LA SECONDE GUERRE CIVILE
ils l'aident. Au grand inquisiteur Pie IV succède rand inquisiteur Pie \ , Le pape de la Saint-Barthé •
lemyj qui, toute sa vie, la prépara, quoiqu'il n'ait pu la voir. Les lettres de Pie V aux: souverains se résument en un mot (le mot qu'il dit aussi aux soldats qu'il envoie en France) : a Tue:- tout. » C'est lui qui tout à l'heure négociera l'assassinat d'Elisabeth.
Mais ce qui n'aide pas moins le duc d'Albe, ce sont les rapports de police qui viennent des Pays-Bas, les furieuses délations des inquisiteurs de bas étage qu'on envoi' a Philippe IL Ce profond politique reçoit, lit cela. Espions et contre-espions, police contre police, c'est toute sa science. Il n'a foi qu'aux derniers des hommes. Lisez (coll. Gachard) la longue liste de ces coquins. Le premier à qui il remet l'Inquisition des Pays-Bas, un Van (1er Hulst, plus tard est condamné comme faussaire. Chez sa sœur Marguerite, si iidèle et si dépendante, un ministre lui sert d'espion. Un grand seigneur espionne les chevaliers de la Toison d'or, etc.
Le mieux venu de ces espions, c'est naturellement le plus menteur, le plus atroce et le plus fou, un frère Lorenzo, Andalous, d'une verve furieuse, affreux Figaro de massacre, qui se joue de cette imagination malade par cent contes insensés.
J'ai sous les yeux un excellent dessin qui donne le vrai Philippe II (Panthéon). Figure péniblement grimée d'un commis soupçonneux, prisonnier volontaire, qui, dans sa vie de cul-de-jatte, ne voyant le monde qu'a travers sa paperasserie, sera constamment dupe
à force de défiance. Figure pleine de mauvais rêves, cruellement Imaginative ! Il ira loin ! On lui fera tout croire.
Le contre-coup de l'Espagne se sent en France. Dès février 1564, Philippe II y agit comme aux Pays-Bas. Une ambassade impérieuse enjoint à Charles IX d'accepter les décrets du concile cle Trente et de révoquer les grâces octroyées aux rebelles.
Réponse vague. Mais on obéit. La mère et le fils se mettent en route pour la frontière d'Espagne, voyageant lentement, constatant sur la route leur bonne volonté catholique. Le jeune roi trace des citadelles pour contenir les villes et maîtriser les protestants. En deux édits (de Lyon et Roussillon), on interdit aux gentilshommes de recevoir personne à leurs prêches de châteaux. Défense aux protestants de faire des collectes, d'assembler des synodes. On les annule comme parti, et comme résistance. C'était les livrer désarmés aux catholiques qui armaient.
La reine mère, qui parlait à merveille, expliquait sur la route aux envoyés du pape et des princes italiens la beauté de son plan pour amortir le calvinisme et l'exterminer tout doucement. L'Espagne était plus impatiente. Pendant que Philippe II envoie le duc d'Albe à Bayonne avec sa jeune femme Elisabeth pour animer Catherine, il reçoit à Madrid le crédule comte d'Egmont, par lequel il espère tromper les Flamands. Les faveurs pécuniaires que demande ce grand seigneur lui sont toutes accordées. Il part ravi de cet accueil, si charmé de l'Espagne qu'il trouve
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gaies, riantes, les bâtisses de L'Escurial. Pauvre tête, ébranlée déjà, et qui ne tienl guère aux épaules [avril 1565 .
Son bourreau, le duc d'Albe, est à Bayonnc (juin pour endoctriner Catherine. On sait son mot brutal : « Un bon saumon vaut cent grenouilles. » C'est la traduction du mot que j'ai cité : « Couper la tête aux grands. »
La nouveauté du jour, les bergeries espagnoles qui succédaient aux Amadis, les idylles de Boscan et de Montemayor, imitées par Ronsard, charmèrent l'entrevue de Bayonne, Les chants des nymphes et des bergères couvrirent l'entretien à voix basse de Catherine et du duc d'Albe, discutant la Saint-Barthélémy.
La seule objection de Catherine, c'est que les choses n'étaient pas assez mûres. Coudé semblait perdu. Il fallait perdre Goligny, le montrer faible et versatile ; c'est ce qu'on essaye à Moulins. Le roi ordonne une réconciliation. L'amiral, sommé au nom de la paix, au nom de l'Évangile, ne peut reculer. Il lui faut embrasser les Lorrains. Mais le jeune Henri de Guise n'embrasse pas. Deux choses à la fois sont atteintes. Coligny est affaibli dans l'opinion, et la vengeance est réservée.
La France suivait l'Espagne pas à pas. Philippe II, si impatient, est obligé encore cette année (1566) de ruser, de mentir. Sa lettre du 12 août à Rome explique parfaitement sa pensée. C'est l'exemple le plus illustre que donne l'histoire du distinguo casuistique et de la restriction mentale. Il promet le pardon aux Pays-Bas,
c'est vrai, mais le pardon du roi d'Espagne, et non pas le pardon de Dieu. Le roi rassure, apaise, tranquillise. Mais cela n'empêche pas que Dieu, par le duc d'Albe, ne ramasse une grosse armée de toute nation, et ne la mène au sac des Pays-Bas. C'est Dieu encore, et non le roi, qui tout à l'heure surprend ces Flamands pardonnés, et coupe le cou à vingt mille hommes sur les places d'Anvers et Bruxelles. Le pape Pie V en pleure de joie.
Quand cette armée du duc d'Albe, cette horrible Babel de bourreaux espagnols et de sodomites italiens, passa les Alpes, rasa Genève et côtoya la France, il y eut partout une grande terreur. Les protestants couvrirent Genève, et trouvèrent bon que Catherine levât des Suisses pour se garder du duc d'Albe. Mais ces Suisses n'allèrent pas au nord; ils restèrent au centre, et l'on vit qu'ils allaient au contraire servir contre les protestants (août 1567).
Quatre années de cette funeste paix avaient bien empiré la situation de ceux-ci. Les villes n'avaient plus de prêches, et, sous la terreur des confréries, elles n'osaient aller aux prêches des châteaux. Les châteaux solitaires n'étaient plus une protection. On allait donc, dans la guerre qui s'ouvrait, avoir à traîner des familles, des dames délicates, des nourrissons au sein. Guerroyer avec ce cortège dans ces rudes campagnes d'hiver, où le ciel même faisait la guerre, pluie, neige et glaces, âpres frimas, où la jeune famille n'aurait plus de foyer, de toit, que le manteau des mères !