L'APOCALYPSE
omnium, liberorum et servorum, et pusillorum et magnoruui.
19. Et vidi bestiam, e' reges terrœ, et exercitus eorum corgregatos^ad faciendum praliuru cum illo qui sedebat in equo, et eu in exercitu ejus.
20. Et apprehensa est bestia, et cum ea pseudopropheta qui fecil signa corara ipso, quibus seduxit eos qui aeceperunt characterembestiœ, et qui adoraverunt imaginem ejus; vivi missi sunt ni duo in stagnum ignis ardentis sul[)hure.
21. El caeteri occisi sunt in gladio sedentis superequum.qui proceditde ore ipsius, et ouines.aves saturalœsunt de carnibus eorum.
sont montés dessus , et la chair de toutes sortes d'hommes, libres et esclaves, petits et grands.
19. Et je vis la bête et les rois de la terre avec leurs armées assemblées, pour faire la guerre contre celui qui étaità cheval, et contre son armée.
20. Et la bête fut prise, et avec elle le faux prophète qui avait fait les prodiges devant elle, par lesquels il avait séduit ceux qui avaient reçu le caractère de la bête, et qui avaient adoré son image, et ils furent tous deux jetés tout vifs dans l'étang de feu brûlant de soufre.
21. Et le reste fut tué par l'épée qui sortait de la bouchedejeeluiqui étaità cheval, et tous les oiseaux se soûlèrent de leurs chairs.
EXPLICATION
1. Ensuite j'entendis dans le ciel comme la voix de plusieurs troupes de personnes qui disaient : Alléluia : Salut, gloire et puissance à noire Dieu.
2. Parce que ses jugements sont véritables et justes, d'avoir condamné la grande prostituée quia corrompu la terre par son impudicité, ei d'avoir vengé le sang de ses serviteurs qu'elle avait répandu.
3. Et ils dirent pour la seconde fois : Alléluia : Et la fumée de son embrasement s'éleva dans les siècles des siècles.
k. Et les vingt-quatre vieillards et les quatre animaux se prosternèrent , et adorèrent Dieu qui était assis sur le trône, et ils dirent : Amen, Alléluia.
Après tant de grands événements qui viennent d'être représentés, l'apôtre voit la joie de l'Eglise triomphante, et entend les louanges qu'elle donne à Dieu de la ruine du paganisme, de la libre prédication de l'Evangile, de l'établissement de la religion chrétienne, et de la chute de l'empire romain, coupable d'avoir entraîné le monde dans son idolâtrie, et de lui avoir immolé tant de sang tidèle. Et il ne faut point d'autre commentaire en ce lieu, que le simple récit d'Eusèbe :
« Constantin, » dit -il, « travaillait de la sorte avec une application infatigable à l'avancement de la gloire de Dieu, à l'établissement de son culte, à la destruction de l'erreur, et à l'extinction de l'idolâtrie. 11 y eut des temples dont il fit ôter les portes. Il y en eut d'autres qu'il fit découvrir, afin qu'étant exposés aux pluies et aux injures des saisons, ils tombassent en ruine. Il y en eut d'où il lit tirer des statues de bronze, que l'erreur de l'antiquité avait consacrées, et dont elle avait parlé en des termes magnifiques, et les laissa exposées aux yeux du public dans les places de Constantiuople. Le peuple regardait avec, mépris d'un côté Apollon Pyllnen, de l'autre Apollon Sminthien ; les trépiedsde Delohes traînaient dans le cirque, les Mu^es avaient été transférées de l'Hélicon au palais ; enfin toute la ville impériale était remplie de
OElVRES COMPL. DE DE LA ClIETARDIE.
statues de cuivre et de bronze, qui avaient étéfailes par les plus excellents ouvriers, et consacrées dans les provinces par la superstition des peuples, lesquels, après leur avoir immolé un nombre infini de victimes, comme à des divinités, pendant qu'ils étaient comme enivrés de cet assoupissement d'erreur, qui jusqu'alors avait été la maladie générale du genre humain, ont enfin reconnu, quoique fort tard, combien ils s'étaient trompés, surtout quand l'empereur eut exposé ces mêmes statues aux railleries et aux dérisions de tout le monde.
« Pour ce qui est des statues d'or et d'argent, en qui l'adresse de l'art égalait la richesse de la matière, et qui servaient de pièges très-dangereux à l'inclination superstitieuse des peuples, les officiers de l'empereur obligèrent d'abord les prêtres païens à les représenter, et à les tirer des lieux les plus secrets où ils les avaient cachées. Ensuite ils dépouillèrent ces statues de leurs ornements, et découvrirent leur laideur à tout le monde. Enfin, ils mirent à part ce qu'elles avaient de plus précieux, fondirent l'or et l'argent pour le garder, et laissèrent ce qui n'était d'aucune valeur. L'empereur fit abattre et emmener les statues qui n'étaient que de cuivre ou de bronze : ainsi ces dieux autrefois si fort célèbres par les fables de la Grèce, furent liés et traînés comme des esclaves.
