LÀ SECONDE (.UERRE CIVILE
Tous aussi portaient tête basse aux réunions qu'on lit chez l'amiral. Celui-ci avait jusque-là retenu cl calmé les autres. Et, cette fois encore, il établit que le plan de la première guerre ne ferait rien et perdrait tout. Que faire donc? Le plus prudent devint le plus audacieux. 11 proposa... i le s'emparer du rot.
On a brûlé le livre (inestimable, regrettable à jamais) où Coligny racontait cette histoire. Mais nous avens son testament. Il y jure devant Dieu qu'il n'a jamais agi par haine ni ambition, jamais agi contre le roi.
Je crois qu'il fut très éloigné des vues secrètes de ceux qui eussent voulu donner la couronne à Condé, et qui lui frappaient des médailles, avec ce mot : Roi des fidèles.
Je crois qu'à son insu ce grand, homme, de plus en plus, profitait des leçons de Knox et des exemples de l'Ecosse; que, dans son cœur, le droit et la justice, la pitié de tant de malheurs, introduisaient, fondaient les doctrines de la résistance ; que la royauté, représentée par la vieille Florentine, avec son troupeau de filles, les Gondi, les Birague, les empoisonneurs italiens, que la royauté, dis-je, lui semblait moins sacrée; qu'enfin, en lui, comme en bien d'autres, croissait la pensée du Contrun.
Bible ou Antiquité, Brutus contre César, ou Élie contre Achab, peu importait la route. Mais, par l'une eu par l'autre, les hommes les plus graves y marchaient.
L'héroïque petit livre du jeune La Boétie, Bible
républicaine du temps, le Contrun, tant loué, admiré de Montaigne, avait été écrit vers 1549 et ne fut imprimé qu'en 1576. Mais son esprit courait partout.
La seule difficulté pour prendre le roi, qui n'avait pas encore ses Suisses, c'était de garder le secret. Il fallait pourtant mander d'avance la noblesse éloignée et lui donner le temps. La cour fut avertie. Un des Montmorency fut envoyé chez Goligny à Ghâtillon, et le trouva en bon ménager, qui faisait ses vendanges. On se rassura ; le connétable se moquait des donneurs d'avis; et si obstinément, que l'on fut presque pris. Les Suisses arriveraient-ils à temps ? il fallait gagner quelques heures. Les Montmorency y servirent. Le connétable avait deux fois jadis sauvé Guise et perdu la France. Son fils aîné rendit le même service. Lié naguère avec les protestants, mais alors refroidi et brouillé môme avec Gondé, il l'amusa, lui fit perdre le temps. Les Suisses arrivent. Le roi se met au milieu de leurs lances.
Que pouvait la cavalerie contre ce bataillon massif? Escarmoucher, tirer des coups de pistolet. Grand étonnement du jeune roi, et fureur incroyable, qu'on tirât là où il était! Il s'élança plusieurs fois, le poing fermé, au premier rang. De moment en moment, les protestants pouvaient être joints par des renforts et écraser les Suisses. Le connétable escamota le roi, le déroba du bataillon, par un sentier le mit droit à Paris. Il arriva affamé, harassé, furieux de cette idée : quil avait fui!
Les protestants avaient deux mille hommes. Le