‹ Œuvres complètesChapitre 66 sur 111 · MORT OH COLICNÏ 11 MASSACRE HU LOUVRE · texte numérisé non relu

MORT OH COLICNÏ 11 MASSACRE HU LOUVRE

la personne (l'Henri de Guise, passait pour aimer beaucoup le jeune prince el le gouvernail entièrement. Il

fui récompensé plus tard par nu riche mariage avec une bâtarde du cardinal de Lorraine qui avait, été -lève.' .-n Espagne près de la reine Elisabeth. Behme fut comblé des dons du roi d'Espagne, mais finit misérablement.

A.vec ces deux meurtriers, se trouvaient Sarlabous, le gouverneur du Havre, ex-capitaine de Goligny, qui venait tuer son chef pour constater sa foi de renégat.

Attin a raconté plus tard qu'ils avaient été interdits de trouver si extraordinairement tranquille un homme qui avait la mort devant les yeux. L'impression fut telle sur Attin que, revenu chez lui, plusieurs jours après, il restait blême et dans une sorte de frayeur.

L'Allemand Behme, qui s'était animé à lever la porte avec un épieu (et qui sans doute avait pris du cœur dans le vin), fut plus résolu que les autres. Il avança et osa dire un mot : il demanda ce qu'il savait très bien : « N'es-tu pas l'amiral? »

Goligny lui dit posément : « Jeune homme, tu viens

contre un blessé et un vieillard... Du reste, tu n'abré-

i- rien. » Faisant entendre que, malade, frappé de

la nature, il était mort déjà, hors de la main des

hommes.

Behme, avec un juron horrible, en reniant Dieu, lui

poussa dans le ventre cette bûche pointue, ce gros

eu qu'il avait dans la main. On dit que Goligny,

>mmé de la sorte par cette lourde bête, n'ayant

pas môme un coup d'épéè, sentit son cœur de gentilhomme, et, tombant, lui lança ce mot : « Si c'était un homme du moins!... C'est un goujat!... »

Alors Behme frappa, refrappa sur la tête. Et les autres, enhardis, vinrent lui donner chacun son coup. Guise était en bas à cheval dans la cour avec le bâtard d'Angoulême. Il cria : « Behme, as-tu fini ? — C'est fait! — Mais M. d'Angoulême n'en veut rien croire, s'il ne le voit. »

Behme alors, avec Sarlabous, prirent le corps par dessous pour le jeter par la fenêtre. Était-il, n'était-il pas mort? On ne le sait. Il se trouva, par le trouble des meurtriers, ou par je ne sais quel réveil de vie et de résistance, que le corps s'accrocha un moment à la fenêtre; cependant il tomba.

Ces assommeurs savaient si mal leur métier que, frappant à tort, à travers, ils avaient justement gâté ce qu'eût le mieux gardé tout sage bourreau, ce qu'on expose, le visage et la tête. Les deux grands seigneurs, descendus de leurs chevaux, avaient beau regarder. Cependant le bâtard « lui torcha la face », et écartant le sang, dit : « Ma foi, c'est bien lui. » Et il lui donna un coup de pied. Certains disent que Guise en fit autant, et lui donna du pied dans le visage.

Il y avait là aussi un Italien de Sienne, Petrucci, qui appartenait à Gonzague, duc de Nevers. Il coupa proprement la tête, et la porta au roi et à la reine, au duc d'Anjou. On l'embauma avec soin pour l'envoyer à Rome, qui depuis si longtemps et si instamment l'avait demandée.

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Au moment où L'assassinat fui su au Louvre, l'af-

e étant Lancée et toute hésitation désormais impos-

8, la cloche du signal sonna à la paroisse du

Louvre, Saint-Germain -l'Auxerrois. Ce ne fut que

Longtemps après, lorsqu'il était grand jour, qu'on sou ua la cloche du Palais au coin du quai de l'Horpour convier la ville au massacre.

Mais la ville était déjà avertie d'une autre manière. Coligny tué, la tète coupée, et « ce morceau de roi » ayant été porte au Louvre, on avait généreusement donné à la canaille les reliefs du festin. Des enfants et des misérables, qui ne sont ni enfants ni hommes, sans barbe, sans âge et qu'on croirait sans sexe, femmes-hommes et hommes-femmes, les fils naturels du ruisseau, fondirent, à travers les soldats, dans la cour de l'amiral, et trouvant là ce corps, furent ravis de s'en emparer. Si la tête manquait, il y avait encore autre chose, assez pour le régal; les couteaux travaillèrent, on coupa les mains pâles qui avaient tenu si longtemps l'épée de la France, la sainte épée de Dieu; on coupa les parties naturelles, et on les porta dans Taris. Au tronc, les enfants attachèrent une corde, et le tirèrent par les ruisseaux rougis jusqu'aux bords de la Seine, et il y resta quelque temps. Mais d'autres amateurs survinrent, qui s'en emparèrent à leur tour, Le suspendirent à Montfaucon. On l'y mit de façon outrageante et bizarre, le dos sur une poutre, le cou, les pieds, chacun de leur côté, flottant, ballant, le ventre en l'air.

