‹ Œuvres completesChapitre 34 sur 296 · DE DE LA CHETARD1E · texte numérisé non relu

DE DE LA CHETARD1E

Nous adorons, Seigneur, vos infirmités, pour avoir part à votre gloire. Ah! puisqu'à présent nous vous recevons comme notre Sauveur, ne nous condamnez pas quand vous nous apparaîtrez comme notre juge.

De l'acte d'humilité.

Quels sont les motifs qui doivent porter à l'humilité quand on communie ?

Comment ne m'humilierais-je pas voyant le Dieu de gloire et de majesté s'abaisser jusqu'à descendre dans un lieu si vil que ma bouche, et que mon estomac; le Dieu de sainteté venir chez un pécheur, le Créateur visiter sa créature; celui que les cieux et la terre ne peuvent contenir, renfermé dans ma poitrine ? celui que les anges adorent, devant la majesté duquel ils tremblent, dont les chérubins et les séraphins ne peuvent soutenir la splendeur et la gloire, me servir d'aliment et de nourriture, et s'incorporer avec moi 1 O miracle I ô bonté 1 ô humilité sans exemple 1 O abaissement incompréhensible 1 ah ! que je puis bien dire avec cet infortuné prince : Qui suis-je, Seigneur, moi votre pauvre serviteur semblable à un chien mort, afin que vous daigniez ni inviter à votre table? (lIReg. ix, 8.)

Acte d'humilité. — Seigneur, les étoiles du ciel ne sont pas nettes en votre présence, les colonnes du firmament tremblent devant vous, les plus relevés des Séraphins se couvrent de leurs ailes à l'aspect de votre grandeur, et se regardent comme un néant ; comment donc une créature aussi misérable que je suis, osera-t-elle paraître à vos yeux, et vous recevoir en elle.

Saint Jean-Baptiste, sanctifié dès le ventre de sa mère, n'osa mettre la main sur votre tète, il protesta qu'il n'était pas digne de dénouer vos souliers ; le prince des apôtres s'écria, et dit : Retirez-vous de moi, parce que je suis un homme pécheur ; et j'aurai la hardiesse d'ouvrir ma bouche, et de m'unir à vous?

Si ce fut une chose si criminelle à un prêtre d'avoir touché inconsidérément l'arche du testament, quoique prêle à tomber, et s'il en fut puni sur-le-champ d'une mort subite, que ne dois-je pas craindre si je touche, et si je mange celui-là même, dont cette arche n'était que la figure?

Amateur des âmes pures, qui reposez parmi les lis, pendant que le jour dure et que les ombres s'abaissent, quel repos et quel agrément puis-je vous offrir dans mon cœur, où au lieu des fleurs, il ne naît que des épines, et où, au lieu de la fraîcheur de la vertu, on ne ressent que l'ardeur du péché?

Votre couche est du bois de cèdre célèbre qui croit au Liban, ses colonnes sont d'argent, le chevet en est d'or, et les degrés pour monter sont couverts de pourpre; je n'ai aucunde ces ornements ; jesuis dans une pauvreté extrême, quel trône vous prépareiai-je quand vous viendrez dans mon cœur ?

d'ailleurs de graves motifs de conscience pour s'obliger à de panifies offrandes.

Voire sacré corps fut enseveli dans un drap propre, il fut mis dans un sépulcre neuf, qui n'avait encore servi à personne, je ne vois rien de net ni de neuf dans mon âme, comment vous y recevrai-je ? comment vous y logerai-je?

La seule consolation qui me reste, Seigneur, est de lire dans votre Evangile que les pauvres vous environnaient, que les aveugles vous cherchaient, que les lépreux vous réclamaient, que les pécheurs s'asseyaient à votre table, et mangeaient avec vous, et que vous disiez à ceux qui murmuraient de cette conduite, que le médecin cherchait les malades, et que vous étiez venu pour les pécheurs.

Mon Dieu, dont les miséricordes s'étendent jusqu'à la millième génération, j'ose recourir à vous , et vous demander cette grâce : que comme David faisait asseoir à sa table un homme tout contrefait, parce qu'il était fils de son cher ami Jonathas, honorant de !a sorte dans la personne du fils, les mérites du père, il vous plaise ainsi, ô Père éternel, souffrir à la vôtre un pécheur tout défiguré, non à sa considération, mais en vue des mérites de Jésus-Christ que vous avez tant aimé, qui est notre second Adam, et notre véritable Père.

