II. CE QUE NOUS DEVONS RECEVOIR
victime était à eux, et qu'ils participaient au sacrifice, ainsi la manducation du corps et du sang de Jésus-Christ immolés pour nous sur le Calvaire et mangés par nous à cette table et dans ce sacrement, nous est un signe qu'ils sont à nous et que le Souverain Pontife en a fait à la croix le sacrifice pour nous. 3" Qu'il faut, afin que ce gage de l'amour do Jésus-Christ soit euicace et certain, que nous ayons non-seulement les mérites, l'esprit et la vertu (ce que nous trouvons môme dans les autres sacrements) , mais encore la propre substance de celle victime immolée, présente par conséquent, et qu'elle nous soit donnée aussi véritablement, quoique différemment à manger, que la chair des victimes était donnée à l'ancien peuple pour s'en nourrir. 4° Que de cetle façon ces paroles de Jésus- Christ : Prenez et mangez, ceci est mon corps livré pour vous ; prenez et mangez , ceci est mon sang épanché pour vous [Mal th. xxvi , 20, 28 ) , veulent dire que ce qu'il donne est aussi véritablement son corps et son sang; qu'il est vrai que ce corps a été livré et que ce sang a été répandu. 5" Qu'encore que la véritédecemystère, (aussi bien que de l'Incarnation et des autres, soit indépendante de la foi, cependant c'est la foi qui nous rend la réception de ce sacrement utile, lorsque, comme les anciens Juifs mangeant la chair de leurs victimes , notre corps reçoit la chair immolée de Jésus-Christ, notre âme s'en applique le fruit : sans quoi ceux qui s'en approchent sont la troupe incommode qui le presse et non la femme malade qui lo touche, disent les saints : le Fils de Dieu exerçant ainsi tout pouvoir au ciel et en la terre, et s 'appliquant à ceux-ci comme Sauveur et à ceux-là comme juge rigoureux (50).
Comment est-ce que la sainte Eucharistie nous communique lu grâce de nous immoler avec Jésus-Christ.
En ce que son corps adorable communiqué à nos corps, par la communion, les vertus qui doivent les immoler, et les rendre semblables à cette victime sainte immolée pour nous et mangée pour nous, comme la pénitence, la chasteté, la mortification, la modestie, l'amour du travail et l'application aux bonnes œuvres : car c'est une maxime reçue, qu'on exprime en soi les qualités de l'aliment dont on se nourrit ; de cette sorte Jésus-Christ s'olfre en sacrifice pour nous, afin que nous nous offrions en sacrifice a lui : il immole sa chair afin que nous immolions la noire, et le sacerdoce que Dieu veutde tous les Chrétiens sans exception, est qu'ils olfrent avec Jésus- Christ leurs vices et leurs passions, l'usage déréglé de leurs sens et de leurs puissances, • sacrifiant ainsi avec le prophète l'agneau et le bouc, Jésus-Christ et la convoitise : des louanges animées et les passions égorgées : comme une hostie qui sera reçue de Dieu eu
(50) Nous n'avons Das de conseils à donner, niais il nous semble que, dans les kmps actuels, il faut parlculièremenl insister sur les effets admirables de l'Eucharistie, source unique et intarissable fe tout le bien, de toutes les bornes œuvres, de tou-
tes les vertus réelles qui existent dans le monde. Quels sont alors nos devoirs envers Noiie-Seigueur Jésus-Christ sur les autels! Peut-on assez. l'honorer, le visiter, le prier, le remercier, l'aimer et le recevoir dans ton admirable sacrement?
odeur de suavité, en cela semblable à l'Eu— charislie immolée tous les jours, et jamais détruite.
LEÇON VIII
De la préparation à la communion.
Pourquoi une grande pureté' de conscience quand on communie ?
