PKRSÉI UT ION. — MORT DE HENRI II
d'un luthérien. Cela dura jusqu'à la nui l : la foule
restait là, assiégeanl encore la maison, dans L'espoir de tuer l'autre; e1 quand «m leurdisail que la justice allait venir, ils criaient qu'ils tueraient le roi même, s'il venail pour le délivrer (5 mars 1559).
Ainsi montait l'horrible Ilot. La justice semblait avilie; le nom môme du roi était en jeu. Diane s'effraya; elle voulut à tout prix la paix et le retour do Montmorency pour l'opposer aux Guises.
Les difficultés étaient moindres. Marie venait de mourir et Philippe, devenu veuf, espérait peu épouser sa sœur, qui succédait; il insista moins pour Calais. Non- le -ardâmes, et les Trois Kvêchés. Toutefois à la très dure condition de renoncer à l'Italie, en rendant le Piémont, non seulement le Piémont, mais la Savoie et plus que la Savoie, le Bugey (l'Ain), de sorte que le duc de Savoie se trouva avancé jusqu'à dix lieues de Lyon. Gardant Calais, nous nous fermons au nord, mais pour nous ouvrir au midi.
Les vieux qui se souvenaient de Cérisoles et de François Ier, de cinquante ans de guerre, faisaient la lamentable énumération des deux cents places fortes que la France rendait d'un trait de plume; — une autre place encore, les Alpes, la grande citadelle que Dieu a mise au milieu de l'Europe.
Deux petits débris italiens qui faisaient mine encore de vivre furent laissés là à leur destin, nos amis de Sienne et nos amis de Corse, abandonnés, livrés. Des Alpes a L'Etna, on n'entendit plus une baleine qui fit souvenir de la grande Italie.
On avait autre chose à faire. Montmorency avait hâte de rentrer, et Philippe II de le renvoyer; il ne souffrit pas qu'il payât sa grosse rançon de connétable, lui fit grâce, dit-on, de deux cent mille écus.
Mais les Guises non moins voulaient traiter. Le cardinal, d'accord avec Granvelle, sentait que les deux monarchies n'avaient d'ennemis que le protestantisme. Un rôle immense allait s'ouvrir en France au cardinal inquisiteur, au duc, chef populaire, épée des catholiques.
Philippe II devait épouser la fille du roi de France. Et celui-ci épousait l'Inquisition, désormais établie en France, aux Pays-Bas, partout. Cet article secret fut révélé à Guillaume d'Orange, l'un des ambassadeurs d'Espagne. Par qui? Par Henri même, qui le croyait instruit. Le Taciturne écouta, ne témoigna aucun étonnement, mais se le tint pour dit, et dès lors prit ses mesures. Il le déclare dans son Apologie.
Sous ces joyeux auspices, deux mariages allaient avoir lieu : sur-le-champ, le Dauphin épouse la jeune reine d'Ecosse, Marie Stuart (24 avril), et tout à l'heure le duc d'Albe va venir épouser pour son maître notre princesse Elisabeth.
Le mariage écossais, accompli malgré Diane et la reine, fut le sceau du triomphe des Guises. Ils firent écrire par l'épousée que, si elle mourait, elle donnait V Ecosse à Henri II; que, de son vivant même, la France aurait V usufruit de ï 'Ecosse jusqu'au remboursement de ce qu'elle avait avancé. Enfin elle signa une protestation contre les lois et constitutions de l'Ecosse
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qu'elle allai! jurer. Trois crimes el trois fautes. A quoi ils ajoutèrent la faute insigne de lui faire prendre les armes d'Angleterre, sûr moyen de lui rendre Elisabeth hostile, implacable et jusqu'à la mort.
Ils voulaient exiger dos Écossais, venus pour le mariage, les joyaux et la couronne d'Ecosse. Les ambassadeurs refusèrent, et le malheur voulut qu'ils mourussenl peu de jours après.
