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CHAPITRE XII

Mort de François II et chute des Guises. (1560.)

Le 31 mars et le 12 avril, les Guises firent au nom du roi deux apologies de l'affaire d'Amboise, l'une envoyée au Parlement, l'autre au roi de Navarre. Ils réduisirent les tailles, et créèrent chancelier un homme connu pour modéré, L'Hospital, chancelier de la sœur d'Henri II, Madeleine, récemment mariée au catholique duc de Savoie, mais qui tenait à Nice sa cour dans un tout autre esprit.

Changement subit, inouï, incroyable! Disons mieux, défaillance étrange1 des Guises. Le cœur manqua, ce semble, au cardinal de Lorraine; la girouette tourna; la violence fit place à la peur.

Non sans cause. Dans les murs même d'Amboise, et parmi les supplices, contre les Guises venait de se former le tiers parti.

Observons-en bien la naissance. Ceux qui, par devoir ou hasard, se trouvèrent au fatal château dans ce

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moment d'horreur, les Ghâtillon spécialement, en désapprouvant la révolte, cherchèrent inquîètemenl par où l'on contiendrait les Guises.

Le jeune roi, âgé de dix-sept ans, nerveux et maladif, avait été d'abord fort ému de l'affreux spectacle. 11 en avait pleuré, disant toujours : « Hélas! qu'ai-je denr fait à mon peuple? » — Puis entendant les condamnés n'accuser jamais que les Guises, il en avait l'ait la remarque, comprenant très bien que l'entreprise n'était nullement, comme on le lui disait, dirigée contre lui.

Cette faible et pauvre volonté ne s'appartenait pas. Deux femmes se la disputaient, sa mère, sa jeune épouse. De quel côté pencherait-il ? Cette grande question, décisive pour la France, était toute dans la chambre à coucher. Jeune et malade, il avait bien ses faiblesses natives pour sa mère et nourrice. Mais qu'était tout cela contre un mot de Marie Stuart?

La mère, plus que prudente, et n'osant même souffler devant les Guises, avait cependant pris parti dans l'amnistie accordée le 2 mars. Le messager royal qui porta l'acte au Parlement y ajouta ce mot : Que le cardinal de Lorraine demandait qu'on attendît quatre jours et qu'on fit des processions clans Paris, mais que la reine mère engageait à enregistrer $<ms attendre.

Voilà la première et timide révolte de Catherine.

Elle intervint, et avec beaucoup d'insistance, pour que l'on sauvât Castelnau, apparenté à maintes grandes familles, qui, disait-elle, ne pardonneraient jamais sa mort. D'autres, surtout les Châtillon, prièrent aussi

pour lui. On poursuivit les Guises de prières et de caresses jusque dans leur chambre. On ne tira du cardinal qu'un mot : « Il mourra, et personne ne viendra à bout de l'empêcher. »

Je ne vois point que la jeune Marie Stuart, alors toute-puissante, se soit jointe à sa belle-mère. Elle avait été élevée par le cardinal de Lorraine, et ne faisait qu'un avec lui. Les lettres de sa plus tendre enfance, qui témoignent d'une précocité d'esprit extraordinaire, montrent aussi combien elle naquit violente et dure. Elle y félicite sa mère des exécutions qu'elle faisait en Ecosse : « Vous avez très bien fait de ce que voulés faire justice; ils en ont bon besoin. » (Labanoff, I, 6.)

Élevée, dès l'âge de six ans, par sa belle-mère Catherine, qui la faisait coucher près d'elle à côté de ses filles, à peine fut-elle reine qu'elle devint son espion, mais ouvertement, sans pudeur ; elle se fît, à dix-huit ans, gouvernante et surveillante d'une femme de cinquante ans qui lui avait servi de mère, abusant de ce que l'audace et l'insolence lui donnaient d'ascendant sur cette personne fine et rusée, mais vile, tenue toujours très bas, lâche de nature et d'habitude.

Choquant spectacle ! de voir la vieille qui tremblait sous la jeune! de voir déjà en cette créature comblée de tous les dons, et qu'on eût voulu adorer, le cœur ingrat, le vilain cœur des Guises et leurs bas instincts de police!

La situation de Catherine lui faisait regretter sans doute d'avoir, pour plaire aux Guises, reçu durement

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Montmorency. — D'autre part, les Ghâtillon, ses neveux, ne pouvaient avoir prise sur le jeune roi contre sa femme qu'au moyen de sa mère. Ils s'adressèrent à Catherine, exprimèrent le désir qu'elle prévalûl près de sou fils.

Qu'auraient-ils fait? Le roi de Navarre négociait avec l'Espagne, et pour plaire à l'Espagne, pour se laver de l'affaire de Gondé, égorgeait son propre parti !