il s'agit de recevoir le Saintcles saints dans votre cœur. Car 1° si la manne, qui n'élait que l'image de l'Eucharistie, ne tombait fias immédiatement sur la terre de peur d'en être souillée, mais sur un lit de rosée qui la devançait et qui lui servait comme d'une nappe merveilleusement blanche pour la recevoir, si les pains de proposition, aussi ligures du Saint-Sacrement, ne pouvaient être présentés devant le Seigneur que sur des tables d'or, symbole de la pureté et de la charité; ni mangés que par des personnes chastes, continentes et sancti liées ; s'il fallut qu'un séraphin purifiât les lèvres d'un prophète avec un charbon ardent pris du sacré brasier qui brûlait sur l'autel , afin de le rendre digne d'annoncer la parole de Dieu? quelle sainteté ne doit-on pas avoir quand on reçoit dans la bouche cette manne divine, ce pain céleste, ce charbon ardent ? 2°Si Salomon, pour loger l'arche d'alliance, bâtit un si magnifique temple, à la construction duquel il employa tant d'années, d'ouvriers et de trésors; si Moïse, pour mettre les tables de la Loi, fit faire une arche d'un bois incorruptible; si Dieu voulut que la manne fût réservée dans un vase de tin or, quels préparatifs n'exige pas Jésus-Christ, l'arche vivante du Seigneur, le législateur de tous les hommes, le pain des anges? 3" Moïse n'osa s'approcher du buisson ardent où Dieu faisait sentir sa présence, sans avoir auparavant quitté ses souliers, laits de peaux d'animaux, comment s'approcher de Jésus-Christ présent, sans être dépouillé des affections brutales et des inclinations terrestres et mortelles ? 4° Le prophète Samuel n'ayant à offrir que la chair d'un animal corruptible, ordonna aux habitants de Bethléem de se sanctifier pour assister à son sacrifice : que sera-ce d'assister au redoutable sacrifice de l'Agneau immaculé et de communier à sa chair adorable? 5° Les femmes d'Assnérus employaient une année entière à s'embellir pour paraître une seule fois en la présence de ce prince : que ne doit-on point faire pour être admis a ce banquet nuptial du céleste Epoux? 6° Dieu voulait autrefois qu'on éloignât du camp tous les lépreux, et toutes les personnes souillées, parce que, disait-il, j'habite au milieu de vous, ot il ordonna qu'on bannit pour un jour de la compagnie de son peuple celui qui aurait eu une illusion nocturne: les saints ont regardé cet accident , quoique causé par le démon, comme un obstacle à la communion. Saint Bernard conseille en ce cas, de s'abstenir de servir à la Messe : saint Jérôme assure qu'il n'osait alors entrer dans les basiliques des martyrs : et, pour se préparer à la la réception de la Loi de Dieu, les personnes mariées se séparèrent trois jours aupara-
vant , et vécurent en continence ; jugez que! vous devez être quand Jésus-Christ vient résider en vous.
Seigneur, comme un grand roi qui va loger chez une pauvre veuve ne se repose pas sur elle des soins de sa réception , et qu'il ordonne à ses officiers d'aller devant disposer toutes choses, envoyez vos anges et prévenez mon cœur de vos grâces , afin d'en faire la digne demeure de votre majesté, sans attendre de mon indigence des préparatifs dont je ne suis pas capable. Je vous offre la maison, il est de votre magnificence de la faire orneret parer. Ah I si votre sainlt* mère, quelque sainte qu'elle fût déjà, eut néanmoins encore besoin que vous lui envoyiez le divin Esprit, pour la préparera votre réception et la rendre digne de vous servir de tabernacle , ainsi que l'Eglise nous le fait dire, que dois-je penserde moi-même? Pourquoi encore se préparer ?
1° L'importance de l'action que vous allez faire vous y engage, car vous pouvez alors véritablement dire avec le plus sage des rois, que vous méditez un grand dessein, puisque vous préparez une demeure , non à un homme mortel, mais è un Dieu.
2° Par le moyen de la communion vous participez à la grâce et à la dignité de la trèssainte Vierge, lorsqu'elle conçut Jésus-Christ dans son sein , puisque vous allez recevoir dans le vôtre le même Fils de Dieu qu'elle reçut.
3° Le mystère de l'Incarnation va se renouveler en quelque façon et s'opérer encore une fois en vous, puisque le même Verbe divin qui s'unit à l'humanité sacrée de Jésus-Christ par l'Incarnation, va comme de nouveau s'unir à la vôtre par la communion.
k° Vous allez être élevé à l'état et à la condition des bienheureux, puisque vous posséderez sur la terre par la communion le même Dieu qu'ils possèdent dans le ciel par la claire vision, vous asseoir à la même table, vous nourrir du même pain.
o° Comme la vertu de ce sacrement est une mer infinie de grâce, tant parce qu'il contient Jésus-Christ tout entier, qui en est la source intarissable, qu'à cause qu'il nous rend participants des fruits et du mérite de sa Passion dont la valeur est infinie, vous en puiserez autant dans cet océan immense, que le vase de votre cœur s'en sera rendu capable par de saintes affections et de saints désirs: Dieu vous y invile par son prophète: Dilatez votre bouche, et je la remplirai.
