‹ Œuvres completesChapitre 231 sur 296 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Enchaînement de Satan.— Son déchaînement ; et les derniers temps de l'Eglise.

SOMMAIRE. — I. Un ange descend du ciel et prend le dragon, ou l'ancien serpent qui séduisait te genra humain, et l'enchaîne dans l'abîme pendant mille ans, c'est-à-dire jusqu'à la venue de l'Antéchrist, et alors il sera délié pour un peu de temps. Cet enchaînement du dragon, qui fut fait lors de la destruction de l'idolâtrie sous Constantin, est rapporté ici à l'occasion de son déchaînement à la fin du monde, Mue l'Apôtre va décrire.

il. Pendant ce temps , qui est celui de l'Eglise militante , jusqu'à la fin du momie, c'est-à-dire jjans cet entre-deux de l'enchainemeriliet du déchaînement du dragon, les âmes des saints, pailiculièremcnl des martyrs, régnent avec Jésus-Christ dans le ciel, et jugent avec lui les nations. ,.. .

III. Cette gloire des âmes maintes est appelée la résurrection première, parce qu'elles participent déjà a la félicité réservée dans louie son intégrité lors de la résurrection générale des corps; ceux qui jouissent de ce bonheur anticipé ne craignent plus la mort, et sont assurés de leur saint. C'est 1 étal de l'Eglise triomphante jusqu'à la (in du monde.

IV. Satan sort de l'abîme après mille ans écoulés; il séduit les nations qui sont aux quatre coins du monde, Coget Migog, dont l'Antéchrist sera le chef.

\. Preuves que tout ce qui est dit en quatre endroits de V Apocalypse du règne de la bêle, des prestiges du laux prophète qui l'accompagne, de la guerre qu'elle fait à Jésus-Christ et à ses saints, et de sa ruiim et de sa punition, se doit entendre de l' Antéchrist , dont l'empire est représenté ou sous U ligure de celui de Julien et de l'empire romain idolâtre et persécuteur, ou produit et considéié en lui-même. Abiegedc tout ce qui est dit dans ce livre prophétique.

VI. Les armées immen-es de l'Antéchrist couvrent la terre de leur multitude infinie, elles marchent contre le Seigneur, elles entourent le camp des lidèles, el la ville bien-aimée, où sera pour lors apparemment le siéce principal de la religion, est assiégée. .....

VU. Le feu du ciel tombe sur ces impies, ils périssent et sont exterminés par la justice divine, halan, ou le dragon, ou le vieux serpent, avec la béte el le fmx prophète, sont jetés dans Mil étang de leu el de soufre, où ils brûleront à jamais.

III. La résurrection générale. Le j-gemcni. La punit' on des méchants. La récompense des bons.

io:s

1. Et vidi angelum descendentem decœlo, habentem clavem abyssi; et catenam magnam in manu sua.

2. Et apprehendit draconem, serpentern antiquum, qui est diabolus et Satanas, et ligavit eum per mille annos.

3. Etmisiteum in abyssum, clausit, et signavit super illum, ut non seducat ampîius gentes, donec consummentur mille anni : et post bsec oportet illum solvi modico tempore.

k. Et vidi sedes, et scderunl super eas, et judicium datum est illis : et animas decollatorum propter testimonium Jesu, et propter verbuin Dei, qui non adoraverunl bestiam, neque imaginem ejus, nec acceperunt characterem ejus in frontibus, aut in manibus suis, et vixerunt, et regnaverunt eum Chrislo mille annis.

5. Caeteri mortuorum non vixerunt, donec consummarentur mille anni : haec est resurreclio prima.

6. Beatus et sanctus qui habet partem in resurrectione prima : in his secunda mors non habet potestatem, sed erunt sacerdotes Dei et Christi, et regnabunt eum illo mille annis.

7. Et eum consummati fuerint mille anni, solvetur Satanas de carcere suo, et exibit, et seducet gentes quee sunt super quatuor angulos terrœ, Gog et Magog, et congregabit eos in prœlium, quorum numerus est sicut arena maris.

8. Efascenderunt super latitudinera terrœ, et circuierunt castra sanctorum, etcivitatem dilectam.

9. Et descendit ignis de cœlo a Deo, etdevoravit eos, et diabolus, qui seducebat eos, missus est in stagnum ignis et sulphuris.

10. Ubi et bestia et pseudopropheta eruciabuntur die ac nocte in seecula sœeulorum.

11. Et vidi thronum magnum candidum, et sedentem super eum, a cujus conspectu fugit terra, et cœlura, et locus non est inventus„eis.

12. Et vidi mortuos, magnos et pusillos, stantes conspectu throni, et libri aperti sunt : et alius liber apertus est qui est vilae : et judicati sunt mortui ex his quae scripta erant in libris secundum opéra ipsorum.

13. Et dédit mare mortuos qui in eo erant, et mors et infernus dederunt mortuos suos qui in ipsis erant : et judicatum est de singulis secundum opéra ipsorum.

14. Et infernus et mors raissi sunt in slagnum ignis. Haec est mors secunda.

15. Et qui non inventus est in libro vilae scriptus, missus est in stagnum ignis.

1. Je vis aussi un ange qui descendait du ciel, et qui avait la clef de l'abîme, et une grande chaîne dans sa main.

2. Et il prit le dragon, l'ancien serpent, qui est le diable et Satan, et il le lia pendant mille ans.

3. Et il le jeta dans l'abîme, l'y enferma, et en scella la clôture sur lui, afin qu'il ne séduisît plus les nations, jusqu'à ce que les railleans fussent accomplis; et ensuite il doit être délié pour un peu de temps.

k. El après je vis des trônes où des personnes étaient assises, à qui la puissance de juger fut donnée; je vis aussi les armées de ceux à qui l'on avait tranché la tête, pour avoir rendu témoignage à Jésus, et pour avoir annnncé la parole de Dieu, les âmes de ceux qui n'avaient point adoré la bête, ni son image, ni n'avaient point reçu son caractère sur leur front ou sur leurs "mains, et qui ont vécu et régné avec Jésus-Christ pendant mille ans.

5. Les autres morts ne vivaient point jusqu'après mille ans. C'est là la première résurrection.

6. Heureux et saint qui a part à cette première résurrection! la mort n'aura point fie pouvoir sur eux, mais ils seront prêtres de Dieu et de Jésus-Christ, et ils régneront avec lui pendant les mille ans.

