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INSTRUCTION SUR LE PÉCHÉ

§ ï,r« — Du péché en général.

Qu'est-ce que le péché?

Une désobéissance à la loi de Dieu.

Est-ce un grand mal ?

C'est le plus grand des maux, ou plutôt il

est le seul mal qu'il y ait au monde, et la cause de tous les maux du monde.

Dieu le hait-il?

Infiniment, uniquement, souverainement, irréconciliabletùent.

Le chdtie-t-il?

Epouvanloblement : le premier ange, le

premier homme, le déluge universel, Jésus- Clirisl même qui n'en avait que l'apparence, et enfin l'enfer où il le punira éternellement, en sont une bonne preuve.

Pourquoi cette haine?

1° A cause de son horrible mnlice ; 2° de l'étrange injure qu'il a faite à Dieu ; 3° de la dépravation qu'il cause dans la créature.

Quelle différence y a-t-il entre vice et péché?

Le vice se prend pour l'habitude, et le péché pour l'acte.

Comment divisez-vous le péché?

En originel et en actuel.

§ II. — Du péché originel, cl de la convoitise.

Qu est-ce que le péché originel?

Celui que nous avons hérité de notre premier père, et que nous portons en venant au monde.

Quand le contractons-nous ?

Au moment que notre âme s'unit à notre corps dans le sein de nos mères, d'où vient que les saints ont regardé le jour de leur naissance comme un jour d'affliction, et non de joie, suivant la remarque des premiers docteurs de l'Eglise.

A quoi le ressentons-nous?

Aux mauvais effets qu'il produit au corps et en l'âme.

Quels sont ses effets au corps ?

1° Les incommodités et les misères de la vie; 2° les maladies; 3° la vieillesse; h° la mort.

Et en l'âme?

L'ignorance et la convoitise.

En quoi paraît l'ignorance de l'homme?

Principalement en ce qu'il a perdu la connaissance de Dieu et de soi-même, et de l'excellente fin pour laquelle il a été créé , mettant toutes ses pensées au corps et en la terre, ne songeant presque pas qu'il ait rien au-dessus des bêtes, et prenant le mal pour le bien, et le faux pour le vrai.

Qu est-ce que la convoitise ?

Ce penchant malheureux qu'ont tous les enfants d'Adam à s'aimer eux-mêmes, et le siècle présent plus que Dieu et ses saintes lois, et à désirer dérèglement les plaisirs, les richesses et les honneurs; en un mo', c'est l'inclination au mal qui courbe l'âme vers la créature.

Quels sont les sujets de peine que donne aux saints cette convoitise ?

Elle est cause, 1° qu'ils ne sont jamais longtemps sans tomber en quelque olfense ; 2° qu'ils n'aiment pas Dieu aussi purement qu'ils voudraient ; 3° qu'ils sont toujours en risque de leur salut; h" qu'ils ne s'avancent pas dans la vertu autant qu'ils feraient.

Quel est le remède au péché originel ?

Le baptême, dans lequel le sang de notre divin Réparateur nous purifie de cette vieille lèpre.

Le péché originel est -il aisé à comprendre? Non ; mais sans celte connaissance l'homme est quelque chose de plus incompréhensible.

La convoitise est-elle péché?

Non, quoiqu'elle en soit l'effet et la cause :

elle est même un sujet de mérite quand on la mortifie et qu'on la réprime : la providence divine ayant si sagement disposé de l'économie de notre salut, que l'effet du péché tourne à la destruction du péché même, et la cause de notre dépravation à notre sanctification.

§ lit. — Du péché actuel.

Qu'est-ce que le péché actuel ?

C'est celui où nous tombons de notre propre volonté, après l'usage de raison.

Qu'est-ce encore ?

1° Une pensée volontaire ; 2* ou un désir ; 3° ou une action ; 4° ou une omission contre la loi de Dieu.

Une pensée volontaire et un désir, n'est-ce pas tout un?

Non, on peut se plaire, par exemple, dans une pensée de vengeance, ou d'impureté, et goûter volontairement un malheureux plaisir que la nature y trouve, et cela c'est un péché, quand même on ne désjreraii pas d'en venir à l'effet.

Comment divisez-vous le péché actuel ?

En mortel et véniel.

§ IV. — Du péché véniel.

Qu est-ce que le péché véniel?

Celui qui, attendu la fragilité humaine, se commet et se pardonne aisément, lequel ne prive pas de la grâce, mais qui produit plusieurs mauvais etfeis, surtout quand c'est avec connaissance, malice, pleine délibération, remords, habitude, scandale, etc.

Quels sont ses effets ?

V 11 déplaît à Dieu; 2" il diminue la ferveur de la charité ; 3" il arrête l'abondance des grâces; k° il dispose au mortel ; 5° on s'y trompe quelquefois , la convoitise faisant prendre pour véniel ce qui est mortel, surtout en matière d'avarice, de luxure, de médisance, de haine, etc.; 6° il affaiblit dans le bien.