G" C'est une maxime certaine que l'on profite des sacrements à proportion des dispositions qu'on y apporte ; si le bois est sec, il brûlera sans peine; si votre cœur est déjà échauffé, il s'embrasera aisément quand vous vous approcherez de celle fournaise d'amour.
7° La philosophie apprend que tout ce qui est reçu dans un sujet, y est reçu conformément à la capacité du sujet qui reçoit, et' l'Evangile assure que nous serons mesurés à notre propre mesure. Qu'est-ce à dire,
.sinon qu'on nous distribuera la grâce conformément aux dispositions de noire âme?
8" Les sacrements de la nouvelle loi, et surtout l'Eucharistie, sont d'une telle nature, que s'ils ne profitent pas extrêmement à ceux, qui s'en approchent, ils leur nuisent d'ordinaire extrêmement; c'est ainsi que dans la nature, les mêmes causes qui donnent la vie et la fécondité aune [liante bien enracinée, telles que la terre, la pluie, le soleil, la font sécher et pourrir quand elle n'a ni sève ni suc.
9" L'Eucharistie ayant ceci de particulier, qu'elle est un aliment et un remède, mais plein d'action, de force, d'énergie et de vertu ; si l'estomac de notre âme, pour parler ainsi, n'est pas en étal de digérer cette viande solide des hommes parfaits; si notre tempérament spirituel n'est pas assez préparé pour actuer un médicament si grand et si efficace, et pour en supporter l'opération, au lieu de trouver la nourriture et la guérison dans ce divin sacrement, ne doit-on pas craindre d'y trouver un poison qui lue?
10° Plus on se prépare à la réception d'une grâce, plus témoigne-t on qu'on l'estime, plus l'acquisition en est-elle chère et la possession glorieuse : préparez-vous donc avec soin à la sainte communion, puisque celte préparation même vous est si avantageuse.
11° Plus une forme est excellente, plus demaude-t-elle de dispositions dans le sujet que la nature lui prépare : voyez combien l'âme raisonnable exige d'organes et de qualités dans le corps humain, auparavant que de venir l'habiter. Or, ce sacrement est le plus parfait de tous les sacrements, et par conséquent, il demande plus de dispositions et de préparations qu'aucun autre, et de plus parfaits.
12° Enfin, de dix vierges, il n'y en eut que ci nq d'admises au noces de l'Epoux, parce que celles-là seules se trouvèrent préparées. Le père de famille chassa un homme du banquet dans l'Evangile, parce qu'il avait osé se mettre à table sans être revêtu de la robe nuptiale. Nul, s'il n'était richement vêtu, n'était reçu au festin d'Àssuérus : l'arrêt de mort contre Aman fut porté dans le même banquet royal , où il devait trouver la vie. Moïse oblige les Israélites de laver leurs habits et de se disposer trois jours de suite, afin de recevoir la Loi du Seigneur. Jésus- Christ même, quoiqu'il eût aimé toute sa vie la pauvreté, voululinstituer la sainte Eucharistie dans une salle richement parée. Or, toutes ces choses que figurent-elles? sinon l'obligation qu'on a d'apporter des dispositions convenables à la communion, comme à l'action de toute la vie chrétienne , qui .sans doute demande le plus de piété et de dévotion.
LEÇON IX
De la dévotion actuelle requise à une bonne communion.
En quoi consiste celle dévotion?
Il est difficile de l'expliquer mieux qu'en
disant que c'est comme une eau d'ange ou de naphte, laquelle tirée de diverses fleurs, retient quelque chose de toutes leurs odeurs ; car cette dévotion est un mouvement ardent et affectueux de l'âme, composé de plusieurs saints désirs et de diverses affections spirituelles, qui forment un parfum intérieur, qui embaument l'âme, et qui l'occupent amoureusement. C'est une impression de divers sentiments de foi, d'espérance, de charité, de contrition, d'adoration, d'humilité , de reconnaissance, de désir et d'autres semblables vertus , dont il est bon d'expliquer les actes.
De l'acte de foi.
Comment puis-je animer alors ma foi ?