O Dieu de majesté infinie, rendez-nous dignes de vous recevoir dans nos cœurs par celte foi humble qui nous fait connaître combien nous en sommes indignes; que la vue de notre misère, en nous humiliant, ne nous Ole pas la confiance que nous devons avoir en votre toute-puissante miséricorde; car si nous ne méritons pas que vous veniez en nous, vous pouvez nous guérir avec une seule parole, et nous le mériterons.

De l'acte de gratitude.

Pourquoi devez-vous avoir des sentiments de reconnaissance quand vous communiez ?

1° Parce que le saint Sacrement m'est un mémorial continuel de la charité que Jésus- Christ a eue de mourir pour moi. afin de me faire vivre de lui et pour lui. 2° Il m'est un témoignage stable et permanent de la charité qu'il veut éternellement avoir pour moi, en se donnant ainsi à moi sur la terre, comme pour me servir d'assurance qu'il se donnera a jamais à moi dans le ciel ; l'Eucharistie devenant ainsi le signe des trois plus grands bienfaits dont l'homme soit redevable à son Créateur: de la rédemption, de la justification, et de la glorification, dont le premier regarde le passé, l'autre le présent, et le troisième l'avenir. Comment donc être insensible à tant d'amour , oublier tant de bienfaits, mépriser tant de promesses.

Acte de gratitude. — Que vous rendonsnous, Seigneur, pour cette charité infinie, qui vous fait prendre sur vous nos infirmités, afin de nous faire part de vos grandeurs ? Quel amour peut égaler' cet amour qui vous a obligé de vous avilir parmi nous, jusqu'à ce que nous allions régner avec vous. O Emmanuel, soyez avec nous par votre grâ-

ce, afin qu'il nous soit ulile (pie vous ayez été parmi nous en cette chair que vous avez bien voulu immoler pour nous.

O Jésus, sagesse incarnée et voilée à mes yeux, je vous reconnais sous celte hostie pour ce même Dieu qui fut attaché à une croix pour mon salut.

Seigneur, puisque nous n'avons rien par nous-mêmes, et que nous tenons de vous tout ce que nous avons, que pouvons-nous vous offrir de plus précieux, non-seulement que l'aveu de notre indigence, mais encore que celui de notre ingratitude, si avec les bienfaits dont vous nous comblez, vous ne nous donnez de plus la reconnaissance que nous en devons avoir. 11 ne nous reste donc dans notre impuissance aucune autre ressource pour nous acquitter de nos devoirs envers vous, ô mon Dieu, que de recourir à vous-mêmes, et de vous dire avec le prophète : Nous prendrons le calice du salut, et nous invoquerons le nom du Seigneur, c'està-dire que nous payerons nos dettes par de nouvelles obligations, et que nous nous acquitterons de vos anciennes miséricordes par le bon usage de vos nouvelles faveurs.

De l'acte de désir.

Pourquoi faut-il avoir un grund désir de nous unir à Jésus- Christ par la sainte Communion?

Parce que Jésus est notre souverain bien, qu'il est tout aimable et tout désirable, qu'il est le terme de nos désirs, qu'il n'y a rien au monde de désirable que Jésus, parce que Jésus seul peut contenter et rassasier notre âme : il faut donc, quand nous voulons nous approcher de ce banquet sacré, avoir cette faim sacrée de la justice et de la sainteté, dont il parle dans l'Evangile, quand il dit : Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés.

Acte de désir. — Seigneur, que je désire votre venue dans mon cœur avec la même ardeur queles anciens patriarches désiraient votre descente sur la terre; que je me prépare à la communion avec le même esprit, dont votre saint précurseur fut animé, lorsqu'il disposait les hommes à votre réception ; que je vous y adore, quand vous y serez venu, avec la même religion, dont les pasteurs et les mages furent frappés quand ils se prosternèrent devant votre crèche ; que je vous y caresse avec le même amour, et la même tendresse, dont votre divine mère vous embrassait, et vous pressait sur son sein, quand vous fûtes né : que je vous écoute avec la même attention que faisait la Madeleine quand, assise à vos pieds, elle se nourrissait de votre sainte parole, que je vous offre à voire Père avec le même zèle dont le saint vieillard Siméon fut épris, quand il vous reçut entre ses bras ; et que, ne souhaitant plus vivre sur la terre, je meure pour lors à moi-même, après vous avoir vu vivre en moi.

