prouve rien contre la bonté de Dieu, contre les effets merveilleux de l'Incarnation du Verbe et contre la fécondité de l'Eglise Qui ne cesse de peupler le ciel tous les jours. Peut-on s'en prendre à la main benfaisante qui a préparé un remède salutaire, mais que le malade repousse p»or avaler du poison? Du reste, il faut déduire de celle

Qu'il a été ajouté à celui de l'Eglise par toute l'antiquité chrétienne : 1" pour exprimer que la vraie Eglise de Jésus-Christ est une communion unique de laquelle toutes les sectes hérétiques et schismatiques sont bannies, ainsi que les épines du paradis terrestre, disent les saints, et lesquelles en vain, comme des rivales entourent Ce lys des cantiques, symbole de cette amante chaste, quiétantépouse, veutêtre seule, d'où naissent sa sainte et^sévère jalousie et cette inflexible incompatibilité qui la rend insociable et intraitable à leur égard ; 2° pour la distinguer de ces sociétés fausses et profanes qui, prenant des noms humains, c'est-à-dire ceux de leurs inventeurs, et faisant bande à part, cessent d'être chrétiennes et perdent le titre de catholique; 3° pour donner à entendre que le fidèle, disant : « Je crois en l'Eglise catholique , » fait profession de croire que la communion de la vraie Eglise, à l'exception de toute autre communion, est nécessaire à salut, et qu'ainsi il faut pour se sauver être en communion avec elle et non avec aucune autre. L'Eglise catholique, hors la communion de laquelle on ne transporte point la charité ni le Saint-Esprit, non plus que l'âme hors d'un corps immortel ; rejetant tout autre société de religion, ainsique Je culte du vrai Dieu tout autre culte ; ce qui fut figuré par la verge de Moïse qui, changée en serpent, dévorait celle des magiciens de Pharaon : sans quoi on ne saurait appartenir à Jésus-Christ, ni être de son corps, ni participer à sa vie, ni prétendre à sa gloire, étant visible que l'Eglise n'ayant qu'un chef, ne peut avoir plusieurs corps.

L'Eglise catholique par toutes ces marques est donc bien aisée à distinguer des hérésies ?

Assurément, puisque celles-ci ne sont que des opinions particulières et nouvelles, « ayant commencé, dit saint Paul (/ Tim. iv, 1), par quelques-uns seulement qui ont abandonné la foi universelle, qu'ils avaient trouvée reçue, enseignée, crue, établie partout, et quitté lasociété dans laquelle ces mêmes novateurs avaientété élevés et nourris et parurent danslesderniers temps, »etnon dans les précédents. De sorte qu'il ne peut jamais paraître douteux à un vrai fidèle quel parti il a à prendre entre ces sectes et l'Eglise; étant clair qu'on doit préférer l'antiquité à la nouveauté, l'universalité à la singularité, le tout à la parcelle.

Pourquoi a-t-il été nécessaire que l'Eglise fût si visible et si distinguée?

Parce que 1° tous les hommes sont appelés à l'Eglise, et qu'ils doivent y entrer pour être sauvés ; 2° les fidèles doivent recourir àelle dans leurs difficultés, et lui obéir ; or,

multitude dont il est ici question, les enfants même infidèles morts avant l'âge de raison, et tous ceux qui sont de bonne foi dans l'erreur, sans aucun moyen de s'éclairer et de connaître la vérité. N'exagérons rien dans une matière aussi grave,, et souvenons-nous que l'Eglise ne damne personne que ceux qui le veulent absolument.

]*un et l'autre seraient impossibles, si l'on ne pouvait et la connaître, et la distinguer : 3° une monarchie n'est-elle pas visible ? La synagogue ne l'était-elle pas?

Qu'est-ce à dire que l'Eglise est apostolique?

Que Jésus-Christ l'a fondée par le ministère des apôtres; 2° qu'elle conserve toujours la même doctrine qu'elle a reçue des apôtres, et qui est venue sans interruption et sans corruption jusqu'à nous ; 3° qu'elle continue à être gouvernée parles successeurs des apôtres, qui sont les évoques; k° qu'elle adhère toujours au prince des apôtres, saint Pierre, en la personne du Pape qui tient sa place, et qui occupe le Siège apostolique ; 5° Ainsi tous ses pasteurs descendent des apôtres par une succession non interrompue, sans qu'on puisse l'accuser d'en avoir établi dans aucun temps qui ne succédassent pas à ceux qui étaient descendus des apôtres. Sa société vient par une succession certaine de l'Eglise qu'ont établie les apôtres, sans qu'on puisse lui reprocher aucune séparation. Ses dogmes sont la suite de la doctrine apostolique qu'elle a toujours enseignée, sans qu'on puisse montrer aucun temps où elle ait fait profession de quelque dogme contraire à ce qui était lors enseigné dans toutes les parties de l'Eglise.

Comment est-il que les évêques ont succédé aux autres apôtres ?

En s'ordonnant et consacrant successivement les uns les autres, depuis le temps des apôtres jusqu'à nous , sans aucune interruption.

Pourquoi cette succession?

Pour transmettre successivement et comme de main en main avec le dépôt de la doctrine apostolique, la succesion du ministère depuis le temps des apôtres jusqu'à la fin du monde : car si l'Eglise n'était pas descendue de Jésus-Christ par les apôtres; et si elle n'avait de lui par eux tout ce qu'elle a, elle ne pourrait être la vraie et légitime Eglise de Dieu, ni la fille, l'épouse, l'héritière de Jésus-Christ : il faut donc, pour avoir ce titre, qu'elle descende des apôtres, ou immédiatement, ou par une succession continuée depuis leurs temps jusqu'à présent, afin que* les fidèles soient avec eux une même Eglise, comme les descendants sont avec les ancêtres une même famille.

Pourquoi donne-l-on aussi à la vraie Eglise le nom d'Eglise romaine?

Parce que le Souverain Pontife, qui gouverne l'Eglise catholique, a son siège pontifical dans la ville de Rome, où il tut établi par saint Pierre, le prince des apôtres et le

(26") Celte réponse, empruntée aux saints Pères, nous rappelle une vérité singulièrement interprétée aujourd'hui. Non-seulement on dit tout bas, mais on prêche le grand nombre des élus, malgré les avertissements du Sauveur et celte parole de saint Pierre, qui déchire formellement : Non ul in atio aliquo sains, nec aliud nomen est sub calo dalum hominibut in quo oporteal nos salvos fteri. ( Act. iv, 12.) Quel serait le but de l'ii. carnation du Verbe

chef de l'Eglise, auquel Jésus-Christ avait donné la primauté, et que la vraie marque de catholicité est la communion avec la chaire apostolique.