Le connétable était rentré. Le roi, sur son avis, dit-on. n'était pas loin de renvoyer les Guises.
Mais les Guises étaient un parti; ils avaient forée dans la persécution. Le cardinal reprit l'accusation contre le frère de Goligny, mais doucement, chrétiennement, pria le roi de l'inviter à rentrer en luimême. Il connaissait parfaitement la loyauté impétueuse du colonel général, l'orgueil irritable du roi. Henri était à table quand Dandelot, mandé, se présenta. Il lui rappela la nourriture qu'il avait eue chez lui et son affection, et lui reprocha quatre choses : la première, dénoncée par Guise, de ne pas aller à la messe ; la seconde, de faire prêcher chez lui; la troisième, d'avoir chanté au Pré-aux-Glercs; enfin, d'envoyer des livres hérétiques à son frère Goligny. Dandelot remplit les vœux du cardinal. Il dit au roi que son épée, sa vie, étaient à lui, son âme à Dieu. Sur cette réponse, nullement insolente le roi s'emporte, lui jette son assiette à la tête; elle vole au hasard, va blesser le Dauphin. Dandelot est arrêté, dépouillé de sa charge; on le force d'entendre la messe. Voilà les choses au point où
les Guises les voulaient, la persécution relancée.
Ce coup frappé sur la noblesse, les Guises en vinrent à la justice, entreprirent d'étouffer la sourde opposition qui se formait au Parlement. Le dernier mercredi d'avril, le procureur du roi invite ce corps à exercer sur lui-même l'espèce de censure mutuelle qu'on appelait mercuriale. Cette formalité ordinaire ici n'était plus rien de tel. C'était un vrai combat dont les Guises donnaient le signal.
Les deux sections du Parlement jugeaient dans un esprit contraire. L'une et l'autre avaient à craindre l'éclat de ce débat. La Grand'Chambre et la Tournelle avaient péché, chacune à leur manière, et tous arrivaient tète basse. La première, sans miséricorde, brûlait les protestants; mais, en revanche, elle venait d'absoudre le meurtre horrible du prêtre charitable tué aux Innocents pour avoir arrêté la fureur populaire. La Tournelle, au contraire, venait d'élargir quatre protestants condamnés par les juges inférieurs; un habile interrogatoire les innocenta malgré eux.
Yoilà donc en présence des juges diversement coupables d'avoir violé ou éludé les lois. Les présidents Le Maistre et Saint-André se présentaient à l'examen avec le sang versé aux Innocents et leur scandaleuse absolution des meurtriers. Les présidents Séguier, Harlay, se présentaient suspects de l'indulgent escamotage qui avait sauvé des martyrs.
La dispute devint interminable. Elle dura en mai et en juin. Elle pouvait tourner mal pour Le Maistre,
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qui était attaqué non seulement par «les protestants secrets, comme Dubourg, mais par des catholiques, austères jurisconsultes. Tel (et non protestanl me semble avoir été L'illustre Paul de Foix, homme do science profonde el d'affaires, qui, trente années durant, servit la France dans les plus difficiles missions, et, prêtre catholique, n'eut guère (ce semble) d'évangile autre qu'Aristote et Papinien.
la grande majorité du Parlement paraissait ralliée à un avis, la demande d'un libre concile, et, en attendant, l'indulgence. Si la mercuriale avait une telle issue, le coup ne portait pas seulement sur Le Maistre el les juges courtisans, mais sur la cour. 11 eût frappé les Guises au profit de Montmorency.
Le Maistre cria au secours. Le cardinal de Lorraine dit au roi que le Parlement était en révolte si le roi en personne ne comprimait le mouvement. Benri, ému et indigné, y vint (le 14 juin), ayant à droite, a gauche, ceux qui disputaient le pouvoir, le connétable d'un côté, et de l'autre les Guises. La scène fut sinistre, honteuse et laide, le garde des sceaux disant qu'on opinât en liberté, le roi ne disant rien et siégeant là comme un espion.
