‹ Œuvres complètesChapitre 33 sur 64 · LA FONTAINE · texte numérisé non relu

LA FONTAINE

Ce que la France a longtemps le moins estimé en littérature, c'est l'invention. Inventer, le beau mérite I copier, à la bonne heure! Dans le grand siècle, par exemple, l'imitation, la traduction même de tout ce qui est ancien, l'emporte de beaucoup sur l'invention de ce qui est nouveau. Ce que Ton goûte particulièrement dans Racine, c'est ce qu'il a pris à Euripide ; ce que l'on apprécie dans Boileau, c'est ce qu'il tient d'Horace et de Juvénal ; ce que l'on admire le plus dans Molière, ce n'est pas ce qu'il a trouvé dans son propre génie, c'est ce qu'il a grapillé dans Térence ou dans Plaute. Il ne faut donc pas s'étonner qu'à une pareille époque, La

Fontaine ait cru pouvoir faire un livre composé d'une multitude de petits sujets dont pas un ne serait de lui. Il semble qu'une des conditions du génie soit de travailler sur son propre fonds; non, cela n'est pas nécessaire. Quelqu'un a dit qu'en littérature il est permis de voler, pourvu qu'on assassine. La Fontaine a assassiné Ésope.

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