« Lorsque ceux qui avaient été les plus attachés au culte des démons, virent leur illusion manifestement découverte, les temples démolis , et les statues renversées, ils embrassèrent la doctrine salutaire du Sauveur, ou du moins condamnèrent la superstition de leurs pères, et se moquèrent de ces fausses divinités autrefois l'objet de leurs adorations. En effet, ils avaient juste sujet de s'en moquer, puisqu'ils voyaient les ordures cachées depuis si longtemps sous la beauté extérieure de ces figures ; ils ne trouvaient au dedans que des os pourris; que des lambeaux d'étoiles; que de la paille et du foin; tellement que quand ils virent I. 32
lour,
qu'au dedans de ces statues il n'y avait ni aucun démon qui rendît des oracles, ni aucun dieu qui prédît l'avenir, ni aucun fantôme noir et ténébreux; ils condamnèrent leur folie et celle de leurs ancêtres ; il n'y eut point de caverne si obscure et profonde où n'entrassent ceux que l'empereur avait envoyés pour extirper les restes de l'idolâtrie, ni de sanctuaires dans les temples où les soldats ne marchassent comme dans le lieu le plus profane, depuis que l'aveuglement du paganisme eut été si publiquement reconnu : » Quo pacto confictas jam a priscis lemporibus de diis fabulas , simul atque in terris visus est, obscuravit, ac tenebras atque errorem oblivioni tradidit : intellectualem vero lucem, quœ hominum animos illuslraret, unum scilicet ac verum Deum omnibus patefecit. ltaque nunc omnes ad meliora conversi, morluorum quidem simulacrorum vultus conspuunl, et impios dœmonum ritus conculcant, et vetusturn errorem a majoribus propagalum irrident, etc. Tout ceci est pris du m" livre de V Histoire de Constantin par Eusèbe, chapitre 5-V et suivants.
5. Et il sortit du trône une voix qui dit : Louez notre Dieu, vous tous petits el grands, qui le servez, et qui le craignez.
6 Et j'entendis comme la voix d'une grande troupe, et comme le bruit de plusieurs eaux, et comme de grands coups de tonnerre, qui disaient : Alléluia : Parce que le Seigneur notre Dieu , le Tout Puissant , règne maintenant.
L'Eglise militante est invitée à joindre ses cantiques d'allégresse à ceux de l'Eglise triomphante, et à bénir Dieu de ce qu'il a renversé le royaume de Satan sur la terre, pour y établir celui de Jésus-Christ son Fils bien aimé.
7. Rejouissons-nous, et tressaillons de joie, et rendons-lui gloire; parce que l'heure des noces de l'Agneau est venue, et que son Epouse s'y e.st préparée.
C'est donc ici le triomphe de l'Eglise qui se déclare hautement Epouse de l'Agneau : tout le monde est convié au banquet nuptial, la religion du vrai Dieu se prêche, et se répand partout, l'Eglise s'établit, se dilate, se forme, s'autorise et domine, et commence à célébrer une fête qui sera éternelle.
Les titres seuls des chapitres d'Eusèb^ après la mort des tyrans, et la paix procurée aux fidèles, peuvent donner la juste idée de l'endroit où nous sommes. Les voici : De la paix que Dieu nous procura ; Du rétablissement des églises ; De la dédicace des temples ; De la splendeur et de la gloire des églises ; De la joie des provinces ; Des fêles publiques qu'on fit partout ; De la démolition des temples des faux dieux ; Rappel des fidèles exilés dans les îles, ou aux mines ; Restitution de leurs biens el (le leurs charges; Gouvernement des provinces accordé aux Chrétiens ; Idolâtrie défendue ; Cimetières rendus; Eglises bâties; Culte des idoles el des statues aboli ; Lois contre les Juifs ; Biens donnés à l'Eglise: De pace a Deo nobis procurata ; De instauratione ecclesiaruin ; De ecclesiarum ubique dedica-
tionibus ; Oratio panegyrica de splendore et gloria Ecclesiœ ; Exsultatio provinciarum ; Publica lœtitia et feslivitas ; Templorum eversio, etc.