Considérez que vous allez recevoir : 1" le corps de Jésus-Christ, ce corps formé du plus pur sang de la sainte Vierge, par l'opération du Saint-Esprit. Ce corps attaché à la croix et mis dans le sépulcre pour votre amour ; ce corps à présent glorieux, immortel, ressuscité, doué d'une infinie beauté, intégrité, majesté, perfection, orné des quatre qualités glorieuses qu'il fit éclater au jour de sa résurrection, de la clarté, de l'agilité, de la subtilité et de l'impassibilité, marqué'des cinq plaies qu'il reçut dans sa passion, et qui sont autant de témoignages publics de sa charité pour vous. Voilà la victime dont vous allez vous repaître.
2° Vous allez recevoir le sang de Jésus- Chrisl, ce même sang qui découla pour vous au Jardin des Olives, au prétoire de Pilate et à l'arbre de la Croix, qui désarma la justice de Dieu, qui apaisa sa colère, qui vous purifia de vos péchés, qui satisfit pour vos crimes, qui vous mérita la gloire, et qui crie bien plus hautement et plus efficacement miséricorde pour vous, que celui d'Abel ne demandait vengeance comre Caïn ; enfin ce sang encore tout chaud et tout bouillant par l'amour ardent qui l'anime et qui l'épanché ; c'est la liqueur divine dont vous allez vous désaltérer.
3° Vous allez recevoir Pâme sainte de Jésus-Christ, ce chef-d'œuvre de la sagesse et de la puissance de Dieu, avec toutes ses grâces, dons, vertus, privilèges, beautés, excellences : cette âme en qui tous les trésors de la sagesse et de la science de Dieu sont renfermés, élevée à l'union hypostatique, et qui participe à toute la gloire, et à toutes les grandeurs du Verbe éternel ; de qui l'entendement est tout brillant de lumières et de splendeurs, la volonté toute embrasée d'amour, la mémoire toute occupée d'objets divins : c'est à cette âme à laquelle vous allez vous unir.
4" Vous allez recevoir la personne même du Verbe éternel, ce Fils consubstantiel au Père, cette empreinte de sa substance, ce miroir sans tache de la Divinité, la splendeur de sa gloire ; ce Verbe qui de toute éternité sortant du sein du Père, daigne entrer dans le vôtre, cette sagesse éternelle par laquelle toutes choses ont été faites ; ce Fils unique incarné pour votre amour, et qui, revêtu de
noire chair, par sa seule parole guérissait les malades, ressuscitait les morts, chassait les dénions, apaisait les tempêtes, renversait ses ennemis, convertissait les pécheurs.
5° Vous allez recevoir réellement et en vérité Jésus-Christ le Sauveur du monde, cet Homme-Dieu, ce Messie, ce désiré des nations, l'attente des peuples, après la venue duquel tant de patriarches, de prophètes et de rois ont soupiré : celui qui naquit dans une étable, qui lut adoré des pasteurs et des Mages, présenté au temple, qui prêcha l'Evangile pendant sa vie mortelle, qui entra chez Zachée, qui ressuscita le Lazare, de qui la Madeleine lava les pieds de ses larmes, qui sua sang et eau au Jardin des Olives, qui l'ut attaché à la croix pour l'amour de vous, qui ressuscita le troisième jour, qui monta aux cieux le jour de l'Ascension, qui est assis à la droite du Père, élevé au-dessus de toute créature, qui vil et règne en unité de puissance avec le Père et le Saint-Esprit, et qui doit un jour venir plein de gloire et de majesté juger les vivants et les morts, c'est celui-là même que vous allez recevoir.
6° Enfin vous allez recevoir le Père et le Saint-Esprit, parce qu'ils sont inséparables du Fils : si quelqu'un m'aime, dit ce Fils adorable, mon Père l'aimera, et nous viendrons en lui, et nous ferons notre demeure en lui : croyez donc que vous recevez les trois personnes di vines et la Divinité même, quand vous communiez, et dites sans hésiter :
Acte de foi. — Je crois fermement que ie vais recevoir sous les espèces de ce pain la même victime qui fut offerte pour mon salut en l'arbre de la croix, le même corps qui fut immolé, le même sang qui fut répandu : faites donc découler sur moi, ô mon Dieu, la grâce de la Rédemption, au même temps que j'en recevrai le sacrement. Faites-moi goûter le fruit de votre sacrifice, appliquezmoi le mérite de votre sacrifice ; appliquezmoi le mérite de votre mort : et comme cette chair adorable que je mange, m'est un gage sacré do l'amour que vous me portez, et de la gloire que vous m'avez promise, qu'elle me soit un engagement à ne plus vivre que pour celui qui voulut bien mourir pour moi, et qui veut bien me nourrir de lui.
