‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 8 sur 11 · CXXXVIII · texte numérisé non relu

CXXXVIII

A M, EDOUARD DU JARDIN

[26 mai 1887] (1).

Mon cher ami,

Pas de nouvelles de votre mission à V Illustration^ N'avez-vous rien pu?

Pourriez-vous m' envoyer les trente de la Chronique ? Je suis à court dès demain jusqu'au premier.

(1) Carte postale.

GXXXIX

A M. EDOUARD DU JARDIN

Jeudi [2 juin 1887].

Mon cher ami,

A la hâte, mon «salaire » au plus tôt, je vous prie ! Pourvu que vous ne soyez pas absent de Paris !

Votre

Jules Laforgue.

A TEODOR DE WYZEWA

Mercredi [juin 1887].

Mon bien cher ami,

J'ai été ce matin chez Quantin. De Malherbe m'a reçu on ne peut plus aimablement (Je vous dois encore cela). Il me donnera une réponse lundi.

Figurez- vous que je n'ai rien reçu de Du jardin. Je n'y comprends rien. Il n'imagine pas les attentes, etc..

Votre ami,

Jules Laforgue.

A CHARLES EPHRUSSI

8, rue de Commaille.

Lundi juin 1887.

Cher Monsieur Ephrussi,

J'espère que vous n'aurez pas mal interprété le manque absolu de mes visites. D'abord l'heure où l'on peut vous trouver est si vague. Et puis, je ne sais pas si vous le savez, je suis entre les mains du docteur Robin et toute sortie m'est interdite tant que le temps n'aura pas radicalement changé. Depuis le 1^^" mai je n'ai pas mis les pieds dehors, sauf pour aller chez le médecin. Tout le reste du temps je reste calfeutré dans ma chambre, heureux quand l'opium que contiennent mes pilules ne m'engourdit pas assez pour m'empêcher de travailler.

J'attends toujours (et je vous fais attendre avec

mon article du Figaro). Marcade (1), Interpellé depuis des semaines, m'a répondu : i< Attendez donc. Nous ne pouvons pas publier tous nos articles à sensation coup sur coup. ))

Quant à mon livre sur Berlin, j'ai un éditeur. On me i'a trouvé. Je ne l'ai jamais vu. La chose est conclue, seulement mon manuscrit est encore assez loin d'être prêt à être remis.

J'attends chaque jour un lendemain tolérable où je puisse arriver chez vous assez calme et non pas capable uniquement de répondre à votre conversation par des quintes de toux inextinguibles, ce qui est triste et parfois même pas beau.

Inutile de dire que je n'ai été ni au Salon, ni à Millet, ni à l'Exposition Internationale. C'est un peu avant midi, n'est-ce pas et non plus à 11 h., qu'on a chance de vous trouver ?

Souhaitez-moi un jour un peu tiède et même une série indéfinie.

Au revoir.

Votre tant reconnaissant,

Jules Laforgue.

(1) Qui s'occupait du supplément littéraire du Figaro.

A CHARLES EPHRUSSI

Jeudi 16 juin 1887.

Voici un petit mot que je voulais vous envoyer aussitôt rentré, le jour où j'étais chez vous.

J'étais ce jour-là venu pour vous remercier et franchement pour m'excuser d'un involontaire manque de promesse, et voilà que je sors de chez vous confus avec un nouveau prêt dans ma poche.

Vous avez fait cela si vite et si franchement que je n'ai su que dire sur le moment. Et j'ai accepté (je dois avouer que j'étais alors aux abois, premier rement, et j'avais l'intention de vous parler de l'éditeur Rothschild). Vous expédiez aimablement les choses. Qu'ajouterai-je ? Je n'ai plus de remerciements. Mais je n'oublierai jamais rien de tout ce que vous avez fait si délicatement pour moi et je resterai toujours votre sincèrement dévoué.

Merci encore, vous m'évitez des courses, des expédients et m'assurez des semaines de repos pour mon travail et ma guérison.

Votre

Jules Laforgue.

N. B. — J'ai vu P. Bourget ce matin, son roman n'est pas fini (1).

(1) Vraiscmblablemont Mensonges.

GXLIII

A SA SŒUR

Dimanche, juillet 1887.

Ma chère Marie,

Triste dimanche, sans forces, au coin du feu.

