‹ Œuvres completesChapitre 65 sur 296 · SDR LES PÉCHÉS CAPITAUX · texte numérisé non relu

SDR LES PÉCHÉS CAPITAUX

§ Ier. — Des péchés capitaux en général.

Qu appelez-vous péchés capitaux?

Certains péchés qui sont les sources funestes de plusieurs autres.

L'instruction sur les péchés capitaux estelle importante?

Extrêmement, car la vue de tant de misères aussi nombreuses que les reptiles et insectes de la mer, fait que, 1* on se connaît; 2° on s'humilie ; 3° on a recours au médecin ; h' on songe aux remèdes ; 5" on s'examine et on se confesse mieux; 6° on prie davantage; 7° on compatit plus au prochain; 8° on estime la grâce qui, comme un autre Noé dans l'arche, peut contenir et refréner tant de monstres, et les empêcher de nuire au Chrétien, qu'elle rend maître des passions les moins soumises à la raison : merveille non moindre que celle de Daniel, environné de lions affamés dans la fosse, ou des trois enfants dans la fournaise, sans être endommagé; 9° on se défie davantage de soi-même, voyant combien en nous l'infirmité a de vertu, et la vertu d'infirmité : combien la chair a de pente au mal, et de répugnance au bien, dit saint Paulin ; 10° on devient plus éclairé et plus prudent.

A quoi cela nous oblige-l-il?

A les combattre et les extirper. Démolir des villes, et tuer des hommes, ce sont les grandes actionsqui, selon le monde, font les héros et les conquérants ; mais, selon Dieu, se surmonter soi-même, détruire ses vices, et pratiquer les vertus, ce sont les grandes œuvres qu'il attend de nous. David pardonnant à Saul remporta une [dus grande victoire que quand il triompha de Goliath.

Combien y en a-t-il?

Sept, 1° orgueil; 2° avarice; 3° luxure; k° envie ; 5° gourmandise; 6° colère ; T paresse.

§ II. — De l'orgueil.

Qu'est-ce que l'orgueil?

C'est une estime déréglée de soi-même, qui fait qu'on se préfère aux autres, et qu'on veut s'élever au-dessus d'eux.

Est-ce un grand péché?

1° Il est le premier qui se commit jamais ; 2° il est la cause de tous ceux qui se sont jamais commis , et qui se commettront jamais, non-seulement parce qu'il les a introduits, mais parce que c'est lui qui inspire l'audace aux pécheurs d'offenser Dieu, et de se révolter contre lui; 3° il est le péché du diable, et Lucifer est appelé dans l'Ecriture le roi des superbes; h" il est en horreur à Dieu et aux hommes même; car la superbe est si laide, dit saint Rernard, qu'elle n'ose paraître au dehors, que sous le masque de l'humilité.

Quelles considérations peuvent nous guérir de ce mal?

(7ij Cg qu'on appelle péché d'action.

Celles l°de lagrandeurde Dieu;2*de l'humilité de Jésus-Christ; 3- du néant dont nous venons de sortir, et où nous allons rentrer ; i° de la confusion éternelle des superbes dans l'enfer ; 5° Dieu abandonne les orgueil- Jeux, et ils tombent dans les plus honteux péchés, surtout en ceux de luxure.

Quels maudits germes produit-il?

Six: 1° la vaine gloire, ou le désir déréglé de l'estime et de la louange ; 2" la jactance , quandon.se vante etqu'onselouesoi-même ; 3° l'ambition ou la passion de parvenir aux honneurs et dignités ; 4° l'hypocrisie, quand, pour acquérir l'estime des hommes, on contrefait le dévot et qu'on ne l'est pas; 5" l'insolence et la fierté , quand on préfère son jugement à celui des autres, et qu'on dédaigne les conseils mêmes de ses supérieurs ; l>° le mépris du prochain, ou celte hauteur avec laquelle un superbe traite les autres, et ravale leurs vertus, afin qu'on le préfère à eux tous ; à quoi il faut ajouter la contention, accompaguée de clameurs; l'opiniâireté ou l'obstination à ne point céder, ni démordre de ses sentiments; la discorde, ou l'esprit de contradiction; la curiosité, ou l'amour des nouveautés (75).

Combien y a-t il de èortes de superbe?

Trois : 1° la diabolique , quan«l on s'enorgueillit des dons de Dieu, qu'on s'attribue les vertus, qu'on croit mériter ses grâces, etc.; 2° l'humaine, quand on s'enfle de sa noblesse, de sa science, de son esprit, etc. ; 3° l'animale, quand on se complaît en sa beauté, en sa force, en son courage, en son adresse, etc.