De l'acte d'espérance.
Notre espérance est-elle excitée par la communion ?
Oui, car, 1° la sainte Eucharistie relève notre courage ordinairement ab.illu, et dissipe une certaine pusillanimité de cœur qui nous jette souvent dans la défiance de la bonté de Dieu. Cependant, puisque nousrecevons Jésus-Christ dans ce divin sacrement, que craignons-nous? Celui qui nous donne le plus, refusera-t-il le moins? Celui qui se donne lui-même rcfusera-t-il ses dons?
Celui qui donne l'arbre refusera-t-il le fruit? Vous refusera-t-on l'héritage du ciel, puisqu'on vous donne l'héritier môme du ciel? Vous refusera-t-on la grâce, puisqu'on tous donne celui qui est la fontaine et la source de toutes las grâces, comme la mer
l'est de tous les fleuves? Recevez donc Jésus- Christ, comme un gage assuré du bonheur éternel, et jugez de la grandeur de la gloire qu'on vous promet, par la grandeur des arrhes qu'on vous donne.
2° Jésus-Christ a dit qu'on obtiendrait du Père tout ce qu'on demanderait en son nom ; que sera-ce si vous demandez en interposant, non-seulement le nom de Jésus-Christ, mais Jésus-Christ même?
3° La passion du Sauveur est le principal fondement de votre espérance : or, c'est par l'oblation de l'Eucharistie que la mémoire de celte passion se renouvelle, et que la vertu et le mérite du sang de Jésus-Christ vous sont appliqués.
Acte d'espérance. — O Jésus, mon Sauveur et mon Dieu, j'espère qu'après vous avoir adoré sous la sainte hostie en ce monde, je vous verrai face à face en l'autre; j'espère qu'après vous avoir reçu dans mon cœur sur la terre, vous me recevrez au vôlre dans le ciel, j'espère que votre chair virginale sanctifiera ma chair par son attouchement ; j'espère qu'elle la purifiera, et qu'elle apaisera mes passions déréglées; j'espère qu'elle me sera un gage du salut éternel, un germe d'immortalité, et qu'elle communiquera à mon corps la vertu qui doit un jour le faire ressusciter.
De l'acte de charité.
Quels sont les motifs qui doivent exciter à l'amour de Jésus-Christ quand on s'approche de la sainte table?
1" Si les bienfaits sont capables de toucher votre cœur, quel plus grand bienfait que la sainte Eucharistie, dans laquelle Dieu vous donne ce qu'il y a de plus grand, de plus précieux, et de plus cher, son Fils unique, et de la manière la plus tendre et la plus amoureuse qui fut jamais.
2" Si l'amour excite l'amour, comme un feu engendre un feu, quel [dus grand amour Jésus-Christ peut-il vous témoigner, qu'en se donnant à vous, entrant dans votre bouche, descendant dans votre poitrine, s'unissant, s'incorporant, et s'incarnant pour ainsi dire en vous?
3° Si l'honneur, le profit et le plaisir sont les liens les plus fo'rls pour altacher nos cœurs et pour les gagner, quel plus grand honneur que d'être uni 5 Dieu, et comme déifié, ainsi qu'on est par la communion? quel plus grand profit que de recevoir Jésus- Christ, en qui tous les trésors du ciel et de la terre sont renfermés? quel plus grand plaisir que de goûter les douceurs spirituelles dans leur source même, et de savourer celui qui fait les délices du Père ; et le souverain plaisir des hommes et des anges?
k" Si l'abaissement auquel une personne se réduit [tour l'amour de vous doit vous exciter à l'aimer davantage, Jésus-Christ s'humilie et s'avilit dans la sainte Eucharistie sous les frêles espèces du pain et du vin, pour l'amour de vous; il quitte ses grandeurs, afin de ss proportionner à votre bassesse.
2i7 CATECHISME DE BOURGES. —PART. II. CE QUE NOUS DEVONS RECEVOIR.