Montmorency, les Châtillon, pensèrent sans doute qu'après tout cette Italienne, infiniment prudente et modcr.c. sans amis ni parti, serait heureuse de s'appuyer sur eux, de se régler par leurs conseils.

Le connétable agit dans ce sens et contre les Guises. Armé chez lui et cantonné à Chantilly, il voulut bien en sortir sur un ordre du roi pour expliquer au Parlement l'affaire d'Amboise. Il blâma la prise d'armes, mais non le mécontentement public, et spécifia qu'on n'avait attaqué que les Guises, les désignant ainsi comme la pierre d'achoppement, la cause de tous les embarras.

L'ambassadeur d'Espagne (qu'on croyait dirigé par les avis du connétable) offrit les secours de son maître, mais à qui? non aux Guises. Loin de là, il dit qu'on ferait bien de les écarter pour un temps.

Ce mot seul les tuait. Et au même moment leur fortune périssait en Ecosse. Philippe II se vengeait de leur duplicité. Ils sollicitaient son appui en France, et en Angleterre travaillaient pour se faire, à sa place, les chefs du parti catholique. Le roi d'Espagne pro-

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têgea la protestante Elisabeth, leur interdit de l'attaquer. Elle put à son aise envoyer des troupes en Ecosse et en chasser les Français. Les Guises ne désarmèrent Elisabeth que par l'intercession de Philippe II.

Donc voilà les deux faits qui dominent la situation : le tiers parti commence en Catherine, et les Guises ne se maintiendront qu'en devenant de plus en plus les serviteurs du roi d'Espagne, dont ils avaient eu jusque-là la folie de se croire rivaux.

Blessés ainsi au sein de leur victoire, ils étaient fort embarrassés de Gondé. Ils ne pouvaient guère l'élargir qu'en lui faisant excuse. On n'avait rien trouvé clans ses papiers. Il était en mesure de les menacer à son tour. Lui-même avait besoin d'une bravade pour se relever, après le triste rôle qu'il avait joué, son mensonge palpable et le reniement de ses amis. Il risqua un outrage aux Guises.

Le mot de Gastelnau qu'un bourreau ri était pas un prince, indiquait ce qu'il fallait dire. Gondé, dans le Conseil, déclara que ses ennemis qui le prétendaient chef de la conjuration avaient menti, qu'il était prêt à mettre bas son rang de prince, pour, les haussant à son niveau, les combattre, leur faire avouer qu'ils étaient poltrons et canailles. Cela dit, il sortit, les ayant d'un mot dégradés.

Cela leur fut amer. Ce nom de princes, fort longtemps disputé, laborieusement établi, mais si justement contesté à des bourreaux couverts de sang, ils le revendiquèrent bien vite. Guise se leva, et dit que.

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me parent du prince, s'il y avait combat, il avait

droit d'être son second.

Voilà ce mot qu'on a défiguré.

Gondé se trouva libre. Mais Catherine De L'était pas. Les Guises sentaienl bien que leur péril dès lors était en elle, ei la gardaienl à vue. Son garde et son geôlier, c'était sa tendre fille, Marie Stuart, qui ne pouvait s'arracher d'elle, ne la quittait d'un pas. On savait que, sous main, dans les rares échappées qu'elle avait eues, elle adressait de bonnes paroles aux réformés. Une fois, elle avait cru pouvoir se ménager un moment d'entrevue avec Régnier de La Planche, l'illustre historien prolestant. On le sut à l'instant. Catherine jura qu'elle n'avait voulu que trahir La Planche, le faire parler devant les Guises, lui faire livrer les secrets du parti. Et, en effet, elle cacha le cardinal de Lorraine de manière à pouvoir l'entendre. Elle l'écouta longuement, puis le fit arrêter. Elle ohtint cependant qu'il sortit quatre jours après.

Il en fut de même d'une adresse que les réformés lui firent remettre par un jeune homme à son passage entre deux portes; cette pièce fut saisie à l'instant dans les mains de la reine mère par sa belle-fille, et portée aux Guises. Catherine, lâchement, abandonna l'homme en péril; mise en face de lui, elle lui reprocha de lui avoir remis un pamphlet qui l'attaquait ellemême. « En quoi? dit-il. — En attaquant MM. de Guise, avec qui nous ne faisons qu'un. »

Le plus bizarre de la situation, c'est que le cardinal de Lorraine, inquiet de cette popularité de Catherine,

imagina de lui faire concurrence auprès des protestants. Deux mois après Amboise, ayant à peine lavé ses mains sanglantes, il veut conférer avec eux, les appelle, les accueille, dispute amicalement.