Que dans le sentiment de mes nécessités pressantes, j'attende l'heure de la commu mon avec la même impatience, qu'une lem

nie chargée d'enfanlsct de besoins, attend l'heure et le jour auquel son mari doit revenir des Indes charge de richesses et de biens.

En effet, quelque saint et quelque auguste que soit ce sacrement, et quelque crainte quejo dusse avoir d'en approcher, je sais qu'il est le trésor des pauvres, le remède des malades, la force des faibles, le festin des affamés, et le lait des enfants.

Qu'à la vue de celte divine hostie, qui renferme tant de trésors, et que l'Eglise expose à mes yeux, je ne sois pas moins désireux de vous posséder, que les Israélites eussent dû l'être, à lVpect de celte grappe de raisin portée sur un levier par deux hommes, laquelle était comme un échantillon des richesses de la terre promise, et qui vous figurait, ô fruit de vie, attaché à la croix, d'où, comme de dessous un pressoir mystérieux, votre sang découla en si grande abondance, qu'il y en eut assez pour laver tout l'univers, et qui nous est appliqué avec une profusion immense, quand nous vous recevons dignement dans l'Eucharistie.

Que je vous souhaite avec la même ardeur, dont le saint roi David brûla quand il désirait si ardemment de boire de l'eau de la fontaine de Bethléem, c'est-à-dire de cette maison de pain, qui vous représentait, ô pain céleste, qui faites les délices des rois 1

Car enfin, Seigneur, j'ai reconnu que la possession des plaisirs du monde n'a jamais pu contenter mon cœur, parce que leur médiocrité ne me rassasie point, et que leur fréquent usage me déplaît ; ce n'est qu'à votre sainte table où l'on se repaît de ces pures délices qui ne dégoûtent jamais notre amo par leur abondance, et qui réveillent toujours nos désirs par leur nouveauté.

LEÇON x.

De l'action Je giàc s.

Est-il nécessaire de faire son action de grâces après avoir communié ?

Sans doute, autrement c'est : 1" vous priver de la plupart des fruits de la sainte communion, parce que comme ce sacrement n'est pas du nombre de ceux qui ne durent qu'un moment, et qui produisent leurs effets tout à la fois, qu'il persévère d'être jusqu'à ce que les espèces sacramentelles soient consumées et qu'il opère en nous, sinon, quant à son effet principal, du moins quant à ses diverses grâces singulières, non-seulement lorsque nous le recevons actuellement dans la bouche, mais encore tandis que nous le gardons dans l'estomac, auquel temps on peut véritablement dire que nous nous nourrissons de ce divin aliment, que nous le digérons, pour exprimer ainsi, et que sa vertu agit sur nous, pourvu qu'alors nous nous excitions à des actes fervents de vertu, et à des mouvements de piété; il est de la dernière importance de ne se pas dérober à son opération, en nous laissant aller à la distraction et à la dissipation, presque aussitôt que nous sommes en présence de ce

soleil de justice monde, je suis la

dans son Evant-ile

Tandis que je suis au lumière du monde, dit-il (Joan. ix, 5); et comme pour se bien chauffer il vaudrait beaucoup mieux ne s'approcher du feu qu'une fois, et y demeurer une heure entière, que de s'en approcher souvent, mais pour un moment seulement ; aussi serait-il plus utile de ne communier pas si fréquemment et de faire une longue et fervente action de grâces, que de se présenter à celte fournaise d'amour tous les jours, et de ne s'y échauffer jamais. 2° C'est fermer les mains à l'Auteur de tous biens, qui vient chez vous pour vous enrichir et pour les répandre, que de ne vous pas donner la patience de les recevoir.

3° C'est arrêter le cours de cette source d'eau vive et rejaillissante, qui voudrait découler dans votre âme, qi*e d'en détourner Jes ruisseaux au point de leur naissance.