En quoi consiste la primauté de l'Eglise romaine ?

En ce que la divine Providence choisit Rome, capitale de l'univers, pour y fonder une Eglise qui fût la capitale du monde chrétien, la mère des autres Eglises, la principale gardienne de la. vérité, celle avec qui toutes les autres doivent conserver l'unité et la subordination, qui fût enfin comme le centre de la communion ecclésiastique.

Peut-on faire son salut hors de l'Eglise ?

Non, elle est l'arche de Noé, hors de laquelle on est perdu (2G*).

Peut-elle devenir invisible ?

Non, elle est cette ville célèbre située sur le haut d'une montagne, et exposée aux yeux des moin-* clairvoyants, et infiniment plus que la synagogue.

Peut-elle tomber en erreur ?

Non, elle est la lumière du monde et l'esprit de vérité qui l'éclairé, qui l'anime, qui la gouverne, qui l'enseigne et qui la remplit de ses grâces et de ses dons, et ne permettra jamais qu'elle soit obscurcie par le mensonge. « Qui vous écoute m'écoute, » dit la Vérité même. (Luc. x, 1G.) Et encore [Mat th. xvin, 17) : « Celui qui n'écoutera pas l'Eglise doit être traité comme un publicain et un infidèle. » Il n'est donc pas possible que l'Eglise erre.

Peut -elle être divisée par les hérésies et par les schismes ?

Non, elle est la tunique de Jésus-Christ qui ne se partage point : on peut se séparer d'elle, mais non diviser son unité. C'est pourquoi, dans le langage des sainte Pères, l'Eglise est appelée Vierge, aussi bien quo la Mère du Sauveur, l'une et l'autre ayant enfanté le Chef et les membres sans préjudice de leur intégrité.

Peut~elle être renversée par les persécutions ?

Non, elle est la colonne inébranlable de la vérité, fondée sur le roc de l'Evangile, contre laquelle tous ses agresseurs, loin do l'endommager, se froisseront.

Peut-elle être vaincue par l'effort des démons ?

Non, le Sauveur a assuré que les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre elle.

Qu'est-ce à dire ?

Que les violences les plus outrées, et les complots les plus concertés de ces esprits méchants et artificieux , ne prévaudront jamais contre elle, en lui ravissant la vérité ou la sainteté , parce que la division qui est le

et de la promulgation de l'Evangile si l'on doit espérer le même bonheur futur en restant dans les ténèbres de l'hérésie, du schisme ou de l'infidélité? Tenons-nous-en à la comparaison de l'arche ; nous comprendrons alors le dévouement de nos missionnaires, et croyons que dors delà véritable Eglise, il n'y a point de salul. Les enfants et les infidèles qui n'ont pu connaître la vérité , appartiennent à ce qu'on appelle Y âme de l'Eglise.

principe de la faiblesse, et le caractère de l'enfer, ne l'emportera pas contre l'unité, qui est le principe de la force, et le caractère de l'Eglise.

Peut-elle être détruite par la longueur du temps ?

Non, le Sauveur a promis qu'il serait avec elle tous les jours jusqu'à la fin du. monde, elle verra tomber le monde sans tomber avec le monde : de façon que malgré la malice des démons, l'égarement de l'esprit humain, la fureur des tyrans, la Corruption du siècle, et l'inconstance des choses humaines, elle subsistera toujours, et sera toujours véritable et toujours sainte : « Allez, » dit le Sauveur à ses disciples, et en leurs personnes è leurs successeurs, un moment avant de monter au ciel, «allez, enseignez, baptisez, et voilà je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles.» (Matth. xxvm , 18 seq.)

Que renferment ces paroles ?

Une promesse, 1° qu'il y aura une mission continuelle d'ouvriers, « allez; » 2° que la vérité ne sera jamais séparée du corps où se trouveront la succession et l'autoritélégitime, « enseignez; » 3° que la mission, la prédication, et l'administration des sacrements se conserveront en leur entier dans l'assemblée où ses ministres présideront, «allez, enseignez, baptisez ;» k° que ses ministres enseignants et baptisants, vivront et subsisteront jusqu'à la fin du monde, et qu'il vivra avec eux, et qu'il ne se séparera jamais d'eux, dit saint Jérôme, « allez, enseignez, baptisez, je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la consommation des siècles; » 5° qu'ainsi l'Eglise sera une, immortelle et visible société de pasteurs et de peuples; 6° enfin que comme la profession de la vérité ne pourra jamais être empêchée par l'erreur, la force du ministère apostolique ne pourra jamais être interrompue par aucun relâchement de la discipline. Et de cette sorte la même promesse qui fait que l'Eglise sera toujours, et toujours visible fait, lu qu'elle n'erre jamais; 2° qu'il y aura une succession continuelle d'autorité et de vérité; 3° qu'elle renfermera sa visibilité dans son culte, son infaillibilité clans sa foi, et son indéfectibilité de ministère dans sa mission et ses ordinations.

Ne peut-elle jamais tomber en quelque erreur contre la foi, pas même quelquefois , ni à l'égard de certains articles non fondamentaux ?

Non, Jésus-Christ n'apporte aucune limitation ni restriction à ses promesses; il ne dit point : 1° je serai avec vous en certains articles; 2° l'enfer ne prévaudra point quelquefois ; 3° le Saint-Esprit vous enseignera certaines vérités; i"je serai avec vous quelque temps ; mais il dit absolument : 1° « Prêchez, enseignez, baptisez, je suis avec vous ; » 2° « l'enfer ne prévaudra point; » 3" « le Saint- Esprit vous enseignera toute vérité ; » k" « je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la consommation des siècles ; » 5° « Le Saint-Esprit demeurera toujours en vous;» 6° s'il abandonnait son Eglise quelquefois, on ne pour-

rait être sûr d'aucun temps où il ne l'eût pas abandonnée, car s'il n'y a point de promesse de préserver toujours l'Eglise d'erreur, tous les siècles y sont sujets : s'il y a une promesse , tous les siècles en sont exempts; 7° s'il l'abandonnait en certains articles, on ne pourrait jamais être sûr qu'il ne l'abandonnât point en aucun, ne les ayant pas distingués, et ne le pouvant être par l'esprit humain : joint qu'on n'a aucune règle pour discerner les points fondamentaux, et que l'apôtre saint Jacques assure que celui qui pèche en un seul article, est coupable de tous] les autres. D'ailleurs elle enseignera toujours la vérité, il ne sera donc jamais permis de s'éloigner de sa doctrine : elle sera donc toujours infailliblement véritable : infaillibilité, ou assistance infaillible du Saint- Esprit, seul moyen de trouver et de conserver l'unité de la foi dans une doctrine aussi haute que celle du christianisme, dans une profondeur aussi extrême que celle de l'Ecriture, dans une multiplicité aussi effroyable de sectes que celles qui partagent le monde, dans une incertitude aussi grande que cellede l'esprit humain toujours flottant.

