‹ Œuvres completesChapitre 81 sur 296 · CONTRE LE CARNAVAL · texte numérisé non relu

CONTRE LE CARNAVAL

Qu'est-ce que le carnaval ?

C'est un temps de tristesse et d'affliction pour les bons Chrétiens.

Pourquoi ?

Parce que le dérèglement du carnaval est un mal, 1° sans médecin ; 2° sans fin ; 3° sans remède.

Pourquoi sans médecin ?

Parce que personne ne s'applique à y remédier, et que ceux qui le devraient faire, sont souvent plus malades que les autres.

Pourquoi sans fin ?

Parce qu'il revient régulièrement chaque année, et qu'on ne songe ni à l'abolir ni à se corriger : ou si quelquefois on y voit de la diminution, ce n'est pas que la convoitise soit moindre, mais c'est que les facultés ne sont pas si grandes.

Pourquoi sans remède ?

Parce qu'il n'y a presque , 1° aucune autorité qui le réprime ; 2° aucun exemple qui le condamne; 3° aucun objet qui l'arrête, et c'est en vain que l'Eglise expose aux yeux des mondains le grand tableau d'un Dieu crucifié, comme on expose le voile de sainte Agathe pour éteindre les flammes du mont Vésuve, et pour en arrêter le torrent impétueux : le feu de la convoitise qui les biûle au dedans, est plus fort sur leur cœur, que le feu de l'amour divin qui les environne au dehors.

Pourquoi dois-je m'abslenir de la licence du carnaval ?

Vous devez cela , l°à vous-même, n'ètesvous pas tenu de réparer les désordres que vous <ivez autrefois commis en cette saison, les contraires se guérissent par les contraires, la crapule par le jeûne, le scandale par le bon exemple.

2° A voire famille, à vos enfants, à vos domestiques, à vos voisins ; ne perpétuez pas le désordre chez vous, et ne vous donnez pas ce remords en mourant.

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3° Aux gens de bien et autres personnes bien intentionnées, de qui il faut fortifier le parti, et autoriser la conduite.

k° Aux faibles et aux pusillanimes, qui seront par là affermis dans la vertu et dans leurs lionnes résolutions.

5° Aux méchants et vicieux, aux désordres desquels on doit s'opposer, de peur qu'ils n'infectent les autres.

6° A l'obligation que vous avez de contribuer à l'établissement des bonnes coutumes, et à l'extirpation des mauvaises.

7° A l'Eglise, qui vous prêche en ce temps -ci la pénitence. C'est votre Mère qui vous parle de la part de Dieu, et vous ne l'écoutez pas.

8° A la religion, car les hérétiques et les infidèles s'imaginent qu'elle approuve ces excès : ils blasphèment contre une religion de qui la conduite leur paraît si corrompue, et vos désordres en sont cause.

9° A Jésus-Christ même que tout le monde abandonne en ce temps-ci ; n'attendez pas d'être dévot à la semaine sainte ; célébrez dès à présent sa Passion, puisque les hommes le crucifient par leurs péchés.

10° Au soin de votre salut, car s'il y a quelque saison dans l'année où l'on puisse conjecturer que doive venir le jugement, et où les hommes doivent être surpris, c'est celle-ci, puisqu'on n'entend parler que de festins et de bonne chère, de boire, de manger, de faire des noces, etc.

Mais ne peut-on pas quelquefois se récréer et se divertir ?

Si nous étions véritablement Chrétiens , nous verrions qu'il y a peu de plaisirs licites ; et ce n'est pas sans mystères que le sage et obéissant frère de l'enfant prodigue, disait à son père, que depuis tant d'années il le servait, et qu'il gardait ses commandements sans en avoir violé aucun ; il ne lui avait jamais donné, non un veau gras, mais un seul chevreau pour se divertir avec ses amis: mais du moins doit-on s'en priver en ce temps-ci, pressés par tant de raisons.

Dites-en quelques-unes encore ?

1° Vous vous mettez hors d'état de pouvoir observer Je Carême, car on ne passe pas tout d'un coup d'une extrémité à l'autre, de l'intempérance à la sobriété, de la crapule au jeûne: l'estomac ne peut supporter un changementsi subit et si prompt, la santé en est altérée, il faut s'y disposer peu à peu.

2° La gourmandise et l'ivrognerie peuventelles vous introduire dans les pratiques mystérieuses du jeûne ? la volupté disposet-elle à la mortification ? le vice à la vertu ? sont-ce là des préparations convenables ?

3° Ceux qui doivent s'exercer à la lutte ou à la course, s'y disposent par une exacte abstinence, afin d'être plus allègres et plus dispos. Ne vous accablez donc pas d'un poids infini d'aliments superflus, puisque vous avez à vous exercer dans la carrière du jeûne, et à lutter contre le démon de l'intempérance.

k° Quel est l'époux, dit saint Basile, qui voulant recevoir une épouse pudique et chaste dans le lit nuptial, le souille auparavant en y introduisant une infâme prostituée ? vous devez faire demain une sainte alliance avec l'abstinence, et vous introduisez aujourd'hui dans votre cœur l'intempérance ? n'est-elle pas une prostituée publique, la mère de l'impudence, des ris dissolus, des extravagances et des folies, et qui ne se plaît que dans les ordures et les infamies ?

5° N'avez-vous pas honte, poursuit ce saint, de vous présenter au jeûne, avec un esiomac rempli de viandes qui ne sont pas encore digérées, et de vin qui n'est pas achevé de cuver ?

De quoi faut-il donc s'abstenir en ce temps?

1" De tout excès de bouche ; 2° de toute assemblée mondaine ; 3° de.tout spectacle profane.

Que faut-il faire ?

1° Etre assidu à l'église, au sermon, au salut, etc.; 2° gagner les indulgences, et fréquenter les sacrements ; 3° vivre retiré, et avec modestie et retenue.

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