Il y a deux semaines j'ai eu un redoublement de maladie. Mes amis se sont émus. Bourget m'a adressé avec les recommandations les plus particuUères à une sommité médicale, le D^ Robin. J'ai été ausculté, percuté aussi soigneusement qu'on peut l'être. Ce serait trop long à raconter.

Le résultat de tout cela est qu'il ne m'est permis de rester à Paris que jusqu'au commencement d'octobre. — J'ai un poumon menacé. — De toutes façons je ne puis songer de quatre ou cinq ans à passer V hiver à Paris. Donc à tout prix, dès la fm de septembre, je quitterai Paris. Mes amis vont tout faire pour moi. Trouver une

place suffisante à Pau est assez improbable — mais à Alger ce sera beaucoup plus facile.

Il est donc assez probable que dès octobre nous serons à Alger.

Ma bonne Marie, je n'ai guère de force dans la main pour t' écrire. J'avais abusé de pilules d'opium qui me coupaient la toux.

Mon estomac en a été très malade, j'ai passé une bonne semaine sans dormir ni manger. De là ma faiblesse. Je commence à me remettre, c'est-àdire à dormir et manger un peu.

Ces trois mois de fièvre, ces journées au lit, ces quintes de toux, tout cela m'a assommé comme une pauvre bête, il me semble que depuis quatre mois je ne me suis pas réveillé.

Je n'ai pas pour deux sous d'idées, et cependant je publie des articles et c'est pour mon talent que mes amis s'intéressent à moi. Il y a longtemps que tu ne sais plus rien de mes affaires littéraires. Ce serait trop long à détailler, mais sache d'un mot que j'ai le droit d'être fier; il n'y a pas un littérateur de ma génération à qui on promette un pareil avenir. Tu dois penser qu'il n'y a pas beaucoup de littérateurs qui s'entendent dire : « Vous avez du génie ». Hélas ! qu'il me tarde d'être guéri et d'être installé dans un endroit où je puisse respirer sans

souffrance ! Tu ne m'écris pas. Fait-il doux à Tarbes ? Comment vas-tu et as-tu été cet hiver ? Et ton mari et ton enfant ?

Tu serais bien bonne de m' écrire quelques lignes.

Je t'embrasse.

Bien des choses et une poignée de main à ton mari. Vous recevrez l'argent dès que je pourrai sortir et attraper quelque supplément d'argent.

Ton Jules.

8, rue de Gommaille.

A TEODOR DE WYZEWA

Mercredi [13 juillet 1887] (1).

Mon cher Ami,

Merci d'avoir pris à cœur ma situation. Elle ne fut heureusement que d'un jour et une nuit.

Fénéon vint et surgit, toujours froid comme la statue du Commandeur (que le nom lui en reste !)• Un usurier (un débutant) a fait l'affaire.

Je vous en souhaite autant — toutes les courses hier — (et aujourd'hui veille de départ : mon frère, etc..) m'ont empêché d'aller vous voir au Vintimille ou au Café — mais nous n'en sommes pas là?

Au revoir — et mes amitiés à Dujardin.

Poignée de main dévouée, je vous prie.

Votre

Jules Laforgue.

(1) Par une erreur d'impression ce billet avait été daté 1886 dans Je numéro de mai des Entreliens Idéalistes où il fut d'abord publié.

A TEODOR DE WYZEWA

Vendredi [15 juillet 1887].

Mon cher ami,

Vraiment, vous m'avez donné le droit de vous adresser de pareilles lettres. C'est sur votre recommandation que de Malherbe m'a dit à la remise de mon manuscrit : « Le livre ne paraîtra qu'en octobre, mais matériellement pour vous ce sera comme s'il paraissait aujourd'hui. Là-dessus il m'a renvoyé à lundi; le lundi, il était content, mais il fallait voir M. May et il m'a renvoyé à mercredi : mercredi, je reçois une lettre me renvoyant à aujourd'hui (une lettre) et aujourd'hui je n'ai rien reçu. Et aujourd'hui me tombe sur la tête tout ce qui vous tombe sur la tête un quinze de trimestre.