Comment l'Eglise sera-t-elle toujours véritable ?

Parce qu'elle enseignera toujours les vérités que Dieu a révélées, sans interruption ni corruption, ni innovation, ni variation, ni addition, ni diminution, la vérité étant entre ses mains un dépôt sacré et inviolable, dont l'Apôtre lui a enjoint, de la part de Jésus-Christ, la conservation inaltérable. « Gardez, » dit-il, « le dépôt (/ Tim. vi, 20), c'està-dire la doctrine qui vous a été confiée, et non que vous avez découverte ; que vous avez re.çue, et non que vous avez inventée ; dont vous êtes gardien et non auteur; sectateur et non innovateur.

Comment l'Eglise sera-t-elle toujours sainte ?

Parce que la doctrine toujours sainte ne cessera jamais de produire des saints, et qu'ainsi elle sera le perpétuel domicile de la vérité, de la charité, de l'unité et de la sainteté.

La communion des saints.

Premier bien de l'Eglise.

Pourquoi les articles de la communion des saints, de la rémission des péchés, de la résurrection de la chair et de la vie éternelle, sont-ils tnis après celui de l'Eglise?

A cause que ce sont des grâces que nous recevons par son ministère.

Qu' entendez-vous par la communion des saints?

L'union de la société de tous les fidèles dans la commune participation aux biens spirituels de l'Eglise.

Quels sont ces biens?

Il y a des biens généraux et extérieurs, et les biens particuliers et intérieurs.

Quels sont les généraux et extérieurs ?

V Le sacrifice; 2" les sacrements; 3' la

prédication de la parole; k° les offices publics; la sépulture en terre sainte; 6° les indulgences, suffrages, jubilés, et tout le reste du ministère.

Et les particuliers et intérieurs?

Les prières, jeûnes, aumônes, mortifications, souffrances, actes de vertu et de charité et autres lionnes œuvres de chaque fidèle.

Comment les fidèles séparés et éloignés les uns des autres, et occupés en différents lieux et emplois, peuvent-ils entrer en participation de leurs biens particuliers et intérieurs ?

Ils sont les membres du même corps mystique dont Jésus-Christ est le chef, qui les anime et les unit, de façon que par le moyen de la communion des saints nous obtenons deux choses; la première, que le mérite de Jésus-Christ nous est communiqué à tous; la seconde, que le mérite de tous est communiqué à chacun, d'où il s'ensuit que travailler pour son prochain, c'est travailler pour soi; ainsi les membres d'un corps naturel, quoique différents en figurer en situation et en lonctions, participent' néanmoins à la même vie, à la même nourriture, à la même influence et direction du chef, et aux mêmes avantages , et s'entre-secourent les uns les autres. Ainsi les pauvres particicent à la charité des riches, et les riches à la patience des pauvres; les contemplatifs aux travaux des actifs, et les actifs aux prières des contemplatifs, etc.

Il y a donc entre les fidèles communion extérieure et intérieure?

Oui, communion extérieure dans l'Eglise, qui les unit au dehors par la profession d'une même foi et d'une même loi ; par l'administration ries mêmes sacrements, par l'oblationdu même sacrifice, par le même gouvernement ecclésiastique, par la soumission au même chef visible, qui est notre Saint-Père le Pape. Communion intérieure dans le Saint-Esprit, qui les unit parles liens d'une même foi, d'une même espérance, d'une même charité, d'une même vie et d'un même esprit, et qui leur rend commun le mérite de leurs bonnes œuvres. Car comme un bon aliment 1° profite à l'estomac avide qui le reçoit; 2° soulage la tête malade; 3° donne vigueur à tout le corps; de même une b'onne œuvre 1° sanctifie celui qui la fait; 2°attire secours à celui pour qui on la fait; et 3" cause un bien général à louie l'Eglise en qui on la fait ; et c'est dans la participation a ce troisième bien que consiste particulièrement la communion des saints à l'égard des bonnes œuvres, et duquel les excommuniés sont privés.

Que cause aux membres de l'Eglise ce troisième fruit des bonnes oeuvres?

1° Une augmentation de grâcejpour la sanctification des justes; 3° une abondance de secours pour la conversion des pécheurs; 3° une diminution de tentations pour tous, comme l'enseigne saint Thomas.

(27) Ce n'est pas aux larmes de Madeleine, mais corda la résurrection de leur frère Lazare.

Qui participe pleinement à la communion des saints?

Ceux qui, menant une vie véritablement chrétienne, s'unissent souvent à tout le bien qui se fait actuellement dans l'Eglise, l'aiment, s'en réjouissent, l'adoptent pour ainsi dire, en louent Dieu, en demandent l'augmentation.

Pourquoi dit-on la communion des saints?

Pour donner h entendre que les pécheurs n'ont pas de bonnes œuvres auxquelles on puisse participer.

Les pécheurs sont-ils hors de la commumunion des saints?

Non, ils ont droit sur les biens de l'Eglise, quoiqu'ils n'y participent pas actuellement, tandis qu'ils sont en état dépêché mortel.

Que sont-ils donc ?

Des membres morts ou perclus, mais unis encore au corps de l'Eglise, ce qui leur attire divers secours intérieurs et extérieurs pour leur conversion, les grâces que reçoivent les membres morts étant accordées aux prières des membres vivants et aux gémissements de cette colombe, ainsi que la résurrection de Lazare aux larmes de la Madeleine (27), disent les saints.

Qui donc est proprement exclu de la communion des saints?

1° Les infidèles; 2° les hérétiques ; 3° les schismatiques; 4° les excommuniés. En effet, les uns n'ont jamais été du corps de l'Eglise, et les autres s'en sont séparés ou en ont été retranchés comme des membres pourris, et aucun d'eux n'appartient au corps ni à l'âme de l'Eglise.

Y a-t-il quelque communion de biens spirituels entre l Eglise triomphante et la militante ?

Oui, nous honorons et prions les bienheureux du ciel, et ils intercèdent pour nous et nous font sentir leurs secours sur la terre; et quiconque est en communion avec la partie visible de l'Eglise, peut s'assurer d'être en communion avec la partie invisible, qui est déjà dans le ciel avec Jésus- Christ.