7. Et après que ces mille ans seront accomplis, Satan sera délivré de prison, et il sortira, et il séduira les nations qui sont sur les quatre coins de la terre, Gog et Magog, et il les assemblera en guerre, et le nombre en est comme celui du sable de la mer.

8. Et ils se répandirent sur la face de la terre, et ils investirent le camp des saints, et la cité bien-aimée.

9. Et Dieu fit descendre le feu du ciel qui les dévora, et le diable qui les séduisait, fut jeté dans l'étang de feu et de soufro.

10. Où la bête et le faux prophète seront tourmentés jour et nuit dans les siècles des siècles.

11. Et je vis un grand trône resplendissant de blancheur, et celui qui était assis dessus, en présence duquel la terre et le ciel s'enfuirent, et leur place ne se trouva plus.

12. Et je vis les morts, grands et petits, se tenant droits devant le trône ; et les livres furent ouverts, et un autre livre fut ouvert, qui est le livre de vie ; et les morts furent jugés sur ce qui était écrit dans les livres selon leurs œuvres.

13. Et la mer rendit les morts qui étaient en elle et la mort et l'enfer rendirent les leurs : et chacun fut jugé selon ses œuvres.

14. Et l'enfer et la mort furent jetés dans l'étang de feu. C'est là la seconde mort.

15. Et quiconque ne se trouva pas écrit dans le livre de vie, fut jeté dans l'étang de feu.

ion

L'APOCALYPSE EXPLIQUEK EXPLICATION.

1 . Et je vis un ange qui descendait du ciel, et qui avait la clef de t'abîme, et une grande chaîne dans sa main.

2. Et il prit le dragon, l'ancien serpent, gui est le diable et Satan, et il le lia pendant mille ans.

3. Et il le jeta dons l'abîme et l'y enferma, et en scella la clôture sur lui, afin qu'il ne séduisit plus les nations, jusqu'à ce que les mille ans fussent accomplis ; et ensuite il doit être délié pour un peu de temps.

Cet enchaînement de Satan, qui semble rais ici à cause qu'on y doit faire mention de son déchaînement et de sa sortie de l'abîme, est visiblement une récapitulation d'une chose qu'il faut rapporter à la ruine de l'idolâtrie et de l'empire romain persécuteur, et à l'établissement de l'Eglise victorieuse sous Constantin et les princes chrétiens. Ce grand empereur s'en explique en des termes si convenables à cet endroit, qu'il semble ne les avoir proférés que pour servir d'explication au même texte prophétique (Apul Euseb., Yita Constant., lib. n, c. 4C) : « A présent, » dit-il, « que la liberté est rétablie et que, par notre ministère, le Dieu tout-puissant a dépouillé le grand dragon de son autorité, et l'a relégué hors du commerce des hommes : »Nunc vero cum libertas restituta sil, et draco ille providentia quidem Dei optimi maximi, ministerio aulem nostro a reipublicœ administratione submotus. Et en effet, nous voyons dans les médailles qu'il fit frapper pour lors, et qui ne sont que l'expression des enseignes militaires, une croix gravée, et au pied de celte croix un serpent monstrueux écrasé, avec ces paroles à l'entour : Spes publica. Pour confirmer celte pensée, il est à propos de mettre ici ce qu'Eusèbe a laissé par écrit de ce premier empereur chrélien, le vrai héros de la religion et le destructeur du culte des démons, au sujet de la ville de Constantinople qu'il bâtit, et d'un tableau qu'il lit placer à l'entrée de son palais : « Il voulut que la ville de Constantinople qu'il avait bâtie fût tellement exempte du culte des idoles, qu'on n'y vît aucun simulacre des faux dieux dans aucun temple, ni aucune place souillée du sang des victimes qu'on leur offrait, et qu'aucun lieu ne fût infecté du feu de leurs autels; il défendit toutes les fêtes que l'on télébrait en l'honneur des démons, et qu'on ne fît aucune chose qui tînt de la superstition païenne en quelque manière que ce fût : » (Jrbem suam omniidolorum cullu adeo vacuatn esse voluit, ut nusquam in illa falsorum numinum simulacra in t emplis colercntur, ac ne areœ quidem victimarum cruore conlaminalœ, nec hostiœ igné consumptœ cernerenlur, nec dœmonum festivitates, nec quidquam eorum quai apud superstitiosos vulgaia sunt, ibidem ogeretur. [Ibid., lib. m, c. 48.)

Aussi apprenons - nous de Paul Orose, qu'un des motifs qui obligea ce pieux prince

à quitter Rome fut' l'horreur qu'il avait de ses idolâtries et de ses superstitions.

Mais voici ce qu'Eusèbe ajoute, et qui sert de commentaire en ce lieu : « Constantin, » dit-il, « fit peindre dans un tableau exposé au-devant de son palais le signe salutaire de la croix, et au-dessous, l'ennemi du genre humain qui avait combattu l'Eglise par les armes des tyrans, représenté sous la forme d'un dragon. L'Ecriture l'appelle dragon et serpent qui se roule sur soi-même. L'empereur fit donc représenter sous ses pieds et sous les pieds des princes ses enfants un dragon percé de traits, tombant au fond de la mer, pour désigner sous cette figure l'ennemi du genre humain qui, par la force de la croix dont notre prince portait la figure sur la tête, avait été précipité au fond de l'enfer. Voilà ce que signifiait ce t.ibleau. Pour moi j'admire la pénétration de l'empereur qui, poussé de l'esprit de Dieu, a exprimé par cette peinture ce qui avait été prédit par les prophètes longtemps auparavant, que Dieu viendrait avec son épée formidable, son épée pénétrante et invincible,, pour punir ce serpent terrible, ce serpent à divers plis et replis, et pour faire mourir le dragon qui est dans la mer.

Telle fui donc la représentation que l'empereur fit exposer au public, dépeignant au vrai par ce tableau la réalité de la chose même : Quin etiam in sublimi quadam tabula ante vestibulum palatii posita cunclis spectandum proposuit salutare quidem signum, infra vero hostem illum et inimicum generis humani, qui impiorum tyrannorum opéra Ecclesiam Dei oppugnaverat, sub draconis forma in prœceps ruent em', quippe divina oracula in prophetarum libris draconem illum, et sinuosum serpentem appellarunl.