Quel changement 1 Si d'un côté l'on se remet dans l'esprit l'empire romain idolâtre, tel qu'il était au temps de saint Jean, son orgueil insensé, son attachement au culte des faux dieux, son mépris pour le christianisme; et de l'autre, si on le considère tel qu'il devait être sous Constantin, l'idolâtrie condamnée, les temples abattus, Jésus-Christ adoré, quelle surprenante métamorphose 1 Mais voici un nouveau précisde ce que nous en lisons dans Eusèbe ;
«O merveille incroyable 1 un empereur romain prêcher l'Evangile à ses soldats, leur composer des prières, et leur prescrire les cérémonies du culte qu'ils doivent rendre au vrai Dieu, duquel seul il leur ordonne d'attendre la victoire 1 On adore Jésus-Christ dans le palais des Césars, on y explique les Ecritures saintes, on y trouve partout les ministres du Dieu vivant devenus les gardes tidèles et les confidents du prince : la croix y brille de toutes parts : elle est le seul étendard que l'on y révère : on reconnaît en elle une vertu divine qui met en fuite ies armées des idolâtres et des démons , qui se soumet les nations barbares, et qui découvre l'erreur de l'ancienne superstition. Des églises somptueuses s'élèvent dans tous les endroits de la terre habitable, et les temples des faux dieux ébranlés jusque dans leurs fondements tombent en ruine : la mémoire des tyrans païens est abolie, et leur race jusqu'au moindre rejeton est extirpée : toute la Palestine a changé de face. Le sépulcre de Jésus-Christ est devenu le plus auguste sanctuaire de l'univers ; et le Calvaire, l'oratoire du monde le plus respecté. Tous les lieux que le Sauveur a honorés de quelques-uns de ses mystères ou de ses actions, ont été embellis par la magnificence de l'empereur. Une nouvelle Jérusalem, prédite par les prophètes, naît du milieu des cendres de l'ancienne, dont les crimes avaient attiré la ruine. Les fables ingénieuses des fauxdieux, et tout ce que l'antiquité crédule avait adoré, n'est plus qu'un objet de mépris. On foule aux pieds ces statues fameuses à qui l'on avait dressé tant d'autels et immolé tant de victimes : et l'on déteste publiquement Ja fascination dont le genre humain s'était laissé ensorceler : on annonce dans tous les climats que le soleil éclaire, l'existence et l'unité du vrai Dieu. Les nations qui habitent l'Orient et l'Occident, et celles qui sont situées au nord et au midi, d'un commun concert célèbrent sa gloire. La doctrine chrétienne retentit dans toutes les écoles et les chaires publiques, et personne à présent n'ignore son Créateur. Tant de merveilles ont été le fruit du signe salutaire de la croix, qui, par une vertu aussi puissante que secrète, a renversé de fond en comble l'empire du démon. » Telles sont les paroles d'Eusèbe au chapitre 10 de son Panégyrique , où, l'on peut yoir un très -grand nombre d'autres
«oor;
LAPOCALYrSK EXPLIQUEE.
toos
choses qui servent d'interprétation aux versets où nous en sommes.
7. Réjouissons-nous, et tressaillons de joie, et rendons gloire à Dieu, parce que l'heure des noces de l'Agneau est venue, et que son Epouse s'est préparée.
8. Et il lui a été donné de se vêtir de lin blanc et resplendissant, et ce lin est la justice des saints.
On ne voit que pompe et que majesté dans l'Eglise, l'éclat des vertus et la beauté de l'innocence qui brillent dans ses enfants, sont un tissu précieux dont elle se pare avec une majesté sans pareille. Et c'est ce qui parut encore plus après la destruction de Rome et la conversion des Barbares. Combien de nouveaux rois chrétiens, et de nations entières qui les imitèrent, montrèrentelles de foi, de zèle, de piété 1 Que de conciles et de lois! Quelle lut la discipline monastique de ces premiers temps I Que de saints évêques s'élevèrent alors 1 Combien bâtit-on, et dota-t-on richement d'églises, de monastères, d'hôpitaux 1 Que de grands et d'augustes monuments nous en restent encore 1 Atque- hoc maximum miraculum
est quod sacerdotes ac ministri Dei pie-
tate conspicui regiis hymnis ac laudibus festum diem célébrant : quod unus Deus omnibus annuntiatur : quod eum chori triumphalibus cujusque generis canlicis venerenlur, et universum hominum genus una cum
angelicis agminibus conduit et velut mu-
sicis quibusdam instrumenlis utentes, hymnos ipsi convenientes, gratiasque laudes cum admiratione per solvant.
9. Et l'ange me dit : Ecrivez ! Heureux ceux qui sont appelés au souper des noces de l'Agneau; puis il ajouta : Ces paroles de Dieu sont véritables.
10. Et je me jetai à ses pieds pour l'adorer , mais il me dit : Gardez-vous de le faire ; car je suis serviteur comme vous, et comme vos frères qui rendent témoignage à Jésus. Adorez Dieu ; car l'esprit de prophétie est le témoignage de Jésus.
L'ange, pour certifier encore davantage à saint Jean la vérité des grands événements qu'il venait de lui prédire, c'est-à-dire, la destruction de l'idolâtrie, suivie de celle de l'empire romain, et le glorieux établissement de l'Eglise, ou la vocation des gentils à la foi, et leur conversion arrivée aux Vêpres du monde et nommées dans les Livres sacrés le souper des noces de l'Agneau, lui ordonne de nouveau de les écrire comme des^choses indubitablement futures, et dont l'accomplissement serait comme le sceau delà mission du Sauveur, et le témoignage incontestable de sa divinité : Prédites -nous les choses qui doivent arriver, et nous saurons que vous êtes des dieux , est-il dit dans lsaie : Annuntiatequœ ventura sunt in futurum, et sciemus quia dii estis vos. (Isa. xu, 2.'i.) La vérité des prophéties étant le caractère de Jésus- Christ, qui le distingue de tout autre. Mais par le refus qu'il tit de recevoir les hommages de saint Jean, se qualifiant le conserviteur ues apôtres et des Chrétiens, il montre la
sainte et heureuse société qui allait se former entre les anges et les hommes, qui n'auront plus qu'un même maître et qu'un même chef; ces esprits bienheureux allant devenir sur la terre des coopérateurs du salut des fidèles, et ne devant plus composer avec eux qu'un même peuple, et une même Eglise.