Les Guises avaient gagne d'avance : ils étaient sûrs que ces -raves personnages, défenseurs de la foi ou défenseurs de la justice, ne changeraient rien devant le roi et porteraient haut leur opinion. Des hommes, même timides, mis au-dessus d'eux-mêmes par la situation, trouvèrent de belles paroles. Séguier, Hailay, dirent que la cour avait bien jugé et conti-
nuerait. De Thou, père de l'historien, dit qu'il n'appartenait pas aux gens du roi de toucher aux jugements rendus, et que, pour l'avoir fait, ils méritaient le blâme de la cour. Paul de Foix paraît avoir abondé en ce sens. Les protestants, menacés spécialement, montrèrent un grand courage. Dubourg, parmi des choses hardies, dit celle-ci, naïve et touchante : « Croit-on que ce soit chose légère de condamner des hommes qui, au milieu des flammes, invoquent le nom de Jésus-Christ? »
On assure que l'élan des magistrats alla si loin qu'un d'eux, révélant tout à coup l'esprit qui sourdement commençait à couver, le démon du Contrun, dit le mot du prophète : « Roi, c'est toi qui troubles Israël. »
Le roi ne dit pas mot. Il consulta un moment les siens à voix basse, puis se fit apporter la feuille où les greffiers avaient écrit les opinions. Alors il éclata, et dit qu'il ferait des exemples. Il donna ordre, non à un chef d'archers, mais (chose inattendue!) au connétable, chef de l'armée, de descendre les gradins et d'empoigner les conseillers. Cette humiliation de Montmorency, du principal ami du roi, avait été sans doute conseillée par les Guises ; il leur était utile qu'il parût avec eux, subordonné à leur triomphe, isolé de son neveu, Dandelot l'hérétique, et du très suspect Coligny.
Montmorency avala cela et sauva sa fortune. Ce roi, jouet des rois, qu'en 1540 François Ier s'était plu à faire valet de chambre, Henri II le fit recors et archer.
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Il ne sourcille pas. 11 descend les gradins, cherche, choisit, saisit les hommes désignés, les ramène, les livre au capitaine des gardes. Ils furent jetés à la Bastille. Le Parlement resta anéanti. Avili sous ce règne par la vente des charges, recrute «les fils d'usuriers, il avait fort baisse. Mais, ce jour, il fut violé, son nerf brisé, au moment même où il aurait pu être utile. La France tout à l'heure va frapper à sa porte, demander aille à la Justice. La Justice est évanouie.
Montmorency eut le prix de sa bassesse. Les Guises ne purent empêcher qu'il n'emmenât le roi chez lui à Écouen. Mais d'Kcouen même ils tirèrent une violente lettre du roi au Parlement, où on lui faisait dire qu'il avait la paix maintenant avec l'Espagne, i[ue l'armée n'avait rien à faire, qu'il l'emploierait contre les luthériens.
Uarmée: c'était le connétable; les Guises, par cet acte, le compromettaient encore plus et le faisaient leur instrument.
Pendant que le Parlement, pour apaiser le roi, brûle un colporteur de Genève, la foule se porte à Saint -Antoine, au royal palais des Tourn elles, à l'église Saint-Paul, où le mariage d'Espagne va se célébrer.
Parmi ces sombres circonstances, on voulait régaler, amuser le duc d'Albe et la noble ambassade qui venait épouser Elisabeth au nom de Philippe. Les lices étaient sous la bastille, et sans doute vues dès prisonniers. Le roi. selon l'usage, fut au tournoi le premier des tenants, brilla tant qu'il voulut, et
tout était fini quand il lui vint la fantaisie de briser encore une lance contre ce capitaine des gardes qui mit Dubourg à la Bastille. C'était un homme jeune et fort, Montgommery. Il refusait, mais le roi insista. Un accident, très rare dans ces combats inoffensifs, arriva : un éclat de bois arracha la visière de son casque, et lui entra clans la cervelle.
