DELILLE
Un de ces poètes qui, je ne sais par quelle bonne volonté de leurs contemporains, passent pour les esprits les plus faciles, les plus féconds, les plus abondants, en un mot les plus riches du monde. Leur apparente richesse n'est que réelle pauvreté. Les châteaux, les palais, les moulins qu'ils élèvent sont des moulins, des palais, des châteaux de papier mâché. S'ils ont des jardins, et celui-là en avait, ils sont plantés de fleurs artificielles. Les pièces d'or qu'ils répandent à flots dans la circulation sont toutes, absolument toutes, des pièces fausses. On devrait les pendre comme faux monnoyeurs. On les vante, on les loue, on les porte au
Capitule, et si, par hasard, ils viennent à mourir, on leur fait des funérailles comme à des demi-dieux. Témoin ce bon « abbé Delille », ainsi qu'on l'appelait de son temps.