Jdcirco imperator draconem telis per médium ventrem confixum, et in profundos maris gurgites projectum, sub suis, suorumque liberorum pedibus, cera igné resoluta depingi, proponique omnibus voluit; hoc videlievt modo désignons occultum humani generis hostem, quem salutaris illius tropœi, quod capili ipsius superpositum erat, vi ac potentia in exitii baratrum delrusum esse significabat. Atque hoc quidem imago variis coloribics depicta tacite indicabat : mihi vero eximiam imperatoris intelligentiam mirari subit, qui divino quodam afflatu impulsus, ea pingendo expressit, quçe prophetarum vocibus de bestia illa multo ante prœdicla f itérant, Deum scilicet, mâchera ingentem et terribilem adacturum esse in draconem, serpentemque fugientem, et occisurum esse draconem, qui est in mari. Horum igilur figurant expressit imperator, rem ipsampictura prorsus imitons. (Ibid., lib. m, c 3.)

Qui ne regardera cette peinture comme une expression mystérieuse de ce qui se passa pour lors invisiblement ? \'unc draco hamo crucis adutuatus o Domino est, et ca-

pislro ligatus ut jumentum, et quasi mancipium fugitivum vinctus circulo, et armilla labia perforalus... nunc ut miserabilis passer ad ludum irretitus a Christo est, nunc comités suos scorpiones et serpentes calcaneo Chrilianorum substralos gémit. (Yita S. Anton., c. 16. ) De sorte que pour revenir où on en était, saint Jean qui ne s'était occupé qu'à rapporter les conquêtes de l'Eglise depuis la ruine de l'empire romain, reprend ici la circonstance de l'enchaînement de Satan qu'il avait omise, etj dont présentement il parle à l'occasion de son déchaînement, sans fixer aucun temps auquel il le rapporte, qui d'ailleurs étant un mystère secret et caché, n'a pas dû interrompre le récit historique du règne visible de Jésus-Christ sur la terre. Et l'on a pu remarquer ci-dessus que les persécutions du démon contre l'Eglise ont été toujours décrites à part, sans être confondues avec celles des hommes.

Qu'on voie ce qui a été mis à la fin du chapitre xii', où saint Jean parlant du dragon dit qu'il s'arrêta sur le sable de la mer: Stetitque supra arenam maris; car c'est là qu'il faut placer l'enchaînement de Satan dans l'abîme, lors de la dernière victoire de Constantin sur Licinius : et on y trouvera une parfaite conformité avec ce qu'Eusèbe rapporte ici de la peinture de Constantin, et de ce dragon précipité dans !a mer : Draconem in profundos maris gurgites projectum : ce qui arriva, comme on le fera encore voir, lors de la fin de la persécution et des guerres excitées par les tyrans idolâtres contre l'Eglise.

Et ensuite il doit être délié pour un peu de temps. Ce qui arrivera lorsque l'Antéchrist s'efforcera de rétablir l'idolâtrie et de faire rendre à la créature l'honneur dû au Créateur. Ce peu de temps marqué ici que doit durer ce déchaînement de Satan est celui du règne de cet homme de péché qui s'asseoira dans le temple de Dieu, et qui voudra se faire adorer, et qu'on a vu souvent ci-dessus ne s'étendre qu'à trois ans et demi. Mais en attendant, voici ce que vit saint Jean depuis cet enchaînement, c'est-à-dire depuis la ruine de l'idolâtrie jusqu'à la fin du monde lorsque Satan sera déchaîné.

4. Et je vis des trônes où des personnes étaient assises, à qui la puissance déjuger fut donnée. Je vis aussi les âmes de ceux à qui Von avait tranché la tête pour avoir rendu témoignage à Jésus et annoncé la parole de Dieu; les âmes de ceux qui n'avaient point adoré la bêle, ni son image, et qui n'avaient point reçu son caractère sur leur front, ou sur leurs mains.

Qu'on observe l'ordre que garde l'apôtre pour découvrir ce qui, depuis la destruction de l'idolâtrie jusqu'à la fin du monde, se passera, et sur la terre, et dans les enfers, et au ciel : sur la terre, il vient de nous décrire la ruine de Rome et de l'idolâtrie, la prédication de l'Evangile, l'établissement du règne de Dieu, et la victoire de Jésus-Christ sur le plus grand et le dernier des méchants : dans les enfers, il vient de nous apprendre

l'enchaînement du démon et la punition des impies : au ciel, il va nous exposer le triomphe des martyrs ou i\es âmes de ceux qui ont été décollés, c'est-à-dire qui ont donné leur vie pour la foi, ce qui est désigné par le genre île mort le plus usité chez les Romains. Les âmes de ceux qui ont été décapités : Animas decollatorum (d'où vient , au rapport de saint Ambroise, qu'un magistrat romain se glorifiait de ce qu'il était revenu de l'administration de sa province sans avoir ensanglanté son coutelas : Quod incruentam deprovinciali administratione srcurim revexerit; [tour exprimer qu'il n'avait fait mourir personne) ; dont l'occupaiion glorieuse est de régner assis sur des trônes avec Jésus - Christ , et pour récompense d'avoir été jugés des hommes, de juger les hommes pendant tout cet intervalle - là : Divini martyres qui nunc assessores sunt Christi, et regniejusconsortes, ac judicii participes una cum ipso judicaturi . C'est ainsi que parle saint Denis d'Alexandrie dans Eusèbe, livre vi, chap. kO, non peut-être que les martyrs seuls aient cette prérogative, mais saint Jean marque l'Eglise triomphante par sa partie la plus éclatante : aussi voyons-nous que Jésus-Christ, pendant le cours de cette prophétie, paraît toujours exerçant l'office de juge, ainsi que les saints, parce qu'en effet telle est sa glorieuse fonction dans le ciel depuis son ascension, et qu'il continuera jusqu'à son retour sur la terre, où le jugement général terminera et confirmera tous les jugements particuliers.