5° Si la douloureuse passion qu'un Dieu a soulFerte pour vous doit vous engager à l'aimer par-dessus toutes choses, ce sacrement n'en est-il pas la vive représentation? il vous en fait goûter le fruit : Jésus-Christ vous y fait souvenir qu'il a répandu son sang et souffert la mort pour vous : pour vous, il y est encore déshonoré par l'impiété des méchants, et autant de fois que les espèces sacramentelles sontjdélruites, il.est autantde fois délruit en un sens pour l'amour de vous.
G" Si vous devez aimer un ami qui vous délivre du dernier supplice, en subissant la mort pour vous, Jésus-Christ s'immole el se sacritie sur nos autels jour et nuit pour apaiser son Père irrité contre vous, lui représentant sa mort, ses travaux, son sang épanché, en un mot, tout ce qu'il a fait pour vous retirer de la mort éternelle.
Acte de charité. — O Jésus, qui nous avez aimé jusqu'à vous donner à nous, jusqu'à mourir pour nous, et jusqu'à nous nourrir de vous, je ne veux être qu'à vous, je ne veux vivre que pour vous, je ne veux me nourrir que de vous : Faites, ô Jésus, que je sois tout à vous ; que je n'aime rien tant que vous ; que. je n'aime rien qu'avec vous ; que je n'aime rien que pour vous ; que je n'aime rien que vous.
Ne permettez pas, Seigneur, que nous nous séparions jamais de l'Eglise : rappelez dans le sein de cette Mère commune des liiièles ceux que l'hérésie ou le schisme en sépare. Faites cesser les divisions qui la troublent, et qui la déchirent au dedans, et puisque vous faites asseoir à une môme table tous ses enfants, et que vous les nourrissez d'un même pain, réunissez-les dans les mêmes sentiments, afin que malgré nos égarements et nos faiblesses, nous conspirions tous à honorer votre saint nom, par une foi pure, par une charité parfaite et par une vie sainte.
O victime salutaire qui nous ouvrez la porte du ciel, donnez-nous non-seulement la force de résister aux ennemis de notre salut, mais venez vous-même à notre secours pour les vaincre; communiquez-nous de nouvelles lumières pour vous connaître, de nouvelles ardeurs pour vous aimer, de nouveaux désirs pour vous goûter, une vertu nouvelle pour vous imiter.
De l'aete d'adoration.
Doit-on souvent adorer Jésus-Christ au saint Sacrement de l'autel?
Sans doute, et cjI acte religieux doit faire le principal de nos devoirs, quand nous nous approchons des saints autels; car comme le Fils de Dieu a dans son Eglise du ciel un trône de gloire, où il est adoré par tous les bienheureux, il a aussi voulu avoir dans son Eglise de la terre un trône de grâce, où nous lui rendissions »toS hommages et nos adorations, et ou nous puissions recourir à lui comme à i"»i.'-c divin propitiatoire.
Acte d' adorait on.— O Jésus, vrai Dieu et vrai homme oain vivant, et victime du genre humain je vous adore dans le très-
saint Sacrement, et vous y reconnais pour mon Sauveur et pour mon Dieu, à qui je fais hommage de mon être et do ma vie. Plus je vous vois humilié et caché dans ce mystère, plus je veux vous y reconnaître, et vous y adorer, et m'anéantir en votre présence.
O Marie, c'est de voire corps virginal qu'a été pris et formé le corps adorable, dont je vais me nourrir : la chair de Jésus est la chair de Marie? c'est de votre lait qu'a été formé le sang dont je vais me repaître : combien doncêles-vous intéressée à la communion que je vais faire? Et puisque par cette considération vous avez part aux devoirs que je rends à ce Fils bien-aimé, faites que ee même Fils ait encore part aujourd'hui à la dignité des devoirs que vous lui rendîtes autrefois eu qualité de mère.
De l'acte de contrition.
Pourquoi cet acte de contrition?
Alin ; 1' qu'étant purifiés de nos péchés, Jésus-Christ ne trouve rien dans nos cœurs qui lui déplaise quand il y viendra; 2" que nous ne mettions point d'obstacle à ses saintes caresses par les laideurs que causent en nous les péchés ; 3°.q"e ces grâces opèrent en nous sans résistance; k" que nous [missions jouir en paix de sa sainte présence, et goûter avec plaisir combien Jésus est doux et bon à ceux qui l'aiment.
