Chapitre XXVIII, p. 453. — Charles IX ne se fiait point à sa mère
Les archives diplomatiques de la maison de Savoie m'ont été fort libéralement ouvertes à Turin, en juillet 1854. J'y ai trouvé les précieuses dépêches que l'envoyé du duc, à Paris, écrivait à son maître presque jour par jour. Elles commencent à la Saint-Barthélémy. Il m'importait de contrôler les pièces espagnoles par cette correspondance de Savoie, qui, quoique également catholique, n'en a pas moins son point de vue à part. J'en donnerai deux spécimens, des années 1573-1575 et 1586-1589. Voici le premier :
1573, 12 avril. Le Roy se fâcha lundi merveilleusement contre la royne sa mère, jusques à lui reprocher que elle estoit cause de tout ce désordre, de
fasson que sur eollère il prinl opinion de se aller promener pour cinq ou six jours hors ta court à la ehasse aux environs de Melun, là oti il coucha mardy Quoj voyant la roynesa mère le renvoya rappeler et raccointer car la royne sa femme. — 3! mars 157 1. Le roi de Pologne partant a machiné par sa mère que Guise resterait près de Charles i\ contre le duc d'Âlençon. Charles I\ ilit à Aleneon : « Cadet, l'on le veut sortir de cuisine. » VA il lui conseilla de s'appuyor de Montmorency (qui le rapprocha des huguenots). Un parti vient menacer Cuise ii Saint-Germain. Tout se sauve. Aleneon s'excuse à Charles J\, qui, des lors, s'en défie, et les huguenots aussi se défient du duc d'Alençon. — La reine pleure. On la sait maléficiée pour qu'elle ne puisse avoir enfant. — 20 mai 1574. Elisabeth déplore le malheur de la pauvre France, qui, ayant déjà tant d'ennemis, etc. La reine mère se met contre ses enfants, le roi contre son frère sur si légère défiance. Éloquent et touchant. — 31 décembre 1574. Mort du cardinal de Lorraine. La reine en prit une telle appréhension, que, le jour devant qu'il trépassa, le roy présent, elle s'imaginoit de veoir devant elle monseigneur le cardinal qui l'appeloit et qui la convioit de venir avec lui. — 7 janvier 1575. Les huguenots pratiquent Aleneon. L'envoyé de Savoye n'en parle pas, dit-il, car on dit que la grandeur de Votre Altesse est que la France soit en troubles, pendant quoy elle fait ses affaires.
— 15 septembre 1575. Leurs Majestés ont quitté le Louvre pour l'hôtel de Guise; le Louvre n'a pas de jardin, et la reine, qui aime à se promener, alloit au jardin des Tuileries. Mais, comme on se doute de la guerre plus que jamais, elle a pris opinion qu'on pourroit lui jouer mauvais tour ou au roi
— 18 décembre 1575. Sa Majesté continue toujours aux dévotions, allant tous les matins visiter divers monastères, l'autre jour, à une abbaye 'près Corbeil, assez mal accompagnée, et heust avis de quelques chevaux qui le firent retirer plus vite que le pas et retourner en cette ville. — La reine, sa femme, ne se rend guère moins superstitieuse, car elle porte dessus elle tout plein de reliqueries pour des vœux qu'elle a fet. — 23 novembre 1575. C'est pitié de le veoir (Henri III). S'il n'étoit marié, on le feroit d'église. Il se laisse fort posséder des Jésuites, etc. ( Archives diplomatiques de Turin. Dépèches manuscrites de Vambassadeur de Savoie à Paris.)