Nous lisons à ce propos une chose trèsremarquable dans les actes du martyre de sainte Perpétue, qu'il est bon de rapporter ici : C'est une vision qu'eurent quelques martyrs en prison, de Notre-Seigneur assis dans un trône tel que saint Jean l'a représenté dès le commencement de V Apocalypse : Et nous entrâmes, et nous vîmes une lumière immense, et nous entendîmes des voix comme de concert, qui disaient sans discontinuation : Saint, saint, saint; et nous vîmes au milieu de ce lieu-là un homme éclatant de blancheur, dont les cheveux étaient blancs comme la neige, et qui paraissait jeune de visage, et duquel nous n aperçâmes point les pieds; il avait à sa droite et à sa gauche vingt- quatre vieillards, derrière lesquels on voyait un grand nombre d'autres personnes, etc. « Et introivimus, et vidimus lucern immensam, et audivimus vocem unitam dicentium : Agios, agios, agios, sine cessatione ; et vidimus in medio loci illius sedentem quasi hominem canum, niveos habenlem capillos, et vullujuvenili, cujus pedes non vidimus, et in dextra et in sinistra senior es viginti quatuor, et posl illos cœteri complures stabant, » etc.

Voilà comme l'apôtre nous l'a fait voir, et le spectacle qu'il nous a montré ci-dessus, qui durera jusqu'à la fin des siècles.

Et qui avaient été vivants, et avaient régné avec Jésus-Christ pendant ces mille ans : L'apôtre montre parce nombre rond et parfait, qui répond à celui de l'enchaînement dé Satan, le temps qui s'écoulera depuis l'éta-

L'APOCALYPSE EXPLIQUEE

blissement de la religion jusqu'à la consommation des sièrles, pendant lequel ces âmes bienheureuses vivront, jugeront et régneront au ciel avec Jésus-Christ : In Scriptura sancta millenarius numerus pro universitate solct intelligi.... hinc et per Joannem dicilur : Et regnabunt cum eo mille annis ; guia videlicet regnum sanctœ Ecclesiœ universitatis perfeclione solidatur. C'est ce que dit saint Grégoire au livre ix de sesMorales, chap. 2.

5. Les autres morts ne vivaient point jusqu'après mille ans. Et quant aux autres morts précédemment à la venue de Jésus- Christ, ils ne revivront point pour être jugés qu'à la fin du monde, et lors de la résurrection générale où ils paraîtront à leur tour devant le tribunal de ce juste juge, et de ses saints, pour y écouter leur arrêt.

C'est là la première résurrection. Cet avantage de ces âmes bienheureuses déjuger dès a présent les hommes, est une anticipation de la gloire promise et réservée aux saints lors de la résurrection générale, dont elles possèdent déjà par avance le privilège.

Heureux et saints ceux qui auront part à celte première résurrection; la seconde mort n'aura point de pouvoir sur eux.

Heureux et saint celui qui jouit dès à présent du bonheur de régner avec Jésus- Chiist, et qui vit affranchi de toute crainte de la mort éternelle, qui est une seconde mort infiniment pire que la première.

Mais ils seront prêtres de Dieu et de Jésus- Christ, et ils régneront avec lui pendant mille ans : Et qui, admis au nombre de ceux lesquels dans le ciel honorés de la qualité de prêtres du Dieu vivant, et de Jésus-Christ son Fils unique, après en avoir é!é les victimes sur la terre, régneront avec lui pendant mille ans, c'est-à-dire, jusqu'à la fin du monde, en attendant le grand jour du jugement, et exerceront cependant leur sacerdoce, devenant en Jésus-Christ les intercesseurs et les médiateursde leurs frères qui combattront ici-bas.

El après que ces mille ans seront accomplis. Mais lorsque ce nombre d'années, (pie Lieu seul connaît, sera écoulé, Satan sera délié, et il sortira de la prison. Satan est le dragon qui avait persécuté l'Eglise dans sa naissance. Saint Jean vient de le dire en ces termes : Et il prit le dragon, l'ancien serpent, qui est le diable et Satan, et il le lia pendant mille ans : il est appelé dragon, parce qu'il usa d'abord de violence, se servant des tyrans idolâtres qui, à vive force, voulaient exter-

miner les fidèles et engloutir

'Eglise : il est

appelé Satan, parce qu'à la tin des siècles il se servira de prestiges, et de faux miracles pour séduire le genre humain.

Uœc erit novissima perseculio, novissimo imminente judicio, quam sancta Ecclesia loto terrarum orbe patielur.... Jnusitatis maximisque suppliciis diaboli jam soluti.... lotis

suis suorumque viribus sœvituri Talcs

erunl, cum quibus ei belligerandum est, ut vinci tanlo ejus impetu, insidiisque non possint. Pensemus quœ erit humanœ mentis illa

tentatio, quando pius martyr et corpus tormentis subjicit, et ante ejus oculos tortor miracula facitf quando is qui flugris crucial, signis coruscat.

Ces passages, pris de saint Augustin et de saint Grégoire, et rapportés ci-dessus, nous découvrent la grandeur des dernières persécutions de l'Eglise causées par Satan, pour lors délié et sorti de l'abîme, en punition des horribles péchés des derniers hommes.

En effet, l'esprit d'illusion sera le principal caractère de l'Antéchrist décrit ci-dessus (chap. xvi, 13), dans les etforls du démon pour le maintien de l'empire romain, figure de celui de l'Antéchrist; et plus au long par saint Paul (Thessal. n), et en saint Matthieu (xxiv). Et c'est pour lors qu'arriveront ces temps si épouvantables prédits par les prophètes et par Jésus-Christ même : non que tous les fidèles doivent être ébranlés dans la foi, puisqu'au contraire, ceux qui soutiendront ces derniers combats, seront en grand nombre, et remplis d'un zèle invincible : « Et nous devons croire au contraire, » dit saint Augustin (De civil. Dei,c. 8 et 13), « qu'en ces temps-là, comme ily en aura qui abandonneront l'Eglise, aussi y en aura-t-il qui s'y incorporeront : et que ceux qui pour lors se convertiront à la foi, seront remplis d'un zèle et d'une force incomparables, puisqu'ils remporteront la victoire sur ce fort de l'Evangile, qui pour lors ne sera plus lié, et qui se servira de tous ses artifices pour les séduire, et de toutes ses forces pour les abattre, sans qu'il puisse ni endormir leur vigilance, ni triompher de leur patience, ni empêcher, quoique délié, qu'ils n'échappent à sa fureur. Que si nous considérons les combats de ces derniers fidèles, et de ces admirables saints qui maintiendront l'Eglise dans cette extrémité, quels jugerons-nous que nous sommes en comparaison d'eux, puisque pour éprouver leur vertu, on déliera un si redoutable ennemi, nous qui le surmontons présentement avec tant de peine, tout lié qu'il soit? » Imo vero id potius est credendum, nt nec qui cadant de Ecclesia, nec qui accédant ad Ecclesiam , illo tempore defuturos, sed profeclo tain fortes erunl, qui tune primitus credituri sunt, ut illum forlem vincant etiam non ligalum, id est, omnibus qualibus anlca nunquam,vel arlibus insidiantem, vel urgentem viribus, et vigilanter intclligant, vel toleranter ferant,et sic Mi etiam non ligalo eripianlur (robustissima fuie) in quorum sane qui lune fuluri sunt, sanctorum atque fidelium comparalione , quid sumus? quandoquidem ad illos probandos tantus solvetur inimicus , cum quo nos ligalo lantis periculis dimi camus.... Nam quis audeal diccre, tune cum illo non regnalura sua membra, quando ei maxime atque forlissime colutrebunt'f Et quo tempore, quanlo erit acrior impelus bclli, lanto major gloria non cedendi, tanlo densior corona martyrii.... Certe animœ viclrices gloriosissimoruin martyrum, omnibus doloribus ac laboribus superalis, atque sinilis, etc.