Sur quoi s'exciter à la contrition quand on va communier?
Outre les motifs généraux do contrition, vous devez concevoir de la douleur,
1° De n'avoir point eu une foi assez vive, ni assez attentive delà présence réelle de Jésus-Christ au saint Sacrement, car cette conviction aurait eu de tout autres effets sur vous, que ceux qu'on a remarqués jusqu'ici.
De n'avoir souvent pas voulu communier quand vous le deviez, ou que vous en aviez l'occasion commode, et cela par pure négligence et indévotion, ou par le désir de vivre avec plus de liberté.
3" De vous être approché do la sainte table en mauvais état et sans préparation, ni pratique de dévotion, l'esprit dissipé, le corps immodeste.
V De vous en être retiré sans action de grâces.
5° De n'avoir rapporté aucun fruit de tant de communions que vous avez faites, donnant par là occasion à plusieurs de douter de la présence réelle de Jésus -Christ au saint Sacrement, puisque pendant les trente-trois ans qu'il a vécu sur la terre, il n'a jamais entré chez personne sans y produire quelque effet signalé de grâce, et qu'avec vos fréquentes communions on ne voit aucun amendement ni changement en vous.
6* De n'avoirpas souvent entendu laMesse, le pouvant faire, ou de l'avoir entendue bans attention, dévotion, religion, recueillement.
7" D'avoir porté ;:eu île respect aux églises, et aux autres lieux où le saint Sacie-
nient repose, d'y avoir commis diverses irrévérences et immodesties, de vous y être laissé aller au babil, au sommeil, à la curiosité, à la vanité, à la paresse, au désir de plaire et de paraître, de voir et d'être vu, et d'avoir peut-être induit les autres à ces sortes de pécbés par votre mauvais exemple.
8° D'avoir porté peu de respect à votre corps, à voire bouche, à votre langue, que Jésus-Christ consacre si souvent par sa présence, et que vous souillez par je ne sais combien de péchés et de sensualités; que si ce roi impie de Babylone, pour avoir une l'ois profané les vases du temple de Jérusalem , qui n'étaient que de métal, et ne servaient qu'à mettre le sang des boucs et des taureaux, fut si sévèrement puni, que sera-ce d'avoir profané le temple vivant et animé de Jésus-Christ, en profanant votre corps, et celui des autres, destinés à recevoir le sang précieux de cet Agneau immaculé?
9° De n'avoir eu le zèle ni de visiter le saint Sacrement, ni de l'accompagner quand on l'a porté aux malades, ni de le suivre aux processions, ni de le faire honorer dans votre famille, ou par ceux qui dépendent de vous, ni de donner quelque chose dans cette vue, un ornement aux autels, une lampe, un cierge, un peu d'huile pour brûler devant lui, ni faire dire une messe (51), ni recouru à lui dans vos besoins, afflictions, prospérités. C'est de ces fautes, et de plusieurs autres semblables, dont vous devez demander pardon à Dieu, quand vous vous présentez à la communion; c'est de quoi vous devez vous affliger; c'est d'où vous devez tirer des motifs de componction.
Acte de contrition. — Accordez-nous, Seigneur, cette douleur véritable, qui seule peut purifier notre âme, et la rendre digne de recevoir votre majesté sainte, et puisque Vous nous demandez le sacrifice d'un cœur contrit, donnez-nous la victime que vous nous ordonnez de vous sacrifier.
Seigneur, mon âme, semblable à l'enfant prodigue, n'a pu jusqu'à présent se rassasier des aliments dont se repaissent les animaux les plus immondes, ni comme une autre Samaritaine courbée vers la terre, se désaltérer dans les eaux bourbeuses du péché ; cependant la faim et la soif que j'ai endurées au milieu même de ces biens imaginaires, ne suffisent pas pour détromper mes appétits déréglés, qui croient toujours pouvoir s'en assouvir. La douceur de votre pain céleste peut seule corriger un mal dont l'amertume des plaisirs sensuels ne saurait me guérir.
Répandez, mon Dieu, des amertumes salutaires sur les plaisirs que nous cherchons hors do vous, afin que, rebutés du péché, nous revenions chercher dans le Créateur la félicité qu'on ne trouve point dans la créature.
("il) On comprend que ces dernières applications ne peuvent s'adresser qu'aux personnes tlans certaines conditions de fortune et qui auraient