D'autres, qui arrivaient tard, n'y surent plus que

faire, sinon d'allumer du feu dessous, pour le noircir du moins, le griller comme un porc. Quelques-uns s'en tenaient les côtes.

Dans cette nuit fatale du samedi 23 au dimanche 24, les heures se marquent ainsi. La reine parle au roi le soir {sept ou huit heures?). Retz vient lui faire l'aveu de sa mère et de son frère [dix heures). Ordre donné à Guise [onze heures?) par la reine et le duc d'Anjou. La ville avertie d'armer à minuit. Long intervalle de quatre heures, les Guises attendant que la ville soit armée, avant d'attaquer Goligny. A l'aube, un peu avant quatre heures, signal du coup de pistolet;

Goligny tué.

Marguerite dit qu'au petit jour son mari se leva, qu'elle dormit une heure, puis fut éveillée par le massacre du Louvre qui dut commencer entre cinq et six. Pourquoi ce dangereux retard après la mort de Goligny, qui, su au Louvre, pouvait faire mettre en défense les protestants du roi de Navarre ? Le duc d'Anjou l'explique peut-être en disant qu'il y eut un moment d'hésitation, que sa mère et lui eurent frayeur et eussent voulu tout arrêter, mais que Guise répondit qu'il était trop tard.

Qu'allait-on faire de ces gentilshommes qui étaient dans le Louvre, sous le toit du roi? Grande et cruelle question. Si la reine mère, si Retz avaient eu le soir tant de peine à décider Charles IX sur la question générale, il est peu probable qu'ils l'eussent encore compliquée de cette difficulté terrible. Ce fut, je crois, le matin, et, Goligny tué, ce fut vers cinq

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heures qu'on apporta à Charles IX ce breuvage amer et qu'on le lui lit avaler.

C'était lui-même qui, le jour de la blessure de l'amiral, avait engagé Navarre el ilondé à faire entrer leurs gentilshommes pour se garder des entreprises de Guise, qu'il appelait « un mauvais garçon ». Tous s'étaient offerts, empressés, sur une telle assurance; ils étaient trente ou quarante, outre les gouverneurs, précepteurs, valets de chambre et domestiques des deux jeunes princes. Depuis trois jours, Charles IX vivait avec eux, les avait aux tables royales, mêlés avec sa maison. Exécrable fatalité. Il fallait que ce couteau qui leur coupait le pain du roi, on le leur mît dans le cœur; que, de commensaux et convives qu'ils avaient été le soir, les serviteurs, officiers ou capitaines des gardes se trouvassent au matin bourreaux? La parole du roi de France, révérée chez les infidèles et jusqu'au bout de la terre ! la parole de gentilhomme, de l'hôte féodal, la sécurité complète avec laquelle on quittait ou on déchargeait ses armes en passant le pont-levis ! Toutes ces vieilles religions de la France brisées et détruites, et l'honneur même assassiné!... Pour en venir là, il fallut une grande peur, une crainte extrême de ces hommes et l'attente d'un combat sanglant.

Dans ce Louvre si bien fermé, au fond même du filet de mort où personne n'aurait vu, nous trouvons pourtant un témoin, la jeune reine de Navarre :

« Le soir, étant au coucher de la reine ma mère, se sur un coffre auprès de ma sœur de Lorraine,

que je voyois fort triste, la reine m'aperçut et me dit que je m'en allasse coucher. Comme je faisois la révérence, ma sœur, se prenant à pleurer, me dit : « Mon Dieu, ma sœur, n'y allez pas! » Ce qui m'effraya extrêmement. La reine se courrouça fort et lui défendit de me rien dire. Ma sœur lui dit qu'il n'y avoit point d'apparence de m'envoyer sacrifier comme cela, et que, sans doute, s'ils découvroient quelque chose, ils se vengeroient sur moi. La reine mère me commanda encore rudement que je m'en allasse coucher. Ma sœur, fondant en larmes, me dit bonsoir sans m'oser dire autre chose. Et moi je m'en allai toute transie et éperdue.

« Je trouvai le lit du roi, mon mari, entouré de trente ou quarante huguenots que je ne connoissois point encore, et qui parlèrent toute la nuit de l'accident de l'amiral. La nuit se passa sans fermer l'œil. Au point du jour, le roi, mon mari, dit qu'il vouloit aller jouer à la paume, attendant que le roi Charles fût éveillé, se résolvant de lui demander justice. Il sort de ma chambre et tous ses gentilshommes aussi.

« Moi, voyant qu'il étoit jour, estimant le danger passé, vaincue du sommeil, je dis à ma nourrice qu'elle fermât la porte pour pouvoir dormir. Une heure après, comme j'étois le plus endormie, voici un homme frappant des pieds et des mains à la porte, et criant : « Navarre! Navarre! » Ma nourrice ouvre, pensant que ce fût mon mari. C 'étoit un gentilhomme nommé M. de Téjan, qui avoit un coup d'épée dans le coude et un coup de hallebarde dans le bras, et étoit

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