TeMe est la réflexion de ce grand docteur :

OEUVHES COMPLETES DE DE LA CHETAUDÎE.

d'où l'on peut conclure, qu'il estimait que de son temps cette prophétie de l'enchaînement de Satan avait été déjà accomplie, ce qui sans doute regarde le temps de Constantin et de la destruction de l'idolâtrie, ainsi qu'on a dit ci-dessus : et que l'Eglise des gentils ayant surmonté ledragon avant qu'il fût enchaîné, avait encore à le surmonter principalement par l'Eglise des Juifs, après qu'il sera déchaîné.

Au reste, c'est à ce déchaînement et à la dernière persécution ici décrite, qu'il faut rapporter, et le chapitre xi auquel on a vu la bête qui doit sortir de la mer, faire la guerre à Enoch et à Elle, et les faire mourir; et le chapitre xm, où le règne de celte même bête sortant de la mer, et faisant la guerre aux saints , et remportant la victoire sur eux, est mis au long; et la tin du chapitre précédent, où il est parlé de la bêle qui fera la guerre à Jésus-Christ et à ses saints : étant clair que ce sont des anticipations qui naturellement regardent l'endroit où nous sommes, et qui toutes trois concernent l'Antéchrist : Non enim curœ eral prophetis tem* pora conservare , quœ historiœ leges desiderant, dit saint Jérôme. (Ubi supra.)

Car il est certain,

1* Que la persécution de l'Antéchrist sera la dernière de toutes, et qu'il y paraîtra en personne, puisque Jésus-Christ'le tuera par l'illustration de son avènement glorieux, constamment ici décrit, vu qu'il est joint avec le jugement, et appelé avec raison par saint Augustin (De civil. Dei, lib. i , cl) : Ullima Chrisli Victoria , et pax perfecta , ce que ce grand docteur a dit parlant de la défaite de l'Antéchrist à la fin du monde.

2° Que ce sera l'Antéchrist qui fera mourir Enoch et Elie lors de la dernière persécution , on l'a prouvé au chapitre xi ; il faut donc placer tout cela ici.

3° Que la bête dont il est parlé au chapitre xm , qui doit sortir de la mer, y 7 , est la même que la seconde du chapitre xm, qui sort actuellement de la mer, y j; circonstance qui en fait voir l'identité , aussi bien que ia guerre faite par ces deux bêtes aux saints, et la victoire qu'elles remportent sur eux, et qui confirme que, par cette seconde bête, l'Antéchrist est représenté , quoique sous la figure de Julien et de l'empire romain idolâtre.

k° Que la troisième bête fortifiée de tant de rois et de tant d'armées nombreuses, dont on vient de parler au chapitre précédent, y 17 (Bestia quœ ascendit de abysso , faciet adversus eos bellum, et vincet illos, et occidet illos, chap. xi , y 7, Enoch scilicet et Eliam. Et vidi de mari bestiam ascendentem, xm, 1 ; et bestia ascensura est de abysso, xvn , 8 ; et datum est ilii bellum facere cum sanctis, et vincere eos, xm, 7. Habens secum pseudoprophetam, xm, 11 ; et vidi bestiam et reges terrœ, et exercitus eorum congregatos ad faciendum prœiium cum illo qui sedebat in equo , et cum exercitu ejus , xx 19. Qui peut douter que ces trois endroits ne concernent la même chose?) : et qui fait la

guerre à Jésus-Christ et à ses saints , est encore l'Antéchrist , dont la défaite rapportée par anticipation est nommée le souper du Seigneur, comme devant s'accomplir aux Vêpres ou à la fin du monde.

5° Que cette persécution, rapportée à la fin du chapitre précédent, est la même que celle qui est écrite au chapitre xxxix du prophète Ezéchiel : or celle d'Ezéchiel est celle de Gog et Magog; et celle de Gog et Magog la dernière du monde, excitée par l'Antéchrist et par Satan sorti de l'abîme , ainsi que nous l'apprend ce présent verset vne que nous expliquons.

6° Autrement s'il ne fallait pas admettre cette anticipation, il s'ensuivrait que Satan ne serait pas non plus encore enchaîné, conire la tradition des saints Pères, puisque cet enchaînement est mis après cette défaite prétendue future, rapportée à la fin du chapitre précédent; d'ailleurs, cette bête est accompagnée de son faux prophète, caractère visible de l'Antéchrist et de son esprit de séduction, dont la description est rapportée au long chap. xm, y 11 ; ce qui prouve toujours que ces diverses bêtes ne sont que l'expression de l'empire de ce méchant , tantôt considéré en lui-même , tantôt représenté sous la figure de l'empire romain idolâtre. Enfin nous allons voir, y 9 et 10, le diable jeté dans l'enfer pour y brûler avec la bête et le faux prophète dont il est parlé au chapitre précédent, et dont les faux miracles sont rapportés au chapitre xm. Pourquoi cela? sinon parce qu'ils sont auteurs de cette même et dernière persécution : Et vidi de mari bestiam ascendentem... et vidi aliam bestiam (pseudoprophetam) ascendentem de terra , et habebat cornua duo similia

agni et fecit signa magna in conspe-

ctu bestiœ.... dicens habitantibus in terra , ut faciant imaginem bestiœ.... et haberent characterem in dexlera manu sua, etc., chap. xv, 1 et suiv. ; et apprehensa est bestia, et cum ea pseudoprophela, qui fecit signa coram ipsis , quibus seduxit eos qui acceperunl characterem bestiœ, et qui adoraverunt imaginem ejus, vivi missi sunt hi duo instagnumignis ardentis sulphuris, xix, 20; et diabolus qui seducebat eos , missus est in slagnum ignis et sulphuris, ubi et bestia, et pseudoprophela cruciabuntur die ac nocte in sœcula sœculorum, xx, 9. Qui ne voit encore que ces trois endroits se rapportent au même?