Et entre V Eglise militante et souffrante?

Oui, nous soulageons ceux qui sont en purgatoire par nos suffrages et nos bonnes œuvres, et ils nous aident par leurs prières, du moins quand, aidés par les nôtres, ils ont obtenu la gloire.

Sur quoi est fondée cette mutuelle communication de bien entre l'Eglise du ciel, de la terre et du purgatoire?

Sur ce que dans ces trois lieux les justes étant les membres du même corps, dont le Saint-Esprit est l'âme et Jésus-Christ le chef, ils entrent dans les intérêts les uns des autres, et s'entr'aident par les mutuels mouvements d'une sincère charité. « Vous êtes, ô Jésus, la racine et le tronc mystérieux d'où se tirent ce suc et cette sève célestes, qui portent la vie et l'accroissement aux

à celles de Marthe et ('c Marie que le Sauveur ac-

OEUVRES COMPLETES DE DE LA CHETARDiE.

branches qui vous sont unies, et qui leur causent la beauté, la richesse, la gloire et la fécondité; vous êtes le chef et la source d'où, par de secrets canaux, découient sur les membres que vous animez ces esprits vivifiants qui leur donnent la force, la santé, la chaleur et le mouvement. Ne permettez pas, Seigneur, que nous soyons clés branches sèches et stériles, qui ne soient bonnes qu'à brûler, ni des membres pourris, qui ne soient bons qu'à couper; et faites que nous tenions tellement à l'extérieur de votre corps mystique et à l'écorce de vos sacrements, que nous participions à la vie intérieure que vous leur communiquez. »

De l'excommunication.

Qu est-ce que V excommunication?

Une peine dont l'Eglise châtie ses enfants méchants et désobéissants.

En quoi consiste-t-elle?

A être 1° séparé de la société des fidèles ; 2° privé des biens de l'Eglise; 3° livré à Satan.

Qu est-ce à dire?

Que l'Eglise donne pouvoir au loup infernal d'affliger un excommunié, qu'elle a mis comme une brebis infectée hors du bercail, afin qu'il se reconnaisse, qu'il s'humilie, qu'il recoure à sa protection, et qu'enfin il n'infecte pas les autres.

Un fidèle peut-il prier pour un excommunié?

Oui, en son particulier et comme personne privée, mais non publiquement et comme ministre ou député de l'Eglise.

Doit-on craindre f excommunication?

Oui, c'est un châtiment très-épouvantable et une image de l'éternelle séparation des saints d'avec les réprouvés.

Art. X. — La rémission des péchés.

Second bien de l'Eglise.

Pourquoi l'article de larémission des péchés suit-il celui de l'Eglise catholique et de la communion des saints ?

Parce que nul n'obtient pardon de ses péchés s'il n'est premièrement incorporé au peuple de Dieu.

L'Eglise a-t-clle le pouvoir de remettre les péchés ?

Oui, elle seule a ce pouvoir, et c'est un des biens dont Jésus-Ch: ist l'a enrichie.

Quand le lui a-t-il conféré?

En établissant les sacrements de baptême, de pénitence et d'extrême-onclion, et en donnant les clefs du royaume du ciel, pour lier et délier, et le pouvoir de remettre et de retenir les péchés, surtout lorsque parlant à ses disciples, et en leurs personnes à leurs successeurs, il leur dit : « Recevez le Saint-Esprit : ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. »

Comment les remet- elle?

Elle remet le péché originel par le baptême, et les péchés actuels, si on en a commis

avant de s'y présenter : par la pénitence , elle remet ceux où l'on est tombé depuis qu'on a été baptisé : et par l'extrême-onction elle efface jusqu'aux restes du péché.

N'y a-t-il aucun péché irrémissible ?

Non, il n'y a aucun péché pour énorme qu'il soit, 'qui ne puisse être effacé, ni aucun pécheur pour abominable qu'il soit, qui ne puisse pendant cette vie être justifié par l'un de ces deux sacrements dignement reçu, le démon seul ayant le cœur dur comme une enclume, et les damnés étant sans remède.

D'où ont-ils une si grande vertu?

Du sang de Jésus-Christ, dont le mérite est appliqué quand on les administre.

Ce pouvoir ne se trouve-t-il que dans la seule Eglise catholique?

Non, et hors d'elle il n'y a aucun moyen de salut, ni aucune espérance de pardon pour les pécheurs, c'est dans son seul terroir que coulent les eaux du Jourdain, capables de nettoyer la lèpre que toutes les fontaines de Samarie ne peuvent, laver (28).

Qui peut exercer ce pouvoir?

Toute personne fidèle ou infidèle qui a l'usage de raison, est capable de baptiser, et par conséquent, de remettre les péchés par ce sacrement : mais pour les remettre par celui de la pénitence, il faut être prêtre, et avoir juridiction dans l'Eglise.

La contrition parfaite ne remet-elle pas les péchés ?

Oui, pourvu qu'elle renferme le propos de s'en confesser, et de les soumettre aux clefs et à la puissance de l'Eglise.

N'est-ce pas Jésus-Christ qui nous remet lui-même les péchés dans ces deux sacrements ?

Il est l'invisible et le principal ministre qui opère par les prêtres, comme 'par ses instruments, celte rémission, laquelle ne se fait qu'en son nom et en sa vertu.

Comment s'opère cette rémission?

Par l'infusion de la grâce, de même que les ténèbres se dissipent par l'épanchement de la lumière.

1° Que la rémission des péchés promise de Dieu par ses prophètes, et que son Fils nous a méritée par sa mort et sa passion, est une véritable remise de nos péchés, et de la peine éternelle qui leur est due; de telle sorte, qu'après celte rémission, il ne reste plus rien dans le fidèle qui mérite la damnation éternelle. 2° Que comme l'Ecriture parle de la rémission de nos péchés, tantôt en disant que Dieu les couvre, et tantôt en disant qu'il les Ole, et qu'il les efface par la grâce du Saint-Esprit , qui nous fuit une nouvelle créature; il faut pour se former une idée parfaite de la justification du pécheur, joindre ensemble ces expressions, et avouer que nos péchés, non-seulement sont couverts, mais qu'ils sont entièrement effacés par le sang de Jésus-Christ. 3° Et que cette rémission est toujours accompagnée de la grâce qui nous régénère, et nous justifie. 4° Et qu'ainsi la justice de Jésus-Christ est nonseulement imputée, mais actuellement com-

(28) Voir les notes précédentes pour l'explication de cette réponse.