11. Après cela je vis le ciel ouvert. Le ciel s'ouvrit alors pour ne plus se fermer, et pour établir un commerce durable avec la terre : et le chérubin ancien n'en défendit [dus l'entrée.
Et aussitôt j'aperçus un cheval blanc, et celui qui était monté dessus, s'appelait le fidèle et le véritable : Jésus-Christ, le Saint des saints, l'objet de In foi des peuples, dont les promesses viennent de s'accomplir si hautement, résidant dans les apôtres et dans leurs successeurs, prêche par eux les peuples, et parcourt en eux tout le monde. Car c'est le Seigneur qui les a envoyés faire retentir l'Evangile par tout l'univers, dit saint Jérôme sur le chapitre i" du prophète Zacharie, expliquant celte vision : A Domino enim missi sunt apostoli , ut totum orbem evangelica prœdicatione comptèrent. El sur le troisième chapitre du prophète Habacuc, voici ce qu'il ajoute :
« Quand nous voyons dans l'Apocalypse que le Verbe divin paraît, assis sur un cheval blanc, suivi d'une nombreuse armée de cavaliers, montés aussi sur des chevaux blancs, nous devons prendre cette vision en un sens mystique, et la regarder commo l'accomplissement de ces paroles de Jésus- Christ à ses disciples : » Voicique je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du mondte : Allez, enseignez, baptisez toutes les nations, etc. Car c'est par les apôtres que le Fils de Dieu s'est transporté par toute la terre, et je ne doute point que saint Paul qui a répandu l'Evangile, et porté la connaissance de Dieu en tant de climats, ne soit figuré par ce cheval blanc qui porte Jésus-Christ -.aVolumus de adventu Christi interpretari, juxta illud, quod in Apocalypsi scribitur, quod sermo Dei sedeat in equo albo, et omnis exercitus in equis albis sequebatur eum, et videbimus quomodo Christus ascenderit in apostolis suis , dicens eis : « Ecce ego vobiscum sum omnibus diebus\ usque ad consummationem sœculi (Malth. xxvin, 20) , » etc. : « Et euntes ile, baptizate omnes gentes (Ibid. , 19), » etc., et postea ascenderit in uno equo candido, quem alium non puto esse, nisi apostolum Paulum, super quem equitans omnem orbem circuinierit.
« La parole de Dieu paraît donc en un sens allégorique montée sur plusieurs chevaux, qui troublent les eaux en marchant, ainsi que dit le prophète, lorsque les prédicateurs de l'Evangile vont par leur bruit causer une frayeur salutaire à ceux (pie le dragon tenait engagés sous sa tyrannie dans la mer, symbole du monde, afin que revenus de cette crainte, qu'un avènement si subit leur avait causée, ils reçoivent Jésus- Christ que ces prédicateurs portent en eux:
Ascendit aulem sermo Dei in equis suis, ut lurbarentur aquœ multœ, hoc est, ut populi mulli, qui antea in mari erant, et a dracone tenebantur obnoxii, turbarentur primum, errorem pristinum deserentes , deinde conturbati venientem equitem susciperent.
Ce saint docteur, par ce discours, témoigne que tout ceci n'est qu'une parabole, et un symbole de la prédication de l'Evangile par toute la terre, à commencer depuis l'ascension du Sauveur jusqu'à la fin du monde, et particulièrement depuis que l'empire romain , ses superstitions et ses cruautés, semblables à une digue qui s'oppose au cours d'un torrent rapide, ou à une troupe impétueuse de cavalerie , furent renversés.
« Je crois, » continue ce saint, « que ces chevaux, blancs, et ces cavaliers qui les montent, que saint Jean vit dans son Apocalypse, ne signifient rien que les prédicateurs évangéliques, de qui les corps, au jour de la résurrection, seront éclatants de blancheur, et qui servent à présent comme de chariots pour porter le Verbe divin par toute la terre. Le Seigneur, dans l'âme de saint Paul et de saint Pierre, a parcouru l'univers, et il continuede le faire dans ses saints, qu'il envoiecontinuellement, et qu'il répand clans le monde: toujours armés, etse servant de leurs langues comme'jde flèches, il va partout procurer le salut des hommes, les blesser de son amour, et luet'il'impie :» Joannes candidos, et sessores eorum, e quibus corpora in gloria resurgentium, puto esse equos candidos , sessores autem, sanctorum animas, Dominus ascendit in Paulo, ascendit in Pelro, et in ejusmodi curribus totum lustravit orbem ; semper enim sedet in sanctis suis , semper armatus est, et acutas sagittas in linguis eorum prœparans, equitat, et hue illucque discurrit in orbis salutem. Equos super quos ascendit Dominus, puto non esse alios, nisi sanctorum animas, super quas ascendit sermo divinus, ut et ipsas salvet, et allios per eas.
