‹ Œuvres complètesChapitre 2 sur 111 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

L'entrée de la guerre civile, il ne vacilla nullement, comme on l'a dit ; il fut ferme et libre en sa voie.

Homme de batailles, il haïssait la guerre ; il y fut superbe, indomptable, dédaigneux pour cette fille aveugle, tant flattée, la Victoire. Il la mena à bout, ne quitta l'épée que vainqueur, après avoir conquis non seulement la paix et la liberté religieuse (1570), mais les volontés même de l'ennemi et l'avoir vaincu dans son propre cœur. Charles IX (les actes le prouvent, pendant près de deux ans, suivit la voie de Coligny.

Ce grand esprit, si sage, avait vu à merveille la chose essentielle, que la France, dans sa pléthore nerveuse et son agitation, voulait s'extravaser au dehors. Et il lui ouvrait l'Amérique et les Pays-Bas, c'est-à-dire la succession espagnole. Il ne se trompa nullement. Seulement (comme Jean de Witt un siècle après) il eut raison trop tôt. Ses projets furent repris, dès le lendemain de sa mort, par ceux qui l'avaient tué.

C'était un très grand citoyen et fort libre de son parti même. Lorsque les protestants, ayant le couteau à la gorge, se virent forcés d'appeler l'étranger, il résista autant qu'il put, et tant qu'il en faillit périr.

Sa netteté, son admirable cœur, apparurent à sa mort, quand on lut ses papiers secrets, et que ses meurtriers confus virent ce conseil au roi de se défier de l'Angleterre protestante autant que de l'Espagne catholique.

Grande consolation pour nous, dans cette histoire, de voir la nature humaine tellement relevée ici ! de voir marcher si droit, parmi l'aveuglement de tous, ce pur et ferme cœur qui ne regarde que la conscience. Les défaites des siens, leurs folies, leurs destructions, rien ne l'entame. Il va à son but. Quel? une grande mort, — qui semble perdre, mais sauve au contraire son parti.

Car la fille de Goligny, veuve par la Saint-Barthélémy, épousera Guillaume d'Orange. Car la France protestante, de sa blessure féconde, engendre la France hollandaise. Car ce malheur immense, au sein des meilleurs catholiques, mit le regret, l'amour des protestants. « Dès ce jour, dit l'un d'eux, sans connaître leur foi, j'aimai ceux de la Religion. »

De sorte que ce grand homme a réussi, même selon le monde. Par sa mort triomphante, il gagna plus qu'il ne voulait.

Voilà la pensée de ce livre \ Et plût au ciel qu'elle nous eût profité aussi à nous, que ces grands cœurs,

(1) Dans la suite de cet ouvrage qui me ramène aux lettres et aux sciences et ferme le seizième siècle, on trouvera une critique générale des sources historiques de ce grand siècle si fécond, mais si trouble. Une partie des notes que je donnerais aujourd'hui reviendrait dans cette critique. Je les ajourne jusque-là.

Qu'il me suffise ici d'indiquer les principales sources manuscrites où j'ai puisé, et qui m'ont donné spécialement les causes et précédents, très peu connus, de la Saint-Barthélémy : Lettres de Morillon à Granvelle (c'est, jour par jour, l'histoire du duc d'Albe, celle des rapports de Bruxelles et de Paris). — Lettres inédites de Catherine de Médicis. — Extraits des lettres de Pie V, Charles IX, etc., tirées des Archives du Vatican (en 1810), etc.

si riches, nous eussent donné quelque peu d'un tel

souille, ri mis dans noire aridité un rien de leurs torrents !

Que si notre temps, si loin de ce temps, et si peu préparé à retrouver l'image de ces grandeurs morales, s'en prenait à l'histoire, l'histoire lui répondrait ce que le jeune d'Aubigné dit un jour dans le Louvre à Catherine de Médicis, qui le voyait debout et si peu plié devant elle : « Tu ressembles à ton père ! . . .

— ■ Dieu m'en fasse la grâce ! »

1" mars 1856.

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