ir.5

CATECHISME DE BOURGES. — PART

muniquée à ses fidèles par l'opération du

Saint-Esprit, qui fait que non-seulement ils sont réputés justes, mais qu'ils sont vraiment justes par sa grâce : autrement cette justice qui ne serait justice qu'aux yeux des lmmuies, et non devant Dieu, serait indigne d'être attribuée au Saint-Esprit : tellement que la justification qui n'est autre chose que la grâce qui, nous remettant nos péchés, nous rend agréables h Dieu, par un effet qui vient de sa miséricorde, doit néanmoins être en nous, en sorte que pour être justifié, c'est-à-dire, de pécheur être fait juste, il faut avoir en soi la justice, comme pour être savant et vertueux, il faut avoir en soi la science et la vertu. 5° Nous avouons cependant que cette justice n'est point parfaite en cette vie, quoiqu'elle soit véritable, parce que tant que nous vivons, la chair a des désirs contraires aux désirs de l'esprit, et que l'esprit a des désirs contre la chair, et qu'enfin nous manquons tous en beaucoup de choses; de façon que le gémissement d'une âme repentante de ses fautes, fait le devoir le plus nécessaire de la justice chrétienne, ce qui nous oblige de confesser humblement avec saint Augustin , que notre justice en cette vie consiste plutôt dans la rémission des péchés, que dans la perfection des vertus; c'est pourquoi il n'est parlé précisément dans cet article du Symbole, que de la rémission des péchés, qu'il faut entendre en ce sens selon l'Eglise catholique.

Des quatre fins de l'homme.

Quelles sont les quatre fins de l'homme ?

Ie La mort; 2° le jugement; 3° l'enfer; 4° le paradis ; quatre/vents impétueux, lesquels, semblables à ceux qui renversèrent les châteaux du bienheureux homme Job, et enveloppèrent ses enfants et ses biens sous leur ruine, doivent détruire les hautes tours de notre orgueil, et ensevelir toutes nos espérances mondaines.

Pourquoi appelez-vous cela les quatre fins de l'homme ?

Parce qu'enfin c'est là où aboutissent toutes les choses qui le concernent. Car la mort est le dernier terme de sa vie ; le jugement, le dernier arrêt de son sort; l'enfer, Je dernier châtiment de son crime ; le paradis , la dernière récompense de sa vertu.

Est-il utile d'-y penser?

Oui, et cette pensée fait, 1° qu'on s'y prépare ; 2° on évite le péché ; 3" on se détache du monde; 4° on fait pénitence ; 5° on réfrène ses convoitises ; C° on prie et on s'humilie ; T on se tient toujours prêt, celui qui est mort au monde ne compte plus les jours du monde, dit saint Cyprien ; 8" on a recours dès cette vie à la miséricorde, qui répand ses grâces sur la terre, seul et unique théâtre de ses faveurs, puisqu'elle n'a ni matière dans le ciel, ni accès dans l'enfer.

De la mort.

Qu'est-ce que la mort ?

C'est la séparation du corps et de l'âme.

Que dites-vous de la mort ?

. I. CE QUE NOUS DEVONS CROIRE. ili

1° Qu'elle est certaine ; '2° qu'elle est incertaine quant au temps, quant au lieu , quant à la manière ; 3° qu'elle surprend ; 4° qu'on ne meurt qu'une fois; 5° que la mort dépend de l'éternité; 6° qu'on meurt ordinairement comme on a vécu ; 7° que tout nous quitte alors, excepté nos œuvres qui nous suivent.

Qui console un homme de bien à l'heure de la mort ?

1° La confiance en la miséricorde de Dieu et aux mérites de Jésus-Christ ; 2° la paix de la bonne conscience; 3° l'espérance du paradis ; 4° Dieu, dit saint Grégoire, a voulu que l'homme pécheur fût assujetti à la mort, afin de donner des bornes au péché, et que l'homme tirât au moins cet avantage de la mort, que son péché ne fût pas immortel ; et qu'ainsi son supplice lui devînt une grâce. Manière de châtier les coupables, digne de la miséricorde et de la sainteté de Dieu.

Qui tourmente un pécheur au lit de la mort ?

V La séparation de tout ce qu'il aime ; car on ne quitte point sans douleur ce qu'on possède avec plaisir : quittons donc tout pour ne rien quitter, mourons pour ne pas mourir ; 2° le souvenir de ses péchés ; 3° la présence des démons ; 4° la crainte de l'enfer.

Quoi encore ?

D'avoir : 1° peu aiméet servi Dieu ; 2° corrompu un bon naturel ; 3° perdu le temps ; 4° abusé des grâces de Dieu ; 5° rendu inutiles les souffrances de Jésus-Christ, et le sang qu'il a versé à l'arbre de la croix.

Que désirerait un Chrétien à l'heure de la mort ?

Avoir : 1° vécu dans l'innocence et sans péché; 2° imité Jésus-Christ; 3e fait de bonnes œuvres.

Quelles résolutions prendre ?

1° Faire pénitence ; 2° se détacher de toutes choses ; 3° penser souvent à la mort 4° s'y préparer par quelque retraite, et la digne réception des sacrements ; 5° se servir de cette pensée pour se consoler dans les afflictions, et tarir nos larmes : ainsi Job sur le fumier, pour nettoyer ses plaies, se servait d'ais do pot cassé, c'est-à-dire, selon saint Grégoire, de la vue de sa fragilité : ainsi la femme prudente dans l'Ecriture ne marque jamais plus de force ni de grandeur d'âme, à entreprendre des choses héroïques , que quand elle prend en main le fuseau et la quenouille, c'est-à-dire, quand elle compte ses années écoulées, et celles qui lui restent pour avoir achevé le cours de sa vie, dit saint Augustin ; 6° méditer souvent ces paroles d'un ancien solitaire : «Vous voyez un homme qui bientôt ne sera que poudre : rendez donc à la terre ce qui appartient à la terre, et couvrez la poussière de la poussière. »

Du jugement particulier.

Où va notre âme au sortir du corps ?

Au tribunal de Dieu, poury rendre compte de tout ce qu'elle a fait en ce monde, soit do bien, soit de mal.