A qui ressemble un tel Chrétien?

A un ange qui , dans un vase d'argile, se glorifierait de son vernis ; l'homme, après tout, quelque illustre qu'il semble , riche ou puissant, n'étant tout au plus qu'un ver luisant.

§ III. — De l'avarice.

Qu'est-ce que l'avarice ?

C'est un amour désordonné des biens de la terre, et surtout de l'argent.

Est-ce un grand vice ?

Oui, puisque,- 1° l'avare se fait une idole de son argent, et qu'il le préfère au vrai Dieu ; 2° l'avarice est la reine de tous les péchés, même de l'orgueil ; car on ne veut être riche que pour s'élever au-dessus des autres; 3° l'argent nourrit toutes les passions et donne le moyen de les satisfaire.

Quels méchants effets produit-elle?

Sept : 1° les menteries , 2° les fraudes , 3° les parjures, 4" les larcins et rapines, 5° la dureté envers les pauvres, 6° les procès et

(75) H seiail bon d'indiquer ici les remèdes de l'orgueil. On les trouvera dans les admirables exemples d'humilité que le jlivin Sauveur a donnés au monde; ensuite, dans ta considération de 1 abandon où Dieu laisse une âme superbe, dans la confusion donl il la couvre souvent ici-bas, et qui sera éternellement son partage; enfin, dans la résislance, dans l'éloignement qu'il ne cesse de lui opposer, et dans le sentiment de i os misères.

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discordes, 7° l'oubli de Dieu et des choses du salut.

A quoi connaît- on qu'on est avare ?

Quand, 1° pour avoir du bien, on ne craint point d'offenser Dieu; 2° qu'on le cherche avec trop d'ardeur ;3U qu'on a trop do crainte de le perdre; 4° qu'on désire celui d'autrui ; 5° qu'on ne se sert du bien dans la nécessité, ni pour soi, ni pour les autres; f>° qu'on use de la piété pour en avoir.

Quels sont les châtiments des avares dès cette vie?

1" Ils n'ont jamais la paix de l'âme; 2" ils sont toujours en soupçon et en crainte de perdre leur argent; 3° ils essuient des peines et des travaux sans nombre pour acquérir, conserver, recouvrer et augmenter leurs richesses sans aucun" espoir de récompense ; 4° ils sont privés des biens du ciel et de l'usage de ceux de la terre.

Quels remèdes à l'avarice ?

Considérer, 1° l'esprit de Jésus-Christ et de l'Evangile, qui lui est diamétralement opposé ; 2° ce que vous avez apporté en ce monde, et ce que vous en remporterez ; 3° la fin désastreuse des mauvais riches; 4° l'incertitude des richesses, leur inconstance, leur peu de durée, leur caducité, leur vanité, leur fragilité, leur inutilité, leurs inquiétudes, leurs épines, leurs amertumes, leurs infamies, leurs périls, et enfin la perte assurée que vous en ferez à la mort; 5° que souvent un homme riche est un méchant homme , ou le fils d'un méchant homme.

§ IV. — De la luxirre.

Qu'est-ce que la luxure?

L'amour des plaisirs charnels.

Est-ce un grand péché?

C'est, 1° le plus universel et le plus enraciné ; 2° le plus incorrigible ; 3° le plus abominable devant Dieu; 4° ie plus honteux aux yeux des hommes ; 5° le plus pernicieux, puisque d'ordinaire il ravit les biens do nature, de fortune, et de grâce, l'honneur et la réputation, la santé et la vie, et enfin Dieu et les biens éternels.

Dieu le punit-il?

Il l'a puni, 1° par les eaux du déluge qui submergèrent le genre humain; 2° par les flammes du ciel , qui dévorèrent Sodome etGomorrhe;3° les impudiques, dans l'enfer, seront plongés dans un étang ardent de feu et de soufre, comme l'Ecriture le proteste.

Quels monstres traîne-t-il après lui?

Onze, 1" l'aveuglement d'esprit, 2° l'endurcissement du cœur, 3° la témérité, 4" l'ineonsidération, 5° l'inconstance, (V' l'amour déréglé de soi-même, 7° la haine de Dieu, 8" l'a-

L'humilité, au contraire, qui nous inspire une juste appréciation de uouwncmes, et qui fait «pie nous ne méprisons personne, que. nous ne cherebons pas l'estime, les distinctions et les honneurs de la terre, est tellement nécessaire que, sans ehe nous n'aurions point de place dans le ciel. Le S.iuveur nous le déelare : Quiconque s'abaisse ser;> élevé, et pour entrer dans le royaume des cieux, il' faut ressembler à des petits enfants.

