LE SAMEDI SAINT
Pourquoi les prophètes ont-ils prédit que le sépulcre de Jésus-Christ serait glorieux ?
1* La Diviniié y demeura unie au corps, comme elle était à l'âme, ainsi qu'un arc est uni aux deux bouts de sa corde coupée par le milieu ; 2Q l'âme s'y réunit et la ranime; 3° Jésus-Christ y ressuscita glorieux; k" il est le monument de la victoire; 5° et l'objet de la vénération de l'univers ; 6° la grâce, qui nous fait mourir au péché et revivre à Jésus-Christ en découle : car par le baptême nous entrons dans le sépulcre avec lui, mais nous sommes enveloppés dans son suaire, morts et ensevelis avec lui, et entrés en lui , dans le mystère de la sépulture, pour prendre ensuite vie et racine en lui, germer, ressusciter, revivre et fructifier avec lui, jouissant d'une vie toute nouvelle et divine en lui. Tel est le mélange mystérieux de Jésus- Christ enseveli et du Chrétien mort, et le commencement de l'aimable confusion par laquelle il demeure en nous par I impression de sa mort, et nous en lui par l'imitation de sa vie. Car, si les anciennes Ecritures portaient que Jésus-Christ devait mourir pour nous, les nouvelles portent que nous ne devons vivre que pour lui ; il a rempli sa prédiction , remplissons la nôtre. Délestons cet amuur-propre qui nous rend odieux à Dieu et aux hommes , et ne soyons pas comme les anciens Chrétiens relâchés, qui, a force de s'aimer eux-mêmes, n'étaient plus aimés de personne, dit un grand saint; T de ce sépulcre sortit la lumière, et la vie dont tout le monde a été illuminé et animé, il conçut un mort, il enfanta un vivant; 8° ce divin corps embaumé de parfums qu'il enserre, et sans corruption, parce qu'il était uni à la divinité d'une façon spéciale, est le symbole de l'édification que donne un fidèle, mort à la vie sensuelle , en qui la Divinité seule agit et paraît; tde qui la convoitise ne voit plus par les yeux, n'entend plus par les oreilles, ne mange plus par la bouche, ne parle plus par la langue, ne touche plus par les mains, ne s'affectionne plus par le cœur. Car c'est en quoi consiste cet état de mort dans le sépulcre.
Que fait-on le samedi saint ?
La bénédiction des fonts et du cierge pascal, le feu nouveau, et plusieurs autres cérémonies toutes pleines de mystères.
Pourquoi la bénédiction des fonts le jour de la sépulture du Sauveur ?
AU la mort
l'our témoigner
1° que nous sommes vie de la chair avec 9°
morts et ensevelis à la Jésus-Christ parle baptême; 2° que ce sacrement nous applique le fruit de celte mort, et fait mourir en nous le vieil homme; 3° que nous devons mener une vie res-
suscitée, qui ne soit plus sujette à du péché.
Comment bien comprendre ces trois mystères dans le baptême?
Distinguant trois moments dans le catéchumène : 1° lorsqu'il se présente aux fonts; 2° lorsqu'il est sous l'eau; 3° lorsqu'il sort de dessous l'eau. Dans le premier, il vit de la vie sensuelle. Dans le second.il est mort et enseveli à la vie du vieil homme. Dans le troisième, il renaît pour vivre de la vie ressuscitée du nouvel homme ou de Jésus-Christ.
Etait-ce pour ces raisons qu'autrefois on destinait particulièrement ce jour au baptême des catéchumènes?
Oui, et f aspersion de l'eau bénite, figure de l'aspersion du sang de l'Agneau sur le peuple fidèle, en est un vestige.
Que signifie le cierge pascal qu'on allume avec du feu nouveau tiré d'une pierre, auquel on attache cinq grains d'encens , qu'on porte en procession, qu'on garde jusqu'à l'Ascension, et qui ne paraît plus ensuite?