C'est donc un grand mal ?

La destruction de l'univers en est un moindre.

Marquez-en quelques-uns en particulier?

De petites médisances, désobéissances, colères, des mensonges légers, de vaines curiosités, des discours oisifs, etc.

Peut -on être damné pour de seuls péchés véniels ?

Non, mais ils retardent la gloire.

Dieu le punit-il ?

Oui, et sévèrement, même dans ses fidèles serviteurs.

Donnez-nous-en quelque exemple.

1° Moïse, ce grand ami de Dieu, pour une petite défiance, n'entra pas dans la terre île promission ; 2° David, cet homme selon le cœur de Dieu, pour une vanité, attira la peste sur son peuple, et il en coûta la vie à quatrevingt mille personnes; 3° plusieurs saints, pour de légères complaisances ou intempérances, ont été possédés du diable ; k° enfin il est expié en purgatoire par des peines immenses.

§ V. — Du péché monel.

Qu'est-ce que le péché mortel ?

Celui qui nous ôle la grâce, qui est la vie de noire âme, et qui nous engage à la damnation, qui est la mort éternelle.

Quels sont ses effets ?

1° Il dépouille le pécheur des grâces, des vertus, des mérites, et du droit d'aller en paradis ; 2° il le rend enfant d'ire et de perdition ; 3° esclave du diable; 4° digne de l'enfer.

Quel préjudice lui cause-t-il encore ?

1° Il le ruine, puisqu'il ravit les biens inestimables de la grâce et de la gloire ; 2° il le dégrade, puisque d'enfant de Dieu il le fait esclave du diable ; 3° il le défigure, puisqu'il lui ôle la beauté intérieure des justes et le couvre de la laideur des réprouvés ; 4° il le corrompt, puisque de bon et de saint qu'il était, il le rend méchant et pervers ; 5° il le tue, puisqu'il lui ôte la vie de l'âme mille fois plus précieuse que la vie du corps, sans laquelle l'âme est morte et devient un triste et lameniable cadavre ; 6° il le damne, puisque d'héritier du paradis il en fait une victime de l'enfer ; 7° il l'aveugle, il l'endurcit et il l'enivre, pour l'empêcher de voir, de sentir et de croire tant de maux, dont, ainsi qu'un frénétique et un insensé, il ne fait que se moquer et rire.

Quelle injure le pécheur fait-il à Dieu?

Il blesse, 1° son autoriié, puisqu'il viole ses lois; 2" sa majesté, puisqu'il l'offense en sa présence ; 3° sa justice, puisqu'il se rit de ses menaces; 4° sa miséricorde, puisqu'il méprise ses promesses; 5° sa sagesse, puisqu'il rejette ses conseils; 6° sa bonté, puisqu'il le postpose au mal môme (72); 7° son unité, puisqu'il s'érige autant de divinités qu'il préfère de créatures au Créateur; 8° la Trinité, puisqu'il souille son âme qui en est la vive image.

Quels sont les moins griefs?

Ceux qu'on commet, 1° ou par l'effort violent et soudain d'une passion, ou tentation; 2° ou par quelque occasion fortuite; 3° ou par pu^e fragilité.

Qui sont les plus énormes ?

Ceux qu'on commet, l°avec pleine connaissance, de propos délibéré, de grands remords; 2° qui sont opposés aux premiers préceptes, et aux plus excellentes vertus; 3° qui sont des rechutes; 4° qui ont de grandes suites ; 5° qui intéressent plusieurs personnes.

§ VI. — Des péchés d'ignorance, de faiblesse et de malice.

Qu'appelez-vous péchés d'ignorance?

Ceux qu'on commet pour avoir négligé de

(72) C'est-à-dire qu'il lui préfère le mal.

(73) Celte application se rapporte à des usages qui sont abolis aujourd'hui. Dans les siècles passés, lorsqu'on devait frapper quelqu'un d'exiomimiiiicalion, avant de prononcer la terrible sentence, on en faisait l'annonce an prône de la Messe paroissiale pendant trois dimanches consécutifs, et on sommait lotîtes les peisonn.s qui avaient des

se faire instruire des choses qu'on est tenu de savoir.

Donnez-en des exemples ?

Lors, 1° qu'on viole les jours de jeûne, d'abstinence ou de fête , pour n'avoir pas voulu venir au prône les apprendre ; 2° qu'on veut bien ne pas entendre la publication des bans, monitoires, etc., pour ne se voir pas obligé à révéler; 3" qu'on prête de l'argent à usure, ou qu'on fait d'antres contrats illicites, faute de vouloir s'informer si ce commerce (73) est bien légitime.

Qu'appelez-vous des péchés d'infirmité?

Ceux qu'on commet par l'effort d'un mauvais tempérament et naturel, d'une méchante habitude, ou provoqué par quelque tentation soudaine et violente.

Donnez-en des exemples?