OLLVUES COMPLETES DE DE LA CflKTAUDIK

mour Je ce monde, 9° l'horreur de l'autre, 10° le désespoir de la conversion et de la miséricorde , 11° l'irréligion, l'impiété, et souvent l'athéisme. Et comme, iselon saint Jérôme, le voile du temple rompu fut un signe de la ruine de la religion chez les Juifs; ainsi le voile de la pudeur déchiré dans une âme, est une marque de la destruction de toute piété en elle.

§ V. — De l'envie.

Qu est-ce que l'envie?

Une tristesse secrète de la prospérité d'autrui.

Est-ce un grand péché?

Oui, et c'est à l'envie qu'il faut attribuer, 1° la ruine du genre humain, 2° la mort de Jésus-Christ, 3° le premier homicide qui se commit sur la terre en la personne d'Ahel, le premier juste, persécuté par Cain, le premier méchant; 4° enfin ce vice est opposé à la plus excellente des vertus, la charité aussi hien qu'aux éminentes perfections de Dieu, à sa sagesse , à sa providence , à son amour, à sa honte.

Quels péch"'s entraîne-t-il après lui ?

Sept : 1° la haine du prochain, 2° la joie de ses disgrâces, 3° la tristesse de sa prospérité, 4° les médisances et les calomnies, 5° les mauvais rapports, 6° les jugements téméraires, 7° les murmures.

Que blâmez-vous donc dans un envieux ?

1" Cet œil qui, ne pouvant hlâmer l'action qu'il voit, condamne l'intention qu'il ne voit pas ; 2° cette langue qui , par son silence ou sa détraction, supprime ou diminue une juste louange; 3° cet air sérieux ou gai que cause la prospérité ou la disgrâce du prochain ; 4" cette bouche qui accuse le monde d'une aussi grande injustice dans la distribution de l'estime , que la fortune dans le partage des biens; 5° ce jugement sinistre qui ne peut rien interpréter favorablement; (>° cet amour-propre et celte convoitise immense, qui envie lajeunesse à l'un, la beauté à l'autre, la force, la science, la noblesse, la vaillance, etc., dont il voudrait lesdépouillertous pour s'en revêtir seul. Immensité qui fait voir que ce vice est plutôt du démon, que de l'homme borné dans le mal et dans le bien.

Et le remède ?

1° S'en accuser humblement , et avouer sa faiblesse aux pieds d'un confesseur, ce qui est bien rare ; 2° se réjouir du bien d'autrui, et s'attrister de son mal (76).

En quoi peut-on connaître si on est infecté de ce vice?

Quand on a de la tristesse de voir que le prochain, 1° est plus riche, plus honoré, plus aimé, et plus estimé que nous ; 2" qu'il a plus d'esprit, de science ou de vertu ; 3° qu'il est plus favorisé des grâces de Dieu; 4* qu'on a peine d'entendre ses louanges, et qu'on les rabaisse ou qu'on les supprime malignement.

D'où vient que l'envieux s'aliristt d* la gloire d'autrui?

1* Elle diminue l'éclat de la sienne ; 2* elle lui est comme un secret reproche de son moindre mérite; 3° elle découvre ses défauts qu'on ne voyait pas.

§ VI. — De la gourmandise.

Qu'est-ce que la gourmandise ?

Un appétit déréglé de manger et de boire.

Qu'est-ce encore?

Une attache démesurée au plaisir de la bouche.

Est-ce un grand mal ?

C'est le péché qui perdit le premier homme dans le paradis terrestre, dont le démon présuma de tenter le second dans le désert, et qui cause des dommages infinis à l'homme ; car il tire après lui la perte, 1° des biens ; 2° de la santé ; 3° de la raison ; 4" de la vertu ; S" de la réputation ; 6" de la chasteté ; 7° souvent de la vie qu'il abrège par les excès ;. 8° et, ce qui est plus déplorable, de l'éternité. D'ailleurs, les gourmands et les ivrognes, 1* n'ont presque aucun sentiment de Dieu ni de leur salut ; 2° ils ruinent leur famille; 3° ils deviennent brutaux, colères, violents, jureurs, blasphémateurs (la vigne produisant trois raisins, dit un sage, le premier pour la nécessité, le second pour la sensualité, le troisième pour la fureur); impudiques , impies, querelleurs, meurtriers, homicides, fous, insensés;- 4° et comme des frénétiques, ils se rient de tout ce qu'on leur dit. Tels sont les effets déplorables de la gourmandise, qui est opposée à toute sorte de vertus, qui prive de toute sorte de biens, qui porte à toute sorte de vices, qui est incompatible avec toute sorte de bonnes œuvres.