Voici ce que je voulais vous dire. Il est impossible

de désespéier de mon livre chez Quantin après les promesses de Malherbe, j'aurai de l'argent de ce côté-là. Or vous avez en Rzewuski une relation facile à la détente; eh bien ! ce n'est pas un emprunt falot que je voudrais faire auprès de lui, mais un emprunt qui serait effacé dès que j'aurais touché chez de Malherbe, ou, en cas de malheur, j'essaierai chez Lemerre. Ce serait 350 à peu près dont j'aurais besoin.

J'ai attendu jusqu'à aujourd'hui pour vous remercier (répondre à) votre longue lettre de l'autre soir, longue, et comme toutes nos rencontres serviable.

Comment est-il possible que vous donniez huit heures de leçons par jour? Je me rappelle encore ce soir d'automne où nous vous avons accompagné jusqu'à Passy, avec Kahn. J'espère que si une de vos leçons vous amenait par ici vous monteriez chaque fois vous reposer (nous n'avons plus de lait l'après-midi, mais toujours du fruit).

Avouez un peu que l'article pour Rzewuski est une petite comédie arrangée; si vraiment c'est vrai je m'en acquitterai, comme de toute autre besogne, consciencieusement.

Quant à la campagne... Perreau est venu et nous a ébloui; mais, hélas, il faut compter sur si peu.

Moi qui espérais toucher aujourd'hui chez de Malherbe deux éditions.

Vous viendrez naturellement avant de partir pour la Hongrie. Bourget aussi part pour la campagne dans quelques jours.

Avez-vous vu que le tout jeune homme de la République française que je connais (1) a été décoré ? Il a de la santé, il a guéri son estomac avec six cures de Vichy.

Au revoir, mon véritable et rare ami. Il y a des mois que songeant, impotent, ce que je pouvais faire pour vous et je n'ai encore trouvé que cette chose falote que je n'ai jamais depuis le temps pensé à vous dire : vous dédier mes « nouvelles » que Dujardin éditerait.

Au revoir.

Votre

Jules Laforgue.

1) Théophile Delcassé.

A CHARLES EPHRUSSI

22 juillet 87, Paris.

Cher Monsieur Ephrussi,

Vous pensez que si je n'ai pas été vous voir, c'est que les visites me sont difficiles.

Je voudrais bien vous demander si l'article Gaillard a paru et dans ce cas si on ne pourrait pas presser ces messieurs pour l'autre côté de la question ?

C'est une de ces choses sur lesquelles j'ai compté un peu tous les jours, surtout cette semaine où la somme que vous m'avez dit parferait justement mon terme dont chaque jour de retard m'humilie devant un propriétaire fâché que j'aie donné congé.

D'autre part, j'attends toujours un mot de mon

éditeur. Mon livre sur Berlin est au complet depuis trois semaines chez lui.

Il m'est arrivé une bonne affaire, des articles dans une revue russe : 100 frs par article (c'est du moins le prix de mon premier), un jour ce sera peut-être 200 francs. Besogne facile.

J'irai sans doute bientôt vous voir : homme plein de santé, que je vous féhcite.

Votre bien dévoué,

Jules Laforgue.

8, rue de Gommaille.

A TEODOR DE WYZEWA (1)

22 juillet 1887.

Je ne vous envoie cette carte que maintenant, les 100 anonymes étant arrivés hier au soir. Et je viens de recevoir par simple mandat 100 (cent) de Jevousky d'Aix-les-Bains, avec longue lettre sur l'article à. faire.

Je vous attends samedi. Rien de Malherbe.

Le propriétaire ne s'est pas encore montré.

(1) Cette carte postale est adressée à :

M. de Wyzewa

11, avenue de Clichy

Le timbre de la poste, très net, est « 22 juillet 87 ».

A SA SŒUR

Juillet 2, août, 87 Paris, Mardi.

Ma chère Marie,

Une lettre de toi, et une bonne lettre, tu ne saurais croire le plaisir que tu m'as fait.

Mais, en vérité, et tout d'abord, tu es effrayante avec ces maternités successives ! Il me semble que si Leah était dans cet état, je vivrais dans des angoisses continuelles.

Et que de soucis ! une semaine a passé depuis ta lettre, j'espère qu'elle aura été décisive en bien pour Juliette.