4° C'est renoncer volontairement aux douceurs et aux suavités de cette manne savoureuse, qui fait les délices des anges et des rois, c'est-à-dire aux consolations dont regorgent les âmes pures, qui vivent de connaissance et d'amour et qui régnent sur leurs passions, que de ne pas s'asseoir à cette table, de ne pas s'enivrer à loisir de ce nectar délicieux, de ne toucher qu'en passant et du bout des lèvres aux mets de ce festin céleste.

5° C'est mal correspondre à l'amour du céleste Epoux, et être peu sensible à ses caresses, que de le laisser seul dans voire cœur, comme en un lit de solitude et de viduité.

6° C'est avoir bieu peu de respect et de religion pour le Roi des rois, et le Saint des saints, que de l'abandonner lorsqu'il vient vous rendre visite; c'est traiter ce divin hôte, comme on traite un homme importun, à qui on abandonne le logis sitôt qu'il y entre, pour s'aller divertir ailleurs; y a-t-il une conduite plus injurieuse à la divine majesté, une irrévérence plus grande ?

Continuez à me persuader cette vérité?

La sainte Vierge n'eut pas plutôt conçu Jésus-Christ dans son sein, que l'ange se retira et la laissa tout absorbée en Dieu, pour vous apprendre que vous ne devez plus vous occuper d'aucune créature, quelque sainte même qu'elle soit, sitôt que vous avez le Créaleur en vous.

Sainte Elisabeth voyant entrer Marie dans sa maison, fut transportée d'un excès de jubilation.et touchée du Saint-Esprit, et son fils tressaillit de joie dans ses entrailles: Jésus-Christ entre dans votre cœur, et vous êtes sans mouvement, sans sentiment etsans action?

Saint Siméon après avoir attendu le Messie si longtemps, et l'avoir enfin reçu entre ses bras, ne voulut plus vivre : que ne songez-vous à mourir à vous-même et à vous détacher de toutes choses, quand vous avez ce même Jésus-Christ dans votre cœur?

Saint Jean l'Evangéliste ayant communié, se reposa sur le sein de Jésus-Christ, tout

rempli de lumière et d'amour; aussi fut-il celui de tous les apôtres en qui le fruit d'une communion parut davantage, puisqu'il suivit son Maître jusqu'à la croix.

Saint Paul et saint Antoine dans le désert passèrent la nuit en actions de grâces, pour avoir reçu de Dieu un pain matériel et corruptible, qui ne nourrissait que le corps : Dieu vous envoie ce pain céleste, qui nourrit votre unie, et vous êtes ingrat et muet? La reine Esther, voulant obtenir une grâce d'Assuérus, le convia à 'manger chez elle, assurée qu'il ne pourrait lui refuser aucune chose au milieu du festin ; Jésus- Christ vient à votre table et vous ne lui demandez rien, et vous ne lui dites mot?

Salomon n'osa pas admettre la fille de Pharaon dans son palais, parce que l'arche du Seigneur y avait reposé : d'où vient que vous admettez dans votre cœur toute sorte de pensées profanes et mondaines, au moment même que l'humanité de Jésus-Christ y repose ?

Le patriarche Jacob ne voulut jamais quitter l'ange qui lui apparut, sans en avoir reçu la bénédiction, et vous quittez le Roi des anges, sans lui avoir demandé la sienne?

Moise, devant communiquer avec le Seigneur sur la montagne, ordonna que les hommes, aussi bien que les animaux, s'en tinssent éloignés, et comme si cela n'eût pas suffi, il fut environné d'un nuage épais qui Je dérobait aux yeux de tout le monde, et qui dérobait tout le monde à ses yeux, sans doute de peur qu'il ne fût distrait par aucun objet créé ; que n'imitez-vous cette élévation et cette solitude, puisque vous voulez traiter avec Dieu, et que n'êtes-vous tellement absorbé et solitaire quand vous communiez, qu'en ce moment il vous semble qu'il n'y ait au monde que Dieu et vous ?