Quand quelqu'un d'une humeur prompte et violente se sentant offensé, se laisse aller sur-le-champ à la colère, aux. menaces, aux jurements, etc., et s'en repent aussitôt, puis souvent y retombe : légèreté malheureuse de l'esprit humain, qui tout ensemble eu fait le supplice, comme elle en marque la vanité.

Qu'est-ce que des péchés de malice?

Ceux qu'on commet, et qu'on veut bien commettre, de sang-froid, avec connaissance et de propos délibéré, que l'ignorance ou la fragilité n'excusent point.

Donnez-en des exemples?

Tendre des pièges à un innocent, susciter un méchant procès, faire une fausseté, rendre un faux témoignage, etc. Ainsi tous les [léchés viennent d'ignorance, d'infirmité ou de malice, puisqu'on ne pèche qu'à cause ou qu'on ne sait pas ce qu'il faut faire, ou qu'on n'a pas la force de le faire, ou qu'on ne veut pas le faire.

§ Vil. — Des péchés contre le Saint-Esprir.

Qu'est-ce que les péchés contre le Saint- Esprit ?

Ceux qui ont une spéciale opposition à la bonté divine.

Combien y ena-l-il?

Six : 1° désespérer de son salut; 2° présumer de la miséricorde; 3° s'obstiner dans son péché ; 4° porter envie à son prochain , à cause des grâces que Dieu lui fait; 5° combattre la vérité connue, ou dogmatiser, et soutenir qu'il n'y a point de mal à commettre des péchés, afin d'y entraîner les autres : ce qui, outre la corruption du cœur, marque une dépravation d'esprit, et qu'on ne pèche pas par infirmité, mais par maxime; 6° vouloir mourir impénitent.

§ VIII. —Des péchés qui crient vengeance.

Quels sont les péchés qui crient vengeance?

révélations à faire de venir les communiquer, s >it au curé, soit à l'ofhcial chargé de poursuivre. Ces formes judiciaires du pouvoir ecclésiastique ont complètement cessé. Mais quant aux empêchements canoniques de certains mariages, on est toujours tenu «le les faire connaître au moment de la publication des bans.

Ceux qui violent les droiis de la nature même, et qui provoquent son Auteur à la venger de l'injure qu'on lui fait.

Combien y en a-t-il?

Quatre, 1° tuer volontairement et méchamment; 2° opprimer le pauvre, la veuve, l'orphelin; 3° retenir injustement le salaire des domestiques et des ouvriers; k° commettre des crimes abominables, qu'il n'est pas à propos de nommer seulement.

§ IX. — Des péchés d'autrui.

Puis-je être coupable des péchés d'autrui ?

Oui, quand vous y coopérez.

En quel cas y puis-je contribuer ?

Quand le péché d'autrui se fait en vertu 1° de votre commandement; 2° conseil; 3" consentement ; h" sollicitation ; 5° flatterie ;' 6° silence ; 7° négligence ; 8° quand vous participez aux larcins, ou les recelez; 9° ou induisez au péché par vos mauvais exemples, scandales, etc.

§ X. — Des péchés de commission et d'omission.

Qu'est-ce que le péché de commission ? (1k)

C'est faire ce qui est défendu.

Et un péché d'omission ?

C'est de ne pas faire ce qui est commandé.

Quand commet-on ceux-ci?

Quand on ne s'acquitte pas de ses obligations générales ou particulières.

Qu'en dites-vous ?

Que ce sont les péchés les plus dangereux.

Pourquoi?

Parce qu'ils sont, 1° les plus communs; 2° les plus cachés ; 3" dont on a le moins de remords; k" et dont on s'accuse le moins.

Donnez-nous quelque exemple des péchés d'omission?

On en peut commettre, 1° à l'égard de Dieu, quand on omet de produire des actes de foi, d'espérance, de charité, de contrition, d'adoration, de confiance, de résignation, de prier soir et matin, etc.; 2° à l'égard de l'Eglise, quand on omet de fréquenter les sacrements, d'assister au service divin et à la Messe, de venir aux instructions, etc.; 3° à l'égard du prochain, quand on omet l'exercice des œuvres de miséricorde, de lui faire l'aumône, de l'assister, de le conseillei, etc.; quand un père et une mère de famille négligent d'instruire, et de reprendre leurs enfants et domestiques, de leur donner bon exemple, de les envoyer au catéchisme, etc.; que les enfants ne sont pas soigneux d'honorer leurs parents, les personnes mariées de se souffrir et aimer, les magistrats de rendre la justice, les pasteurs de procurer le salut de leurs peuples, etc. ; 4" à l'égard de soi-même, quand on perd le temps, qu'on n'étudie point, qu'on ne travaille point, qu'on n'apprend rien, qu'on ne fait rien d'utile, qu'on n'a aucun soin ni de ses affaires temporelles, ni de son avancement spirituel, ni de s'acquitter des devoirs de son état et condition, etc.

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