‹ Œuvres complètesChapitre 26 sur 96 · ÉCLAIR DE GOUFFRE · texte numérisé non relu

ÉCLAIR DE GOUFFRE

J'étais sur une tour au milieu des étoiles.

Soudain, coup de vertige ! un éclair où, sans voiles, Je sondais, grelottant d'effarement, de peur, L'énigme du Cosmos dans toute sa stupeur ! Tout est-il seul? Où suis-je? Où va ce bloc qui roule Et m'emporte? — Et je puis mourir ! mourir ! partir, Sans rien savoir ! Parlez ! 0 rage ! et le temps coule Sans retour! Arrêtez, arrêtez ! Et jouir? Car j'ignore tout, moi ! mon heure est là peut-être? Je ne sais pas! J'étais dans la nuit, puis je nais, Pourquoi? D'où l'univers? Où va-t-il? Car le prêtre N'est qu'un homme. On ne sait rien ! Montre-toi, parais, Dieu, témoin éternel ! Parle, pourquoi la vie? Tout se tait ! Oh ! l'espace est sans cœur ! Un moment ! Astres ! je ne veux pas mourir ! J'ai du génie! Ah ! redevenir rien irrévocablement !

ŒUVRES Dl .n i ES i \ PO n G i r:

LA PREMIÈRE NUIT (Sonnet)

Voici venir le Soir, doux au vieillard lubrique. Mon chat Miirr accroupi comme un sphinx héraldique Contemple, inquiet, de sa prunelle fantastique

Marcher à l'horizon la lune chlorotique.

C'est l'heure où l'enfant prie, où Paris-lupanar Jette sur le pavé de chaque boulevard Ses filles aux seins froids qui, sous le gaz blafard Voguent, flairant de l'œil un mâle de hasard.

Mais, près de mon chat Mùrr, je rêve à ma fenêtre. Je songe aux enfants qui partout viennent de naître. Je songe à tous les morts enterrés d'aujourd'hui.

Et je me figure être au fond du cimetière,

Et me mets à la place, en entrant dans leur bière,

De ceux qui vont passer là leur première nuit.

INTARISSABLEMENT (Sonnet)

Dire qu'au fond des eieux n'habite nul Songeur, Dire que par l'espace où sans fin l'or ruisselle, De chaque atome monte une voix solennelle, Cherchant dans l'azur noir à réveiller un cœur !

Dire qu'on ne sait rien ! et que tout hurle en chœur Et que pourtant malgré l'angoisse universelle ! Le Temps qui va roulant les siècles pêle-mêle, Sans mémoire, éternel et grave travailleur,

Charriant sans retour engloutir dans ses ondes Les cendres des martyrs, les cités et les mondes, Le Temps, universel et calme écoulement,

Le Temps qui ne connaît ni son but, ni sa source, Mais rencontrant toujours des soleils dans sa course, Tombe de l'urne bleue intarissablement.

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