BERANGER
Beaucoup trop de gloire pendant sa vie, pas assez depuis sa mort. C'est toujours ainsi : quand, du vivant de l'homme, le bruit a dépassé le mérite, il se fait autour de sa tombe un silence qui ressemble à une expiation.
L'expiation est ici méritée. Le poète avait mis un grand talent au service d'une petite cause. Il combattait un gouvernement en faveur d'une coterie. Aucune grande idée, aucun grand principe, aucun grand intérêt ne l'inspire. Je ne vois chez lui ni logique, ni droiture. A-t-il vraiment l'amour de la liberté, cet homme qui ne cesse de chanter Napoléon I", son plus implacable
ennemi? A-t-il vraiment l'amour du peuple, ce chansonnier qui le pousse à l'ivrognerie, à l'impiété, au libertinage? A-t-il vraiment l'amour de la vérité, celui qui se moque de Dieu aussi bien que de son curé ? Non, je ne vois en lui que l'instrument d'un groupe d'ambitieux qui s'en servirent comme d'un clairon à qui l'on fait sonner la charge pour escalader la muraille. Cela est si vrai que, le combat fini, l'indifférence s'est faite autour de son nom, et que désormais les vrais républicains ne l'aiment guère plus que les vrais monarchistes.