MVj

Que devons-nous considérer sur ce jugement ?

i" La rigueur du compte, car on y demandera raison d'une parole oiseuse, que sera-ce des autres ? des péchés intérieurs et extérieurs :?d'oruission et de commission ; de ceux qu'on a commis, et de ceux qu'on a fait commettre aux autres : de bonnes œuvres gâtées, des moyens de salut négligés, des grâces méprisées ou rendues infructueuses ; 2° la sévérité du Juge, qui ne sera touché ni des prières, ni des larmes, qui n'aura nulle compassion, et qui ne recevra aucune excuse, que nul présent ne pourra corrompre et qu'aucun déguisement ne pourra tromper, en sorte que le pécheur demeurera muet, et l'iniquité confondue ; 3" la rage des accusateurs qui seront les démons, leurs artifices, leur haine, leurs insultes, leurs dérisions : de plus les complices de nos crimes, les âmes que nous aurons perdues, et notre propre conscience ; 4° le nombre et la qualité des témoins, savoir : les hommes, les anges, les saints et le juge même Notre-Seigneur Jésus- Christ ; 5° l'importance de la sentence qui sera définitive et irrévocable, contre laquelle on ne pourra ni se pourvoir, ni même murmurer, d'où dépend une éternité de bonheur ou de misère, le paradis ou l'enfer; 6° joignez à cela ce qu'assure l'Ecriture, que le juste sera à peine sauvé, et la terreur de tant de saints qui, ayant vécu comme des anges sur la terre, ont frémi à l'abord de ce jugement.

Quand est-ce que cela arrivera ?

Nous n'en savons ni le jour, ni l'heure, Dieu nous l'a voulu cacher afin que nous l'attendissions à toute heure , et que notre compte fût toujours prêt, et notre conscience en bon état.

Que faut -il faire dans cette vue ?

Etre soi-même son accusateur et son juge, se condamner et se punir en ce monde, pour être absous en l'autre.

Art. XI. — La résurrection de la chair. Troisième bien de l'Eglise.

La résurrection est-elle un bien particulier de l'Eglise ?

Oui, la résurrection à la vie, qui est propre aux élus, puisqu'il n'y a point de salut ailleurs que dans l'Eglise, où notre résurrection commence à présent par l'esprit , s'accomplit un jour dans la chair.

Pourquoi l'article de la résurrection de la chair suit-il celui de la rémission des péchés ?

Comme celui de la rémission des péchés vient après celui de la Trinité et de l'Incarnation, pour montrer que la foi de ces mystères est inutile sans cette rémission, qui renferme la justification et l'adoption ; de même la «émission servirait de peu, si elle ne se terminait à la résurrection de la chair, et au J'onheur éternel.

Les réprouvés ressusciteront-ils aussi?

Oui, mais à la mort éternelle, ce qui, loin d'être un bien pour eux, leur sera une augmentation de tourments.

Pourquoi les corps des uns et des autres ressusciteront-ils ?

Pour avoir part à la récompense ou à la peine du bien ou du mal auquel ils onicontribué, et dont ils ont été les instruments.

Pourquoi dites-vous « la résurrection de la chair ? »

Parce que 1° la résurrection suppose la mort , et que le corps est seulement ce qui meurt dans l'homme , et non l'âme, qu'on ne dit pas par cette raison devoir ressusciter. 2° On ne dit pas a la résurrection du corps, » parce que la résurrection ne changera pas, et n'ôtera pas la substance corporelle de l'homme que Dieu a fait bonne, mais « la résurrection de la chair, » qui, dans le langage de l'Ecriture, signifie tout ce qu'il y a de faible et de corruptible dans l'homme, tout ce qui est sujet à la mortalité et à la fragilité que le péché a apporté à la nature humaine, car tout cela sera changé et réparé dans la résurrection, et l'homme y sera parfaitement guéri de toutes ses plaies, et délivré de toutes ses faiblesses , ce que signifie « la résurrection de la chair. »

Les âmes bienheureuses souhaitent-elles la résurrection ?

Oui, c'est une inclination naturelle , et leur félicité ne sera pas complète, jusqu'à ce que, se réunissant au corps qu'elles ont animé, et qui a été le compagnon de leurs travaux et de leurs mérites, elles l'aient rendu participant de leur récompense et de leur gloire. 2° Ce qui est violent comme la séparation de deux choses aussi étroitement et naturellement unies que l'âme et le corps, n'est pas durable. 3° Un homme, n'est pas parfait sans son corps.

Quand se fera celte résurrection générale ? A la fin du monde.

Comment se fera-t- elle ?

A la voix d'un ange, et au son d'unet trompette, qui sera comme le signal et le'réveil du jour de l'éternité pour tout le genre humain.

Qu arrivera-l-il alors ?

Les tombeaux s'ouvriront , la terre et la mer rendront les corps qu'elles enserrent, la matière dont ils étaient composés se réunira, et reprendra sa première forme et figure, et les âmes feutreront dans les mêmes corps qu'elles auront autrefois habité. Comment cela se pourra- t-il faire?

Par la touie-puissance de Dieu, qui n'aura pas plus de peine à refaire son ouvrage, qu'il en a eu à le faire, et c'est toujours poussière pour poussière.

Avons-nous quelque chose dans la nature qui puisse nous donner quelque idée de cette vérité?

Ne faut-il pas que le blé et toutes les autres semences de la terre, aussi bien que les aliments, pourrissent avant (pue de prendre une nouvelle vie? La lumière se couche tuus les soirs, et se lève tous les malins.

Où tient-on quese passera l'action du jugement ?

Dans la vallée de Josaphat près de Jérusalem, du Calvaire et du mont des Olives, où

tous les hommes se trouveront transportés et assemblés (29).

Pourquoi ce lieu ?

Comme c'est celui où on dit qu'Adam a été créé, et où certainement le Sauveur a opéré notre rédemption, il est convenable que ce soit celui où il consomme cet ouvrage.

En quel état ressusciteront les hommes ?

A l'âge viril, et sans défaut corporel.

Et les réprouvés ?

Leurs corps paraîtront affreux et épouvantables, quoique parfaits et entiers.

Et les prédestinés ?

Leurs corps seront la beauté même.

Pourquoi cette différence?

Elle viendra du péché qui défigurera les uns, et de la grâce qui embellira les autres.

Seront-ils également beaux ou affreux ?

Non, chacun sera traité selon son mérite ou démérite.

Quel bien cause la foi de la résurrection ?

1° Elle console dans la mort des parents et des amis, et dans la nôtre propre ; 2* elle excite à la pratique des bonnes œuvres, surtout à la pénitence et à la mortification ; 3° elle détache de ce monde et de cette vie corruptible ; 4° elle encourage à supporter les misères de notre mortalité, puisque plus le corps est humilié, affligé, mortifié pour Dieu, plus sera-t-il glorifié.

Du jugement dernier.

Outre le jugement particulier , y en aurat-il un général ?

Oui, tel est le sort des criminels, on leur prononce la sentence premièrement à la chambre en particulier, et puis au lieu de l'exécution publiquement, et en présence de tout le monde.