Ajoutez à ces raisons les inconvénients où l'on tomberait autrement. Car il faudrait supposer 1° que la grande persécution, rapportée vers la fin du chapitre précédent, de la bête et de son faux prophète jetés tout vivants, ne serait pas celle de l'Antéchrist.

2°Qu'après cette persécution future on enchaînerait Satan, et ainsi qu'il ne le serait pas encore, malgré la destruction du paganisme, l'abolition de l'idolâtrie, l'établissement de l'Eglise, la venue du Messie, le triomphe de la croix , la doctrine des saints.

3" Qu'ensuite nous attendrions un règne paisible de mille ans sur la terre, pendant

L'APOCALYPSE EXPLIQUEE

lesquels les âmes de ceux qui ont été décollés pour Jésus-Christ, jugeraient les morts, et régneraient avec lui, ce qui serait visiblement donner dans les illusions des millénaires.

k" Qu'après ces mille ans de lionlicur écoulés, les méchants se réuniraient, et assiégeraient les saints dans une ville, sous la conduite de Gog et Magog, que Dieu détruirait parle l'eu du ciel, $6 et 10, ce qui n'est qu'une continuation des mêmes rêveries; et par conséquent il faut dire qu'on doit rapporter ici le chapitre xi% le chapitre xiir et la fi;i du chapitre précédent, comme n'étant que l'histoire du règne de lAntechrist, dont la prévision est anticipée dans les trois endroits , et par l'enchaînement des faits qui y sont rapportés , et par la coutume des prophètes de s'élever des figures aux choses tigurées, dont ils leur donnent le nom , sans avoir- égard|à l'ordre chronologique:» Etnolandum quud in prophetis nequaquam regum ac temporum or do servetur, sed prœpostere quodjuxla historiam postea factum sit, prius referri , et quod prius gestum sit, postea. Neque enim simplex a prophetis historia et gestorum ordo narrantur. (S. Hier, in Jeretn. xxi, et prœf. in Isa.) «Car tels sont les prophètes,» dit le grand saint Chrysostome, « ils parcourent en un moment tous les temps, le passé, le présent et l'avenir : Taies enim sunt prophetœ , omnia tempora percurrunt , prœsentia, prœlerila et futura; et enfin par le mélange que saint Jean fait des premières et des dernières persécutions. Si bien que pour représenter ce qu'on a dit ci-dessus, c'est lamême bêtequi sortde la mer,chap. xm, f t : qui reçoit lagrande puissancedu dragon, ibid. , 2 ; qui blasphème , ibid. , 5 et G ; qui fait la guerre aux saints, ibid., 7, et xix, 19; qui règne quarante-deux mois, et est adorée, xin, 5, 8, 12; qui fait mourir Enoch et Elie, xi, 7; qui est accompagnée de son faux prophète, xm, 11, et xix,20; de qui le royaume est désolé, xvi, 1, et xix, 19; qui porte la prdtistuée, xvn, à; qui périt, xix, 20; et qui enfin, avec son faux prophète et !e démon, est punie dans les enfers , xix, 20, et xx, 9, 10.

Et il sortira de la prison, et il séduira les nations qui sont aux quatre coins de la terre, Gog et Magog , et il les assemblera pour faire la guerre ; et le nombre en égalera celui du sable de la mer.

Entre ces peuples séduits, Gog et Magog tiendront le premier rang. Qu'on lise le xxxvin* et le xxxix" chapiire de la prophétie d'Ezéchiel, et l'on y verra tout le détail de cette dernière persécution, et de la vengeance que Dieu fera des impies. Mais qui seront les nations désignées par Gog et Magog? Dieu lésait. Quoi qu'il en soit, voilà des armées infinies assemblées et en marche pour aller combattre le peuple de Dieu.

8. Et ils se répandirent sur la surface de la terre. Ces troupes immenses couvrent la face de la terre par leur multitude innombrable, et persécutent les saints par toute la terre.

Et ils environnèrent le camp des saints, et la ville bien- aimée.

Elles environnent déjà le camp des fidèles, et elles assiègent la cité bien-aimée, c'està-dire la ville qui pour lors sera le centre et le siège principal de la religion, où les Chrétiens auront apparemment accouru pour la défendre, et où ils se trouveront dans un extrême péril , enveloppés d'un nombre infini de troupes impies animées par le démon et résolues cette fois d'anéantir absolument et sans ressource la religion du vrai Dieu, persécutée alors dans tous les endroits de l'univers : Ibi erunt castra sanctorum : ibi erit dilecta Deo civilas ejus : ibi ab omnibus inimicis suis, quia et ipsi in omnibus gentibus cum illa erunt, perseculionis illius immanitate cingelur, hoc est, in angustias tribulalionis arclubitur, urgebitur, concludetur : nec mililiam suam deserel, quœ vocabulo est appellalacastrorum. (S. Âvg., De civit. Dei, lib. xx, c. 11.)

