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CONCLUSION DE CETTE EXPLICATION

De tout ce qui a été dit ci-dessus, on voit combien on a eu raison de poser pour principe, dès le i" chapitre, que VApocalypse est un livre prophétique qui comprend tout ce qui doit arriver de plus mémorable dans l'Eglise depuis son établissement jusqu'à la fin du monde, suivant ce que saint Augustin, et les autres saints Pères nous enseignent en termes exprès, car c'est le vrai point de vue de ce livre prophétique : Liber Apocalypsis totum hoc tempus complectitur, quod a primo adventu Christi , usque in sœculi finem, quo eritsecundus ejus advenlus, excurrit. (S. Aug., Mb. n, De.civit. Dei, c. 8.) ,

Réfléchissant à présent sur cet ouvrage, et le considérant non avec un œil de complaisance ou d'approbation, mais dégagé de préoccupation et d'amour-propre, la seule pensée qui reste dans l'esprit, est que peut-être en quelques endroits a-t-on trouvé le véritable sens de cette prophétie , et en d'autres non ; que VApocalypse est un labyrinthe de mystères, dont les meilleurs commentaires ne peuvent tout au plus passer que pour des conjectures et des soupçons; et que la seule espérance de ne s'être pas égaré, consiste en ce qu'on a tâché de ne pas abandonner Je fil de la tradition, laquelle néanmoins n'étant pas ici ni uniforme, ni certaine, ne met a couvert que d'une erreur, ou d'une nouveauté blâmable. Tellement que tout bien examiné, il ne reste point de meilleur parti a prendre, que d'entrer dans les humbles sentiments de saint Jérôme en une semblable conjoncture, et de dire avec lui [in Ezech. <:. i et xlv) :

« Je déclare à la fin de cet ouvrage ce que j'aurais dû déclarer dès le commencement : ayant osé entrer dans cet ahîme de prophéties , et pour d'expliquer de la sorte, clans ce labyrinthe de mystères divins, environnés , ainsi qu'il est écrit , de ténèbres et de nuages; à Dieu ne plaise que je me flatte d'en avoir trouvé le véritable dénoûment. C'est bien assez pour moi de croire que j'aie pu donner quelque principe de doctrine à

ceux qui commencent de s'appliquer à l'élude de 'Ecriture, appuyé toutefois, non sur ma propre suffisance, mais sur la miséricorde de Jésus-Christ , qui m'a servi d'étoile pour me conduire au port de cette explication. J'ajouterai, que je n'ai pas prétendu débiter en cela mes propres pensées , mais exposer ce que j'avais appris de ceux qui nous ont précédés dans l'Eglise : de sorte que présentant au lecteur charitable et indulgent, ce petit travail proportionné à la médiocrité de notre esprit, nous le prions de le regarder plutôt comme un essai et un recueil de conjectures etde soupçons , que comme une explication claire de ce livre prophétique , le priant d'excuser notre présomption , qui a excédé la mesure de notre science, et d'approuver plutôt notre effort, que de le condamner : » Quod in principio debui dicere , nunc prœpostero ordine in fine dicturus sum: Ego istarum Scripturarum ingressus oceanum, et mysteriorum Dei, ut sic loquar , labyrinlhum , de quo scriptum est (Psal. xvir, 12) : « Posuit teneùras latibulum suum , et nubes in circuitu ejus , » perfectam quidem scientiam veritatis mihi vindicare non audeo, sed nosse cupientibus cliqua doctrinœ indicia prœbuisse, non meis viribus, sed Dei misericordia, quem sequentes ad portum explanalionum prophetiœ hujus per venir e potuimus. Et quidem nos quœ a majoribus accepimus, et juxta modum ingenioli noslri spiritualibus spirilualia comparantes, suspicari magis potuimus, quam explanare benevolis credimus, fdisque lectoribus, veniam deprecanles, ut temeritati , imo fidei nescienti mensuram suam, faveant magis , quam irascantur.

Mais si cette explication , quoique si bien établie, ne doit passer que pour un recueil de conjectures et de soupçons, quel jugement pnrtera-t-on de celle de nos hérétiques, destituée de toute autre autorité que de la leur et qui visiblement n'est que la pure production d'une aversion aveugle, et néanmoins publiée par eux comme un dénoûment clair et certain de la prophétie qui annonce la

