III. CE QUE NOUS DEVONS FAIRE
Vous êtes bénie".sur toutes les femmes.
Et celles-ci ?
C'est comme s'il lui eût dit: 1° La première des femmes a été une source de péché, de malédiction et de mort pour tout le genre humain, aussi bien que celles qui l'ont suivie : et vous une source de grâce, de bénédiction et de vie. 2° Vous avez été préservée des peines portées contre toutes les autres femmes, qui conçoivent dans le péché, qui portent dans le travail, et qui enfantent dans la douleur ; car nulle d'entre les filles d'Eve n'a eu, ni n'aura jamais l'avantage comme vous, de concevoir dans la sainteté, et par l'opération du Saint-Esprit, de porter sans peine, d'enfanter sans douleur et sans détriment de votre pureté, d'avoir pour fils un Homme-Dieu, et d'être vierge et mère tout ensemble. 3° Vous avez réuni en vous seule tous les avantages des personnes de votre sexe , des vierges, des mariées et des mères: des vierges par votre intégrité, des mariées par votre fécondité, des mères par votre dignité. k° Vous avez infiniment surpassé toutes les femmes par les privilèges incomparables dont Dieu vous a ornée au-dessus d'elles. En effet, si les vierges ont l'honneur de l'intégrité, elles n'ont pas ceiui de la fécondité; si les mariées ont l'avantage de la fécondité, elles n'ont pas celui de la pureté : si les mères ont la gloire de la postérité, elles ne mettent au monde que des criminels et des malheureux. Mais pour vous, ô l'ornement de votre sexe, vous avez été élevée au-dessus des vierges, par votre fécondité; au-dessus des mariées, par votre pureté, au-dessus des mères, par votre sainte et bénie postérité, puisque de vous est sorti le Saint des saints, et le Père de la nombreuse génération de tous les croyants. 5° Vous avez affranchi les femmes de l'ancienne dépendance qu'elles avaient de l'homme par leur extraction : car si Eve était redevable de sa formation à Adam, ayant été tirée de son côté, vous avez acquitté cette dette avec usure, et l'homme n'a plus rien à reprocher à la femme, depuis que le Fils de Dieu, le nouvel Adam, et le premier des hommes, a été tiré de votre sein, ô la première des femmes, et la nouvelle Eve du monde nouveau ! 6° Le plus heureux de tous les enfantements vous a été réservé ; car les hommes ayant été mis au monde en quatre manières différentes, comme les saints observent : Adam , de Dieu seul ; Eve, d'un homme seul ; Abel, d'un homme et d'une femme; elle Verbe incarné, seulement d'une femme; vous avez été choisie pour cette dernière production, sans doute la plus glorieuse de toutes, si l'on regarde la dignité de celui que vous avez mis au monde, et la manière sainte dont vous l'avez conçu et enfanté.
Y a-t-il quelque ordre dans cette salutation ?
Oui; car, \° saint Gabriel, par ces paroles; Je vous salue pleine de grâce, témoigne quelle est pour la sainte Vierge la déférence de la nature angélique , au nom de laquelle
il la salue. 2U Par celle-ci: Le Seigneur est avec vous , il reconnaît l'alliance qu'elle a contractée avec la nature divine, et l'union étroite qu'elle a contractée avec les trois personnes divines. 3° Par ces dernières: Vous êtes bc'nie sur toutes les femmes , il déclare sa prééminence dans la nature humaine, les bénédictions qu'elle lui a attirées, et les obligations infinies dont l'homme lui sera éternellement redevable.
Part. IL — Composée par sainte Elisabeth.
Et Jésus, le fruit de vos entrailles, est béni.
Que signifient ces paroles de sainte Elisabeth à la sainte Vierge ?
C'est comme si elle lui disait, 1° le Père a versé sans mesure ses bénédictions sur le fruit que vous avez conçu. 2" En lui seront bénies toutes les nations delà terre, dont il sera le germe. 3° Les anges et les hommes béniront et loueront à jamais ce fruit de vie, dont ils se repaîtront. k° Et ils vous béniront avec lui comme l'arbre heureux qui l'a porté, et la terre vierge, dont il est sorti par leseul commandement duCréateur, tout ainsi qu'à la naissance de l'univers, elle lui donna ses prémices indépendamment des causes naturelles ; fruit et arbre duquel Abraham a été la tige ; lsaac a senti l'odeur ; David a éprouvé la douceur , dont tous les patriarches, comme des rameaux, ont été nourris, et ont participé à la sève ; à l'ombre duquel l'Epouse des Cantiques éprise d'amour, et charmée de sa beauté, s'est reposée. 5°Qu'Eve fut l'arbre malheureux qui porta le fruit de mort, et Marie l'arbre du paradis , qui porte le fruit de vie.