El c'est ici qu'il faut rapporter la grande el dernière tribulalion de l'Eglise, découverte ci-dessus par l'ouverture du dernier sceau, et le son de la septième trompette : persécution qu'on doit -entendre du corps réuni de tous les impies, contre tout le corps mystique de Jésus-Christ, ainsi que le fut celle d'Antiochus contre tous les Juifs, dont la meilleure partie devenue fidèle à la fin du monde, augmentera et fortifiera l'Eglise, laquelle, par la malice et par les artifices de Satan, pour lors déchaîné, se trouvera exposée, dit saint Augustin, partout où elle sera, à des tourments extrêmes et inusités, et exercée par des prestiges inouïs; mais qu'Enoch et Elie viendront secourir dans celle extrémité : Hœc erit novissima persecutio, novissimo imminente judicio, quam sancta Ecclesia loto terrarum orbe patietur, unhersa scilicet civitas Christi ab universa diaboli civitate, quantacunque erit ulraque super lerram. Afflictio civitati Dei, qualisantea nunquam fuit, quœ sub Antichristo futura speratur, significatur tenebroso timoré Abrahœ circa solis occasum, id est, appropinquantejam fine sœculi. (lbid.,Y\h. xvi. c.24.) Tellement que si le matin du jour de Jésus- Christ fit tressaillir de joie ce patriarche, la vue du soir de l'Anlechrist le fit frémir. Inusitatis maximisque persecutionibus alque fallaciis diaboli jam soluli, ajoute saint Augustin. (Lib. xx, c. 8.) Voici encore la penséedu grand saint Jérôme dans son Commentaire sur le chapitre quatrième du prophète Malachie (chap. iv ) : Jgilur antequam veniat dies judicii, mittet Dominus Eliam, ut Judœi et Chrisliani, quinunc inter se discrepant, pari in Christum religione consentiant.

S'il est donc vrai que les Juifs devenus fidèles à la fin du monde, doivent avec le reste de l'Eglise être persécutés par l'Antéchrist et secourus par Enoch et Elie, s'ils doivent soutenir la guerre contre les idolâtres, el être assiégés dans Jérusalem rebâtie, ne sera-t-il pas visible qu'Antiochus a été unis parfaite figure de ce méchant, et les derniers temps de la Synagogue les images de ceux de l'Eglise? Aiunl fore ut Ilierosolymitatum tçmplum rursus exstruatur, alque Anti-

christus a Judœis Christus credatur, in eoque sedeat, totius orbis rex esse videatur. Porro ad mundi desolationem ac vastitatem veniet. Antichristus templum eonstruel Jerosolymis, quod confeslim excilatum tradet Judœis. » (Greg. Naz., serm. kl ; S. Hippolyt. mari., de Anlich.)

9. Et Dieu fit descendre le, feu du ciel qui les dévora : Mais voici les flammes vengeresses el avant-courrières du jugement qui tombent du ciel sur ces sacrilèges, et qui les dévorent, selon la prédiction d'Ezécliiel : Et

je ferai éclater mon jugement sur Gog, en l'exterminant par la peste, par le massacre et le carnage de ses troupes, par les orages et les tempêtes effroyables qui l envelopperont, par une grêle immense de pierres qui l'écraseront, et je ferai descendre une pluie de feu et de soufre sur lui et la multitude des peuples qui sont avec lui : « Etjudicabo Gog et Mayog peste et sanguine, et imbre vehemenli, et lupidibus immensis ; igncm et sulphur pluam super eum, et super exercitum ejus,et super populos mullos qui sunt cum eo, «(Ezech.xxxix, 9-15) etc. Si on lit'ce chapitre, on y trouvera un rapport singulier avec celui de saint Jean, en sorte qu'un prophète interprêtera l'autre. Que, s'il n'était pas défendu de vouloir pénétrer dans l'avenir, on pourrait conjecturer par la lecture attentive d'Ezécliiel, que cette grande catastrophe du monde se passera dans la Judée pour lors convertie, et devant la ville de Jérusalem.

Et Satan qui les séduisait fut jeté dans l'étang de soufre.

10. Où la bête et le faux prophète seront tourmentés jour et nuit dans les siècles des siècles.

Or, puisque le démon, le faux prophète, et l'Antéchrist ou la bête, sont ici précipités tous trois dans les enfers, il est visible qu'on doit regarder ce qui en a été rapporté à la tin du chapitre précédent, comme une véritable anticipation; car pourquoi seraient-ils ici réunis tous trois ensemble, si c'étaient deux persécutions différentes, et qu'il y eût un intervalle de mille ans de l'un à l'autre ?

Les voilà donc tous trois jetés ensemble dans l'enfer, et avec raison, puisqu'ayant été tous trois ministres de la môme impiété, il est juste qu'ils «oient tous trois compagnons du même supplice. Et remarquez que voilà la bêle et le faux prophète, dont il est parlé ci-dessus tant de fois, particulièrement sous le règne de Julien, et qui y représentaient l'empire romain, revenus encore au temps de l'Antéchrist, comme si ce méchant devait le remettre au même état qu'il était sous ses plus tidèles empereurs : Videtur Romanum regnum... ad monarchiœ formam, cnjusmodi Augusti Cœsaris cetate exstabat, ab Antichristo redactum, rursum convalescere, et quasi in integrum denuo futurum, dit un Père. (Andr. Caesar. ) Ce qui prouve ce qu'on a souvent dit, que la tigure prend le nom de la chose figurée, et qu'on a eu raison d'avancer que saint Jean s'est souvent élevé de la première bêle à la seconde, ou de l'empire roruaia à l'Amechrist.

11. Et je vis un grand trône étincelant de blancheur, et celui qui était assis dessus : c'est Jésus-Christ qui vient juger le monde.

Devant la face duquel la terre et le ciel s'enfuirent et dont on ne trouvera plus la place. Tout disparaît à sa présence, le ciel et la terre se retirent, et on ne voit plus rien qu'en sa lumière. C'est le jour duquel parle l'apôtre saint Pierre , lorsqu'il dit que les cieux passeront avec une effroyable rapidité : Dies Domini inquo cœlimagno impetu transient, etc.

12. Et je vis les morts grands et petits, se tenant droits en présence du trône, et les livres furent ouverts, où sont contenus les noms des réprouvés.

Et un autre livre fut ouvert, qui était le livre de vie, où les noms des élus sont écrits.

Et les morts furent jugés sur ce qui était écrit dans les livres selon leurs œuvres: C'est l'examen de la vie des hommes, et leur jugement selon leurs œuvres.

13. Et la mer rendit les morts qu'elle contenait, la mort et l'enfer rendirent les leurs, et chacun fut jugé selon ses œuvres. C'est une récapitulation, étant certain que la résurrection précédera le jugement.

