Oeuvres complètes
La part la plus importante de la trop courte vie de Jules Laforgue s'est passée presque continuellement en Allemagne. Il y arriva le 29 novembre 1881 en qualité de lecteur français de l'Impératrice: il avait alors vingt et un ans et il n'abandonna cet emploi que le 10 septembre 1886, un an à peine avant sa mort Pendant ces cinq années, à V exception de quelque deux mois de vacances d'été, dont il passa la plus grande partie à Tarbes avec ses sœurs et ses frères, ne faisant que de très courtes apparitions à Paris, ses jours furent régulièrement occupés par les devoirs de sa charge à la cour de l'Impératrice Augusta, dont il suivit les déplacements méthodiques de Berlin à Coblentz ou à Bade, à Potsdam ou à Hombourg, à Wiesbaden ou à Constance.
S'il est vrai que les œuvres les plus importantes de Jules Laforgue, les Complaintes, /'Imitation
de Notre-Dame-la-Lune ou les Moralités Légendaires ne révèlent rien de cette « vie allemande » de leur auteur, une bonne part de ses ouvrages en prose a été pourtant inspirée par ce long séjour à Vétranger : aussi nous a-t-il paru légitime et souhaitable d'isoler du reste de sa production et de réunir en un volume ce qui, de ses écrits, a directement trait à sa vie en Allemagne.
Ce volume se trouve ainsi formé principalement par un ouvrage intitulé « Berlin, la Cour et la Ville », que Laforgue avait composé durant les derniers mois de sa vie, au cours de V hiver 1886-87 et qui ne fut publié, pour la première fois, que trente-cinq ans plus tard en 1922 (1).
L'on avait longtemps laissé entendre que Laforgue au moment de mourir avait renoncé à publier cet ouvrage. Ce n'était là qu'un malentendu qu'il m'a été possible de percer à jour, et l'on a pu révéler, — encore que tardivement — aux admirateurs de Laforgue un ouvrage qui, sans montrer l'originalité de pensée et de forme des Moralités Légen-
(1) Berlin, la Cour et la Ville par Jules Laforgue, avec une introduction de G.- Jean Aubry. — Éditions de la « Sirène» Paris. 1922.