‹ Œuvres complètesChapitre 44 sur 64 · MILLEVOYE · texte numérisé non relu

MILLEVOYE

Un doux nom, un doux poète, un de ceux qui doivent une partie de leur gloire à la précocité de leur mort. Le monde n'aime pas que les poètes soi-disant poitrinaires fournissent des exemples de longévité. Il a une prédilection pour ceux qui meurent en achevant leur livre. Ceux-là du moins ne l'ont pas trompé.

Millevoye marcha des premiers dans les voies de la mélancolie moderne. Il soupirait ses élégies au moment où Chateaubriand écrivait les siennes. Ce qu'il a fait n'est peut-être pas grand'chose, ce qu'il tenta fut considérable. Sa plainte du Jeune Malade ne sera pas oubliée. Ce n'est pas un chef-d'œuvre; n'importe. Elle

est venue à son heure ; elle a touché le cœur de toute une génération. Cela suffît, elle survivra. Longtemps l'œil des rêveurs suivra ce brin de saule jeté au courant du fleuve.

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