Telles sont les paroles de ce Père sur le troisième chapitre du prophète Habacuc, qui nous donnent l'idée parfaite et véritable de ce lieu.
Celui qui était assis dessus s'appelait le fidèle et le véritable, qui juge et qui combat avec équité. C'est-à-dire, que Jésus- Christ n'emploie que la parole sainte et véritable pour détruire ses ennemis, et pour établir son empire, et que la justice le fait régner sur ses sujets, et triompher de ses ennemis.
12. Ses yeux étaient étincelants comme des flammes de feu. Rempli d'indignation contre les impies qu'il vient de détruire, et contre ceux qu'il détraira à la fin du monde, au devant desquels il semble déjà marcher suivi des armées innombrables de ses saints, il fait briller dans ses yeux la majesté divine : Habebat in vullu quiddam oculisque sidereum : fulgor et majeslus Divinitatis occulta: in humuna facie rclucebat, dit saint Jérôme.
Jl portait plusieurs diadèmes sur sa tête , pour figurer non-seulement les rois qu'il s vaincus, ou qu'il s'est soumis , mais pour
marquer qu'il réunit en lui tout domaine et toute souveraineté.
El il avait un nom écrit que personne ne sait que lui-même. Il porte une qualité si supérieure à celle du reste des hommes, que lui seul en connaît l'éminenceet le prix.
13. Et il était vêtu d'une robe teinte de sang. Le sang qu'il a répandu est la pourpre précieuse qui le pare, et la glorieuse marque de la victoire qu'il a remportée sur le diable, et sur la mort. Car il est inutile de lui demander, comme les anges faisaient avant l'incarnation , l'explication de ce vêtement ensanglanté qui leur était montré en révélation, ainsi que l'écrit saint Jérôme sur le Lxm' |chapilre d'Isaïe : Personne'n'ignore à présent le mystère de la croix et de la Rédemption du genre humain : Quid causœ est cur tunicam, quœ desuper texta est, et scindi non potest, et de utero virginali tantum candorem habuit , quantum nullus fullonum possit facere super terram , sanguine cruentares ?
Et son nom est le Verbe divin. En un mot, c'est le Verbe divin, lo Fils unique du Père, dont l'Evangile, après avoir renversé l'idolâtrie, triomphe dans l'univers, et de l'univers, et qui par la bouche des prédicateurs et des hommesjapostoliqnes qu'il suscitera dans tous les temps, va combattre et détruire le règne du diable, et faire la guerre aux vices et aux péchés, à l'avarice, à la luxure, à la colère, à la détraction, aux larcins, aux parjures : Adversus régna diaboli, id est , diversa peccata, avaritiam, luxuriant, iracundiam, detractionem, furta, perjuria, sermo Dei sedens in equis, et in curribus suis equitat. Ce sont les paroles de saint Jérôme sur le chapitre nrdu prophète Habacuc.
ik. Et les armées qui sont dans le ciel le suivaient sur des chevaux blancs, vêtues de lin blanc et pur. Voici comme saint Grégoire (c. 9 in Ilabac. m, 31), interprèle cet endroit : Joannes aposlolus in Apocalypsi Dominum contemplatus ait : El exercitus qui sunt in cœlo, sequebantur eum in equis albis. Multiludo quippe sanctorum , quœ in hue martyrii sudaverat, recte exercilum vocat , qui ideirco in equis albis sedere referuntur, quia nimirum eorum corpora , et luce jusiitiœ, et castimoniœ candore claruerunt.
Les saints viennent à sa suite, comme des soldats après leur capitaine, et des captifs après leur libérateur, pour se répandre sur la terre, pour être reconnus et honorés des peuples, et pour coopérer à rétablissement du culte de Dieu. « Ce cavalier monté sur ce cheval éclatant de blancheur, » continue le même Père, « n'est autre chose que la figure de Jésus-Christ ressuscité, faisant rejaillir sur son corps immortel et incorruptible la gloire dont il jouit. Les saints qui l'accompagnent ici, représentent par un semblable équipage, la gloire qui leur est réservée après la résurrection, lorsque leurs corps participeront à l'incorruption et à l'immortalité de celui du Fils de Dieu : les uns paraissent avoir des chevaux rouges ; les autres blancs ; et les autres, de diverses côu-
L'APOCALYPSE EXPLIQUEE
leurs, dans lsaïe; pour marquer l'ordre sacré des martyrs empourprés de sang, des Vierges éclatantes de pureté, des confesseurs ornés de diverses vertus et dons : Equo sedebat albo Christus, quanclo post resurrectionem, immortale et incorruptum corpus assumpsit, et sancti qui eum sequebantur, candidis utebantur equis , videlicet immortalibusqué corporibus , cl sequebantur eum variorum colorum equi, vel in martyrio rubri, tel varii in virtulibus, vel candidi in tirginitate. (Id., in Isa. lxvi.)
telle est l'interprétation que saint Jérôme donne à la vision de l'apôtre, et à l'appareil pompeux de Jésus-Christ et de ses saints après la victoire remportée sur le dragon , et sur l'empire idolâtre, lors de la propagation de la foi dans le monde par la publication de l'Evangile.
