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LES NOCES VERMEILLES

Tout cela Logé autour dos Guises, ou chez le clergé de Taris, les uns chez los chanoines, aux cloîtres Notre-Dame, Saint- Germain -l'Auxerrois; les autres chez Les moines, dans Les grands bâtiments des abbés princes, chez les curés enfin, où ils se trouvaient en rapport avec les gros bourgeois et les meneurs des confréries.

Ils se trouvaient ainsi groupés d'avance, ayant appui dans la population.

Au contraire, les protestants, gens du Midi et de l'Ouest, logeaient où ils trouvaient logis, étaient fort dispersés, comme perdus dans la grande ville. Quelques-uns cependant s'obstinèrent à rester dehors, au faubourg Saint-Germain.

Dans une situation si menaçante, Goligny oserait-il exiger de son jeune roi la chose redoutée des catholiques, la chose épouvantable qui marquait la victoire du protestantisme, les noces de Navarre, le premier mariage mixte entre les deux religions, la solennelle reconnaissance qu'un protestant est homme, et non un monstre, l'introduction hardie du petit prince de montagne, semi-paysan béarnais, dans l'alcôve du Louvre, dans le lit de la Marguerite, qui affichait très haut son mépris, son dégoût?

Rien n'arrêta l'homme de bronze. Il somma le roi île sa parole, et la lui fit tenir.

Les simples fiançailles (17 août) produisirent déjà une explosion dans Paris. Avec des hurlements terribles. L'armée desaboyeurs, déchaînée dans toutes les chair»-, cria que Dieu ne souffrirait pas cet exécrable

accouplement, que la colère du ciel allait tomber, qu'on verrait des torrents de sang.

Quels étaient ces prédicateurs de la Saint-Barthélémy? La première place entre eux est due certainement à l'évêque Sorbin, à l'évêque Vigor, qui la prêchait depuis douze ans. La seconde aux jésuites, le vrai poignard de Rome; Auger, l'un d'eux, fit à lui seul la Saint-Barthélémy de Bordeaux.

Mais le plus véhément de tous, un prêcheur de grande éloquence, plein de feu, plein d'esprit, puissant acteur, brûlant parleur, fut le cordelier Panigarola, dont nous avons les œuvres. C'était un jeune Milanais, un mondain effréné, connu par un duel douteux et fort sinistre d'où il sortit peu net, en ceignant le cordon de Saint-François. Pie V, le plus violent des papes, le plus fixe au massacre et qui en suit l'idée dans toutes ses lettres, ayant entendu Panigarola, crut que ce comédien terrible était l'homme même de la chose. Il fît pour lui ce que jadis on avait fait pour Loyola. Il l'envoya, comme étudiant, à Paris. L'étudiant ne fît qu'enseigner; sa chaire tonnante enseigna le massacre et professa l'œuvre de sang.

Les voix bruyantes de ces enfants perdus ne donnent pas le dessous des choses. Quels étaient ceux qui travaillaient Paris, qui informaient Bruxelles, qui donnèrent à l'Espagne la première nouvelle du massacre? Sans nul doute, ceux qui, dès 1560, sollicitaient l'assistance de Philippe II (Voy. p. 221). Parti riche, à lui seul énormément plus riche que le roi, la cour et le gouvernement, et qui les emportait légers comme

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une paille, qui entraînai! tout par l'argent, par La force

d'un patronage immense. Parti qui précipitait Guise et

niait par l;i concurrence d'Henri d'Anjou; parti

qui rassurait le dur d'Albe et lui promettait le massacre au plus tard pour le 24 août. (Morillon, Lettre du 10.)

Le roi même était menacé. Sorbin disait en chaire que, s'il faisait les noces, il en serait de lui comme d'Ésaii, que Dieu dépouilla de son droit d'aînesse pour le transférer à Jacob.

D'autre part, Coligny le tenait, ne lâchait pas prise. 11 agissait sur lui par l'honneur, par la confiance excessive et illimitée. Ayant rendu les places de sûreté, il avait tiré sur le roi (si le roi était gentilhomme) une lettre de change qu'il fallait payer ou mourir.

On disait de tous les côtés à Coligny qu'il se perdait en exigeant cela. Il répondait froidement : « Je suis assez accompagné si je n'ai affaire qu'à MM. de Guise. »

Charles IX, alarmé, fît venir au Louvre le chef de la famille, Henri de Guise, et, Coligny présent, pria et somma le jeune homme de se réconcilier sincèrement avec cet illustre vieillard, ce grand homme » heveux blancs, qui toujours avait protesté qu'il n'avait pas fait tuer son père. Henri, sans hésiter, donna la main à Coligny, et prouva ce jour-là sa endance maternelle, la parenté des Borgia.

On disait dans le peuple « que les noces seraient es », qu'elles n'auraient pas lieu, ou seraient

marquées d'un combat. Elles se firent paisiblement à Notre-Dame.

Charles IX affirma que le pape donnait la dispense, qu'elle allait arriver, et le cardinal de Bourbon n'osa plus résister. La cérémonie se fît sous le ciel, sur un échafaud magnifique qu'on avait dressé au Parvis. Marguerite, qui appartenait de cœur aux Guises et à son frère Anjou, s'obstina (dit-on) à ne pas dire : Oui, et ce fut Charles IX qui, d'un mouvement brusque, lui fit baisser la tête et consentir en apparence. Pendant la messe, Coligny et le roi de Navarre restèrent à l'Évêché. Après, ils entrèrent dans l'église. De Thou, alors enfant, vit et entendit Coligny, qui, voyant aux murailles les drapeaux de Jarnac et de Montcontour, disait : « Nous en mettrons d'autres à la place, plus agréables à voir », parlant des drapeaux espagnols.

Le miracle infaisable s'était fait cependant, et l'on s'était passé du pape. Le parti papal, espagnol, était poussé à bout. Dans son exaltation furieuse, la coterie des futurs Ligueurs dit, le jour même à Notre-Dame, aux protestants restés hors de l'église : « Vous y entrerez bientôt malgré vous. »

Le massacre était arrêté certainement, que la cour le voulût ou non. Du reste, la reine mère ne refusait nul acte préalable. Le soir des noces, on fit signer au roi une lettre aux gouverneurs, pour arrêter tout courrier ou tout autre qui passerait les monts avant six jours. Capilupi affirme que cette lettre fut envoyée à tous les gouverneurs, dans toutes les directions. On dut faire croire à Charles IX, à l'amiral peut-être,

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