Quy aura-t-il de différent ?

L'apparat extérieur sera plus éclatant et plus solennel dans le jugement générai.

Que nous en dit l'Ecriture ?

1° Que le juge viendra brillant de gloire et de splendeur dans un corps infiniment plus lumineux que le soleil. 2" Qu'il sera environné des chœurs des anges, des séraphins, des chérubins, des trônes , etc. 3" Accompagné d'une multitude innombrable de saints, des patriarches , des prophètes, des apôtres, des martyrs , etc. k" Précédé par le signe salutaire de la croix qui brillera dans l'air, comme l'enseigne et le drapeau de cette formidable armée, à la vue de laquelle toutes les tribusj de la terre pleureront amèrement. 5° Qu'il s'asseoira dans un tribunal de majesté, placé au milieu des airs, environné de ses anges et de ses saints. 6° Que devant lui comparaîtront tous les hommes du monde sans exception, qui ont été depuis la création de l'univers, et qui seront jusqu'à la consommation des siècles , et lesquels

(29) Cette réponse et la suivante n'expriment qu'une opinion particulière de quelques saints Pères, et d'un petit nombre de théologiens, mais elle n'est appuyée sur aucune preuve dogmatique. On est donc lilire de ue pas y ajouter foi ; c'est une pieuse conjecture qu'on peut taire dans l'explication du catéchisme.

OKlvres compl- de de la Chétabdie.

seront ressuscites , et auront repris leurs propres corps, et de plus tous les démons de l'enfer; ainsi tout genou fléchira devant Jésus-Christ au ciel, en terre et en enfer, et le reconnaîtra pour juge et pour roi. 7° Que les bons anges sépareront les élus d'avec les réprouvés, comme un pasteur sépare les brebis d'avec les boucs, mettant ceux-ci à la gauche du juge, et les laissant sur la terre à laquelle ils ont été si attachés : et ceux-là h sa droite au-dessus de la terre qu'ils ont tant méprisée, élevés vers le ciel, après lequel ils ont tant soupiré, unis à celui qui les a tant aimés, et qui leur fera occuper auprès de lui la place qu'il occupe à présent auprès de son Père. 8° Que toute la créature, tremblante d'effroi, dans un silence profond, attendra l'événement de son sort et de son bonheur ou de son malheur étemel, de la bouche du Juge, devant lequel il faudra de nouveau que chacun comparaisse à rendre compte de sa vie. à la face du ciel et de la terre, et des anges, et des hommes, pour recevoir une louange ou un blâme éternel, examen qui ne sera ni long ni douteux, chacun portant sur soi des marques visibles de la grâce ou du péché, et Dieu pouvant exécuter en un moment ce que l'esprit humain ou angélique ne pourrait en plusieurs siècles. 9° Enfin que tout ayant été examiné et discuté, le Juge prononcera la sentence décisive etirrévocable, premièrement auxélus, et ensuite aux réprouvés.

Que dira-t-il aux élus?

« Venez, les bénis de mon Père, venez posséder le royaume qui vous a été préparé dès la constitution du monde. »

Et aux réprouvés ?

« Allez, maudits, au feu éternel, qui est préparé au diable et à ses anges. »

Quarrivera-t-il en ce moment?

La terre s'ouvrira et engloutira toute celle malheureuse troupe de démons et de réprouvés, qui iront brûler à jamais dans les enfers (30).

Et les élus ?

Ils s'enjront avec Jésus-Christ au paradis, pour y régner avec lui dans tous les siècles des siècles.

Tous les damnés seront-ils égaux en peine, et tous les élus en gloire?

Non, chacun sera traité suivant son mérite ou démérite, sans néanmoins que l'inégalité de la récompense mette parmi les bienheureux aucune jalousie, dont ils ne seront plus capables.

Pourquoi ce jugement dernier, puisqu'il y en aura un particulier ?

1° Les bonnes et les mauvaises actions ayant de longues suites, et des effets divers, il faut, pour en voir tout le mérite ou démérite, attendre la fin de tout. 2° Le>

(30) En supposant que l'enfer soit placé au cen lie de la terre, ce qui n'est pas du tout proiné, car Dieu a d'autres espaces pour le contenir. Aucun texte de l'Ecriture ne peut êire cité en faveur de l'opinion qui suppose que l'enfer des dénions el des réprouvés se trouve dans le sein de la terre.

méchants vivant souvent en ce monde dans l'estime et l'approbation des hommes, et les bons dans l'opprobre et le blâme, n'est-il pas à propos qu'il y ait un jour où, publiquement, on rende justice à tout le monde? 3° que le corps, complice du bien et du mal, soi! rémunéré ou puni aussi bien que l'âme ; 4° que la Providence divine , si souvent blâmée par les impies, soit justifiée aux yeux de l'univers; 5° que les bons aient ce sujet de consolation dans leurs adversités; et les méchants ce motif de crainte qu'il y aura un jour auquel on verra la vérité de tout, et où les secrets seront manifestés. 6° qu'y ayant des pécheurs qu'on exalte comme des saints, et des saints qu'on méprise comme des pécheurs, ceux-ci soient délivrés de l'opprobre, et ceux-là c infondus ; T et que les hommes étonnés de voir le juste dans la souffrance et l'impie dans la prospérité, apprennent le mystère de la Providence et l'adorent?

Quels signes devanceront le jugement ?

i)es calamités épouvantables seront les avant-coureurs de ce jour terrible, comme les fruits le sont de l'automne, dit Notre- Seigneur. Malheureux monde de qui les ruines sont les fruits, dit saint Grégoire. Que prétendrons-nous donc en recueillir?

De l'enfer.

Qu'est-ce que l'en fer?

C'est le lieu où vont ceux qui meurent en péché mortel.

Combien faut-il en avoir pour y tomber ?

Un seul dont on n'a pas fait une véritable pénitence en cette vie, suffit pour nous perdre à jamais.

Combien depeinessouffre-t-on dans l'enfer?

On les réduit à la peine du sens, à la peine du dam et à la peine de l'éternité. Delà peine du sens.

Qu'y a-t-il à considérer sur cette peine, selon l'Ecriture ?