Le prêtre, sortant de l'autel, invite toutes les créatures de s'unir à lui, afin de lui aider à faire son action de grâces et de venir suppléer à son insuiiisance, il appelle à son secours les animaux même privés de raison et les créatures les plus insensibles, les cieux et les éléments, les arbres et les rochers, qui dans leur langage muet ne laissent pas de louer le Créateur et de publier ses bienfaits; vous avez un coeur et une langue et vous ne le faites pas ?

Il est donc nécessaire de demeurer un temps considérable après avoir communié, dans un profond recueillement et dans un grand silence, l'âme tout occupée de Jésus- Christ et de sa présence, si vous voub z profiler de la réception d'un si digne hôte. Comment pui.<-je faire celle action de grâces ?

Vous pouvez alors, 1° méditer en paix l'amour que Jésus-Christ vous porte quand il vient en vous par la sainte communion, l'honneur qu'il vous fait, la dignité qu'il vous confère, la bonté qu'il vous témoigne, les grâces dont il vous comble ; 2° considérer la reconnaissance qu'il attend do vous, les fruits qu'il s'en promet, l'obligation qu'il

vous impose de vivre saintemenl, et de ne souiller jamais votre corps par le péché; 3* vous exciter à des sentiments de joie, de confiance et de gratitude envers ce divin Sauveur ; 4° vous tenir devant lui en respect, en admiration, en adoration, en silence; o° le louer, l'aimer, le bénir, le glorifier, l'écouler, l'invoquer; G" l'offrir à Dieu son Père pour honorer souverainement ses grandeurs et ses perfections infinies, pour obtenir la rémission des péchés que vous avez commis, pour le remercier des bienfaits dont vous lui êtes redevable, pour impétrer de lui les grâces dont vous avez besoin ; 7° concevoir une confiance d'autant plus grande d'être exaucé de Dieu dans yos prières, que l'hostie sainte que vous présentez, et que vous offrez, est d'un prix infiniment plus grand que ce que vous avez reçu et que ce que vous pourriez demander hors de lui ; 8° vous unir à tous les sentiments d'amour et de respect, connus et inconnus, que Jésus-Christ rend à son Père dans cet auguste sacrement; 9° vous réjouir de ce que Dieu est si dignement honoré par son Fils dans cet étal d'hostie et de sacrifice; 10° vous étonner de votre peu de foi et de votre dureté, de votre ingratitude; 11° vous exciter h imiter les grands exemples de vertu que Jésus-Christ vous a donnés dans cet adorable Sacrement; 12" entin vous devez vous livrer au Saint-Esprit, pour vous faire produire tous les actes de religion qu'il lui plaira vous suggérer et pour employer ces précieux moments en de sembla- Ides occupations intérieures, que le cœur peut à la vérité ressentir, mais la langue ne saurait exprimer. Ce n'est pas pointent qu'i . soit nécessaire d'avoir cette multitude et cette diversité de bons sentiments toutes les fois que vous communiez , il suffit d'en avoir quelqu'un suivant votre attrait, et do vous y bien affectionner.

Action de grâces. — Faites-nous asseoir à la table de vos enfants, Seigneur; nourrissez-nous de celte viande céleste qui communique la vie, qui donne la force, et qui conserve la santé : faites-nous boire à cette coupe dont [a liqueur divine cause la joie, inspire le courage, et excite l'amour ; mais en même temps que vous nous présenterez ces mets, dont la foi nous découvre l'excellence, accordez-nous le goût qui seul en fait éprouver la douceur.

Les anciens patriarches n'avaient que des figures de la sainte Eucharistie, et ils communiaient déjà par avance à Jésus-Christ ; ils trouvaient, Seigneur, dans une pierre dure, dans une plante amère, dans un animal égorgé la douceur de votre pain céleste, la vertu de votre sang précieux, et le fruit do votre sacrifice, parce qu'ils étaient éclairés d'une foi vive, et animés d'une charité parfaite, et qu'ils suppléaient à l'indigence de leurs cérémonies, par la sainteté de leurs dispositions. Faites, mon Dieu, que comme ils ont participé à nos mystères, nous participions à leurs vertus; ne permettez pas que, communiant à la réalité de

vos sacrements, nous ne communions qu'en figure à la grâce qu'ils renferment, et que les figures ayant été des sacrements pour les Juifs, les sacrements ne soient que des figures pour les Chrétiens.