C'est lui qui avait appelé L'Hospital, créature d'Olivier, légiste homme de lettres, et grand faiseur de vers latins, panégyriste facile des grands, à la mode italienne. C'était un homme absolument inconnu de la magistrature, et qui avait cheminé sous la terre. Personne ne devinait qu'il fût très honnête et très bon, excellent citoyen. Il était fils d'un médecin, d'un proscrit qui avait suivi le connétable de Bourbon. Il avait longuement vécu en Piémont. Le malheur et l'exil l'avaient fort aplati; au dehors seulement, car le cœur était admirable. Plus que sage et plus que prudent, il était secrètement favorable aux réformés, et pourtant le cardinal de Lorraine le croyait son homme. D'Aubigné assure qu'il avait donné, comme sans doute une infinité de gens inconnus, sa petite contribution d'argent aux conjurés d' Amboise.

Dans ce moment les Guises étaient entre l'enclume et le marteau. D'une part, Philippe II les pressait d'acquitter le vœu d'Henri II et d'accepter l'Inquisition. D'autre part, ils auraient voulu calmer le parti réformé, qui partout se montrait en armes. L'Hospital, déjà chancelier (sans avoir encore sa nomination), leur fit habilement le bizarre édit de Romorantin, un édit à deux faces, indulgent et sévère. Il donnait aux évoques le jugement d'hérésie. Nulle peine indiquée que la mort. Voilà pour le sévère et ce qu'on

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munirait à l'Espagne. Mais, d'autre part, les Parlements ne jugeanl plus, et la morl ne pouvanl être prononcée par l'Eglise seule, Les protestants n'avaient à craindre que les punitions canoniques.

Cependant Coudé, de retour près de son frère, l'avait ramené an connétable, aux Ghâtillon. Tous ensemble exigèrent les États généraux. Les Guises n'osèrenl s'y opposer. Seulement ils rusèrent, en l'aisanl seulemenl nue assemblée de notables, intimidant Navarre, l'empêchant d'y venir. Montmorency vint seul, mais avec ses neveux et une armée de gentilshommes. (Fontainebleau, 21 août 1560.)

Les deux partis obtinrent ce qu'ils voulaient. Coligny dit que, sur l'ordre de la reine mère, il avait vu la Normandie, et qu'il en rapportait une adresse des réformés pour obtenir la tolérance. « Par qui signée? dit-on. — Par cinquante mille hommes de Normandie, si vous voulez, demain. » On disputa, mais on promit la tolérance provisoire, et les États généraux, qu'exigeait aussi Goligny.

En revanche, les Guises se donnèrent à euxmêmes, au nom du roi, l'indemnité complète, la plus blanche innocence, pour tous leurs actes de finances et de guerre.

L'édit pacificateur est du 26 août. Et le 27 , le connétable étant à peine en route pour retourner chez lui, les Guises mettaient à la Bastille un complice du connétable qui, d'accord avec lui et d'autres, écrivait au roi de Navarre pour l'engager à faire mourir les Guises, dont les États auraient ordonné le procès.

Tout cela, disait-on, se lisait dans des lettres qu'on prit sur un messager.

C'était déjà la guerre civile. Et elle éclatait de toutes parts.

Dans le Midi, le parti protestant, tout au contraire de ce qu'on attendait, eut pour lui les meilleures épées, des hommes redoutables qui sont restés célèbres. En Provence, Mouvans, avec une poignée d'hommes, embarrassa, déconcerta, et le gouverneur de la province, et le vieux Paulin de La Garde, fameux par ses campagnes avec les forbans turcs et pour le massacre des Yauclois ; ce héros des galères fit très mauvaise contenance devant un vrai héros.

En Dauphiné, plus tard dans le Gomtat, commençait ses campagnes l'intrépide et cruel Montbrun.

Un échappé d'Amboise, Maligny, avait entrepris pour le roi de Navarre une affaire aussi grave peutêtre que celle d'Amboise : c'était de prendre Lyon. La chose ne manqua que par la lenteur et l'hésitation de ce malheureux Navarrais, qui, comme à l'ordinaire, par peur ou par conseil des traîtres, défendit de rien faire et faillit ainsi faire périr ceux qui s'étaient tant avancés.

Saint-André assura Lyon pour les Guises. Leurs lieutenants reprirent le dessus en Provence et en Dauphiné, à force de bonnes paroles et de serments que suivaient les massacres. Les Guises se trouvaient forts par leur défaite même d'Ecosse. Les vieilles bandes leur étaient revenues. Ils crurent pouvoir jouer quitte ou double, attirer Navarre et Gondé, les

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