1° Le lieu, qui est une prison horrible, un cachot affreux, creusé au centre de la terre (31). 2° Les chaînes, qui garrottent les pieds et les mains des damnés, et qui leur ôlent toute espérance de s'enfuir et de se uéfendre. 3° La compagnie, qui n'est autre que l'assemblée de tous les pécheurs de la terre, et de tous les plus scélérats, ;les plus abominables et les plus détestables hommes qui furent jamais, des impies, des blasphémateurs, des homicides, des sorciers, etc., qui se haïssent, qui se maudissent, et qui enragent les uns contre les autres. k" Le maître de ce triste lieu, c'est Lucifer et les diables, c'est-à-dire ces esprits furieux et malfaisants, enragés, épouvantables à voir, d'une laideur inconcevable, d'une malice cruelle,

(31) Voir la note précédene. Rien da"s les Livres saints ni dans la tradition catholique nous dit que l'enfer soil au centre de la terre. Est-ce qu'il n'y a pas d'autres mondes où il peul être placé? Quand on dit qui* la terre engloutira les damnés, c'est une manière générale d'exprimer le châtiment qui leur est réserve.

b (52) Cet affreux tableau ne reproduit p s encore

dont la tyrannie est insupportable, et qui nourrissent une haine implacable et mortelle contre le genre humain. 5° L'affliction de tous les sens et de toutes les puissances ; là, les yeux, accablés par des ténèbres épaisses, ne verront jamais de lumière ; là, les larmes, les sanglots, les grincements d« dents,' les cris et les hurlements, les regrets et les soupirs ; là, une puanteur intolérable que ces boucs infernaux exhaleront dans cette sentinedu monde, ce cloaque de l'univers, et qui sera augmentée par l'odeur du soufre infernal ; là, l'ouïe sera affligée de clameurs, de plaintes, de malédictions, de jurements, de blasphèmes; là, une faim enragée et une soif insupportable tourmenteront ces malheureux, et un ver rongeur déchirera continuellement le cœur. Mais que dire de cet étang embrasé de feu et de soufre, dans lequel ils sont plongés, et où ils brûleront à jamais ? Voilà quelque échantillon de l'enfer.

De la peine du dam.

Qu'oppelez-vous la peine du dam (32) ?

Elle est plus grande que celle du sens, mais moins aisée à concevoir; elle consiste dans la perte qu'une âme damnée a faite de Dieu, qu'elle ne verra jamais ; plus de Dieu pour elle, plus de Père céleste pour elle, plus de Créaieur pour elle, plus de Providence, plus de miséricorde, plus de secours, plus de grâce, plus de protection, plus de mouvement pour le bien ; il n'y a plus pour elle de paradis à espérer, de Dieu à posséder, de consolation à attendre, de repos à venir, de remède à chercher. C'est un adieu éternel à la sainte Vierge, aux anges, aux saints, aux parents, aux amis, aux biens, aux honneurs, aux plaisirs ; il ne lui restera rien de tous les biens qu'elle a possédés, et de tous ceux qu'elle pouvait posséder, qu'un triste souvenir, et que des réflexions sur les moyens qu'elle avait de se sauver, qu'elle a méprisés, et sur les grâces et secours dont elle a abusé. Qu'un reproche immortel d'une conscience bourrelée qui se dira sans cesse : « J'ai pu, et je n'ai pas fait ; il n'a tenu qu'à moi de me sauver et je me-suis perdue. » En quoi consiste ce qu'on appelle le remords, ou le ver rongeur intérieur.

Or, c'est cette privation de tous les biens que l'on sent, et la vue affligeante qu'on en a, qui se nomme la peine du dam.

De la peine de l'éternité.

Quelle est cette peine?

C'est la plus terrible de toutes, mais la plus inexplicable ; des autres, quoique immenses, seraient supportables, si elles devaient finir, et celle-ci rend les moindres intolérables; cependant tout ce qu'on souffre

la réalité si terrible du malheur des damnés. Cependant il ne faut pas prendre à la lettre cette effroyable description de chaînes et d'étang embrasé. Le divin Sauvtur nous menace d'un feu éternel, des pleurs, des grincements de dents, <*u ver rougeur et d'un désespoir sa s remède. Cela suffit bien pour nous inspirer une terreur salutaire.

Ul

CATECHISME DE COURGES. — PART. 1

en enfer est immense en lui-mfime, et infini dans sa durée. Une prison éternelle, des chaînes éternelles, des larmes éternelles, une puanteur éternelle, une faim éternelle, une soif éternelle, un ver rongeur qui ne mourra point, un feu qui ne s'éteindra point, des regrets et des lamentations qui ne finiront point. Quand un damné aura souffert autant de siècles qu'il y a de grains de sable dans la mer, de gouttes d'eau dans l'Océan et de feuilles sur les arbres ; ce sera toujours à recommencer. La grandeur des peines cause une douleur immense; l'éternité des peines produit le désespoir, la rage et la fureur, et tout cela ensemble, l'extrémité des maux de l'enfer. En ce monde, nous voyons' la grandeur des châtiments du péché, et nous n'en voyons pas l'énormité; cependant Dieu ne le punissant pas autant qu'il mérite de l'être, jugeons de l'un par l'autre, comme on juge d'un bras qu'on ne voit pas par celui qu'on voit (33).

Qui sont ceux qui sont en grand danger de se damner?

Ceux,! 1° qui commettent facilement des péchés mortels ; 2° qui y croupissent longtemps; 3° qui fréquentent rarement les sacrements; 4° qui ne s'amendent point et ne se font pas violence ; 5° qui sont engagés dans de mauvaises habitudes ; 6° qui vivent dans les occasions d'offenser Dieu ; 7° qui nourrissent des haines et des rancunes; 8° qui retiennent le bien d'autrui; 9° qui diffèrent longtemps leur conversion ; 10° qui n'ont pas à cœur la grande affaire de leur salut ; 11° qui ne s'acquittent pas des devoirs et obligations de leur état: 12° qui ne s'instruisent pas assez de leur religion.

Art. XII. — La vie éternelle.

Quatrième bien de l'Eglise.

Pourquoi l'article de la vie éternelle suUhI celui de la rémission des péchés ?

Parce que cette vie heureuse est le fruit de cette rémission.

Pourquoi met-on les articles de la communion des saints, la rémission des péchés et de la vie éternelle après l'article de l'Eglise catholique ?

Pour montrer qu'il n'y a ni sainteté, ni rémission des péchés, et par conséquent ni salut, ni vie -éternelle, ni paradis, que dans l'Eglise catholique?

Qu'est-ce que le paradis ?

C'est le séjour des bienheureux, et !e lieu où Dieu récompense les saints : c'est le royaume de Dieu et de Jésus-Christ ; c'est la sainte cité, la nouvelle Jérusalem, la maison du Père (34).

Pourquoi le mettez-vous au rang des biens de l'Eglise ?

Parce que nul, s'il n'est de l'Eglise, ne le possédera jamais.

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