1° Jésus-Christ ressuscite sortant du sépulcre, la lumière et la joie du monde, conversant avec ses disciples, et leur montrant ses plaies ; 2° il nous apprend que la vie de Jésus, éteinte par sa mort, lui a été rendue tout éclatante de gloire par la résurrection; 3° qu'il demeura quarante jours sur la terre avant son ascension ; k° qu'il n'est plus visible en ce monde depuis ce temps-là.
Quelle convenance y trouvez-vous?
V La cire se forme du suc des fleurs odoriférantes; 2" elle se fait sans aucune corruption ; 3° elle est susceptible de la lumière; 4" l'abeille qui la compose naît d'une mère sans père : or toutes ces propriétés ont rapport à Jésus-Christ. Car son corps fut formé, 1° du sang de. la sainte Vierge , figurée dans l'Ecriture par les fleurs, les lis et les roses ; 2' sans aucune corruption; 3° la Divinité, dont Je feu est le symbole, s'y unit; h" il naquit d'une mère sans père.
L'absoute.
Que dites -vous de l'absoute que MM. les curés donnent au peuple de leur paroisse le samedi saint, suivant le rituel du diocèse?
Que ce n'est pas une absolution sacramentelle , mais un ancien vestige de la réconciliation solennelle des pénitenls qu'on faisait autrefois dans l'Eglise, après qu'ils avaient pleinement satisfait à leurs péchés dans le jeûne, les larmes, le sac et la cendre, chacun suivant l'énormilé du crime qu'il avait commis. Ainsi l'Eglise multipliait ses enfants : le matin par le baptême, ou la régénération; le soir par la pénitence, ou la résurrection : composant son peuple de ceux qui conservaient l'innocence ou qui la réparaient.
Pourquoi l'Eglise choisissait-elle ce jour?
C'est la mort du Sauveur qui nous a délivrés de la mort du péché, et sa résurrection qui nous a rendu la vie de la grâce (83).
De quoi cela nous instruit-il ?
(83) Dans quelques diocèses, l'absoute se fait au piône, 1^ jour même de Pâques.
4N5 CATECHISME DE BOURGES. — PART
De la lâcheté des Chrétiens de ce temps, qui, après plusieurs grands péchés, veulent, sans intervalle ni aucune précédente satis- Jaction, être absous et admis à la participation du corps de Jésus-Christ, dès le moment qu'ils ont récité leurs péchés, et souvent sans douleur.
Quels bons effets produit cette pieuse cérémonie ou bénédiction ?
Quandony vient avec un cœurhumilié et de religieuses dispositions , 1° elle efface le péché véniel; 2° elle excite la contrition, et renouvelle la douleur qu'on a eue dans le sacrement de pénitence; 3" elle fait prendre de nouvelles résolutions de vivre saintement; k° elle nous allermit dans la grâce que nous y avons reçue ; 5° elle nous unit aux fidèles assemblés, et nous fait entrer dans la communion des saints, les œuvres qui se font en commun , ayant une bénédiction toute particulière, et n'étant point gâtées par les retours de notre amour-propre, comme il n'arrive que trop dans les pratiques singulières : bien des personnes sentant de la vaine complaisance pour l'abstinence d'un mercredi, qui n'en ont jamais eu d'avoir jeûné le Carême; 6° elle termine heureusement la quarantaine, elle en est comme le sceau et la consécration; une espèce de supplément du peu de rigueur de nos jeûnes, et une rémission des fautes que nous y avons pu commettre; 7° elle nous applique la grâce de la mort et sépulture du Sauveur; 8° elle imprime de grands sentiments de Dieu, de la religion et du mystère où nous sommes; 9° elle dispose à la fête de Pâques; par une certaine paix, dévotion, piété et pureté d'espritqu'elle cause en nous; 10° c'est une excellante préparation à la communion pascale; 11° l'Eglise ayant commencé le Carême par la pieuse cérémonie des Cendres , le termine par la rémission des péchés , qu'elle donne, semblable au médecin qui, après avoir mis l'appareil sur la plaie, la nettoie : il faut donc se disposer à cette bénédiction, sans quoi elle est à l'égard de la paroisse ce qu'est la pluie qui tombe sur les déserts.