M OUI M FRANÇOIS II ET CHUTE DES GUISES
Ghàtillon, Les dégrader par la main du roi même, les faire mourir comme hérétiques.
Projet désespéré, mais non invraisemblable. J'en juge par la ressource uon moins extraordinaire qu'ils cherchèrent en octobre dans une somme tirée violemment de leurs partisans même, du clergé de Paris. Elle devait être payée par l'évêque et les grands abbés en six jours. On leur envoyait pour huissier et pour garnisaire un conseiller du roi, qui devait attendre la somme, séjournant ù leurs frais, pouvant saisir leur temporel, poursuivre leurs officiers et receveurs, vendre leurs biens, sans forme de justice. Que si, avant tout cela, ils tardent de payer, ce conseiller cm mènera l'évêque, les grands abbés et leurs chapitres, qui resteront avec le roi, le suivront, à leurs frais, jusqu'à l'entier paiement. (Saint- Germain. 7 octobre 1560.)
Qu'auraient fait de plus les réformés? L'embarras fut extrême. Mais le clergé ne vendit pas un pouce de terre. Il aima mieux engager les reliques.
Un coup si violent, si révolutionnaire, frappé sur les leurs mêmes, donne à penser sur ceux dont ils auraient frappé leurs ennemis. Pour subir de telles choses, le clergé dut attendre des résultats définitifs. Si Navarre et Gondé périssaient en effet, leur mort eût commencé dans les provinces une Saint-Barthélémy, comme celle que le Savoyard, au moment même, à l'aide de nos troupes, exécutait sur les Vaudois.
Les deux frères, le roi et le prince, n'en croyaient pas moins de leur honneur de venir à ces Etats qu'ils
avaient demandés. Ils avaient manqué l'assemblée de Fontainebleau; pouvaient-ils manquer celle-ci? La seule question était de savoir s'ils y viendraient en armes. Leurs femmes, ardentes protestantes, la reine Jeanne d'Albret et la princesse de Gondé, les priaient, conjuraient, de se laisser accompagner. Dans tout le Midi et l'Ouest, une grande cavalerie protestante s'était levée d'elle-même, d'elle-même réunie à Limoges; elle brûlait d'aller parler aux Guises et de les voir de près. Elle se payait et se nourrissait, et ne voulait des princes que l'honneur de leur faire escorte. Mais les Guises tenaient déjà par ses conseillers le roi de Navarre; ils le tenaient par une demoiselle de la reine mère dont il était amoureux. Il s'ennuyait fort à Nérac près de Jeanne d'Albret, malgré les prêches assidus dont on le régalait. Il avait hâte d'échapper à sa femme. Gondé aussi, très vraisemblablement, suivait un même attrait; tous les avis de son ardente épouse lui faisaient moins d'impression que les plaisirs faciles de la cour de la reine mère. Rien de plus futile que ces deux frères, vrais papillons, nés pour donner droit dans la flamme et se brûler à la chandelle.
Catherine n'ignorait pas certainement l'appeau grossier des Guises ; on se servait d'une fille à elle pour amener les princes à la catastrophe qui l'eût annulée elle-même. Elle versa des larmes quand ils entrèrent dans Orléans, et pourtant elle était tellement dépendante, tellement obsédée, dominée par Marie Stuart, qu'elle ne risqua pas un mot pour les sauver.
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Du moment que les princes eurent renvoyé La formidable escorte qui eût voulu les suivre, les
caresses, les honneurs, dont les amis des (luises les entouraient, cessèrent. Personne ne vint plus ;ï leur rencontre. La route fut morne et solitaire. Mais il n'y avait plus à reculer; ils avançaient toujours vers l'abattoir.
Les Guises avaient concentré toute une armée dans Orléans, infanterie, cavalerie et canons, les vieilles bandes surtout, endurcies et féroces, qui avaient fait les guerres sans quartier d'Ecosse et d'Italie. Race de dogues, ignorée jusque-là, mais propre à cette époque, et soigneusement choyée des Guises. Le type, c'est Tavannes, sanguin et furieux Bourguignon, c'est le bilieux Gascon Montluc, homme de guerre, mais aussi de massacres, qui ont eu soin de raconter leurs crimes.
