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COMPLAINTE DES CLOCHES

Dimanche, à Liège.

Bin bam, bin bam, Les cloches, les cloches, Chansons en l'air, pauvres reproches !

Bin bam, bin bam, Les cloches en Brabant !

Petits et gros, clochers en fête, De l'hôpital à l'Évêché, Dans ce bon ciel endimanché, Se carillonnent, et s'entêtent, A tue-tête ! à tue-tête !

Bons vitraux, saignez impuissants Aux allégresses hosannahlles Des orgues lâchant leurs pédales, Les tuyaux bouchés par l'encens !

Car il descend ! il descend !

Voici les lentes oriflammes Où flottent la Vierge et les Saints !

Les cloches, leur battant des mains, S'étourdissent en jeunes gammes Hymniclames ! hymniclames !

Va, Globe aux studieux pourchas, Où Dieu à peine encor s'épèle !

Bondis, Jérusalem nouvelle, Vers les nuits grosses de rachats, Où les lys ne filent pas !

Edens mûrs, Unique Bohème !

Nous, les beaux anges effrénés; Elles, les Regards incarnés, Pouvant nous chanter, sans blasphème Que je t'aime ! pour moi-même!

Oui, les cloches viennent de loin !

Oui, oui, l'Idéal les fit fondre Pour rendre les gens hypocondres, Vêtus de noir, tendant le poing Vers un Témoin ! Un Témoin !

Ah ! cœur-battant, cogne à tue-tête Vers ce ciel niais endimanché !

Calme, à jaillir de ton clocher, Et nous retombe à jamais BÈTE.

Quelle fête. ! quelle fête î

Bin bam, bin bam, Les cloches ! les cloches !

Chansons en l'air, pauvres reproches !

Bin bam, bin bam, Les cloches en Brabant (1) !

Liège. Août 1883.

(1) Et ailleurs.

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