L'APOCALYPSE EXPLIQUEE

ruino prochaine et indubitable du Siège pontitieal , si souvent et depuis si longtemps souhaitée, promise, prédite, et impatiemment attendue? N'y a-t-il pas lieu de croire que c'est là un faux oracle du père du mensonge, dont la fascination est telle, qu'elle augmente même par les événements contraires ? La date des années si précisément marquée s'écoule : Computant sibi annos , audiunt fanaticos suos (S. Aug. , in psal. iv , init.j ; les prédictions réitérées ne s'accomplissent point du tout; les promesses se trouvent entièrement trompeuses; ceux qui désiraient de vivre au moins jusqu'au temps prédit pour goûter le plaisir, disaient-ils, de voir avant mourir le triomphe de leur parti, et la ruine de l'Eglise catholique , ont déjà vu passer le terme : l'Eglise demeure stable comme auparavant, et ils se trouvent exposés à la risée du public, sans ouvrir les yeux à la vérité: «Je ne dirais pas toutes ces choses, si cette année fatale n'était pas déjà écouiée , laquelle l'esprit de mensonge avait marquée comme devant être heureuse aux ennemis de la religion , et dont leur vaine espérance s'était flattée,» disaitjAugustin aux païens de son temps, qui s'appuyant sur une fausse prédiction, s'étaient promis que la religion chrétienne ne durerait que trois cent soixante et cinq ans, qui finissaient sous l'empire d'Honorius : Hœc ntque. milita hujusmodi colligerem , si nondum annus isle transisset quem divinatio ficta promisit, et decepta vanitas credidit. Mais la Providence, qui se plaît à confondre ces sortes de curiosités criminelles , que Jésus-Christ a interdites à ses disciples, comme remarque ce même saint, lorsqu'il leur dit : « Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que mon Père a mis en sa puissance: Non est vestrum nosse tempora , tel momenta, quœ Paler posuit in sua potes- .tatc ; » permit que cette même année-là précisément, les temples des idoles fussent abattus en Afrique par ordre de ce pieux empereur, et avec eux la folle confiance des idolâtres.

Cet aveuglement des Hérétiques n'est comparable qu'à celui des Juifs, lesquels, malgré l'horrible oppression où la justice divine les tenait, espéraient toujours, fondés sur de semblable prophéties, que leur tour reviendrait, qu'ils se vengeraient des Romains, qu'il se désaltéreraient de leur sang, qu'ils rebâtiraient leur temple, et qu'ils rentreraient dans la terre de leurs pères, pour y jouir d'une félicité temporelle et d'un royaume tout charnel : exemple terrible qui montre jusqu'où peut aller la séduction de J'esprit humain une fois livré à lui-même. C'est ce que saint Jérôme écrit en ces termes sur le chapitre vu deSophonie: « Il ne faut pas seulement penser que ces malheurs soient tombés sur la tête des Juifs lors de la captivité de Babylone, puisqu'ils durent encore à présent. Car ces perfides habitants, après avoir tué les serviteurs de Dieu, et crucifié son Fils unique, ont été chassés de Jérusalem, sur laquelle il ne leur est permis

que de verser des larmes , et encore faut-il qu'ils achètent à prix d'argent la permission de les répandre: Ces malheureux, parce qu'ils ont acheté le sang de Jésus-Christ, achètent la liberté de pleurer, et il ne leur est pas permis de verser gratuitement des larmes. C'est un spectacle qui fait horreur, vous verrez au jour que Jérusalem fut prise et ruinée par les Romains, accourir ce peuple infortuné, venir en foule des femmes décrépites, et des vieillards chenus, avec des habits rompus et déchirés, et portant visiblement sur leur corps, et sur tout leur extérieur les marques de la colère de Dieu qui les accable : » Et hoc non tantum de captivitate dicendurn, sed usque ad prœsentem diem perfidi coloni, post inlerfectionem servorum, et ad extremum F Mi Dei, excepto planctu prohibentur ingredi Jérusalem, et ut ruinam suœ eis liceat flere civitatis, pretio redimunt : ut qui quondam emerunl sanguinem Christi, emant lacrymas suas, et ne fletus qaidem eis gratuitus sit. Videas in die qua capta est a Romanis, et dirula Jérusalem, venir epopulum lugubrem , confluer e decrepitas mulierculas, et sencs pannis annisque obsitos, in corporibus et habitu suo iram Domini demonstrantes.

« Cette multitude d'infortunés s'assemble, et tandis que d'une part on voit briller le Calvaire , et l'Eglise de la résurrection , et de l'autre l'étendard de la croix sur le haut de la montagne des Oliviers, on est surpris de considérer cette foule de misérables, dont la misère ne touche néanmoins personne, venir faire leurs lamentations sur les ruines du temple :»Congregatur turbamiserorum, et patibulo Domini coruscante, ac radiante anasstasi ejus, de Oliveti monte quoque crucis fulgente vexillo, plangere ruinas lempli sui miserum populum, et tamen non essemiserabitem. « Leurs larmes sont encore sur leurs joues, leurs bras tout livides et leurs cheveux épars, et voilà le soldat qui demande son payement, et qui leur veut faire acheter la liberté de pleurer encore : Après cela, celui qui voit ces choses, peut-il douter que le temps de la tribulation et de l'angoise, de la calamité et de la misère, des ténèbres et de J'orage,ne soit arrivé pour eux?» Adhuc fletus in genis, et livida brachia, et sparsi crines, et miles mercedem postulat, ut Mis flere plus liceat :El dubilat aliquis, cum hœc videat, de die tribulationis et angustiœ, de die calamitalis et miseriœ, de die tenebrarum cl caliginis ?

Cependant les Juifs ne sont point rentrés dans la Palestine, leur temple n'a point été rebâti , ils ne se sont point vengés des Romains, leurs prédictions se sont trouvées en tout et par tout fausses et vaines , et ce qui est de plus déplorable , ils ne se sont ni détrouipés, ni convertis : c'est la remarque du grand saint Jérôme , avec lequel on a commencé cet )uvrage, et avec lequel on le hnit.

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