Combien de fois l'histoire de l'Eglise faitelle mention de semblables apparitions authentiques ? Théodoret en rapporte une trèscélèbre, et qui n'est ignorée de personne. C'est lorsque le tyran Eugène, suivi d'une armée formidable, voulait rétablir le paganisme, et détruire la religion du vrai Dieu : ( In ore est omnium Gallorum, exercitus visos, qui se divinitus missos prœ se ferebant... hœc ipsorum sermocinalio... Constantinum petimus, Conslantino imus inauxilium: ceci regarde Constantin. )
Théodose dont les troupes avaient été défaites le jour précédent, résolu néanmoins de donner la bâtai 1 îe Je lendemain avec ce qui lui restait de gens, quoique faibles et battus, et ne voulant pas que l'étendard de la croix qui brillait à leur tête, se retirât de devant les statues de Jupiter et d'Hercule que les ennemis faisaient porter devant eux; voyant le besoin extrême où il était d'un secours extraordinaire du grand Dieu des armées, se relira dans une chapelle pour y passer la nuit prosterné en oraison. S'étant, quoique malgré lui , un peu assoupi à la pointe du jour, il vit en songe deux cavaliers vêtus de blanc, et montés sur des chevaux blancs, qui se disaient les apôtres saint Jean l'Evangéliste et saint Philippe , qui l'exhortèrent d'avoir bon courage, et l'assurèrent qu'ils él lient envoyés pour combattre avec lui, et qu'ils lui répondaient de la victoire. Un soldat cette nuit même eut une semblable vision à celle de l'empereur. Et le grand et merveilleux événement de la bataille qui se donna peu d'heures après, fit bien voir la vérité de cette apparition : Duos quosdam viros videre sibi videbatur, alba reste indutos, et ulbis equis insidentes, qui se uuxitiatores ac propugnalores missos esse dicebant, et aller se Joannem Evangelistam esse aiebat, aller Philippum aposlolum. C'est ce qui est rapporté au chapitre 24 du cinquième livre de V Histoire de Théodoret, et confirmé par divers autres auteurs : Didymus somno oppressus, ac velut in excessu mentis pontus, equos candidos per aéra discurrentes sibi videre visus est, virosque sibi insidentes, ita clamantes au/lire : Nunliale Didymo, ho die Julianum hac ipsa hora perem-
ptumesse, idque Alhanasio episcopo significet, elc.
15. Et il sortait de sa bouche une épée tranchante des deux côtés. C'est la parole de Dieu, selon l'expression de saint Paul.
Pour en frapper les nations. Qui ne reconnaît ici le règne de la publication de l'Evangile par tout le monde , et l'accomplissement de cette prophétie : Il frappera la terre de Vépée qui sortira de sa bouche, et il tuera l'impie du souffle de ses lèvres : « Percutiet terram virga oris sui, etspirilu labiorum suarum inlerficiel impium. » (Isa. \i,k.)
Car ce que saint Jean décrit en cet endroit, n'est que la peinture de ce qui se passe dans l'Eglise depuis la destruction du paganisme et l'établissement de la relig'on chrétienne, qu'on peut appeler le règne de la parole de Dieu jusqu'à la fin du monde: « Plaise au Seigneur que le Verbe divin se serve de moi comme d'un mystérieux animal, et que par l'épée qui sortira de ma bouche, il tue le dragon qui règne dans les eaux : » Atque utinam, et in me ascendat verbum Dei, et per lanceam oris mei interficiat eum qui régnât in aquis mullis, etc. C'est le souhait (Je saint Jérôme sur le chapitre nie du prophète Habacuc.
Et il gouvernera les peuples avec une verge de fer. Ce sceptre de fer exprime, non la dureté mais la durée éternelle du règne de Jésus-Christ qui subsistera toujours, et qui verra la fin de tous les autres, ainsi que Daniel le prédit en ces termes : Aux jours de ces empires le Dieu du ciel suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit , qui ne passera point à un autre peuple, et qui brisera, et consumera tous ces empires, tandis que lui demeurera éternellement : « In diebus autem regnorum illorum suscilabit Deus cœli regnum, quod in œternum non dissipabitur, et regnum ejus alteri populo non tradetur ; comminuel autem et consumet universa régna hœc, et ipsum stabit in œternum; » parce que comme il venait de dire de l'empire romain, ligure en cela du règne de Jésus-Christ. Tout ainsi que le fer brise et consume toutes choses , ainsi ce royaume réduira en poudre tous les autres : Quomodo ferrum comminuit et domat omnia, sic conteret et comminuet omnia hœc.
Il faut donc regarder ce sceptre de fer, et par rapport aux fidèles qu'il défendra, et par rapport aux idolâtres et aux impies qu'il brisera, ou qu'il subjuguera, et par rapport à la durée qu'il aura.
