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LES NOCES \ ERME1LLES

qu'il était important que Mon Juan d'Autriche, L'Espagne, l'armée espagnole, qui d'Italie nous menaçait, ignorassent le départ de nos troupes pour les Pays- Bas.

Le massacre pouvait-il se faire sans le roi, malgré lui, par l'audace des Guises, appuyés d'un si fort parti? Je dis hardiment oui^ on pouvait soulever Paris et tenir le roi dans son Louvre. Goligny avait peu de monde, six cents épées, le reste des valets.

Mais les Guises n'avaient de chef que ce jeune homme de vingt ans qui avait si peu brillé à la guerre. Le très prudent cardinal de Lorraine avait pris le chemin de Rome. La vraie tête des Guises était une femme italienne, Anne d'Esté, la mère d'Henri de Guise, hésitante certainement par instinct maternel.

Parti de feu, tête de glace. Pour suivre son parti et hasarder l'exécution, le jeune Guise voulut un ordre de l'autorité, sinon du roi, au moins du lieutenant du roi, qui était le duc d'Anjou.

Jamais Anjou, jamais sa mère n'auraient pris ce courage. Ce fut Goligny qui le leur donna, en les poussant au désespoir.

Nos envoyés dans le Levant et autres avaient écrit de longue date que le trône de Pologne allait vaquer. Ouverture vivement saisie de Charles IX pour éloigner Anjou. Catherine aussi, pour gagner du temps, fit semblant de le désirer. Mais, en juillet, voici la vacance de Pologne, voici une ambassade polonaise, voici l'insistance de Coligny qui veut chasser Anjou ou le faire expliquer. La chose est poussée à l'extrême

par un mot fort et décisif de l'amiral : « Si Monsieur, qui n'a pas voulu de l'Angleterre par mariage, ne veut pas non plus de la Pologne par élection, décidément qu'il déclare donc qu'il ne veut pas sortir de France. »

Henri d'Anjou était mis en demeure de résister en face à Charles IX, de dire franchement qu'il aimait mieux sa situation d'héritier qu'aucun trône du monde ; héritier d'un frère de son âge ; héritier futur, improbable , d'autant plus menaçant , pouvant être tenté de faire du futur un présent, de se garnir les mains, d'abréger ce frère éternel et de le mettre à Saint-Denis.

Charles IX sentait tout cela. Il pénétrait fort bien ce mignon de Catherine, avec ses airs de femme, bracelets, boucles d'oreilles et senteurs italiennes. Un trop juste instinct lui disait qu'en ce cadet, docile, doux et respectueux, il avait son danger, sa perte. Et c'était trop vrai en effet.

Dans un récit très vraisemblable, attribué au duc d'Anjou, il dit : « Comme j'entrai un jour dans la chambre du roi, sans me rien dire il se promena furieusement à grands pas, me regardant souvent de travers et mettant la main à sa dague, de façon si animeuse que je m'attendois à être poignardé. Je fis si dextrement que, lui se promenant et me tournant le dos, je me retirai vers la porte que j'ouvris, et, avec une courte révérence, je fis ma sortie, qui ne fut quasi aperçue que quand je fus dehors, et toutefois pas assez vite qu'il ne me lançât encore deux ou trois fâcheuses œillades. Je crus l'avoir échappé belle. »

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Btte frayeur du Bis [tassa augmentée à la mère. Dans 1»' récit que j'ai cité, le progrès de leur peur

marqué admirablement. Elle alla jusqu'à leur faire faire la démarche qui autremenl leur eût été la plus antipathique, une alliance avec les Guises.

lux-ci avaient besoin extrêmement de l'assassinat. Pourquoi? Parc que, Henri de (luise, leur héros, ayani tellemenl échoué à la guerre, il leur fallait un c<»up pour se relever.

Le crime fui débattu entre deux femmes. Catherine iil venir La veuve de François de Guise (alors duchesse de Nemours), la mère de Henri de Guise. Il n'y eut, avec le duc d'Anjou, que deux témoins, probablement Gondi [Retz] et Birague. On demanda à la veuve de Guise si elle ne voulait pas, ayant si belle occasion, exécuter enfin cette vengeance dont elle faisait bruit, qu'elle affichait depuis dix ans.

Mais maintenant que la question était vue de si près, la mère de Henri de Guise eût bien voulu que l'affaire se fit par les hommes du roi, ou de Henri d'Anjou. Elle proposa un Gascon, épée connue et sûre. Un le lit venir et causer. Mais le duc d'Anjou n'eut garde de le prendre. Il insista pour que cette vengeance de famille se fit par la famille, par l'homme qu'elle nçurrissait exprès, l'assassin patenté, Maurevert. En d'autres termes, sa prudence laissait tout sur le dos des Guises.

ix-ci réfléchirénl qu'après tout, ayant à commandement, outre leurs bandes personnelles, cette grosse ville, sa milice de cinquante à soixante mille hommes

contre les six cents gentilhommes de Goligny; ayant, par le duc d'Anjou, lieutenant général du roi, les Suisses royaux, tous catholiques, et la garde royale, ils étaient plus de cent contre un; que d'ailleurs, très probablement, il n'y aurait point de bataille; que, Goligny tué, tout se disperserait.

Donc ils prirent tout sur eux; ils fournirent l'assassin ; ils fournirent le logis d'où l'on devait tirer ; ils fournirent le cheval qui devait sauver l'assassin. L'intendant de Guise, Ghailly, alla chercher Maurevert et le logea chez le chanoine Villemur, ex-précepteur de Guise, au cloître Saint-Germain-l'Auxerrois. Ge fut des écuries des Guises qu'on tira un cheval d'Espagne, qui, sellé, bridé, attendit dans l'arrière-cour, près de la porte de derrière. Trois jours durant, derrière un treillis de fenêtre masqué de vieux drapeaux, se tint patiemment l'assassin, l'arquebuse chargée de balles de cuivre, appuyée et couchant en joue.

Cependant les noces de Navarre et de Gondé, qu'on maria aussi, continuaient. Des bals, des farces plus ou moins indécentes, remplissaient toutes les nuits, et le jour on dormait ; toute affaire ajournée, le roi perdu dans les amusements avec sa furie ordinaire; protestants, catholiques, tout mêlé et dansant ensemble. Cependant, dans ces fêtes folles, on distingue fort bien la malice du duc d'Anjou et sa griffe de chat. C'est lui, sa mère, les Italiens, qui, sans nul doute, se donnèrent le plaisir de ridiculiser le jeune paysan béarnais, d'en faire un sot devant sa femme,

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