‹ Œuvres complètesChapitre 3 sur 111 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Henri II. — La cour et la France. — Affaire de Jarnac. (1547.)

Plus ferme foy jamais ne fut jurée A nouveau prince (ô ma seule princesse!) Que mon amour, qui vous sera sans cesse Contre le temps et la mort assurée.

De fosse creuse ou de tour bien murée N'a pas besoin de ma foy la fort'resse, Dont je vous fis dame, reine et maîtresse, Parce qu'elle est d'éternelle durée!

Le nouveau règne nous met en plein roman. L'Amadis espagnol, tout récemment traduit, imité, commenté, est sa bible chevaleresque. L'Amadis est bien plus que lu et dévoré, il est refait en action. Henri II rougit presque d'être fils de François Ier; c'est le fils du roi Périon, c'est le Beau Ténébreux. La réalité et l'histoire sont enterrées à Saint-Denis, et

libres, grâce à Dieu, nous entrons au pays des fées.

Où n'atteindrons-nous pas? Les médailles du temps, les emblèmes et devises ne parlent que d'astres et d'étoiles. La conquête du monde est assurée; mais qu'est-ce que cela? Sur de charmants émaux, un coursier effréné emporte Diane et Henri, aux nues? au ciel? On ne saurait le dire.

A la Salamandre éternelle qui régna trente années, au Soleil de François Ier, dont sa sœur fut le tournesol, un autre astre succède : la lune, romanesque, équivoque, de douteuse clarté. La Diane d'ici, en son habit de veuve, de soie blanche et soie noire, nous représente la Diane de là -haut, comme elle, et changeante et fidèle. La mobile influence qui régit les femmes et les mers, qui donne les marées et parfois les tempêtes, fait nos destinées désormais. Elle en a le secret et nous promet de grandes choses. Sous le croissant, on lit le calembour sublime : « Donec totum impleat orbem. » (Il remplira son disque; ou, remplira le monde.)

Nouvelle religion, galante, astrologique. Malheur à qui n'y croit! C'est la Diane armée et prête à frapper de ses flèches. Voyez-la à Fontainebleau, sous son double visage: là, céleste et dans la lumière; ici, la Diane des flammes, infernale, et la sombre Hécate. Ainsi la fable nous traduit le roman, et le met en pleine lumière. L'Amadis espagnol s'éclaire du reflet des bûchers.

Nous ne sommes pas, croyez-le, dans un monde naturel : c'est un enchantement, et c'est par une suite

Page 1