Nu- étourdis, entrés dans Orléans, passèrent entre d.-ux tiles de ces soldats des Guises, qui riaient d'eux et s'apprêtaient à rire davantage à l'exécution. On ne daigne leur ouvrir la porte du palais. Admis par le guichet, ils montent, trouvent Catherine en larmes, le pâle petit roi qui joue son rôle de colère, et les arrête. Navarre reste au logis du roi sans savoir s'il est libre, mais entouré et observé. Gondé, qu'on craignait plus, est jeté dans une maison à fenêtres grillées, qu'on change tout à coup en tombeau, l'entourant en deux jours d'un fort de briques, avec triple rang de canons qui montrent la gueule à trois rues.
Navarre était si peu de chose, et tellement captif en tous sens, lié. livré par sa maîtresse, et sans autre foi que la sienne, qu'il eût abjuré de grand cœur, se fût fait catholique ou turc; il n'était pas aisé de le tuer, à moins de simuler une querelle, où François II l'eût tué pour se défendre, comme l'empereur Valentinien assassina Aétius. Pour Condé, une commission du Parlement devait l'expédier, sa mort déjà fixée au 26 novembre, et les bourreaux mandés.
Une seule chose eût pu retarder, c'est qu'on attendait Goligny. Il s'était mis en route, voulant, disait-il, confesser sa foi, mourir, s'il le fallait, avec le prince de Condé. Peut-être aussi plus sagement crut-il gagner du temps et prolonger la vie clu prince, en faisant espérer aux Guises d'envelopper tous leurs ennemis dans une mort commune.
La mort au nom d'un mort. François II arrivait à la solution prévue. Dès longtemps, les Guises euxmêmes, qui avaient tant d'intérêt à sa vie, disaient que tous les Valois étaient pourris, que cette race était lépreuse, et qu'il faudrait bientôt changer de dynastie. François avait seize ans et dix mois. Sa belle épouse en avait près de vingt. C'était une forte rousse et fort charnelle; son oncle, le cardinal, qui nous la peint charmante dès l'enfance, ne lui connaît de défaut que de trop manger. Cette personne puissante, violente, absorbante, devait user l'enfant. Le duc d'Albe dit expressément « qu'il mourut de Marie Stuart ».
Dès longtemps il avait la fièvre. Le 16 novembre, il
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tâcha encore de faire Le gaillard ei alla à La chasse. Il revint avec une grande douleur à la tête; un abcès s'était déclaré; un flux d'oreille survint, puis la gorge parut gangrenée.
Les Guises désespères voient les têtes des princes
leur échapper el pourtant n'osent accomplir l'assassinat. Chose qui peint ces héros de la ruse, ils avaient t'ait signer du Conseil l'ordre d'arrestation, et euxmêmes n'avaient pas signé.
Le roi mourait. Mais ils avaient une armée dans les mains. Ils tentent d'intimider, gagner la reine mère; ils lui offrent la régence et tout, pour qu'elle couvre de son nom les deux meurtres dont ils ont besoin.
Elle se garda bien de refuser, mais demanda à se consulter un peu, espérant que son fils mourrait et qu'elle serait régente sans eux. L'Hospital, créé par les Guises, vint la conseiller, mais contre eux. ('.«'pendant François expirait (5 déc. 1560), et le pouvoir des Guises aussi. Ils avaient tout à craindre. Le tuteur naturel du jeune roi âgé de dix ans allait être le roi de Navarre, à qui ils voulaient couper la tête. Si la France le saluait régent, que leur serviraient Orléans et leur petite armée?
Catherine leur fut très utile pour attraper ce pauvre prince. Elle le lit amener, et d'autre part les Guises. Elle lui fit accroire qu'il était encore en péril, lui fit promettre qu'il serait leur ami, qu'il leur laisserait leurs charges, et qu'il refuserait la régence pour la • T à Catherine.
Et que lui donnait-on a cette dupe?
Pampelune et la Navarre, dont on allait bientôt obtenir pour lui la restitution de Philippe IL
De plus, le cœur de sa maîtresse et les caresses d'une fille. L'idiot jura tout, baisé, livré, tondu des ciseaux de sa Dalila.
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