Seigneur, puisqu'il vous a plu m'honorer de votre visite, donnez-moi la grâce de correspondre en quelque sorte à cette faveur ; vous n'en avez jamais fait d'extraordinaires à personne, sans lui accorder de puissants secours pour les conserver : Faites donc éclater votre présence en moi, par les effets signalés de votre bonté.

Salomon.pour avoir sacrifié une fois dans le vestibule du temple, ordonna que ce lieu demeurerait sanctifié, sans qu'il pût servir, à l'avenir, à aucun usage profane ; que doit donc être désormais mon cœur, puisqu'il a eu le bonheur de vous servir d'autel, à vous, Seigneur, duquel tous les sacrifices et tous les sacrements de l'ancienne Loi n'étaient que les figures, et que ne doisje pas attendre de vos desseins sur le lieu de votre habitation ?

Partout où vous êtes entré pendant votre vie mortelle, vous avez fait voir votre miséricordieuse conduite, et votre infinie libéralité.

Vous êtes entré dans le chaste sein de votre mère, et comme par là vous l'avez élevée à une haute gloire, vous lui avez aussi donné en même temps une très-grande grâce pour la soutenir.

Etant encore renfermé dans ce sanctuaire, vous entrâtes en la maison de sainte Elisabeth, et là, par votre présence, vous sanctifiâtes l'enfant qu'elle portait dans son sein, et vous remplîtes la mère de votre esprit.

Vous êtes entré dans le monde pour converser avec les hommes, et comme par votre venue sur la terre vous les avez anoblis, élevés à un merveilleux degré d'honneur ; aussi, par une effusion immense de votre grâce, vous les avez purifiés de leurs crimes, et les avez sanctifiés jusqu'à les rendre des temples vivants de la divinité.

Vous entrâtes chez Zachée,chez le prince dans la synagogue, et dans la maison de saint Pierre, et dans tous les lieux vous fîtes reluire votre grâce? convertissant les pécheurs, guérissant les malades, ressuscitant les morts.

Enfin vous descendîtes dans les enfers, et de ce lieu de misères vous en fîtes un paradis de délices, rendant bienheureux par votre présence ceux que vous aviez honorés de votre visite.

Ce n'est pas vous seulement, Seigneur, qui avez fait ces merveilles, l'arche du Testament, qui n'était que l'ombre de votre humanité, entra dans la maison d'un pieux Israélite, et tout d'un coup vous versâtes sur elle vos plus abondantes bénédictions, et sur tout ce qui lui appartenait.

Puis donc qu'il vous a plu, par une plus grande miséricorde, d'entrer sous un toit aussi pauvre que celui de mon âme; puisqu'il vous plaît d'y établir votre domicile ; que votro entrée et votre demeure en moi

ne me soient pas inutiles et infructueuses; bannissez-en les vices, et introduisez-y les vertus ; enrichissez et parez le lieu de votre habitation; rendez-le digne de vous; et, semblable à un seigneur qui, ayant acquis une terre où il veut faire son séjour ordinaire, jette le plan de quelque palais magnifique, et s'applique à son embellissement, songez à vous édifier dans mon cœur, que vous avez acquis au prix de votre sang, un temple éternel à votre gloire, et faites-en le lieu de vos délices, et votre maison de plaisance.

LEÇON XI

De la communion spirituelle.

Qu est-ce que la communion spirituelle ?

Le concile de Trente nous apprend, après les anciens, qu'on peut communier : 1° sacramentellement seulement; 2° sacramentellement et spirilucllement tout ensemble; 3° spirituellement seulement.

Qui sont ceux qui communient sacramentellemcnt seulement?

Ceux qui communient en péché mortel, car ils reçoivent bien le signe visible de la giâce : ils reçoivent même Jésus-Christ auteur de toutes grâces, mais ils ne reçoivent pas la grâce que le sacrement opère et signifie, qui découle de Jésus-Christ, et qui nourrit et signifie nos âmes.

Qui sont ceux qui communient sacramentellement et spirituellement?

Ceux qui communient dignement et avec de saintes dispositions ; car ils reçoivent le signe visible de la grâce, ils reçoivent Jésus- Christ de qui la grâce découle, et ils reçoivent la grâce signifiée par le sacrement, laquelle découle de Jésus-Christ, qui sanctilie et nourrit nos âmes.

