DU MERCREDI DES CENDRES
Qu'est-ce que le mercredi des Cendres ?
Un jour auquel l'Eglise commence le saint jeûie de Carême, par une cérémonie extrêmement dévote et mystérieuse.
Quelle ?
Elle bénit solennellement des cendres, et elle les met, par la main de ses ministres, sur le front des fidèles, leur disant ces paroles, ou plutôt cet arrêt que Dieu prononça autrefois à notre premier père après son péché [Gen. m, 19) : Souvenezvous, 6 homme, que vous êtes cendre et que vous retournerez en cendre.
De quel bois sont faites ces cendres ?
On prend ordinairement des rameaux du dimanche qui en porte le nom, et qu'on réserve à cet effet d'une année à l'autre ; on les brûle avec soin dans quelque vase d'airain ou de cuivre qui soit bien propre, sans y mêler d'autre bois, et on en ramasse* les cendres pour les faire bénir.
Cette bénédiction attire-t-elle quelques grâces sur ceux qui reçoivent les cendres avec de saintes dispositions ?
Oui, car elle fait naître en eux des sentiments , 1° de pénitence et de componction ; 2° d'humilité ; 3" de détachement des choses passagères et périssables de ce monde ; h° d'amour des biens stables et permanents de l'éternité.
Quels bons effets produit-elle encore ?
1° Elle excite Dieu à nous faire miséricorde ; 2° elle fait même sur nos corps une impression de santé, sans doute afin que nous puissionsjeûner le Carême, et le passer dans les exercices de la piété chrétienne. C'est ce que nous recueillons des prières de l'Eglise en ce jour.
Jgnorons-nous que nous devons mourir?
Non ; mais, 1" nous n'y pensons pas ; 2° nous vivons comme si nous ne devions
CATECHISME DE BOURGES. — PART
jamais mourir ; 3° le démon qui persuada à nos premiers parents qu'ils ne mourraient point du tout, nous persuade encore la même chose, en nous mettant dans l'esprit que nous ne mourrons pas aujourd'hui, ni celte semaine, ni ce mois, ni celte année. Ainsi il abolit eu nous aussi bien qu'en eux, quoique par une voie différente, la pensée si utile et si salutaire de la mort, que l'Eglise nous rafraîchit aujourd'hui.
Pourquoi le prêtre, mettant de la cendre sur la tête, ne nomme-l-il personne par son nom propre, mais seulement, Souvenez-vous, ô homme ?
Pour nous apprendre que la mort dépouille de tous titres et de toutes qualités, du nom de prince, de roi, d'empereur, etc., et qu'elle ne laisse que celui d'homme mortel. C'est ainsi que l'Ecriture, après avoir toujours nommé David roi, quand elle vient à son trépas, dit seulement, que les jours de David s'approchèrent, sans faire plus mention de sa qualité de souverain.
Pourquoi l'Eglise dit-elle que nous sommes poudre, et que nous retournerons en poudre ?
Pour nous mettre devant les yeux notre origine et notre fin, que ce corps que nous aimons tant vient de la terre, qu'il n'est que de la terre, et qu'il sera rongé de vers, qu'il reviendra poussière et cendre, ainsi qu'il était avant sa formation, et qu'il sera comme réduit à néant.
Nos corps sont-ils anéantis après notre mort ?
Non, mais ils deviennent si peu de chose, (pie quelques cadavres qu'on ait inhumé dans cetie église depuis plusieurs siècles, le pavé bien loin d'en être plus élevé, ne fait que s'affaisser toujours davantage, et que la cendre de plusieurs hommes brûlés se renferme tout entière dans un fort petit vase, à porter à la main.
Pourquoi se sert-on de la cendre pour nous inculquer ces vérités?
Parce qu'elle est un symbole tout naturel de la vanité et du néant de l'homme.
Comment?
1° La cendre est une espèce de terre la plus vile, la plus méprisable et la plus abjecte de toutes ; 2° il n'y a rien de plus léger, de plus inconstant et de plus vain que la cendre, elle est le jouet du vent et la balayure du monde ; 3° elle est la matière du monde la plus stérile et la plus infructueuse : elle ne produit rien, elle est aride, sans suc et sans vertu, et plusieurs philosophes ont cru qu'elle était le dernier abaissement de la nature; ï° elle est l'image de l'inconstance et de l'instabilité, n'ayant par elle-même ni consistance, ni forme, ni figure déterminée, ni aucune assiette solide et permanente; 5° enfin elle est le reste du feu qui dévore tout, qui consume l'homme à la mort, et qui consumera l'univers à la fin des siècles; tel est le tableau de l'homme.
Mais pourquoi met-on cette cendre sur la tête?
i Afin d'humilier, d'al aisser et d'arrêter