14. Et l'enfer et la mort furent jetés dans l'étang de feu, c'est là la seconde mort. On a remarqué ci-dessus que l'empire mahométan, particulièrement le Turc, qu'on a prouvé être lavant-coureur de l'empire de l'Antéchrist, est nommé la Mort, et celui-ci l'Enfer. Et en effet les voilà tous deux précipités dans les flammes éternelles : mais en un autre sens on peut dire que ces termes signifient seulement qu'après le jugement et l'entrée des bienheureux dans le ciel, il ne se parlera plus de mort ni d'enfer : au même sens qu'il est écrit au chapitre xxi, f k, que la mort ne sera plus, ni les pleurs, ni la douleur, etc. Et mors ultra non erit, neque luctus, neque dolor erit ultra, conformément à cette prophétie : Prœcipitabit mortem in sempiternum. (Isa. xxv, 8.) Au reste, ce que l'apôtre appelle la première résurrection, est le reste de leurs âmes séparées de leurs corps, qui vivront avec Jésus-Christ dans Je ciel jusqu'à la fin du monde, et qui ayant souffert la première mort, c'est-à-dire la mort temporelle pour la foi, ne craignent plus la seconde mort ou la mort éternelle, qui est celle où seront condamnés les réprouvés au jour du jugement. Ce qu'il appelle en ceux-ci la première mort, est leur malheureux trépas en ce monde, suivi de la damnation de leur âme ; el leur seconde mort sera la mort éternelle, à laquelle ils seront condamnés au jour du jugement, pour aller à jamais dans les enfers, en corps et en âme : Mori timeat, qui ad secundam'tmortcm de hac morte transtbit, disait saint Cyprien. Car tel était le langage des premiers Chrétiens, comme nous l'apprenons de leurs actes en divers endroits : Prohl mira stultitia, et incredibilis audacia ! spernunt tormenta prœsentiu, dum incerta metuunt, et futura ; et dum mori posl mortem liment, intérim mori non timent. Nec inceftam illain, et secundam mortem plusquam

L'APOCALYPSE EXPLIQUEE

prœscntcm vcrentur. (MlNUT. Félix, Octavius , De mortali, init.)

15. Et quiconque ne se trouva pas écrit dans le livre de vie, fut jeté dans l'étang de feu, tandis que les saints iront jouir de la gloire qui va être décrite aux deux chapitres suivants.

Telle est la fin de Y Apocalypse, et des prophéties de ce divin livre, commencées le jour de dimanche, et distribuées, ainsi qu'on a vu, en sept âges du monde, comme en autant de jours représentés par l'ouverture des sept sceaux et le son des sept trompettes, et suivis de l'octave bienheureuse qui .n'aura plus de soir.

Or quoique les deux derniers chapitres qui suivent, savoir le xxie et le xxu% soient plutôt une description du bonheur des saints, du royaume de Dieu à venir, et de la Jérusalem future que nous attendons, et après laquelle nous soupirons, que non pas uneprophétie des événements de l'Eglise, qui doivent arriver dans la suite des temps, dont on a eu pour but dans cette explication do donner le dénouement par l'histoire ; cependant, afin de ne rien omettre de ce divin livre, on a cru en devoir rapporter le texte, mais sans en donner de commentaire, ce qui seniit d'un autre dessein que celui qu'on a eu jusqu'ici. La seule lecture qu'on en fera, ne peut qu'être très-utile et capable d'exciter des sentiments tout extraordinaires de piété, si on les lit avec foi.

L'apôtre donc , dans ces deux derniers chapitres, nous décrit la gloire éternelle des saints, et c'est aussi jusque-là qu'a été le son de la septième et dernière trompette, qu'on a interprétée au chapitre xi% et comparée au septième jour de la création, qui, dans la Genèse ( cap. xm), n'a pas de soir, et dans lequel les saints entreront au repos éternel : Propter sex dies creaturœ in principio dispositos, et sex angelos canentes tubis, totidemque plagas mundo inferentes, septimus finem luborum, requiemque sanctorum significat, tanquam septimus dies qui mane tantum et vespere non habebit, dit saint Prosper dans son livre plusieurs fois cité.

Au reste, ce que saint Jean va dire dans le chapitre suivant, qu'il vit un ciel nouveau

et une terre nouvelle, ne doit pas s'entendre que le ciel et la terre que nous voyons, doivent être anéantis, et que Dieu doive faire une nouvelle création; mais seulement que tout l'être visible sera perfectionné. C'est ce que saint Augustin et saint Jérôme ont observé, comme on peut voir dans les autorités suivantes :

Prœlerit figura mundi hujus : figura prœterit, non natura.

Cum figura hujus mundi mundanorum ignium conflagralioneprœteribit, sicut factum est mundanarum aquarum inundalione dilu-

vium ut scilicet mundus in melius inno-

vatus, apte accommodelur hominibus, etiam carne in melius innovatis. Utnulla remaneant vetustatis vesligia. (S. Aug., De civit. Dei, lib. xx, c. 14, 16, 17.)

Ex quo perspicuum est cœlum et terrain non périr e, et in nihil redigi, sed in melius commutari. (S. Hier., lib. xiv in Isa.,

c. LI.j

On peut ajouter une nouvelle observation à la précédente, tirée de saint Augustin : savoir, {qu'il ne faut pas s'imaginer qu'il n'y ait que ceux qui pleurent et qui répandentdes larmes, lesquelsdoivententrer dans le ciel ou dans la gloire, à cause que saint Jean dit au chapitre suivant, que Dieu essuiera toutes les larmes des yeux de ses élus : parce que cette expression figurée ne veut rien dire autre chose, sinon que les élus seront pour lors délivrés de toutes sortes de peines et d'afflictions, et des misères de notre mortalité, dont l'image naturelle ne peut être mieux représentée que par les larmes, qui seront pour jamais bannies de ce lieu de joie et de consolation; quoique après tout, dans la pensée de saint Augustin, il soit très-vrai que plus on est saint dans ce monde, plus on est pénétré de componction, source véritable des larmes que la tendresse de la dévotion fait ordinairement répandre : Quis enim tam absurdis ut au-

deat affirmare hanc ducturam vitam nullas habentes lacrymas et dolores? cum polius quanto quisque est sanctior, et desiderii sancti plenior, tanto sit eius in orando fletus* uberior. (Ibid.)

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