Qui sont ceux qui communient spirituellement seulement ?

Ceux qui, sans la réception du signe visible, reçoivent de vœu Jésus-Christ dans le cœur; qui, par l'effort d'une vive foi opérant par la charité et par les désirs fervents qu'ils ont d'attirer ce divin Sauveur en eux, de s'unir intimement et de s'en nourrir, participent à la grâce qu'opère le sacrement même de l'Eucharistie; en sorte que leur âme goûte Jésus-Christ : elle se repaît, elle se nourrit, elle se fortifie, elle se guérit, et en un mot elle ressenties effets et retire l'utilité qu'elle pourrait retirer de la communion sacramentelle, du moins en partie. C'est ainsi que Notre-Seigneur, pendant sa vie mortelle, pour guérir les malades, a quelquefois entré chez eux, et les a touchés, comme il fit chez saint Pierre, nous désignant par là ceux qui communient sacramentellement ; et quelquefois, se contentant de leur désir et de leur foi, leur a rendu la santé par sa vertu, sans entrer dans leur maison et sans les toucher; comme il fit à l'égard du centurion, nous figurant par cette conduite ceux qui communient spirituellement.

Que faut-il faire pour communier *}>> rituellement ?

229 CATECHISME DE BOURGES. — PART. II

1° Se préparer à celte communion par des actes de foi, d'espérance, de charité, de contrition, de désir, etc.; 2° venir à la Messe avec un ccenr amoureux, et comme affamé de Jésus-Christ; 3° s'unir au prêtre qui la célèbre; k° l'entendre dans le même esprit que si on devait communier sacramentellement, animé de tous les bons sentiments de religion que cette action exige; 5° quand le prêtre communie, ouvrir son cœur par une soif ardente d'y recevoir Jésus-Christ, car le désir est au cœur ce que la main est au corps, et, dans ces divins mouvements, ressentir la faim de la justice; 6° manger par une foi vive cette sainte victime, goûter celte manne, se rassasier de cette viande, se fortifier et s'enivrer de ce vin céieste, s'unir, s'incorporer et se transformer en cet aliment vivant et vivifiant, se guérir par l'application de ce baume divin, qui sort des plaies du Sauveur, et se laver dans son sang ; 7° s'appliquer à jouir en paix de celui qu'on a reçu par la foi, et auquel on a communié en esprit; 8° le prier qu'il vous fasse ressentir le fruit de sa passion, et qu'il vous en applique le mérite et la vertu ; il le peut indépendamment de tout signe sensible, et de tout symbole et tout sacrement; c'est à votre amour à s'attirer les effets de sa puissance.

LEÇON XII

Conduite pour la communion.

Donnez-nous une conduite pour la communion?

1° Dès la veille du jour de la communion, tenez-vous plus recueilli qu'à l'ordinaire; abstenez-vous des divertissements; soyez plus sobre, plus silencieux et plus retiré; veillez sur vous avec plus d'attention ; faites quelque lecture spirituelle; élevez souvent votre cœur à Dieu; priez davantage; pensez fréquemment que vous devez communier le lendemain, disant dans un saint transport, avec ce favori d'Assuérus : Demain je dois dîner avec le Roi. (Est fier v, 12.) Excitezvous au désir de recevoir Notre-Seigtieur ; ayez une sainte impatience dans l'altente du jour suivant.

2° J,e jour et l'heure venus, levez-vous avec joie, modestie et promptitude, prenant bien garde de ne pas commencer la journée par un acte de paresse, et vous souvenant qu'autrefois on ne trouvait plus de manne après le lever du soleil; faites votre prière et votre oraison avec une dévotion nouvelle; venez à l'église en silence; confessezvous, si vous en avez besoin, avec beaucoup de contrition; faites votre préparation avec ferveur; assistez à la Messe avec grande attention; présentez-vous à la sainte communion dans un habit et un extérieur modeste et religieux, les hommes sans épée ni habit fastueux, les femmes sans aucun vain ajustement, apprenant ainsi à mépriser, toute leur vie, ce qu'elles n'osent porter devant Jésu^-Christ, mais particulièrement sans aucune nudité; ayez les yeux

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