Quels sont les germes quelle produit ?

1° L'hébétement d'esprit ; 2° la vaine joie ; 3" les railleries; 4° le babil; 5" Ja découverte des secrets ; 6° l'impureté.

Quels remèdes ?

1° Fuir les intempérants ; 2° ne manger point hors des repas, ni avant l'heure, ni trop longtemps, ni des mets trop délkats, ni avec trop d'avidité et d'épanchement ; 3° penser au fiel et au vinaigre dont Jésus- Christ fut repu sur la croix ; 4° se souvenir de l'aliment divin dont nous nous nourrissons à la sainte table ; 5° penser à celte faim et à cette soif éternelle qu'endureront, avec le mauvais riche, les gourmands en enfer, et qui a fait dire au Fils de Dieu : Malheur à vous qui êtes rassasiés, car vous aurez faim à jamais; 6° méditer cette parole des premiers Chrétiens, qu'on ne vit pas pour manger, mais qu'on mange pour vivre

§ VII. — De la colère.

Qu est-ce que la colère ?

Un désir déréglé de se venger des injures qu'on croit avoir reçues, un violent trans-

(70) On peut ajouter à cela le détachement des choses de la terre et l'esprit de mortification ; alors ou ne sera plus porté à des sentiments d'envie.

CATECHISME I>K BOURGES.— PART

}>ort, ou une émotion que nous ressentons quand on nous choque.

Est-ce un péché dangereux ?

On en peut juger par ses effets, car elle ôte, 1° la raison et le jugement; 2° la paix de l'âme ; 3° l'esprit de dévotion ; k" la charité. Que le soleil, dit l'Apôtre, ne se couche pas sur votre colère, de peur que se prévalant de l'obscurité, elle ne se déguise en liaine pour exercer plus impunément son ressentiment, et que cet astre se retirant, témoin de vos emportements, n'aille porter en l'autre monde les nouvelles de vos excès en celui-ci.

Quels sont les maudits rejetons?

1° La haine et le mépris du prochain; 2" les paroles hautaines et injurieuses; 3° un cœur plein d'orgueil ; k" des malédictions et des imprécations ; 5° des jurements et des blasphèmes ; 6° des médisances et des calomnies ; 7* des querelles, menaces, procès, inimitiés, vengeances, batteries, meurtres, scandales. Voilà les fruits de la colère quand elle est grande.

Les remèdes ?

1° Etouffer les premiers mouvements; 2° éviter les occasions, surtout le vin, le pire de tous les conseillers ; 3° demander à Dieu la patience ; k° ne l'aire rien à la chaude, et ne suivre pas un avis sur-lechamp, quoique ce soit le moment de la vie où on y soit le plus porté, et qui néanmoins y est le moins propre. 11 faut du temps pour connaître les conseils, aussi bien que les hommes ; 5° songer souvent à la douceur de Jésus, l'Agneau de Dieu immolé pour nous; (i° n'opposer pas passion à passion. Le feu s'éteint avec l'eau, et non avec le feu. Rien ne confond plus celui qui a tort que le tort même qu'il l'ait ; en se voulant venger de lui, on le justifie, en lui remontrant la raison, on le fait rentrer dans son cœur, pour y voir l'excès qu'il a commis, l'y condamner et l'y punir par son propre remords. 7° Considérer qu'étant insupportable aux autres, nous devons bien les supporter, et que les colères tourmentant en ce monde les saints par leurs fureurs et leurs emportements, seront livrés à la rage des démons dans l'autre, pour y être tourmentés éternellement.

§ VIII. — De la paresse.

Qu'est-ce que (a paresse ?

Un dégoût de la dévotion; un amour déréglé du repos; une langueur de l'âme qui empêche de goûter la vertu, et qui rend lâche à la pratiquer, par la peine qu'on s imagine d'y trouver, accompagnée d'une secrète défiance du secours divin pour se surmonter.

Quelles sont lesbranckes de ce mauvais tronc?

1° L'oisiveté, 2° la négligence, 3° la perle du temps, 4° les omissions lréquentes, 5" la dissipation d'esprit, 6e le découragement, 7° l'amour du sommeil, 8° l'abandon du service de Dieu, 9" l'aversion du travail, 10" l'application à toute autre chose qu'à sou devoir, 11* le vain babil, 12" le déses-

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