Qiï apprenons-nous encore de ces paroles ?
l°Que comme le fruit tombe de lui-même et sans violence quand il est mûr, le béni fruit de Marie se détacha de son sein sans aucune lésion de son intégrité. 2° Comme le fruit fait toute la richesse et la beauté de J'arbre , Jésus fait toute la gloire de Marie qui l'a porté. 3° La première femme chercha dans le fruit défendu, selon les trompeuses promesses du tentateur, la volupté, l'immortalité, la divinité;; et elle n'y trouva que l'amertume, la mort, l'enfer , le péché ; mais les désirs de pécheur étaient réservés au juste, 'dit l'Ecriture: Dieu a donné à l'humilité de Marie ce qu'il a refusé à l'ambition d'Eve, et c'est dans le fruit des entrailles de celle-là, que legenre humain a rencontré ce que celui-ci avait vainement prétendu trouver dans le fruit défendu, k" Jésus est appelé avec raison , tantôt le fruit d'un ventre, parce qu'il est néd'une mère sans père; tantôt une fleur et un lis, non des jardins, où. le travail et l'industrie humaine ont coopéré; mais une fleur des campagnes, et un lis des vallées, parce que celte divine fleur est une pure production de la rosée du ciel, et de la fécondité de la terre, où l'intervention de l'homme n'a eu aucune part.
Part. 111. — Composée par l'Eglise.
Sainte Marie, Mère de [Dieu.
Que prétend l'Eglise par ces éloges?
Honorer la très-pure Vierge, se réjouir de ses grandeurs, et en obtenir les demandes qu'elle va faire; car l'appelant sainte, elle publie son mérite; la nommant Marie, elle déchire son pouvoir de dame maîtresse ; la qualifiant Mère de Dieu, elle reconnaît sou crédit auprès de son Fils, et c'est comme si elle lui disait: Vous avez, ô Vierge heureuse, porté le Saint des saints, vous êtes sainte parexcellence, vous aimez la sainteté, vous avez été prévenue de grâce, préservée du péché, exemptée de convoitise, destinée à être le sanctuaire de la divinité, consacrée par l'avènement du Saint-Esprit, et par l'Incarnation du Verbe éternel, députée à des usages tuut saints et tout divins envers votre Fils, prédestinée à une gloire immense, et à une union intime avec Dieu, élue pour être le canal des grâces de Jésus- Christ sur les hommes, étant dans le corps mystique du Fils de Dieu, comme nous apprennent les saints, ce tpie le col est dans le corps naturel ; en sorte que les influences du chef sur ses membres, c'est-à-dire, de Jésus-Christ sur les fidèles, passent par vous, ô Vierge véritablement sainte, la Reine de tous les saints, et laMère du Saint des saints : privilège incomparable, que toute l'Eglise a reconnu en vous, et dont elle a fait un dogme de foi à ses enfants ; car le premier concile général s'élant tenu pour soutenir la divinité du Fils, et le second pour maintenir la divinité du Saint- Esprit, la troisième concile œcuménique fut assemblée, il y a près de 1,300 ans (62), cbuis un temple de longtemps consacré à votre nom, et honoré du titre de Marie, c'est-à-dire dans l'église cathédrale d'Ephèse, illustre et ancienne métropole de toute l'Asie; (où vous aviez vécu avec le disciple bien-airné, et d'où votre présence avait sans doute détruit le culte abominable qu'on y rendait à la plus célèbre idole des déesses fabuleuses] pour vous conserver, ô Vierge sainte, cette, qualité glorieuse de Mère de Dieu, que voulaient vous ravir de malheureux hérétiques, en cela disciples de Julien l'Apostat, digne d'avoir été le premier qui ait reproché aux fidèles de vous nommer sans cesse ainsi.
Priez pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l'heure de noire mort.
Que veulent dire ces paroles ?
Que nous devons recourir à la puissante protection de la Mère de Dieu, afin que patson intercession, son crédit et son pouvoir, 1° elle arrête la colère de Dieu sur nous à la fin de notre vie: 2" elle nous obtienne de lui, et cela dès maintenant, en commençant de nous y préparer par une bonne vie,, le
G2) 1,500 ans aujourd'hui.
moyen sur de faire une bonne mort, et les grâces (iont nous aurons alors besoin ; 3° elle nous protège contre les assauts du
diable ; 4.° qu'elle soit présente à notre dernière heure, comme elle le fut à celle de son Fils sur le Calvaire, où elle reçut le nom et la qualité de mère de tous les fidèles, et où elle les enfanta dans la douleur, pour en exercer avec plaisir l'office à l'heure de leur trépas, et les enfanter à la gloire.
Que remarquez vous dans ces paroles?
Que l'Eglise nous fait prendre ici la qualité de pécheurs, 1° par respect pour la sainteté de la Mère de Dieu, auprès de laquelle la sainteté du commun des hommes n'est, pour ainsi dire, qu'imperfection; 2° pour exciter sa bonté par l'aveu de notre misère; 3° pour imiter l'humilité de Marie, qui s'étant comme anéantie devant Dieu au milieu des grandeurs de l'Incarnation, a mérité que les hommes s'humiliassent devant elle, quand ils rappellent le souvenir d'un si grand mystère, et d'un si admirable exemple ; k° pour nous attirer les effets de sa reconnaissance, puisque c'est aux pécheurs qu'elle esî.en un sens redevable de sa qualité de Mère du Sauveur.