Saint Jérôme observe aussi sur le chapitre xe d'isaïe, qu'on ne donne pas à Jésus- Christ une épée, mais une verge ou une houlette, comme au bon Pasteur ligure par M 'ïsc, lorsqu'il délivra les Israélites de la captivité d'Egypte, pour marquer la douceur de son gouvernement, et afin (pie le Sauveur paraisse, dit ce saint, non tant frapper avec le glaive pour tuer, qu'avec la houlette pour conduire : Virga direclionis , virga regni tui. (Psal. xuv.7.) Non tant gladio perculere, quant virga, id est, non occidere, sed minari. Ainsi c'est en vain que le dragon
avait voulu dévorer celui qui devait porter cette verge dès le commencement du christianisme, comme on a . vu ci-dessus (xn, 27) : Et peperit filium masculum, qui reclurus erat omnes gentes in virga ferrea.
Et c'est lui qui foule In cuve du vin de la fureur de la colère du Dieu tout-puissant. C'est lui que Dieu a fait le dépositaire de sa justice, et le ministre de sa vengeance à l'égard de ceux qui se sont opposés ou qui s'opposeront à la religion chrétienne.
16. Et sur son vêtement et sur sa cuisse il porte écrit : Le Roi des rois, et le Seigneur des seigneurs.
J! sera reconnu Roi des rois par les rois mêmes qui deviendront ses sujets et ses adorateurs, et qui confesseront qu'il a toute souveraineté sur eux, et par le droit de conquête, les ayant rachetés au prix de son sang, ce que signifie ce vêtement empourpré; et par le droit de la naissance, étant le Fils éternel du Père. La belle chose de voir dans l'intervalle de deux cents ans, trente rois ou reines d'Angleterre se renfermer dans des cloîtres, faire profession de la vie monastique, vivre dans la sainteté et la perfection évangélique, et protester ainsi qu'ils élaient les humbles sujets de ce Roi des rois! C'est ce qui arriva lorsque cette illustre nation, autrefois si pieuse, se convertit à la foi.
Et attendu que l'Antéchrist, suivi de son faux prophète, prétendra quelque jour s'opposer à ce même progrès de l'Evangile, l'apôtre nous en décrit ici tout d'une suite la révolte et la punition, faisant ainsi succéder aux premières persécutions de l'Eglise naissante, le châtiment de Rome sa persécutrice; et à la destruction de Rome, l'établissement glorieux de l'Eglise et du christianisme dominant ; et enfinà ce bienheureux règne, la célèbre victoire de Jésus-Christ sur son dernier ennemi, réservant néanmoins à reprendre au chapitre suivant certaines circonstances qui auront précédé, et à décrire encore une fois, et plus en détail, la fin tragique de ce méchant. C'est par ce fil d'événements qu'on sortira de ce labyrinthe, et qu'on trouvera l'enchaînement ou la liaison des chapitres précédents avec celui où nous sommes, et de celui où nous sommes avec celui qui suit : sans quoi, quelque autre voie qu'on prenne, si un interprète a pu dire jusqu'ici avec saint Jérôme :« Il me semble que depuis le commencement de cette prophétie jusqu'à l'endroit où nous sommes, j'ai trouvé une suite et une liaison des prédictions qui y sont contenues : » Videormihi a principio usque ad hune locum textum servasse sermonis ; il pourra bien ajouter avec ce même docteur: «Mais ce n'est pas une petite difficulté de faire voir à présent l'enchaînement de ce que nous avons à dire, avec ce que nous avons déjà dit : » Verum laboris est maximi , quomodo quœ sequuntur, his quœ nunc disseruimus coaptanda sint. Car c'est justement ici l'endroit où les millénaires se sont écartés du droit sentier de la vérité catholique, et ont donné dans les illusions et les rêveries judaïques, sous
lesquelles la catastrophe du règne de l'Antéchrist est enveloppée, et son histoire avec sa doctrine future énigmaliquement prédite, dit saint Jérôme (lib. xvi in Isa. lix) : Statim in ipsis reperit Anthhristum prœparari. Omnis prophetia, ajoute le même Père. (in Isa. xvi), œnigmatibus involvilur , et prœcisis sentenliis, dum de alio loquitur, transit ad aliud, ne si ordinem Scriptura conservet, non sit valicinium, sednarratio. Qu'on lise les chap. xxvui etxxixd'Ezéchiel, et l'on verra tout ce grand événement décrit plus en détail , particulièrement au chap. xxix, f 17. Et que c'est où paraîtront ces fameux noms de Cog et Magog, dont il sera parlé ci-après au y 7 du chapitre suivant, marque assurée qu'il faut y rapporter cps quatre derniers versets 17, 18, 19 et 20, comme appartenant à la dernière persécution de l'Antéchrist, et que c'est ici une véritable anticipation.
17. Et je vis un ange qui était dans le soleil, et il criait à haute voix, disant à tous les oiseaux qui volaient par le milieu du ciel : Assemblez-vous y et venez au grand souper de Dieu.
18. Pour manger la chair des rois, et la chair des tribuns, et la chair des braves, la chair des chevaux, et de ceux qui sont montés dessus, et la chair de toute sorte d'hommes, libres et esclaves, grands et petits.