Ma chère Marie, t'ai-je bien expliqué comme je suis malade ? Te souviens-tu des quintes de toux et des oppressions de papa? Eh bien, j'en suis là, avec ces quintes, une moitié invariablement de la nuit. Mais, comme je te l'ai dit, je suis, soins et remèdes gratis, entre les mains d'un des grands

médecins de Paris; et depuis un mois qu'il me soigne, je guéris rapidement, j'ai encore jusqu'à septembre. Pendant tout ce mois je n'ai mis les pieds dehors que pour ma consultation.

Ah ! si papa, deux mois avant d'aller à Tarbes, s'était mis entre les mains d'un pareil médecin, au lieu de se soigner d'après des livres de hasard, cela lui aurait coûté deux cents francs et il vivrait encore, j'en suis sûr.

Tu me dis que tu attendais notre visite : tu es bien bonne. Mais ne t'ai-je pas dit que je devais rester en traitement jusqu'en fm septembre chez le D^ et puis quitter Paris ? Ne t'ai-je pas dit que je quittais absolument Paris en septembre et que de trois, quatre ans je n'y pouvais passer l'hiver? Ce déplacement, comme tu penses, est une grosse question, il faut qu'en arrivant à l'endroit dit, une place m'y attende.

Je ne puis sortir, faire les démarches, naturellement. Mais tu n'as pas idée des amitiés, des dévouements que m'amènent les petites choses que je pubUe. La moindre page a du succès, et je n'ai pas un ennemi, chose rare si tu savais ? Donc, un ami, journaliste, qui a pour moi une admiration exagérée, colporte cela, s'occupe de me trouver quelque chose à Alger. Mais le plus probable est

que nous irons en Egypte, au Caire, par Bourget qui pourrait me placer au consulat comme traducteur. Tu ne sais pas tout ce que Bourget a fait pour moi, c'est par lui que le D^" Robin me soigne et si particulièrement et gratis et me fournit de la pharmacie de son hôpital. C'est aussi par lui — mais il est si simple — que j'ai vécu à moitié tout ce mois, le reste me venant d'articles arriérés.

J'ai un livre qui, si je puis le pubher assez tôt, nous permettra, en quittant Paris, d'aller vous voir. Leah aimerait bien te voir. Elle te plaira, moi elle m'étonne toujours. C'est un si drôle de personnage î Inutile de te dire que j'ai tous les caprices — on me soigne toujours avec un bon sourire et de grands yeux.

Je ne t'ai parlé que de moi, et pourtant ta vie, ton ménage doit être seul un monde de préoccupations.

Remercie ton mari de sa bonne confiance. Pouvais-je prévoir les choses ? Ah ! si je pouvais travailler comme tout le monde ! mais l'opium de mes pilules me tient engourdi deux après-midi sur trois. Je voudrais bien savoir ce qu'est devenu Charles. — Ma chère Marie, je t'embrasse et te souhaite une douce délivrance et un garçon.

Jules.

A TEODOR DE WYZEWA

Mardi [fin juillet 1887]

Je reviens de chez Robin, mon cher ami. Et je vous écris avec une demi-respiration, qui ne se trouve pas dans le Dante.

D'abord les grosses choses.

J'ai reçu 100 d'Aix-les-Bains, et ce matin 100 autres. J'ai payé un demi-terme. J'ai reçu 100 de Vienne et payé les fournisseurs alimentaires qui s'intéressent singulièrement à ma santé.

Reçu une lettre de Malherbe au nom de M. May, lequel ne veut le livre que sous certaines conditions grotesques.

La seconde partie lui paraît avoir été dite par de précédents ouvrages, — ce qui est une erreur (il s'agit des mœurs berlinoises). Je n'ai au contraire donné que du nouveau, ayant séjourné placidement

5 ans à Berlin et non passé une quinzaine dans un hôtel. J'ai même évité ce qui est trop connu, comme les mœurs des étudiants si ressassées. (Mais il n'a pas lu cette partie.) D'autre part, il voudrait que, cela supprimé, j'allonge le chapitre cour. Ce qui est impossible. Je sais tout et il n'y a pas davantage. (Il fallait voir la joie de Marcade devant mon Emp. et mon Imp. qui m'avait demandé de l'inédit.) Enfin, tout cela confectionné, il faudrait que je mette sur la couverture mon nom avec : Ancien lecteur de Vlmp. Augusta. — J'irai reprendre mon manuscrit, comme vous pensez (Dujardin veut en parler à Lévy).