Quoi encore?
Nous mêlions l'heure de notre décès sous la protection spéciale de Marie, 1° parce qu'elle assista à la mort de son Fils, notre divin chef, ou plutôt qu'elle assista son Fils à la mort sur le Calvaire, où elle puisa la grâce, et mérita le don d'assister ses mem bres qui meurent en lui, par les actes de patience, de force, de constance, de résignation, de soumission, d'acceptation et de religion qu'elle y exerça, et par la consolation que sans doute elle causa à celui qui n'en reçut pour lors de personne; car elle ne l'abandonna pas comme les disciples, elle ne tomba pas en défaillance comme souvent on la représente : elle se tint droite, et si près de la croix, qu'elle pouvait entendre et être entendue de son Fils : et loin de se laisser aller aux plaintes, saint Ambroise nous assure qu'elle connut que le sang de son Fils allait racheter l'univers, que dans celle vue «Ile offrait cette mort précieuse au Père éternel, et qu'elle s'y offrait elle-même avec lui en esprit de victime, toute prèle d'unir son sacrifice à celui de Jésus-Christ, de mè- 1 -r son sang avec le sien, et de souffrir la mort avec lui, pour coopérer au salut du genre humain, s'il eût été possible et nécessaire. 2° Selon les saints, cette digne imitatrice de Jésus ayant bien voulu se soumettre à la mort, dont son Fils adorable offrait de la dispenser, mérita par celte acceptation généreuse, et par les actes excellents qu'elle pratiqua, la grâce et la vertu de nous assister en celte dernière heure : pourquoi donc les fidèles ne pourraient-ils pas lui dire ce que les Juifs disaient à Esther : Parlez pour nous au roi, et délivrez-nous de la mort ? 3° Dieu, dès le commencement du monde, ayant permis au serpent de tendre des pièges au talon de l'homme, c'est-à-dire à l'extrémité de sa vie, prédit en n.êuie temps qu'il viendrait
un jour une Vierge qui lui écraserait la tête : c'est donc à la vertu de Mario qu'on doit recourir pour vaincre cet ennemi de la persévérance finale à la mort.
De la dévotion à la Irès-sainte Vierge.
Que dites-vous de la dévotion à la Irèssainte Vierge ?
Qu'après Notre- Seigneur Jésus -Christ, nous en devons avoir plus pour elle que pour aucun autre saint.
Pourquoi ?
Son rang, ses grâces, ses privilèges, ses vertus, sa sainteté, les grandes obligations dont tout, le genre humain lui est redevable, son élévation dans la gloire, son pouvoir auprès de Dieu, l'honneur que lui rend l'Eglise, son extrême bonté, les puissants secours qu'elle obtient a ceux qui L'invoquent d'un cœur vraiment filial,, et nos besoins infinis sont autant de motifs qui nous y engagent, et qui lui ont acquis ce respect universel que tous les hommes, jusqu'aux infidèles mêmes, ont toujours eu pour elle.
En quoi doit consister cette dévotion ?
A avoir pour la sainte Vierge, 1° un tendre amour; 2° une estime souveraine; 3° une confiance parfaite ; k° une vénération profonde; 5° une imitation fidèle.
Qui abuse de cette excellente dévotion ?
Ceux qui croupissent dans le péché, surtout de luxure, s'imaginent que quelque légère marque de piété envers cette trèspure Vierge les sauvera, sans se mettre en peine de se corriger de leurs vices ni de faire pénitence : conduite injurieuse à Dieu, puisque, continuant de les déshonorer par un tel dérèglement de vie, abandonnant les moyens établis par Notre- Seigneur pour recouvrer la grâce, et négligeant les règles de l'Eglise, ils font servir la dévotion et le nom de la sainte Vierge, à qui les intérêts de son Fils sont plus chers que les siens propres, ou à couvrir leurs iniquités, ou à se former une iausse paix de conscience, ou à ne pas mettre sa confiance en Jésus-Christ seul quoiqu'il n'y ait aucun autre nom donné aux hommes sous le ciel, par lequel nous devions être sauvés : excès qu'il faut éviter soigneusement.
Que voudriez-vous faire dans cette vue ?
1° Haïr les péchés qu'elle hail le plus, comme l'orgueil et l'impureté; 2° aimer Us vertus qu'elle aime davantage, particulièrement l'humilité et la chasteté ; 3° pratiquer les dévotions que l'Eglise autorise, et qui sont en usage parmi les fidèles envers celle Reine du ciel et de la terre, afin de lui témoigner par là mon respect et mon engagement à son service.