Cet ange convoque les saints du ciel, et les justes de la terre à venir être les spectateurs du grand jour des combats, et de la vengeance du Seigneur, qui va s'immoler les derniers impies en la personne de l'Anlechrist et de ses sectateurs, et à être les coopéraleurs de son indignation.
19. Et je vis la bête, et les rois de la terre avec leurs armées assemblées , pour faire la guerre contre celui qui était à chevalet contre son armée.
20. El la bête fut prise, et avec elle le faux prophète qui avait fait des signes devant elle, par lesquels il avait séduit ceux qui avaient reçu le caractère de la bête, et qui avaient adoré son image, et ils furent jetés dans l'étang du feu brûlant de soufre.
Voilà l'empire romain idolâtre, cette bête cruelle, qui dès les premiers temps avait persécuté l'Eglise, le voilà revenu au monde avec son Néron, parce qu'en effet l'Antéchrist le fera comme revivre : il en prend ici le nom , ainsi que la chose figurée de la figure : sa ruine ici décrite est donc une récapitulation de ce qui avait été fait lors de la destruction de Rome, et une anticipation de ce qui se fera à la tin du monde, lors de la punition de l'Antéchrist; saint Jean réunissant la figure et la chose figurée en une seule vue, comme pour rendre raison de la vaine opposition de l'un et de l'autre à la prédication de l'Evangile, au progrès de la loi et à rétablissement du royaume de Dieu : Yidetur Romanum regnum divisione illa in decem partes , internecionem quodammodo passum, ad monarchiœ formam, cujusmo/ii Augusti Cccsaris œtatc exstabat redactum iri, rursumque convaluisse, et quasi in integrum
L'APOCALYPSE EXPLIQUEE
restitutum denuo visum esse. (Amdr. Cœsar., c. 36.)
Ces deux ici furent jetés tout vifs dans l'étang du feu brûlant de soufre: paroles qui nionlrent que ce seront deux personnes individuelles, quoique à la lêie, l'un d'un empire, et l'autre d'une secte. Mais ce mélange de l'empire romain sous Julien avec celui de l'Antéchrist, et celte ambiguïté qui en résulte, ne doivent point être regardés comme des choses extraordinaires dans les prophètes. « Car, >' dit saint Jérôme (Praef. in Isa. lxv), « les prophéties ne sont pas simplement des histoires et des narrations qu'on entend en les lisant, et qui racontent les choses avec ordre et méthode; tout y est plein d'emblèmes et d'énigmes; l'écorce des paroles présente un sens à l'esprit, et les expressions en cachent un autre tout différent, et lorsque vous pensez avoir trouvé une suite claire et intelligible, et que vous croyez 1 n'avoir toujours qu'à avancer, vous vous trouvez tout d'un coup enveloppé d'obscurités et de ténèbres : >>Neque enim simplex a prophetis hisloria, et gestorum ordo narrantur, sed cenigmalum plena sunt omnia, aliudque in verbis sonat, aliud tenetur in sensibus, ut quœœstimaveris plana et inoffensa currere lectione, sequentium rursus obscuritatibus obvolvantur.
21. Et tous les autres furent tués par l'épée qui sortait de la bouche de celui qui était à cheval.
Et tous les oiseaux se soûlèrent de leurs chairs. Les armées immenses de l'Antéchrist ontété exterminées parla vertu du Sauveur, et par le souffle de sa bouche, comme parle
saint Paul. Et le? saints' animés de zèle pour ses intérêts, se sont pleinement assouvis du sang des pécheurs, non en le répandant, mais en le voyant répandre par les ministres de la justice divine.
Voilà où aboutira le cours de la prédication de l'Evangile , que saint Jean a voulu décrire tout d'une suite, pour donner une idée suivie et non interrompue de l'état do l'Eglise de la terre, depuis l'ascension du Sauveur jusqu'à son retour ; si bien quecelte bataille contre la bête et son faux prophète est une anticipation ; et ce qui sera rapporté à la fin du chapitre suivant, une récapitulation ; d'où il faut conclure qu'une des clefs de ce livre prophétique est de démêler les anticipations et les récapitulations que le Saint-Esprit a ainsi ordonnées pour le rendre plus impénétrable à l'esprit humain : Observation très - importante pour 'intelligence des prophètes, et que le grand saint Jérôme a faite dans son Commentaire sur le chapitre xxi de Jérémie : « Il faut remarquer, » dit- il, « que l'ordre de la chronologie et des années du règne des princes, n'est pas observé dans les prophètes et qu'on ne doit pas prétendre de l'y trouver; car souvent ce qui est arrivé en dernier lieu, dans la suite des temps, est mis tout au commencement, et ce qui est arrivé au commencement est mis à la fin : » Et notandum quod in prophetis nequaquam regum et temporum ordo servetur ; sed prœpostere quod juxta historiam postea factum sit, prius referri ; et quod prius gestum sit , postea : maxime dont on va voir un exemple au chapitre suivant.