Je transpire de ces 4 pages, dites-moi votre vie, je puis vous écrire tous les deux jours.

Votre

A M, EDOUARD DU JARDIN

Imprimerie Louis Boyer et C'« Asnièrcs, le 29 juillet 1887.

(Edouard Btijardiii à Jules Laforgue, qui lui renvoya sa lettre avec ses réponses.)

Mon cher Laforgue,

J'ai donné à la composition vos Moralités légendaires, elles paraîtront donc, si cela vous va, cet automne.

(De la main de Laforgue) : Oui.

Or :

P N'aimeriez-vous pas mieux le titre : « Moralités légendaires » au lieu de « petites moralités légendaires»; comme éditeur, je le préfère beaucoup; aussi, d'ailleurs, comme confraternel ami.

(De la main de Laforgue) : Oui.

2° Je vous envoie le « Pan »; y avez-vous des corrections à faire; alors, tout de suite, n'est-ce pas?

(De la main de Laforgue) : Bon.

2^^ bis. Le titre est-il « Moralités légendaires », ou « Les moralités légendaires »?

(Laforgue a de deux traits de plume barré « les », et répondu) : supprimer les.

3° Vous renoncez aux (( Deux Pigeons )? ils ne sont pas dans le manuscrit. Tant mieux !

(De la main de Laforgue) : oui, renonce.

4*^ Aurez-vous des corrections importantes à faire, dans le volume ? Parce que, voici : — si le texte que vous m'avez donné est définitif, alors vous ne recevrez des épreuves qu'après la mise en pages, — et moi j'y aurai une très grande économie; mais si vous voulez faire de nouveaux changements dites-le-moi d'avance.

(De la main de Laforgue) : texte tel quel définitif.

A tout cela répondez- moi vite. A ma prochaine visite, je vous expUquerai mes plans pour cette édition, fort simples d'ailleurs; le point spécial

est ceci : petit tirage (200 ou 300 exemplaires). Mon commis ira chercher le Pan chez vous dès que vous me direz de le faire; en même temps il vous portera le découpage de tous vos .vers de la Vogue, Saluez de ma part respectueusement madame Laforgue, et bien vôtre sachez-moi.

Edouard Dujardin.

Répondez-moi vite, n'est-ce pas.

(De la main de Laforgue) : Au revoir.

Votre

A TEODOR DE WYZEWA

[Début d'août 1887.]

Mon cher ami,

Quel efïort de prendre la plume quand on passe ses journées à sommeiller dans un fauteuil !

Et il fait si chaud.

Mais quelque éveil me vient. Je passe de bonnes nuits ayant imaginé de ne plus dormir dans un lit, mais dans mon fauteuil arrangé; la position un peu assise me supprimant la toux. Et puis nous recevons de la glace chaque jour.

A quoi pouvez-vous bien passer vos journées à Cracovie ? Avez-vous emporté de la besogne ? Entreprenez-vous quelque chose ? Ceci serait intéressant. Quand le feriez- vous en effet? Mais, d'autre part, le rêve et rien que le rêve, n'est-ce pas ?

Racontez-moi donc une journée de Cracovie; je regarderai sur la carte.

Je suppose que vous n'avez pas un besoin immédiat de la petite somme que je vous dois? cent francs me sont tombés du ciel il y a une semaine, dette à laquelle je n'eusse jamais plus pensé, et d'un homme de lettres.

A part cela, je ne fais rien. Vous ne me parlez pas de la solution de M. May. Cela ne vous a-t-il pas semblé risible?

Je ne coupe si brusquement ma lettre — je souffre un peu — qu'avec la résolution de vous écrire un de ces jours vraiment et autrement. En vérité, vous êtes le seul pour qui je pouvais prendre la plume par cette torpeur.

Votre dévoué pour toujours,

Jules Laforgue.

Ma femme vous serre cordialement la main.

A M. EDOUARD DU JARDIN

[7 août 1887.]

Quelle est l'adresse immédiate de Perreau? Avez-vous dit un mot à Lévy de mon livre ainsi que promis ? « Pan >) est prêt et correct. A la hâte.

Votre

J. Laforgue.

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