Voilà la joie changée en deuil. La mariée, en noir, est épousée la nuit à Saint-Paul par le duc d'Albe ; la sœur du roi par le duc de Savoie, dans la chapelle des Tournelles, à deux pas de l'agonisant.
Si jamais coup parut frappé du bras de Dieu, ce fut ce coup sans doute. Les protestants le prirent ainsi. Une main, on ne sait laquelle, osa, sur le corps même, dans les tentures, mettre une tapisserie de saint Paul, où, terrassé au chemin de Damas, il entendait du ciel la foudroyante voix : « Pourquoi, Saiil, persécuter ton Dieu ? »
Un acte bien autrement hardi venait d'avoir lieu dans Paris, à l'insu de tout le monde. Appelons-le de son vrai nom qu'ignoraient ceux mêmes qui le firent : la république réformée.
Du 26 mai au 29, une assemblée générale des ministres de France avait eu lieu au faubourg Saint- Germain. Pendant ces violentes disputes du Parlement, au milieu des bûchers, au sein d'un peuple furieux qui massacrait jusqu'à des catholiques suspects de tolérance, ces hommes intrépides, de toutes les provinces, vinrent siéger en concile. Dans leur gravité forte, ils écrivirent leur foi, leur discipline,
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et Tarte de naissance de la démocratie religieuse. D'où on vint la première pensée? de Paris? de
Genève? Elle sortit surtout de la nécessite. L'immense développement souterrain ({n'avait pris la Réforme, cette foule d'églises nées de l'inspiration
spontanée ou des missions, dans une cave, une un bois, nue lande solitaire, c'était la divermême; peu en rapport entre elles, elles différaient, sans le savoir, d'organisation et de discipline. Choudieu, ministre de Paris, fut envoyé par son tu synode de Poitiers. Il y porta (on y trouva7 l'idée d'établir un accord entre les églises de France. Le rendez-vous fut donné à Paris, au volcan même de la persécution. Le faubourg Saint-Germain, que l'on commençait à bâtir hors de la ville, offrait quelques retraites à la mystérieuse assemblée.
Pour la discipline, comme pour la foi, on eut en vue de renouveler la primitive église, telle que Genève ait la reproduire. « Nulle église au-dessus des autres. Deux fois par an s'assemblent les ministres, chacun amenant un ancien et un diacre. Le ministre nouveau, qu'élisent les anciens et les diacres, est présente au peuple pour lequel il est ordonné. S'il y a opposition, elle sera jugée en consistoire, ou en synode provincial, non pour contraindre le peuple à recevoir le ministre élu, mais pour justifier ce ministre. »
Voilà la base républicaine de l'Église de France, vraiment républicaine alors; car en ces commencements les électeurs (anciens et diacres) sont eux-mêmes élus par le peuple.
Tout cela calqué sur Genève; mais combien différent, en résultat, quand on le transportait de la petite ville au royaume de France, à cet empire immense que la Réforme allait se créant aux Pays-Bas, et en Ecosse, en Angleterre, bientôt en Amérique!
Combien plus différent encore quand, d'une ville d'asile et d'école, fermée et protégée, la République réformée passait dans l'aventure, sur ces vastes champs de bataille, aux hasards de la guerre civile!
La distinction du monde spirituel où cette Eglise espérait se tenir durerait-elle d'une manière sérieuse? Le glaive de la parole et de l'excommunication, le seul dont elle voulût s'armer, serait-il suffisant? Les tyrans de la terre en sentiraient-ils la pointe acérée? La défense du peuple, l'impérieux devoir de défendre les faibles ne forceraient-ils pas de prendre un autre glaive? La réforme républicaine deviendrait-elle la république armée?
Oui, répondait l'Ecosse. Non, répondait la France, s'efforçant encore d'obéir à la tradition genevoise et de rester fidèle au vieil esprit d'obéissance recommandé par le christianisme.